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Full text of "Le livre d'Heraclide de Damas"

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JOHN M. KELIY LIBDADY 




Donated by 
The Redemptorists of 
the Toronto Province 

from the Library Collection of 
Holy Redeemer Collège, Windsor 



University of 
St. Michael's Collège, Toronto 



HOLY REDEEMER LIBRA^V^^^^, 



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CUBRARYJ 




S(^/f/ ù 



NESTORIUS 




NESTORI US 



LE LIVRE D'HÉRACLIDE 

DE DAMAS 



TRADUIT EN FRANÇAIS 
PAR. F. NAU 

PROFESSEUR A l'iNSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS 
AVEC LE CONCOURS 

DU R. P. BEDJAN ET DE M. BRIERE 

SUIVI 

DU TEXTE GREC DES TROIS HOMÉLIES DE NESTORIUS 

SUR LES TENTATIONS DE NOTRE-SEIGNEUR 

ET DE TROIS APPENDICES 

LETTRE A COSME, PRESENTS ENVOYES d'aLEXANDRIE, 

LETTRE DE NESTORIUS AUX HABITANTS DE CONSTANTINOPLE 



PARIS 

LETOUZEY ET ANÉ, ÉDITEURS 

76 BIS, Rue des Saints-Pères ^ 



1910 A^ 



# 



D 




f 



INTRODUCTION 



I. L'Auteur. — D'après une ancienne tradition syriaque, Nes- 
torius est d'origine perse. Ses grands-parents Addaï et *Amalcâ 
(ou Malktoum) quittèrent Atac, dans le Beit-Garmaï, à l'est du 
Tigre, pour aller habiter Samosâte. Ils étaient païens. Leur fils 
aîné. Bar ba'alchemin (le fils du Baal des cieux), se maria à Bé- 
hédin, village situé près de G.ermanicie (Mar*ach), et eut un fils 
qu'il nomma Nestorius ^. Le village de Béhédin était détruit 
au xii^ siècle, mais une légende rapportait encore que ceux qui 
naissaient dans ce village et buvaient de l'eau de certaine fontaine 
avaient la voix claire et féminine ^. Tel avait été Nestorius ; 
on montrait encore, près de Béhédin, une caverne où il aurait 
demeuré ;.il était roux, n'était pas grand, avait de grands yeux 
et une figure agréable, « c'était un nouveau David. » Cf. F. Nau, 
La naissance de Nestorius, dans la Revue de V Orient chrétien, t. xiv 
(1909), p. 424-426; ihid., p. 314, et infra,.^. 364. 

Il apprit les lettres grecques à Germanicie, il aurait même 
été à Athènes. Cf. F. Nau, Analyse du traité écrit par Denys bar 
Salihi contre les nestoriens, dans la Reçue de VOrient chrétien, 
t. XIV (1909), p. 302. Il est probable qu'il n'alla pas plus loin 
qu'Antioche, où il fut l'élève de Théodore de Mopsueste. Cf. Mau- 
rice Brière, La légende syriaque de Nestorius, Paris, 1910, p. 18-19, 
extrait de la Reçue de VOrient chrétien, 1910, p. 1-25. Il de- 
meura au monastère d'Euprépios, à deux stades d'Antioche, 
devint prêtre et fut chargé « d'interpréter » les Écritures, parce 
qu'il avait un style élégant, une langue déliée et une belle voix. 
Cf. Denys bar Salibi, loc. cit. On trouvera plus loin les raisons 
qui portèrent l'empereur à le faire venir à Constantinople. Infra, 
p. 242-244. 

Durant les trois années de son court épiscopat, il accumula 

1. D'après la même tradition, le second fils d'Addaï, nommé Abi'achoum, 
serait le père de Théodoret, évêque de Cyr. Celui-ci serait donc cousin ger- 
main de Nestorius. 

2. Néchoï. 



VI NESTORIUS 

tous les excès de zèle et toutes les maladresses : il excommunia les 
moines qui s'insinuaient dans les maisons et qui vaguaient sur 
les voies publiques, il défendit aux femmes d'aller aux offices 
de nuit avec les hommes et d'y chanter, il fit mémoire de saint 
Jean Chrysostome mort en exil et déposé ; il empêcha de recevoir 
des présents pour le sacerdoce, cf. E. Gœller, Ein nestorianisches 
Bruchstuck zur Kirchengeschichte des 4 und 5 J ahrhunderts , dans 
Oriens christianus, t. i (1901), p. 95-97, et Elie de Nisibe, Buch 
vom Beweis der Wahrheit des Glaubens, traduction L. Horst, 
Colmar, 1886, p. 27; il vexa à plusieurs reprises Pulchérie, sœur 
de l'empereur, cf. infra, p. 363-364 ; enfin sa vigueur à pour- 
suivre les hérétiques fut cause d'une multitude de persécutions, 
de proscriptions, de séditions et même d'incendies et de meur- 
tres ^; Socrate, son contemporain, écrit : 

Il fut ordonné le 10 avril (428) et, s'adressant aussitôt à l'empereur de- 
vant tout le peuple, il prononça cette célèbre parole : « Donne-moi, ô 
empereur, un pays purgé d'hérétiques, et je te donnerai le ciel en échange ; 
extermine les hérétiques avec moi et moi j'exterminerai les Perses avec 
toi.» Si quelques-uns de la foule, zélés contre les hérétiques, accueillirent ces 
paroles avec plaisir, il n'en fut pas de même de ceux qui savaient discerner 
le caractère d'après le discours : il ne leur échappa pas qu'il y avait là lé- 
gèreté de pensée, présomption et vanité... Le cinquième jour après son 
ordination^ voulant détruire l'oratoire des ariens , dans lequel ils priaient 

1. La légende syriaque de Nestorius raconte qu'en se rendant à Constanti- 
nople il s'arrêta deux jours près de Théodore de Mopsueste et que celui-ci 
le mit d'avance en garde contre les dangers de son zèle. « Lorsqu'il s'en alla 
pour continuer sa route, le bienheureux Théodore sortit avec lui selon son ha- 
bitude, jusqu'au Martyrium de sainte Thècle, afin de prendre congé de lui et 
de lui faire ses recommandations. Tandis qu'ils étaient en ce lieu, il lui dit : 
« Je te connais, ô mon fils ; il n'y a pas de femme qui ait enfanté un homme 
au^si zélé que toi; c'est pourquoi, je te recommande de modérer ton zèle pour 
combattre les opinions des autres; car de même que l'homme qui possède uiic 
fille vierge et fort belle, d'une part se réjouit de sa beauté et d'autre part 
craint qu'elle ne tombe entre les mains d'hommes vains et qu'elle ne soit 
déshonorée à cause même de sa beauté, de même je me réjouis de ton zèle, 
et cependant je crains que tu ne périsses par le fait d'hommes méchants. » 
Il lui répondit : « Maître, qu'est-ce que tu me dis ? Si tu avais vécu du 
temps de Notre-Seigneur, il t'aurait été dit : Est-ce que vous aussi vous vou- 
lez vous en aller ? La venue de Notre-Seigneur a donné de la viande à manger; 
lestomac^qui la prend se nourrit et celui qui ne la prend pas, s'épuise.» Après 
avoir reçu beaucoup de recommandations, il se remit en route, arriva à Constan- 
tir.ople et fut établi évêque par ordre de l'empereur.» M. Brière, loc. cit., p. 19. 



INTRODUCTION Vil 

en secret, il les poussa au désespoir;... il ne cessa pas, mais, par ses ma- 
chinations contre les hérétiques, il bouleversa la ville à son détriment. II 
voulut tourmenter aussi les novatiens, jaloux de ce que Paul, évêque 
des novatiens, était célèbre à cause de sa religion, mais les remontrances 
des princes arrêtèrent son impétuosité. Quant aux maux nombreux dont 
il affligea les quatuordécimans dans VAsie, la Lydie, et la Carie, et au 
grand nombre de ceux qui moururent à cause de lui dans la sédition qui 
eut lieu à Milet et à Sardes, je veux le passer sous silence. Quant à la puni- 
tion qu'il reçut, et pour cela et pour ses incontinences de langage, je l'ex- 
poserai bientôt. 

...Il persuada aux empereurs que les églises fussent enlevées (aux ma- 
cédoniens)... P. G., t. Lxvii, col. 801 sq. 

C'est à son influence qu'on attribue la loi portée par Théodose 
le 30 mai 428, contre les ariens, les macédoniens, les pneumato- 
maques, les apollinaristes, les novatiens, les eunomiens, les mon- 
tanistes, les messaliens, les euchites, les audiens, les photiniens, 
les paulinistes, etc. ; les manichéens devaient être chassés des villes 
et livrés au dernier supplice, les autres ne pouvaient ni ordonner 
des clercs, ni bâtir des églises, ni se réunir, ni donner quoi que ce 
soit entre vifs ou par testament. Corpus juris civilis, Codex, i, 5. 
On devine donc qu'il dut soulever beaucoup de haines et de res- 
sentiments. Son biographe ajoute : 

Il supprima aussi les jeux, les théâtres, les chants, les concerts, les dan- 
ses et (tous) les amusements dont s'occupaient les Romains ; et, à cause 
de cela, la ville conçut contre lui une haine profonde, de telle sorte qu'ils 
en vinrent même jusqu'à prendre leurs meubles et à les jeter dans la mer 
en disant : « C'est à cause de Nestorius que nous agissons ainsi.» Bien que 
la ville l'eût ainsi en haine, l'empereur (cependant) l'honorait et l'aimait 
d'une façon particulière. M. Brière, lac. cit., p. 19. 

Pour comble de maladresse, il parut vouloir évoquer à son tri- 
bunal la cause des évêques pélagiens chassés d'Italie et des clercs 
d'Alexandrie en conflit avec saint Cyrille. Il demanda des expli- 
cations à saint Célestin, qui ne lui répondit pas; il insista, et 
saint Célestin lui répondit enfin qu'il n'avait pu le faire plus tôt 
parce qu'il avait d'abord fallu traduire ses lettres en latin, ce qui 
avait demandé beaucoup de temps, mais qu'il avait reçu encore 
d'autres de ses ouvrages, envoyés par Cyrille par l'intermédiaire 
du diacre Poseidonius, et qu'il en résultait clairement qu'il était 
hérétique. En conséquence saint Célestin condamnait Nestorius à 
rejeter ses nouveautés dans les dix jours qui suivraient la promiil- 



VIII NESTORIUS 

gation de cette sentence, sous peine d'être séparé de l'Église catho- 
lique. Labbe, Conciles, t. m, col. 354 d, e ; 362-363. Nous 
avons encore la lettre de saint Cyrille, P. G., t. lxxvii, col. 80 
par laquelle il annonce à saint Célestin qu'il lui adresse par l'in- 
termédiaire « de son très cher Poseidonius », des coupures des 
écrits de Nestorius (xsçaXatwv iceptxoiuàç), qu'il avait eu la 
précaution de faire traduire en latin, « aussi bien qu'on avait 
pu le faire à Alexandrie. » Labbe, Conciles, t. m, col. 346 b. 
Il avait ainsi évité les longueurs et les difficultés causées par la 
traduction à Rome des textes grecs, mais il serait capital de 
connaître ces coupures et ces traductions, causes de tant de 
luttes.. Le biographe nestorien écrit : 

L'impie Cyrille se mit à fausser les écrits et les homélies que le bienheu- 
reux avait faits ; partout où il trouvait dans son enseignement « Dieu 
et homme », il enlevait le mot « Dieu » et il mettait le mot « homme», 
afm de pouvoir par là l'accuser d'avoir les mêmes idées que Paul de Sa- 
mosate ; il écrivit une lettre à Célestin, évêque de Rome, et il lui envoya 
les homélies qu'il avait faussées en disant : « Nestorius affirme, comme 
Paul de Samosate, que Notre-Seigneur le Christ est un homme ordinaire. » 
Célestin précipita son jugement. M. Brière, lac. cit., p. 19-20. 

Nestorius, de son côté, protesta qu'il n'enseignait pas ce que 
Cyrille lui attribuait; il demanda donc à l'empereur de convoquer 
un concile pour prononcer entre lui et Cyrille. Le concile se 
réunit à Éphèse en juin 431, et on trouvera son histoire dans la 
seconde partie du Li^re (THéraclide, p. 88-290. 

C'est à sa demande, plusieurs fois formulée, que Nestorius 
retourna à son monastère à Antioche, cf. infra, 248, 249, 251, 
car il s'était rendu compte des haines qu'il avait soulevées ^ 
et il ne voulait pas, a-t-il dit, que sa personnalité causât du pré- 
judice à la foi. n passa quatre ans à Antioche, 431 à 435, puis 
à la suite de sa définitive défaite, peut-être aussi à la demande 
expresse de Jean d' Antioche, cf. M. Brière, loc. cit., p. 21 ^^ il fut 

1. Cf. in/ra, p. 249, 290-291, 293, 323,327. Le comte Jean se montrait très 
étonné de « la rage » des évêques d' Éphèse : Ne fieret pugnse conflictus, 
intermiscui eis militum turbas, circa loca utrique parti contigua... propter 
rabiem, quse inter eos nescio unde provenit... dicentihus his, qui com^enerant 
cum Cyrillo, se nullo modo posse i>el ipsum adspectum Nestorii sustinere... quam- 
vis çideam execrabiles et implacabiles ad irn^icemDeo amicissimos episcopos, nescio 
unde ad tantamusque tristitiam asperitatemque peri>enerunt, Lupus, ch. xvi, p. 47. 

2. Cf. infra, p. xxi, note 1. 



INTRODUCTION IX 

exilé en Egypte à l'Oasis ^ où il mourut en 451, entre la convoca- 
tion et la réunion du concile de Chalcédoine. Il n'y était pas com- 
plètement séparé du monde car, dans son infortune, il lui res- 
tait quelques amis fidèles, par exemple ce Paul, que Domnus 
aurait nommé évêque d'Antarados parce qu'il avait rendu visite 
à Nestorius à l'Oasis, et que Dioscore déposa, au conciliabule 
d'Éphèse, pour le même motif. Cf. Perry, The second Synod of 
Ephesus, texte syriaque, Oxford, 1875, p. 192 2. C'est sans doute par 
l'un de ces visiteurs que Nestorius reçut les actes des deux con- 
ciles d'Ephèse et du concile de Coristantinople, ainsi que la lettre 
de saint Léon à saint Flavien. Cf. infra, p. 298. C'est encore à 
l'occasion de l'une de ces visites qu'il envoya aux habitants de 
Constantinople la lettre que nous traduisons plus loin, p. 370 sq. 
Cette lettre, où il affirme de manière claire et frappante son 
accord avec Flavien et Léon, put donner l'idée à quelques politi- 
ques de le convoquer au concile de Chalcédoine. Cf. infra, p. 370. 
L'idée était malheureuse, car les haines excitées par Nestorius 
étaient toujours vivaces, comme on devait bientôt le voir, et per- 
sonne ne voulait remettre en cause le premier concile d'Éphèse. 
On aurait eu du moins la satisfaction de voir Nestorius condamner 
certaines erreurs dites nestoriennes,sa lettre nous en assure. Cf. infra, 
p. 373-374, 2-9 ; 375, 19. D'après les auteurs jacobites, il mourut 
un jour avant l'arrivée de l'envoyé du préfet qui était député pour 
le chercher ^. D'après Timothée Aelure, l'envoyé de Marcien trouva 
Nestorius encore en vie et lui annonça, ainsi qu'à Dorothée de 
Mareianopolis, qu'ils n'avaient plus rien à craindre de leurs adver- 
saires; mais il mourut avant qu'ils eussent pu se mettre en route. 
Ibid., c. xxxvi, p. 44. Zacharie le scolastique suppose même qu'il 
s'est mis en route et qu'une chute de cheval a hâté sa mort, cf. 
Land, Anecdota syriaca, Leyde, 1870, p. 119 ; le récit de Zacha- 

1. A la grande Oasis, de chef-lieu Hibis ou Hibe, à la latitude de Thèbes. 

2. Les Actes du second concile d'Éphèse indiquent clairement que Nes- 
torius vivait encore en août 449, car les évêques crient : « Brûlons Nesto- 
rius et Hibas avec lui. L'exil ne leur fait rien. Nestorius s'est enrichi (est 
devenu plus puissant) par l'exil. » Ibid., p. 83. On dit aussi, en déposant 
Irénée de Tyr : « que celui qui aime Nestorius, soit avec Nestorius, » Ibid., 
p. 113. 

3. F. Nau, Les plérophories de Jiean évêque de Maïouma, récits anecdo- 
tiques relatifs au V® siècle, traduction française, Paris, 1899, c. xxxiii, p. 38-40. 
Nous éditons le texte syriaque avec une nouvelle traduction française dans 
la Patr. or., t. viii (Jean Rufus, Plérophories). 



X NESTORIUS 

rie a été transcrit par Michel le syrien, Chronique, Paris, 1901, t. ii, 
p. 38-39. Sévère d'Achmounaïn est donc bien le porte-parole 
des jacobites en général et de Timothée Aelure en particulier 
lorsqu'il écrit : 

Marcien, au témoignage des historiens, était attaché au parti de Nesto- 
rius et partageait sa manière de voir ; il s'efforça de faire triompher sa 
doctrine et il l'envoya chercher au Heu où il avait été banni en Egypte. 
C'était une ville appelée Akhmin. Le messager de l'empereur le trouva 
malade ; il l'attendit mais il n'obtint pas ce qu'il désirait, car Nestorius 
mourut là ^..Cf. trad. L. Leroy, dans Pair, or., t. vi, fasc. 4, p. 50-51. 

Le biographe nestorien déjà cité est d'accord, en substance, 
avec les. jacobites, car il écrit, cf. M. Brière, loc. cit., p. 24-25 : 

L'empereur Théodose étant mort, Marcien lui succéda et il donna 
aussitôt l'ordre de faire revenir de l'exil le bienheureux, ainsi que les vingt- 
six évêques (lire : seize), qui avaient été exilés en même temps que lui. 
Ses amis lui écrivirent de s'abandonner à la confiance de l'empereur et 
de revenir. Il leur répondit en ces termes : « Le désert dans sa désolation 
me réjouit, etc. )> 

Avant l'arrivée du patrice, une heure avant la mort de Dorothée, ainsi 
qu'il l'avait prédit, le bienheureux et courageux athlète partit vers celui 
qui couronne ses amis, alors que les gouttes de sueur tombaient encore 
de son front. C'est avec courage et sans relâche qu'il avait combattu dans 
cette lutte ^. 

Quand le patrice fut de retour, le bienheureux était mort ainsi qu'il l'avait 
prédit ; il était parti tout joyeux à cette nouvelle parce qu'il se savait son 
ami, afin de le retrouver et de l'amener. Ce fut lui qui fit connaître son dé- 
cès et qui raconta aussi ce qu'il avait fait, (en particulier) comment il avait 
prédit sa propre mort et celle de Dorothée. 

Alors l'empereur ordonna à ceux des exilés qui étaient encore vivants 
de revenir et de reprendre les recherches au sujet de la vraie foi ; les évê- 
ques romains se réunirent donc, examinèrent la foi et établirent la foi 
actuelle. Les Romains la changèrent un peu par rapport à la précédente. 

Nous venons de voir le récit de sa mort chez les nestoriens, il 
est tout différent chez les jacobites : d'après les Plérophories, 

1. Voir plus bas, p. 370, le texte de Philoxène. Pierre ibn-R-ahib (xiiie siè- 
cle) dit aussi que Marcien suivait l'opinion de Nestorius et qu'il ordonna de le 
rappeler d'exil, éd. Cheikho, Paris, 1903, trad., p. 53. 

2. Les nestoriens fêtent Diodore, Théodore et Nestorius le cinquième 
vendredi après l'Epiphanie. 



INTRODUCTION XI 

comme il proférait un blasphème « sa langue lui refusa son ser- 
vice et sortit de sa bouche, et il mourut en la mordant.» Loc. 
cit., p. 40. D'après Timothée Aelure, c'est déjà par un effet de la 
Providence qu'il fut détenu dans la ville de Panopolis ^ qui est 
ainsi nommée de Pan, l'être « aux deux natures(homme et chèvre). » 
Lorsque le tribun vint le rappeler, « Dorothée lui conseilla d'atten- 
dre un peu à cause de la faiblesse de Nestorius, mais son état em- 
pira de jour en jour, sa langue lui refusa son service et lui sortit 
de la bouche en présence du tribun, sa parole devint indistincte, 
sa langue se décomposa au point qu'il devint un objet d'horreur 
et de pitié. » Ibid., p. 44. Zacharie le scolastique, reproduit en 
suite par Michel le syrien, raconte qu'après un blasphème « le 
châtiment l'atteignit promptement, comme (autrefois) Arius. 
Il tomba de sa monture et se coupa la langue; sa bouche four- 
millait de vers, et il mourut en route.» Loc. cit., p. 119 et 38-39, 
comme plus haut. Evagrius reprit le récit de Zacharie le scolas- 
tique. En somme tous les témoignages paraissent se ramener à 
celui de Timothée Aelure dramatisé par Zacharie, or Timothée 
se révèle souvent comme un homme de mauvaise foi : il s'attribue, 
dans les Plérophories ^, des prodiges supposés qui rendent très 
vraisemblables les sortes de jongleries que les auteurs grecs lui 
imputent ^. Il est donc à craindre qu'il n'ait imaginé de toute 
pièce le genre de mort de Nestorius, comme une punition symbo- 
lique pour frapper ses lecteurs *. 



1. Nestorius se rendit à Panopolis (Akhmin), lorsque les barbares qui 
avaient ravagé la grande Oasis l'eurent relâché, Cf. infra, p. xxi. Eutychius 
dit qu'il demeura à Akhmin pendant sept ans et qu'il fut enseveli en un en- 
droit nommé Saklan où il fait tellement chaud que personne ne peut traverser 
durant l'été la vallée où il est enseveli, P. G., t. cxi, col. 1033. — Saklan (Sa- 
klak ?) est devenu Tasklika ou Kom-esch-Schaqaf (la colHne des tessons; en 
copte Psymbeldj) dans l'histoire (légendaire) de Schenoudi. Cf. O. de Lemm, 
dans ]es Mémoires de VAc. imp. de Saint-Pétersbourg, mai 1899, p. 408-412, 

2. C. XV, XXVI, I.XV, LXVI, LXVII. 

3. D'après Théodore le lecteur, il allait de nuit par les cellules des moi- 
nes ; il leur parlait à travers une canne creuse, les appelait par leur nom, 
et leur disait qu'il était un ange envoyé du ciel pour les avertir de fuir la 
communion de Protérius et d'élire pour archevêque Timothée, c'est-à- 
dire lui-même. 

4. Les plérophories pattribuent encore un genre de mort analogue à 
Théodore de Mopsueste, « il mourvit possédé par le démon et se dévorant 
lui-même » Loc. cit., c, xt.v. 



XII NESTORIUS 

II.Les DOCTRINES. — Nous ne dévclopperons pasce chapitre parce 
que le présent travail est uniquement une œuvre de traduction 
et de documentation. Les tables des matières que nous ajoutons 
guideront les lecteurs et les aideront à trouver les documents dont 
ils ont besoin pour édifier leurs thèses. 

M. J. F. Béthune-Baker, professeur de théologie à Cambridge, 
a déjà consacré un volume à cette question ; il disposait d'une 
traduction anglaise du Livre d'Héraclide et il en donne de très 
nombreux extraits : Nestorius and his Teaching, a jresh examina- 
tion of the évidence ; with spécial référence to the newly recovered 
Apology of Nestorius (The Bazaar of Heraclides), Cambridge, 
1908, xviii-232 pages. Sa conclusion, qu'il indique dès les pre- 
mières lignes, est, en somme, que Nestorius n'est pas nestorien ; 
il a été victime de l'imprécision de son langage théologique ^. 

Par contre le R. P. Bedjan, dans son introduction au texte 
syriaque du Livre d'Héraclide, p. xi-xl, a relevé les erreurs 
de Nestorius sur l'union hypostatique, la maternité divine, 
l'eucharistie, ainsi que les louanges qu'il donne à saint Léon. 
Ajoutons que si l'on ne trouve chez Nestorius de traces indiscutables 
de monothélisme, les nestoriens sont devenus monothélites. La 
profession de foi de leurs évêques porte « un seul Fils, un seul Christ, 
...il a une volonté, un pouvoir et il est confessé en deux natures, 
deux'hypostases et une personne (prosdpoTi) de la Filiation ^. » 

Pour guider le lecteur, nous dirons du moins que la contro- 
verse portait surtout, à Éphèse, sur le mode d'union des deux na- 
tures, divine et humaine, en Notre-Seigneur. On était monophy- 
site ou diphysite, suivant qu'on tenait que les deux natures 
s'étaient unies en une seule nature, ou étaient demeurées distinc- 
tes après l'union. Cette union des deux natures avait lieu pour 
Nestorius en une personne (prosôpon) formée de deux et, pour 
Cyrille, en une hypostase. 

Plus tard, les monophysites se sont divisés en un certain nom- 

1. Cf. Anal. Bollandiana, t. xxviii (1909), p. 224. D'après la Revue 
bénédictine, « M. Béthune-Baker n'a pas eu raison de défendre le malheu- 
reux Nestorius, » t. xxv (1908), p. 388-389. 

2. Patr. or., t. vu, p. 84. Le patriarche Timothée (viii^ siècle) écrit aussi : 
« Nous ne divisons pas le Fils de Dieu en deux volontés et deux opéra- 
tions, comme le font certains impies . » J. Labourt, De Timotheo I, Paris, 
1904, p. 18. Cf. Assémani, Bihl. or., t. m, pars 2, p. 209. Les nestoriens, 
au lieu de « trop diviser », ne divisent donc pas assez. 



INTRODUCTION XIH 

bre de sectes suivant la manière dont ils réduisaient les deux 
natures à une seule: d'après Eutychès, le Christ ne nous est pas con- 
substantiel; d'après les julianistes, le corps du Christ est incorrup- 
tible, mais la masse des monophysites a adopté la formule : « deux 
natures unies en une nature, sans mélange ni confusion. » Pour 
distinguer ces derniers des autres monophysites, il faut les nom- 
mer « jacobites ^ », à moins d'adopter, à la suite d'Assémani, 
la locution « diplophysites ». Tous ne reconnaissent, après l'union, 
qu'une nature, une hypostase et une personne, et ils se donnent 
pour les fidèles interprètes des textes et de la pensée de saint 
Cyrille. 

Parmi les diphysites, les uns reconnaissent, après l'union, 
deux natures, une hypostase et une personne, et se recomman- 
dent aussi de saint Cyrille, ce sont les orthodoxes ou chalcédo- 
niens; les autres reconnaissent après l'union deux natures, deux 
hypostases et une personne et rejettent saint Cyrille comme mo- 
nophysite, ce sont les nestoriens. 

Il faut se défier des anciennes traductions. La controverse rou- 
lait surtout, à Ephèse,. autour des locutions « une nature après 
l'union » ou « deux natures après l'union », or, l'objet de cette 
controverse disparaît complètement dans certaines traductions 
latines qui. attribuent à saint Cyrille la locution de Nestorius : 
saint Cyrille en effet réservait, après l'union, le mot « nature » 
au Verbe et à Dieu, il ne mettait pas « nature humaine » en pa- 
rallélisme avec « nature divine ^». La plus célèbre des concessions 
qu'il ait faites jusqu'à la paix avec les orientaux*, semble avoir 



1. Du nom de « Jacques » Baradée, mort vers 578. Tous les monophy- 
sites syriens, coptes, éthiopiens, arméniens sont « jacobites » et condam- 
nent Eutychès. 

2. Il écrit « la nature du Verbe », « la nature de Dieu », étant a Dieu 
par nature », Labbe, op. cit., t. m, col. 256 6,303 b d, 280 e, 257 c, 264 6, 
273 c, 306 a, 312 a, 403 e, etc. mais aux endroits parallèles où nous attendrions 
les mots (C nature humaine », il écrit « humainement », « dans l'humanité », 
« la chair », « l'humain ». 

3. Cyrille a accepté la profession de foi des Orientaux, mais a voulu, d'a- 
près Nestorius, faire des deux natures une question de mots, infra p. 279-285 ; 
on a trouvé aussi des textes dans lesquels il dit deux natures. Mai". Scripto- 
rum vet. nova coll., t. x, p. 352. Nestorius lui reprochait déjà de ne pas 
traiter clairement la question des deux natures et de donner à chacun ce 
qu'il veut. Infra, p. 279-280. Le jacobite Timothée III fait la même cons- 
tatation : « Cyrille paraît inconstant, on lui reproche de dire les choses 



XJV NESTORIUS 

été de reprendre la formule d'Apollinaire, qu'il croyait être de 
saint Athanase : « Une nature du Verbe incarnée. )) Tous les 
monophysites l'admettaient aussi puisqu'on n'y affirmait qu'une 
nature, et les diphysites en étaient satisfaits parce qu'ils mon- 
traient, à l'aide de raisonnements ingénieux, que le mot « incar- 
née » impliquait une seconde nature et que Cyrille était donc di- 
physite i. Quelques Orientaux seuls persistaient à trouver amphibo- 
logique la formule de Cyrille et disaient, par la bouche d'Alexandre 
de Mabboug : « Il est hérétique, parce qu'il prêche une seule na- 
ture dans le Christ, à laquelle il attribue toutes les souffrances et 
même la mort... il renferme deux natures en une... s'il confessait 
clairement deux natures, il se délivrerait du sens hérétique ^. » 
Le traducteur latin a donné satisfaction à Alexandre de Mabboug 
et il a fait « confesser clairement deux natures » à saint Cyrille. 
Lorsque saint Cyrille écrit : « Etant Dieu par nature il est allé 
humainement (vers son Père) ^... Ce n'était pas une œuvre humaine 
de transmettre le Saint-Esprit *... Le Christ est donc Dieu, im- 
passible divinement, mais passible selon la chair ^... Il est envoyé 
humainement ^... Bien qu'immortel par nature... il est dit être 
mort humainement pour nous '... impassible selon la nature de la 
divinité, passible selon la chair ^ ... Il a souffert humainement ^; » 
les traducteurs latins semblent ignorer l'origine et l'objet [du 
litige ^0, ils ne respectent pas cette amphibologie qui a contribué 



opposées... tantôt une nature incarnée, tantôt deux... il est devenu op- 
posé à ses propres discours... mais Sévère a guéri ce qu'il y avait d'in- 
constant dans ses écrits, » P. G., t. lxxxvi, pars 1, col. 276. 

1. Par exemple, dans les œuvres attribuées à Jean Maron, on trouve 
un « chapitre pour montrer que par une nature du Verbe incarnée, les saints 
Pères entendent deux natures, car par incarnée ils annoncent et recon- 
naissent une nature. » Cf. F. Nau, Opuscules maronites, 1^^ partie, Paris, 
1899, p. 25-40. Cf. infra, p. 270, lig. 2-8. 

2. Lettre à Acace de Bérée, Lupus, op. cit., c. lvii, n. 145, p. 136. 

3. Labbe, Conciles, t. m, col. 168 a. 

4. Ibid., col. 169 c. 

5. Ibid., col. 192 a. ' \ 

6. Ibid., col. 240 c. 

7. Ibid., col. 249 c. 

8. Ibid., col. 303 a. 

9. Ibid., col. 1163 d. 

10. Denys le Petit semble avoir été le premier, au commencement du 
VI® siècle, qui ait fait connaître aux latins les anathématismes de saint 



INTRODUCTION XV 

à déchirer la chrétienté en trois partis, et ils écrivent clairement : 
« Etant Dieu par nature, il est allé selon la nature humaine (vers 
son Père)... Ce n'était pas l'œuvre de la nature humaine de trans- 
mettre le Saint-Esprit... Impassible selon la nature divine, 
passible selon la [nature) humaine... Il est envoyé selon la nature 
humaine... Bien qu'immortel par nature... il est dit avoir souffert 
la mort pour nous selon la nature humaine... Il ne put rien souffrir 
selon la nature de la divinité, mais il le put selon la (nature) hu- 
maine... Il a souffert selon la nature humaine ^. » 

Les traducteurs n'ont pas compris non plus l'union « naturelle » 
et «nécessaire» que saint Cyrille comparait à l'union de l'âme et 
du corps, et à laquelle Nestorius opposait l'union « personnelle » 
et « volontaire », pour éviter que Dieu le Verbe ne fût censé 
avoir enduré les souffrances de la nature humaine, comme l'âme 
endure les souffrances du corps : Lorsque Cyrille écrit : « Néces- 
saire donc (c'est-à-dire non volontaire) est l'union selon l'hypo- 
stase du Verbe de Dieu envers les choses humaines ^... Comment, 
ne serait-elle pas devenue nécessaire (non volontaire) pour le Verbe, 
l'union véritable envers la chair ^, » le traducteur écrit : « Il est 
donc nécessaire que nous confessions que Dieu le Verbe est uni 
à la nature selon l'hypostase... Comment n était-il pas nécessaire 
que le Verbe fût vraiment uni avec la chair ? » 

Il n'y avait pas accord non plus sur la signification du mot 
« hypostase ^ ». Par « union hypostatique » Nestorius, dans sa 
discussion, entend en somme l'union en une nature, car il ne pa- 
raît pas supposer qu'il peut exister un moyen terme entre l'union 
des « deux natures en une nature » et l'union des « deux natures 
en une personne ». Pour lui le mot hypostase, d'après son étymo- 
logie, était à rapprocher des mots substance et nature. L'ancien 
traducteur latin était du même avis que Nestorius, car il rendait 



Cyrille, causes de l'opposition des Orientaux ; voir sa préface, Labbe, 
Conciles, t. m, col. 411. 

1. C'est de manière constante que les traducteurs introduisent la locu- 
tion de Nestorius dans les textes de saint Cyrille. Nous avons encore noté 
Labbe, Conciles, t. m, col. 176 c, 196 e, 253 6, c, 256 &, d, e; 258 a, c; 261 d, 
265 d, 273 c, e; 274, ligne 12; 280 d, etc. 

2. Ibid., col. 193 d. 

3. Ibid., col. 196 a. 

4. M. Béthune-Baker fait l'histoire de ce mot dans The Meaning of 
Homoousios, Cambridge, 1901 [Texts and Studies, t. vu, p. 1). 



XVI NESTORIUS 

saint Cyrille hérétique en traduisant hypostase par substance ^, 
de sorte que nous trouvons encore juxtaposés, dans nos manuels, 
le texte de saint Cyrille : « Si quelqu'un, dans le Christ unique, 
divise les substances après l'union... qu'il soit anathème, » et le 
texte de saint Agathon qui condamne le précédent : « Nous 
confessons un seul et même seigneur Jésus-Christ, fils unique de 
Dieu, de deux substances et en deux substances ^. » 

D'autres fois, la traductioji tourne au préjudice de Nestorius : 
Cyrille lui reproche de dire « les natures étant séparées )), et le tra- 
ducteur latin, pour conformer ce texte à l'idée qu'il se fait de Nes- 
torius, traduit : « les natures cependant et les personnes subsistant 
séparément ^. » Lorsque les ouvrages de Nestorius ont été détruits, 
on a souvent reconstitué ses théories d'après les dires de ses ad- 
versaires, c'est-à-dire de manière très inexacte, au point que 
nous avons la surprise de lire sous la plume du pape saint Gélase ; 
« Nestorius dit quil y a une nature, la nature humaine, et, par suite, 
contre Nestorius qui dit une nature, il faut prêcher qu'il en a exis- 
té, non pas une, mais deux plutôt, unies dès leur commence- 
ment *,* )) lorsque nous savons au contraire que la formule « deux 
natures unies dès le commencement» est Tune de celles que Nesto- 
rius lui-même opposait aux monophysites, e.t qu'il s'est sacrifié, dit- 
il, pour que les haines personnelles qu'il avait suscitées n'empê- 
chassent pas sa formule de triompher. Le présent ouvrage, qui 
forme la contre-partie des Actes du concile d'Éphèse, nous le mon- 
trera. Notre but est seulement ici de fournir des documents 
aux historiens et aux théologiens. 



1. Voir la traduction de Denys le Petit, Labbe, Conciles, t. m, col. 417, 
anath., 2 et 3. 

2. Theologia dogmatica et moralis, editio quarta, Paris, Roger et Chernoviz,^ 
1886, t. II, p. 319 (canon 2 de saint Cyrille), 323, lig. 1 (lettre de saint Aga- 
thon) . 

3. Labbe, Conciles, t. m, col. 302 d. 

4. Cf. Denzinger, Enchiridion, 10^ édit., Fribourg-en-Brisgau, 1908, p. 75. 
C'est sans doute parce qu'on accusait — à tort — Nestorius de faire du 

Christ un simple homme qu'on en a déduit qu'il ne lui attribuait que la 
nature humaine. Socrate écrit : « Près du grand nombre, Nestorius eut la 
réputation de dire que le Seigneur est un simple homme... il ne dit pas que 
le Christ est un simple homme, ses homélies qui sont publiées le montrent. 
Il ne supprime nulle part l'hypostase de Dieu le Verbe. » Hist. eccl, 
t. VII, 32, P. G., t. Lxvii, col. 808. Socrate lui tient d'ailleurs rancune d'a- 
voir persécuté les novatiens et l'accuse d'être ignorant, bavard, présomptueux. 



INTRODUCTIOIN XVii 

III. Ouvrages de Nestorius. — On trouvera niciilion plus bas, 
p. 3, du Théopaschite (Dieu souffrant) et de la Tragédie « écrite 
contre ceux qui lui reprochaient d'avoir demandé un concile. » 
Les quelques fragments qui en restent ont été réunis par M. Loofs 
avec dix lettres (dont sept en traduction latine seulement), cinq 
homélies (dont quatre en traduction latine seulement), et un grand 
nombre de fragments grecs, latins et syriaque de lettres et d'ho- 
mélies, Nestoriana, Halle-a.-S., 1905, x-407 pages. La litur- 
gie attribuée à Nestorius, traduite du grec en syriaque par le 
patriarche nestorien Mar Aba, vers le milieu du vi^ siècle, est con- 
servée dans de nombreux manuscrits syriaques et a été traduite 
en latin par Renaudot, Liturgiarum orienialium collectio, Paris, 
1716, et Francfort, 1847, t. ii, et en anglais par Badger, The syriac 
Liturgies of the Apostles, Londres, 1875; la version syriaque a 
été éditée à Ourmiah en 1890, Liturgia sanctorum apostolorum 
Adddei et Maris... La lettre à Cosme, attribuée par Ebedjésu à 
Nestorius, est peut-être la lettre éditée par M. Braun, dont nous 
donnons plus loin la traduction française, cf. p. 361-366; dans 
ce cas elle serait « sur » et non « de » Nestorius. Le Lii^re d^Héra- 
clide vient d'être édité pour la première fois parle R. P. Bedjan ^, 
la présente traduction est la première qui en ait été faite. La ver- 
sion syi-iaque de la lettre aux habitants de Constantinople est encore 
inédite, elle est traduite ici pour la première fois, infra, p. 373 sq., 
et va paraître dans la Reçue deVOrient chrétien^i^iO, p, 275. Le texte 
grec des trois homélies de Nestorius sur les tentations de Notre-Sei- 
gneur est publié en entier pour la première fois, infra^ p. 333-358. A 
tous ces ouvrages qui appartiennent certainement à Nestorius (hors 
la lettre à Cosme), M. P. Batiffol proposait d'adjoindre cinquante- 
deux homélies éditées sous les noms d'Athanase,Hippolyte, Amphi- 
lochius, Chrysostome, Basile de Séleucie, mais, comme l'a dit M. 
Loofs, iVe5^oriana,p. 150-151, cette attribution reste problématique. 

1^ Le livre d'Héraclide. — a) Titre. — Le titre syriaque est 
Tegourtâ Heraclidis, que l'on devrait traduire par Mercatura 
Heraclidis, ce qui a conduit M. Béthune-Baker au titre : The Bazaar 
of Heraclides-^ mais nous avons reconnu sous le mot syriaque le grec 
xpay^axeia qui signifie a traité «plus souvent que « commerce » ^. 

1. Nestorius, Le Livre d'Héraclide de Damas, édité par Paul Bedjan, P. D. L. 
M. (lazariste), avec plusieurs appendices, in-S^, 634 p., Paris, 1910,30 francs. 

2. Cf. F. Nau, Note sur le titre Tegourtâ Heraclidis, dans la Reçue de 
V Orient chrétien, t. xiv (1909), p. 208-209. 



XVIII NE8T0RIUS 

Le traducteur syrien a peut-être été conduit à sa traduction 
parce qu'il ne trouvait pas xpay^aTeta Tcep^, « traité sur » ; 
mais ce mot s'employait aussi sans déterminatif : par exem- 
ple, Socrate dit de Nestorius qu'il ignorait les écrits des anciens : 
àyvoTQcraç xàç xpay^arstaç twv xaXatwv, Hist. eccL, vu, 32, P. G., 
t. Lxvii, col. 808, ce qui paraît être parallèle à « Traité » « Li- 
vre » ou « Écrit d^Héraclide «, cf. infra, p. 1, notes 1 et 2. 
Nestorius a mis l'ouvrage sous le nom d'Héraclide parce que 
les ouvrages qui portaient son nom étaient condamnés au feu, 
cf. infra, *p, 3. Il n'y avait sans doute à l'origine aucune sub- 
division, cf. infra, p. 7, note 2; p. 8, n. 1 ; p. 14, n. 2; p. 259, 
n. 1. La plupart des titres ne sont qu'une transcription des pre- 
miers mots qui suivent et parfois coupent mal le raisonnement 
ou résument mal la suite. Le titre de la page 5 n'existait donc pas 
à l'origine, et le lecteur non averti pouvait ne voir qu'un dialogue 
entre Nestorius et Sophronius, imaginé par Héraclide de Damas, 
homme inconnu par ailleurs. C'est ainsi que le manuscrit grec 
de Paris n. 1295 renferme un prétendu dialogue de Nestorius 
et de Cyrille rédigé par un auteur non désigné. 

b) Analyse, — C'est en somme un ouvrage de controverse philo- 
sophique et théologique, où l'histoire ne joue qu'un rôle secondaire : 
Nestorius a reçu les Actes du concile d'Éphèse et il se propose 
de les commenter à son point de vue, en réfutant les accusations, 
en mettant en relief les fautes de procédure et en précisant l'ob- 
jet du litige et ses accusations contre Cyrille (88-290). Il ajoute 
une introduction philosophico-théologique sur les diverses héré- 
sies (5-88) et un appendice sur les conséquences que sa condam- 
nation a entraînées (290-331). 

Dans le corps de l'ouvrage (88-290), il suit l'ordre des Actes* : 
d'abord (88-116) les préliminaires du concile et la question de 
forme : origine de la controverse au sujet de la locution « Mère 
de Dieu » (91-92), mobiles de Cyrille (92-95), lettres de Cyrille 
et de Nestorius, tenue de la première session sans attendre les 
Orientaux ni les légats du pape, sous la présidence de Cyrille qui 
était l'un des accusés ; protestations des autres évêques, du comte 
Candidianus et de l'empereur (95-116); puis viennent, prises dans 
les Actes, les paroles de Pierre, prêtre d'Alexandrie, de Memnon, 
de Cyrille, de Juvénal, de Théodote et d'Acace (116-125) ; à l'oc- 
casion du symbole de Nicée qui a été lu ensuite au concile, Nesto- 



NTRODUCTION XIX 



rius oppose sa manière de le comprendre à celle de Cyrille et con- 
tinue la comparaison de leurs lettres (126-163) ; il cite ensuite 
et commente l'un après l'autre tous les fragments qu'on lui a 
attribués à Ephèse (163-235); il raconte à sa manière comment 
on a forcé la main à l'empereur pour lui faire accepter le fait ac- 
compli (235-259) ; il examine enfin la lettre de Cyrille à Acace 
et, à son occasion, l'accord avec les Orientaux (259-290). 

Dans l'appendice, qui est fort intéressant, Nestorius commente 
la campagne contre Théodore et Diodore, le concile de Flavien, 
la lettre de saint Léon, le conciliabule d' Ephèse (290-332). La 
« prophétie » sur saint Léon qui devra remettre les vases sacrés 
aux mains des barbares (p. 331), annoncée dans le titre, p. 317, 
a sans doute été ajoutée par un copiste du texte grec ou par un 
traducteur. Il n'y a pas d'autre anachronisme et celui-ci est mis 
en évidence par le titre « prophétie ». 

L'introduction (5-81) est divisée en quatre-vingt-treize chapitres 
dont les titres qui figurent à la table, p. 395-400, constituent une 
suffisante analyse. Tout l'ouvrage concorde avec ce qu'on sait par 
ailleurs de Nestorius et du concile d' Ephèse, son authenticité ne 
paraît pas pouvoir être mise en doute. 

c) Histoire. — Le Liçre (THéraclide a été composé en grec par 
Nestorius et terminé en 451. 

La vie de Mar Aba, patriarche nestorien, nous apprend qu'il 
a rapporté de Constantinople « la liturgie et tous les écrits de 
Nestorius ». Cf. Bedjan, Histoire de Mar Jabalaha,,,, Paris, 1895, 
p. 223. Ce voyage se place entre 525 et 533, cf. J. Labourt, Le 
Christianisme dans F empire perse... Paris, 1904, p. 166. Le Lii>re 
d^Héraclide fut traduit sous le patriarche Paul et celui-ci, d'après 
J. Labourt, loc. cit., p. 159, note 5, fut patriarche de 539 à 540, 
cf. infra, ip. 1, note 8. L'avertissement du traducteur syrien dé- 
butait par une dédicace, il semble, d'après le peu qui en reste, 
infra, p. 1-2, qu'elle était adressée à Mar Aba. 

Peu après 540, le moine nestorienBar 'Edtâ (le fils de l'Église) 
l'étudiait par cœur et le récitait ; il disait en effet, d'après son 
biographe : « Mar Abraham m'ayant imposé de réciter les tomes 
de l'Écriture sainte, j'arrivai, au bout de quelques années, à réci- 
ter les deux Testaments comme on récite les psaumes. Je récitai 
aussi par cœur les livres de l'abbé Isaïe, de Marc et de Mar 
Evagrius... et enfin le livre de Mar Nestorius qui est appelé de 
Héraclidos, qui a été traduit récemment de mon temps du grec 



XX NESTORIUS 

en syriaque ; je travaillai sur ce livre durant des années, au 
point de pouvoir réciter à chaque instant toutes les sections 
qui se trouvent dans la Tegourtâ (Heraclidis). » Cf. W. Budge, 
The historiés of Rabban Hormizd and Rabban Bar-Edta, Londres, 
1902, texte, p. 120, et trad. p. 176; A. Scher, Analyse de V histoire de 
Rabban Bar ' Edta, dans la^ Reçue de V Orient chrétien, t. :s.i (1906), 
p. 406; A. Baumstark, dans Oriens christianus, t. m (1903), 
p. 516. 

Peu après cette époque, dans la seconde moitié du vi^ siècle, 
l'historien Évagrius a vu le texte grec des deux derniers ouvrages 
de Nestorius : la Tragédie et le LiVre d^Héraclide ; on reconnaît 
ce dernier dans « l'ouvrage en forme de dialogue, très prolixe, 
au sujet de son exil à l'Oasis, où il raconte tout ce qui a trait 
au concile d'Éphèse. » Évagrius fait de Sophronius un Égyptien, 
probablement parce que le dialogue est censé avoir eu lieu en 
Egypte. Nous résumons tout ce chapitre d' Evagrius qui commente 
plusieurs points du présent ouvrage. 

Comment Nestorius a-t-il été relégué, que lui est-il arrivé ensuite, com- 
ment a-t-il quitté cette vie, quelle punition a-t-il eue pour ses blasphèmes, 
cela n'est pas exposé par ceux qui écrivent l'histoire. Ces choses se sera:ient 
oubliées, auraient été détruites par les temps et on n'en entendrait plus 
parler, si je n'étais pas tombé sur un livre de Nestorius qui renferme l'his- 
toire de ces événements (Tragédie?). Nestorius donc, ce père du blasphè- 
me, qui ne bâtit pas sa maison sur le fondement qui avait été posé, mais 
sur le sable — aussi fut-elle bientôt renversée selon la parole du Seigneur — 
écrivant contre ceux qui l'accusaient d'avoir introduit du nouveau 
qui ne convenait pas et d'avoir demandé à tort la réunion du concile 
d'Ephèse (cf. infra, p. 3, ch. v), fait ainsi à sa manière l'apologie de son pro- 
pre blasphème : il fut conduit de toute nécessité, dit-il, à ce parti, parce que 
la sainte Eglise était divisée en deux : les uns disant qu'il fallait appeler 
Marie « Mère de l'homme » et les autres « Mère de Dieu »; afin que l'un 
ou l'autre des deux ne péchât pas : ou ceux qui mélangent les choses divi- 
nes (à l'humanité, ou ceux qui n'expriment que les choses humaines, et de 
crainte que) s'il adoptait l'un des partis l'autre ne parût condamné, il ima- 
gina le mot de « Mère du Christ » (cf. m/m, p. 91-92). Il ajoute aussi que 
Théodose ne consentit pas d'abord à sa déposition, par bienveillance pour 
lui (cf. infra, p. 242-245), mais qu'ensuite lorsque -certains évêques des deux 
partis eurent été envoyés d'Éphèse auprès de Théodose, il lui fut permis sur 
sa demande de retourner à son monastère situé près des portes d'Antioche. 
Nestorius ne donne pas son nom, mais on dit qu'on l'appelle maintenant 
( monastère) d'Euprépios et nous savons qu'il est en vérité près de la ville, 



INTRODUCTION XXI 

distant de moins de deux stades. Nestorius lui-même dit encore qu'il y 
demeura quatre ans entouré de tout honneur et respect jusqu'au moment 
où il fut relégué à l'Oasis d'après un nouveau décret de Théodose. Mais 
il omet le principal : car (il ne dit pas) qu'au moment où il demeurait là 
(à Antioche), il ne cessa pas ses blasphèmes accoutumés, de sorte que Jean, 
évêque d' Antioche, le fit savoir (à l'empereur )i et que Nestorius fut con- 
damné à l'exil perpétuel. 

Il écrivit encore un autre livre en forme de dialogue adressé à un certain 
Égyptien (Sophronius ?) au sujet de son exil à l'Oasis, dans lequel il ra- 
conte de manière très prolixe ce qui a trait à tout cela {Lwre d'Héraclide). 
Quant aux peines qui lui sont arrivées pour les blasphèmes prononcés par 
lui qui ne pouvait échapper à l'œil qui voit tout, on les apprend par d'au- 
tres lettres qu'il a écrites au gouverneur de la Thébaïde ^... « ...subitement 

1. Voici la version de la légende syriaque de Nestorius : (Le bienheu- 
reux) revint dans son monastère et il y resta ensuite quatre années. Comme il 
avait été élevé à Antioche, toute la ville connaissait sa science ; et de plus, 
étant donné que son monastère était voisin de la ville, les habitants s'y ren- 
daient continuelleitient et goûtaient beaucoup son enseignement. En voyant 
cela, Jeanfut dévoré par la jalousie et il le fit savoir à l'empereur en ces ter- 
mes : « Il n'y a pas une femme pour deux hommes, ce qui veut dire, il n'y a 
pas une ville pour deux, évêques. Si Nestorius reste ici, ordonne donc qu'on 
m'envoie autre part. » Alors l'empereur commanda, à l'instigation de Pulchérie 
sa sœur, d'envoyer (le bienheureux) en exil dans le pays d'Awasa, dans le pays 
des enfants de Cham, ainsi qu'il le fait connaître lui-même : « Nous demeurons 
en vérité au milieu d'un peuple qui n'a pas reçu l'organe de l'odorat. » (Nesto- 
rius) avait été trois ans à Constantinople et quatre ans dans son monastère. M. 
Brière, loc. cit., p. 21. 

2. Evagrius cite la lettre par laquelle Nestorius apprend au gouverneur 
que les Barbares l'ont délivré avec le reste des captifs et qu'il s'est rendu aussi- 
tôt à Panopolis « pour qu'on ne l'accusât pas de vouloir s'enfuir ou d'autre 
chose. » Cf. infra, p. 365-366. Voici le récit que l'on trouve dans la légende sy- 
riaque de Nestorius : « De plus, lorsqu'il se trouvait dans ces lieux, il vint des bar- 
bares avec leur roi, qui firent prisonnière toute cette contrée y compris le bien- 
heureux. Comme ils emmenaient (leurs captifs) et qu'ils s'en retournaient, il se 
présenta une sorte de désert qui les séparait de leur pays ; il n'y tomba point 
d'eau et il n'y avait pas de fleuve. Ils furent donc en proie à la soif et ils 
étaient sur le point de mourir. Alors quelques prisonniers qui connaissaient le 
bienheureux abordèrent le roi et lui dirent : « Il y a ici, parmi tes prisonniers, 
un. homme qui jouit d'un grand crédit auprès de Dieu et, s'il prie Dieu, sa 
prière sera immédiatement exaucée ; tu ne périras pas avec ton armée. » Le roi le 
fit venir et lui dit : « J'ai entendu dire de toi qu'il est possible que par ta prière 
nous échappions à la mort ; car ton Dieu est plein de miséricorde et il ne veut 
pas la mort de l'homme ; prie-le donc maintenant d'exercer sa miséricorde en- 
vers nous en nous conservant la vie. » — « Si tu veux obtenir miséricorde, 
répondit-il, sois toi-même miséricordieux envers les prisonniers que tu as 
laits. » — « Tous les prisonniers, reprit (le roi), sont livrés entre tes mains. » 



XXÎI NEStORIUS 

tu nous as fait partir sans miséricorde pour un quatrième exil... Qu'il 
te suffise, je t'en prie, de ce que tu &§ fàitj et d^âVôii décrété tant d'exils 
contre un seul être. Aj)rè5 les relations qUe Ta Magnificence a faites, aie 
l'humanité, je t'en prie, de permettre que la vérité soit exposée par nous 
aUësi dont c'est la charge, pour la faille conftâîtt'é aUx invincibles empe^ 
reurs. Voilà les conseils que nous te donnons cortinie d'un père à son fils; si 
tu t'irrites, fais encore maintenant comme auparavant ce qui te paraît 
bon, èi aucune parole ne peut l'emporter sur ton parti pris. » 

C'est ainsi que même dans ses lettres, de la main et du pied, il frappait 
et insultait, en blasphétnant, contre l'empire et contre le pouvoir, sans 
avoir été fendu plus ptudent par ce qu'il avait souffert. Pour tooi, j'ai 
lu cettain auteur (Zacharie le scolastique?) écrivant le mode de sa mort 
et disant que sa langue ayant été Uiangée par les vers, il avait passé de 
cette vie- aux supplices plus violents et éternels. Hist. eccl., i, 7, P. G., 
t. Lxxxvi, col. 2433. 

Le Lii^re d^Héraclide a d'ailleurs laissé peu de traces dans la 
littérature nestorienne; nous avons signalé quelques parallélis- 
mes avec les teuvtes de Georges, patriarche nestorien vers 680, 
cf. infra, p. 20, 67, 85. La légende syriaque de Nestorius qui lui 
prête les mots : « Le désert dans sa désolation me réjouit, )) cf. 
M. Brière, loc. cit., p. 24, supra, p. x, fait sans doute allusion aux 
dernières lignes du Lii^re d'Héraclide, infra, p. 331. 

Au XI® ou aU xîi® siècle appartient le manuscrit unique con- 
servé à Kotchanès. 

A la fin du xiii® siècle, Ébedjésu mentionne le Livre d'Héra- 
clide parmi les ouvrages de Nestorius. Ce n'est qu'au xix^ siècle 
que l'on devait s'en occuper à nouveau. 

d) Le manuscrit et V édition. — On ne connaît actuellement qu'un 
seul manuscrit du Livre d'Héraclide qui est conservé chez le pa- 



Alors le bierIheureUx donna l'ordre de se mettre en prière, il pria lui-même et 
demanda à Dieu d'ënVoyer^ dans sa miséricorde, de l'eau pour apaiser la soif 
des barbares, afin de faire connaître et de manifester sa puissancce et afin de 
rendre la liberté aux prisonniers. A l'instant même il jaillit tout à coup 
un grand fleuve ; c'est ainsi que le bienheureux Nestorius fournit une bois- 
s on à de nombreux prisonniers et qu'il opéra leur rachat, et qu'il revint 
dans sa demeure. Quoiqu'il y eût dans la loi. romaine la prescription 
(suivante) : Si quelqu'un est enVbyé en exil et s'il est de là emmené en 
captivité, et si, par ce moyen, il s'enfuit du milieu des captifs, il lui est per- 
mis de rentrer chez lui — il ne rentra pas cependant de cette façon chez lui. » 
M. Brière, loc. cit., p. 22-23. 



INTRODUCTION XXIII 

triarche des nestoriens, à Kotchanès, dans le Kurdistan turc^. 
Cf. P. Bedjan, préface au texte syriaque, p. viii à x. 

Sur ce manuscrit, une copie à été prise en cachette et à la hâte, 
en 1889, par le prêtre Auscha'nâ, pour la bibliothèque des mis- 
sionnaires américains d'Ourmiah, cf. infra, p. 4, note 5. C'est 
de cette copie d'Ourmiah que dérivent toutes les copies, hors 
celle {V) que le P. Bedjan a fait exécuter, partie à Van (prove- 
nant de Kotchanès), partie à Kotchanès même. 

1. Note sur les nestoriens. Les nestoriens sont au nombre d'enviton cent 
soixante mille, dont trente mille dans l'Inde etj-les autres dans les montagnes 
d'Ourmiah et du Kurdistan. Depuis le xv^ siècle, la dignité patriarcale se trans- 
met d'oncle à neveu, elle a été conférée même à des enfants. Ils ne tirent 
pas leur origine de Nestorius qui n'a pas été leur patriarche, disent- 
ils, et n'a pas parlé leur langue ; ils se nomment les orientaux. Ils ont 
toujours été moins éloignés des chalcédoniehs que des jacobites. Au vii^ siè- 
cle, Hnana; et Sahdona se rapprochaient de l'Église grecque. Au xiii^ siè- 
cle, on espérait faire cesser le schisme nestorien lorsque les patriarches 
Sabrischô, en 1247, et Yahbalaha , en 1287, envoyaient des négociateurs 
pour traiter de l'union avec les papes Innocent IV et Nicolas IV. Au xvi^ 
siècle, plusieurs évêques choisirent un patriarche qui se fit consacrer 
patriarche des Chaldéens par le pape Jules III, le 9 avril 1553. Les chal- 
déens, ou nestoriens convertis au catholicisme, seraient au nombre de près de 
quatre-vingt, mille. Cf. J. Labourt, Les schismes de V Église nestorienne, dans le 
Journal asiatique, X^ série, t. xi (1908), p. 227-235; L'Église nestorienne con- 
temporaine, dans la Néa Sion, t. x (1910), Jérusalem, p. 255-261 ; Rei^ue de 
l'Orient chrétien, t. i (1896), p. 453. — Bar Hébraeus, primat jacobite 
d'Orient, a écrit que les nestoriens, lés jacobites et les chalcédoniens ne com- 
battaient que « pour les désignations de l'union » mais « qu'ils pensaient 
également bien au sujet de la Trinité et de la conservation sans mélange 
des natures dont le Christ est corriposé. » Assétnani, Bibl. or., t. ii, p. 291. 
Assématii qui rapporte cette opiiliori la coiilbat, ibid. Le délégué du pa- 
triarche Élie auprès de Paul V « montre avec évidence que le nestorianis- 
me d'aujourd'hui est une hérésie de nom, et qu'on ne les a condamnés que 
parce qu'on ne les entendait point. » Richard Simon, à qui appartiennent 
ces lignes, ajoute : « On trouvera que le nestorianisme d'aujourd'hui n'est 
qu'unehérésie imaginaire et que toute cette diversité de sentiments ne con- 
siste qu'en des équivoques ... les Grecs ont toujours été de grands disputeurs; 
aussi voyons-nous que la plupart des premières hérésies sont nées parmi eux ; et 
le plus souvent leurs disputes n'étaient que de métaphysique et de pures équivo- 
ques, d'bù ils tiraient ensuite des conséquences à leur manière, venant enfin aux 
injures et, par là, les choses devenaient irréconciliables, » Histoire critique des 
dogmes des chrétiens orientaux, TTéyovi:^, lia, ^. 89, 93,95. Renaudot s'élève 
contre le jugement de Richard Simon, Perpétuité de la foi, éd; Migne, t. m, 
col. 1204, car d'autres nestoriens reconnaissent qu'ils s'éloignent beaucoup de 
l'Église romaine^ Ibid., col. 40-55. 



XXIV NESTORIUS 

Sur la copie d'Ourmiah ont été faites 1° une copie pour l'univer- 
sité de Strasbourg par les soins de M. l'abbé H. Goussen, cf. Marty- 
rius Sahdona's Leben und Werke, Leipzig, 1897, p. 15, note 1, et 
l'analyse de A. Baumstark dans Oriens christianus, t. m ( 1903), 
p. 517-520 ; 2° deux copies pour MM. Parry et Jenks, l'un chef 
et l'autre membre de la mission anglaise d'Ourmiah ^. La copie 
de M. Jenks, mise à la disposition de M. Béthune-Baker et tra- 
duite pour lui par l'un de ses amis, a servi de base à son ouvrage 
Nestorius and his Teaching mentionné plus haut ; 3° une copie 
en 1899 pour M. Rendel Harris ; celle-ci doit se trouver mainte- 
nant à Harvard-Collège. Cf. Béthune-Baker, loc. cit., p. xiv-xv. 

Dès 1903, le manuscrit de Strasbourg [S) avait déjà été copié 
et vocalisé par le R. P. Bedjan ^ et M. l'abbé Ermoni commençait, 
sur cette copie, à traduire l'ouvrage en latin ; il s'arrêtait 
d'ailleurs vers le tiers de l'ouvrage et renonçait à continuer. 
Enfin M. Béthune-Baker a prêté gracieusement sa copie (C) au 
R. P. Bedjan qui a donc disposé de trois manuscrits (F, S, C) pou'r 
son édition, comme on le verra sur le schéma ci- joint : 

Kotchanès 



Ourmiah 



Strasbourg Bethune-Baker Van 

(S) [C) (F) 

e) La traduction française. — C'est en avril 1909 que le R. P. Bed- 
jan m'a demandé de traduire le Livre d^Héraclide sur les bonnes 
feuilles de son édition. M. Maurice Brière m'a rendu le service de 
traduire les pages 32 à 125 de l'édition, infra, p. 19-81 ^. Dii" 5 

1. En sus do la mission américaine fondée à Ourmiah, en 1836, pour rattacher 
les nestoriens à l'égHse presbytérienne, il y a une mission anglaise envoyée, il 
y a une vingtaine d'années, par l'archevêque de Cantorbéry, à la demande 
du patriarche nestorien. 

2. Il en avait déjà édité quelques fragments en 1901, à la fin du Liber su_ 
perioriim, p. 649-652. Ce sont les passages dans lesquels Nestorius loue saint 
Léon. 

3. M. l'abbé M. Brière, déjà mentionné plusieurs fois, qui a été l'un de nos 
plus brillants élèves de mathématiques, n'a pas prétexté non plus le fatigant 
professorat des sciences pour passer l'éponge sur ses études antérieures. Il 



INTRODUCTION XXV 

au 14 octobre 1909, j'ai lu toute la traduction au R. P. Bedjan 
et j'ai profité des corrections et des conseils qu'a bien voulu m'indi- 
quer et me donner l'éminent orientaliste, le doyen des syriacisants. 
J'ai terminé les annotations et remis le manuscrit aux éditeurs 
le 2 novembre. M. l'abbé Brière m'a encore rendu le service 
de m'aider dans la correction des placards, de février à juin 1910, 
et de comparer toute ma traduction au texte syriaque. Je remercie 
encore mon frère, Alfred Nau, qui a lu les épreuves en pages, et 
les éditeurs qui ont donné tous leurs soins à cette édition. 

La version syriaque renferme des passages obscurs; la compa- 
raison au texte grec, lorsqu'il est conservé, montre en effet quel- 
ques fautes de traduction et beaucoup de fautes de copistes, cf. 
p. 166, n. 3; p. 169, n. 5 à 9; p. 171, n. 5, etc., etc. ^. Il est probable 
qu'il existe autant de fautes dans les endroits où nous ne dispo- 
sons pas du texte* original pour corriger le syriaque, nous avons 
donc laissé subsister l'obscurité de la version syriaque dans les 
quelques endroits où la suite des idées n'indiquait pas clairement 
la correction à faire, afin de ne pas remplacer la traduction par 
une interprétation. La plupart des corrections que nous avons pro- 
posées à l'édition ont été acceptées par le R. P. Bedjan et impri- 
mées aux errata du texte, nous les indiquons cependant encore dans 
les notes de notre traduction. Nous croyons du moins, qu'en dehors 
des mots et des lignes illisibles, le manuscrit présente peu de la- 
cunes, mais plutôt qu'elques interversions. Le R. P. Bedjan a 
déjà signalé l'interversion des deux premiers feuillets, cf. Introduc- 
tion au texte syriaque^ p. x ; nous lui avons signalé celle des pages 
137 à 146 du texte syriaque, cf. les errata du texte, p. 634 et infra, 
p. 88, note l,et 170, note 1. Il n'est pas impossible qu'il y ait en- 
core une interversion dans la discussion des lettres et du symbole. 
Les Kurdes ^ semblent surtout avoir bouleversé les feuilles du 
manuscrit, cf. infra, p. 169-170, la première partie, qui renferme 93 

continue à leur consacrer le meilleur de ses loisirs et de ses vacances et pré- 
pare, pour la Patrologia orientalis, l'édition des Homilise cathédrales de Sévère 
d'Antioche. 

1. Cf. p. 261, n. 5; 263, n. 1, 3, 5; 264, n. 2 ; 265, n. 2-5; 267, n. 1, 2 ; 278, 
n. 3-5; 290, n. 3-5 etc. Lire infra, p. 4, lig. 16-23. 

2. En 1843 et 1846, les Kurdes de . Bader-Khan-Bey ont massacré plus de dix 
mille nestoriens. Osman pacha imposa aux Kurdes la suzeraineté de la Porte 
et s'empara, en 1847, de Bader-Khan-Bey qui fut exilé à Candie où il mourut en 
1890. Cf. Revue de V Orient chrétien, t. v (1900), p. 649-653. 



XXVI NESTORIUS 

chapitres numérotés, a pu être remise en ordre, mais il n'en a 
pas été de même de la fin. C'est là une hypothèse. 

Nous traduisons kîanâ et ses dérivés par « nature » , « naturel » , 
«naturellement»; qenoumâ et ses dérivés par« hypostase», « hypo- 
statique»; nous nous bornons à transcrire le mot prosôpon (per- 
sonne). Nous donnons en général, au bas des pages, les mots grecs 
qui ont été conservés par le traducteur syrien ; nous indiquons 
rarement le mot grec non conservé qui correspond au syriaque, 
mais nous avons transcrit en notes un certain nombre de textes 
grecs qui .permettront de faire cette comparaison. Nous avons 
écrit plusieurs fois que le traducteur syrien a été influencé par la 
Peschitto, lorsqu'il traduit les textes du Nouveau Testament; on 
peut encore rendre compte des points de contact en supposant 
que le texte grec utilisé par Nestorius était le texte antiochénien 
qui a servi aussi à constituer la Peschitto. 

2° Les trois homélies grecques. — Jusqu'ici on ne possédait 
de Nestorius que le texte grec d'une homélie. Loofs, loc. cit., p. 231- 
242, etP.G.,t, Lxvi, col. 480 à 492, qui est d'allure dogmatique. 
Les trois homélies sur les tentations de Notre-Seigiiéut'j prononcées 
sans préoccupations dogmatiques, sont le type des homélies fa- 
milières « qu'il prononçait au moment de la communion », la re- 
cherche des mots, l'ingéniosité des pensées et surtout la caderiCe 
du style nous font comprendre pourquoi beaucoup ne venaient 
à l'église que poUr l'entendre. Cf. infra, p. 364. Voir l'introduc- 
tion particulière à ces homélies, p. 335-337. M. l'abbé J. Bousquet, 
vicé^recteur de l'Institut catholique deParis,hous a rendu le service 
de life la dernière épreuve du texte grec. Nous avons signalé 
aussi leur version syriaque ^. 

3° La lettre aux habitants de Constantinoplè. — Lorsqu'on 
ne connaissait que deux fragments de cette lettre et que le Livre 



1. M. E. W. Brooks, qui a bien voulu examiner le manuscrit de Londfes (cf. 
infra, p. 336), a constaté des ressemblances entre le syriaque et nos trois 
homélies mais, surtout pour la seconde, le syriaque est plutôt une paraphrase 
qu'une traduction. Il n'est pas impossible que le syriaque à son tour ait été tra- 
duit en àràbe et eh arttiénieri. Signalons du inoins, dans le MàhiiëéHt âfméiiiên 
de Paris li. 110, fol. 213-215, l'homélie de saint Jean Chrysostôme « siir les 
tentations du Christ ». 



INTRODUCTION XXVII 

d'Héraclide était inconnu, on la croyait apocryphe ; nous dirons 
pourquoi elle nous paraît authentique. Cf. infra, p. 376 ^. 

IV. La lettre a Cosmé et les pRESÉNts envoyés a Constan- 
TiNOPLÈ ont été ajoutés par nous comme des documents peu con- 
nus qui commentent plusieurs parties du LiVre d'Héraclide. Voir 
leurs introductions particulières, infra, p. 361-362 et 367-368. 



Rappelons que le LiVre d'Héraclide a été appelé à bon droit 
V Apologie de Nestorius. Nous avons traduit ses paroles sans com- 
mentaire, nous avons même ajouté les vertus et les prodiges que 
lui prêtent ses amis, avec les hôtes et les additions qui pou- 
vaient mettte en relief ce qu'il y a de fondé dans ses assertions 
dont nous ne pt-enotts pas d'ailleurs la responsabilité. 

On pourra discuter la forme du concile d'Éphèse, on pourra 
regretter que le 'litige n'ait pas été solutionné plus vite et ait 
duré jusqu'à Chalcédoine, mais ces imperfections tiennent à la 
nature humaine qui est mauvaise; nous les retrouvons dans tout 
le cours de l'histoire. Il reste certain que la présente apologie de 
Nestorius demanderait, comme contre-partie, une apologie de 
saint Cyrille ^. Il serait facile de montrer, avec les historiens, que 
Nestorius était bavard, ignorant, brouillon, despote, orgueilleux. 



1. Après avoir lu le Lwre d'Héraclide, nous ne nous étonnerons plus de 
voir Nestorius proclamer son accord avec saint Léon, C'est encore d'ailleurs 
l'avis de Sévère d'Achmounaïn (x^ siècle ) : « Léon est d'accord avec Nes- 
torius au sujet de la manière dont l'union s'est faite dans le Christ, » Patrol. 
or., t. VI, fasc. 4, p. 102 ; « Léon va même plus loin que Nestorius, car Nes- 
torius n'a pas osé dire qu'ils sont deux, l'un qui accomplit les miracles, l'autre 
qui subit les souffrances. « Ibid., p. 103, « Ne voyez-vous pas que Léon est, mot 
pour mot, d'accord avec Nestorius ?» Ibid., p. 104. Les nestoriens disent aussi 
que bien des évêques, lorsqu'ils anathématisaient Nestorius à Chalcédoine, n'a- 
vaient pas d'autre but que « de faire marcher les affaires », cf. Histoire nes- 
torienne, dans Patr. or., t. vu, p. 104 ; mais saint Léon et tout le concile de 
Chalcédoine de leur côté ont proclamé leur « désaccord » avec Nestorius. Il y 
a accord au sujet de « deux natures », mais pas au delà. 

2. Voir l'ensemble de la question dans une histoire ; par exemple dans les 
662 pages consacrées par dom Leclercq aux problèmes soulevés et résolus 
autour de Nestorius, depuis Éphèse jusqu'à Chalcédoine. Histoire des conciles, 
par C. J. Hefele, traduction française (Letouzey et Ané), Paris, 1908, tome ii, 
p. 219-880. 



XXVIII NESTORIUS 

Nous avons enregistré, avec grande complaisance, les louanges 
qu'il se donne pour le dogme des deux natures, car il est ici un 
des témoins de la tradition catholique, mais il ne faut pas oublier 
que les deux natures entraînent chez lui deux hypostases distinctes 
et deux personnes (prosôpons) unies en une par simple prêt et échange. 
Il est donc certain que, même après la présente apologie, il au- 
rait été condamné comme hérétique. Ce dernier point a été très 
bien mis en relief, dans la Préface au texte syriaque, par le 
R. P. Bedjan, avec qui nous sommes ainsi en complet accord. 

Il nous, reste encore à remercier le savant éditeur du texte sy- 
riaque, le R. P. Bedjan, de nous avoir rendu Nestorius. C'est 
grâce à son travail laborieux et désintéressé que les historiens et 
les théologiens pourront se rendre compte des qualités, des dé- 
fauts, et surtout des tendances et des erreurs du célèbre héré- 
siarque. C'est grâce à lui encore que la présente traduction a été 
faite et mettra Nestorius à la portée de tous les lecteurs. 

F. Nau. 
.Paris, le 29 août 1910. 




SIGLES ET RENVOIS 



C, S, V, désignent les trois manuscrits de Cambridge (Béthune 
Baker), de Strasbourg et de Van, dont le R. P. Bedjan s'est servi 
pour son édition. 

Labbe, désigne l'édition des Conciles, Paris, 1671. Presque tous 
les renvois visent le tome m qui renferme les documents relatifs 
au concile d'Ephèse. Vers la fin seulement, p. 301 sq., on trouve 
quelques renvois au tome iv (concile de Chalcédoine). 

Loofs, désigne le recueil de tous les fragments de Nestorius 
alors connus, intitulé Nestoriana, Halle-a.-S., 1905. 

Lupus, désigne l'édition princeps du Synodicon Casinense, cf. 
infra, p. 367, note 1. A la table des citations p. 393-394, nous 
ajouterons la concordance de Labbe et Lupus avec les conciles 
de Mansi et avec les Patrologies de Migne, 

Patr. Or., désigne la Patrologia orientalis, GrafTm-Nau, t. i- 
VII, Paris, librairie Firmin-Didot. 

Nous indiquons entre crochets la pagination de l'édition du 
R. P. Bedjan. — Les mots entre crochets [ ] sont des restitutions et 
les mots entre parenthèses ( ) sont des explications ou des addi- 
tions. 



LE LIVRE 

D'HÉRACLIDE DE DAMAS 



LIVRE INTITULÉ 
TRAITÉ^ D'HÉRACLIDE DE DAMAS^ 

ÉCRIT PAR MAR3 NESTORIUS 



(AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR SYRIEN^) 

...^ Vous avez affronté les fatigues d'un long voyage de l'orient à l'occident 
pour éclairer les âmes enfoncées dans les ténèbres de l'erreur égyptienne^ 
et égarées dans la fumée des blasphèmes d' Apollinaire, mais les hommes 
ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que les yeux de leurs intelligences 
[étaient obscurcis] par des préventions personnelles '^ ... ils n'ont pas obéi, 
ont été convaincus d'erreur et dévoilés (en public). 

C'est avec une ferme confiance dans la puissance de votre prière que 
Mofi Humilité s'apprête à traduire ce livre du grec en syriaque ^; c'est donc 

1. 7rpay[xaT£ta. Ce mot signifie à la fois « étude ou traité », et « commerce »; 
le syriaque traduit ce dernier sens. Cf. F. Nau, Note sur le titre : Tegoiwtâ Heracli- 
dis, dans Revue de V Orient chrétien, 1909, p. 208-209. Ajoutons qu'une citation 
de Nestorius est aussi introduite par la locution : tou aùrou iv. ttjç aÙTf,ç upay- 
i;.aTîtaç, « du même traité », Loofs, Nestoriana, Halle am S., 1905; p. 65 et 224, 
et qu'aujourd'hui encore le « traité sur les récépissés et warrants » d'Élie 
Anastasiadou, publié à Athènes, 1907, a pour titre : 7cpaY[j,aT£ia Tcspl... 

2. D'où le titre grec semble avoir été : rJpaY[xar£ta 'lïpa/.Xsîôou AaîAaaxvivoj, 
et peut se traduire : « Traité d'Héraclide de Damas » ou« Livre ». 

3. Titre fréquemment usité chez les Syriens, intermédiaire entre « seigneur » 
et « saint ». 

4. Les mots entre parenthèses sont ajoutés par l'éditeur ou par nous pour 
compléter ou pour expliquer le texte. 

5. Le texte porte quelques mots auparavant : « (dans sa carrière) apostolique 
il a été connu et a brillé dans les travaux de l'esprit [Roukh et non deri] : que 
votre zèle... et dans votre plénitude... des rois terrestres : » 

6. Allusion à saint Cyrille et à sa doctrine. 

7. Le texte porte, encore ici, quelques mots isolés : «... pour votre éclat... seule- 
ment les ténèbres... l'ont atteint. Mais au contraire, bien que... ils ont été absor- 
bés. » 

8. D'après Ébedjésu, évêque de Nisibe de 1290 à 1318, le présent ouvrage 
aurait été traduit « au temps de Paul », patriarche nestorien de 539 à 540. Dans 
ce cas, les premières lignes — si elles ne s'appliquent pas à Nestorius — pourraient 

Nestorius — 1 



2 AVERTISSEMENT 

avec l'espoir du secours du Dieu vivant placé sur ma langue et affermi 
dans mes pensées que je commence par écrire huit chapitres pour faire 
connaître l'esprit du livre. 

I. But du Iwre. Voici le but que s'est proposé l'auteur de ce livre: Beau- 
coup, (entraînés) par la foule et par l'amour des richesses, sont tombés avec 
inintelligence et sans examen dans la fosse de la prévention, par la haine 
et par l'attachement aux personnes ^... ils ont mérité ce qui a été écrit par 
le prophète : Malheur à ceux qui appellent le mal bien ^ ; le bienheureux Mar 
Nestorius [3] (s'est donc proposé) d'écrire ce livre pour être un remède qui 
guérisse les âmes affligées de ce scandale et submergées dans les profondeurs 
de l'iniquité. Grand en effet — pour dire vrai — était le schisme introduit 
par le démon dans le corps chrétien de la sainte Eglise, au point de tromper, 
si c'était possible, même les élus ^.Ce remède était donc absolument nécessaire 
pour corriger et guérir la maladie de leurs esprits. Voilà le but du livre. 

II. Son utilité. Je pense qu'avant de commencer, le but (poursuivi) a déjà 
montré au lecteur l'utilité spirituelle de ce livre. D'après la condamnation 
portée contre les oppresseurs qui condamnent le juste et innocentent le 
coupable *, il éclaire les yeux de nos âmes sur l'incarnation^ qui est vraiment 
la théorie ^ principale sur la divinité et de la divinité ; par là en effet, 
nous sommes éloignés des blasphèmes contre la nature divine et contre 
l'économie (de l'Incarnation) et nous sommes conduits à la science, grâce 
aux nombreuses miséricordes (divines). Pour ne pas allonger notre dis- 
cours sur les grands avantages que nous recueillons de ce livre, il nous suffit 
de dire brièvement : Il arrache les épines et il y fait pousser la semence '^. 

IIL... Beaucoup ont écrit sur le mode de l'union (des natures dans le 
Christ), mais aucun de ceux-là n'a pu éclaicir cette recherche et l'établir en 
toute vérité, car les uns ont aimé à séparer beaucoup, tandis que d'autres ont 



s'appliquer au patriarche nestorien Mar Aba, successeur de Paul de 540 à 552, 
qui avait séjourné à Constantinople, entre 525 et 533. D'ailleurs Mar Aba est l'un 
des traducteurs de la liturgie de Nestorius, il aurait traduit Théodore de Mop- 
sueste et rapporté de Constantinople» la liturgie et tous les écrits de Nestorius, » 
Bedjan, Histoire de Mar Jahalaha, Paris, 1895, p. 223, note 1, et l'on comprend 
qu'il ait fait traduire ensuite le Liyre d'Héraclide et qu'il en ait accepté la dédi- 
cace. Cf. Bedjan (texte syriaque), p. 2, note 3, et J. Labourt, Le christianisme 
dans l'empire perse, Paris, 1904, p. 166, 159, note 5; 169, note 4; 354. 

1. Le texte ajoute : « c'est pour cela qu'ils ne... » 

2. Isaïe, V, 20. 

3. Matth., XXIV, 24. 

4. Cf. Isaïe, v, 23. 

5. Litt. : sur « la science de l'économie du Christ ». L'auteur emploie très sou- 
vent le mot « économie » pour « incarnation », comme on le verra. 

6. &i(>t ÇtioL. 

Cf. Luc, VIII, 7 



DU TRADUCTEUR SYRIEN à 

tenté d'unir sans intelligence ; mais ce bienheureux (Nestorius) nous a 
livré à ce sujet, avec certitude, la science qui convient. 

IV. Cause de la dénomination (du livre). Il est appelé traité d'Héraclide. 
Il est évident que c'est un traité de science spirituelle, mais quel était cet 
Héraclide, ce n'est pas clair. Ceci mérite d'être éclairci, ô lecteur : Héraclide 
était un homme remarquable par sa conduite et par sa science, qui demeu- 
rait aux environs de Damas. En sus de son excellence dans ces deux choses 
(conduite et science), il fut encore célèbre devant l'empire (le pouvoir impé- 
rial) à cause de sa franchise et de la vérité de ses paroles. Comme il était 
au-dessus de toutes les passions qui éloignent de la vérité, et qu'il agissait 
toujours sans faire acception de personne, il parut bon à l'auteur de mettre 
son nom sur le titre du livre ^. Il craignait en effet que son propre nom, 
abhorré de beaucoup, ne [4] les empêchât de le lire et de se tourner vers 
la vérité qu'il [le livre] établissait comme un juge, entre lui et l'impie Cyrille 
parlant et répondant... 

V... comme l'incarnation et les autres controverses sur la foi. Le quatriè- 
me (genre de littérature) est l'histoire. Le présent livre appartient au 
troisième genre, c'est-à-.dire aux controverses sur la foi; il doit être lu après 
ces deux autres livres faits par le saint, à savoir : Théopasqitos^ et Tragsedia ^ 
qu'il a écrits comme une apologie contre ceux qui le blâmaient d'avoir 
demandé un concile. 



1. Il semble bien que le traducteur ne sait rien d'Héraclide. Ajoutons du moins 
que ce nom était alors fréquent et que trois évêques, partisans de Cyrille, le por- 
taient à Éphèse (changé quelquefois en Héraclius et Héraclitus). Ce sont les évê- 
ques de Thynis (Ptolémaïs), d'Héraclée supérieure et de Tamiathis ou Damiette, 
tous égyptiens. Labbe, Concilia, t. m, col. 542-544, 693-694. Il est peu probable ce- 
pendant que l'évêque égyptien de Damiette soit le prête-nom de Nestorius et que 
« Damiette» ait été changé en « Damas» par un transcripteur ou par le traducteur. 

Rappelons encore qu'Héraclide est le nom de l'évêque d'Éphèse, ancien moine 
de Scété, ordonné par saint Jean Chrysostome et persécuté par Théophile 
d'Alexandrie, puis condamné, bien qu'absent, au concile du Chêne en 401, et em- 
prisonné durant quatre ans à Nicomédie. Nestorius pouvait songer à compa- 
rer leur commun sort et à mettre ses doléances sous le couvert du nom de cet 
Héraclide. — D'ailleurs Héraclide est encore le nom du disciple de saint Paul, 
premier évêque de Tamassos (écrit aussi Taraascos), en Chypre. Cf. Recrue de 
l'Orient chrétien, t. xii (1907), p. 125. — C'était donc là un nom très connu. 

2. Le syriaque porte Théopasliqos, mais cette interversion est fréquente pour 
©eoTraa/txat. Cf. Payne Smith, Thésaurus syriacus, t. ii, col. 4367. 

3. Il ne reste que peu de fragments de ces deux ouvrages. Ils ont été recueillis 
par Loofs, Nestoriana, Halle a. S., 1905j p. 203-211. La tragédie était donc une 
apologie historique. C'est le titre de l'ouvrage composé par Irénée de Tyr en 
faveur de Nestorius et le qualificatif donné par Théodoret au concile d'Éphèse 
Lupus, n. 108, p. 59. 



4 AVERTISSEMENT 

VI. En combien de parties est-il dif^isé ? Il y a d'abord une partie ^ où il 
est question de toutes les hérésies contre l'Eglise et de tous les schismes 
contre la foi, des trois cent dix-huit (Pères deNicée) ; il y combat vigoureuse- 
ment les plus célèbres. Dans la seconde partie il attaque ^ Cyrille, il place 
d'abord la question des juges et les accusations de Cyrille. La troisième 
partie contient sa réponse et la comparaison de leurs lettres ; là se termine 
le premier livre. Le second livre est divisé en deux parties : la réfutation 
et la solution des accusations pour lesquelles il fut anathématisé, et une 
seconde partie (renfermant l'histoire) depuis le moment où il fut anathé- 
matisé jusqu'à la fin de sa vie. 

VIL Farme littéraire du li^re. La forme littéraire du livre est ... et la 
collection... 

VIII. Sous quel ^ [genre classer ce livre], La plupart du temps, c'est un 
livre de théorie *, puisqu'il nous enseigne la science complète de l'Incar- 
nation ^. 

Arrêtons là notre discours [5] et arrivons au corps du livre. Nous deman- 
dons à ceux qui trouveront notre écrit de ne pas nous reprocher, comme 
des censeurs, les fautes qui peuvent exister dans l'agencement des phrases, 
mais de montrer une prompte (bonne) volonté et de corriger ce qui manque. 
Si l'uiî est d'un avis contraire au nôtre, il nous suffira de la prière de ceux 
qui ne souffrent pas de cette maladie ; qu'ils disent ce qu'ils veulent ^, en 
sachant que nous n'avons rien inventé; le traducteur ne mérite aucun 
blâme '^. 

1. Le mot syriaque [mêmrâ] désigne aussi bien un traité et une homélie; mais 
le traducteur semble dire que l'ouvrage est divisé en deux livres subdivisés res- 
pectivement en trois parties et en deux. Ces divisions ne sont pas indiquées ex- 
plicitement dans le texte. Nous les avons rétablies entre crochets dans la tra- 
duction. 

2. Litt. : « il se décharge contre. » 

3. Lire Aîdâ au lieu de 'îdâ. 

4. ©ewpt'a. 

5. Litt. : « de l'économie qui concerne Notre-Seigneur le Christ. » 

Le ms. S porte ici en marge une note du prêtre Auscha'nâ, qui a transcrit le 
ms. d'Ourmiah sur celui de Kotchanès ; il nous apprend que le ms. de Kotcha- 
nès est usé par endroits, qu'il y manque des feuillets et qu'il n'y a pas de points. 
Il laisse en blanc les passages usés, il laisse une feuille blanche aux endroits où 
il y a des lacunes, et il ajoute tous les points voyelles. Il nous prie — parce qu'il 
a ajouté les points au courant de la plume et non à la suite d'une lecture attentive 
— de les changer, si le sens l'exige. 

6. Litt. : « eux, qu'ils abondent dans leur manière de voir. » 

7. Litt. : « le traducteur reste innocent du blâme. » 



Commencement ^ du liçre, c'est-à-dire : ici commence le traité 
du saint. 



LIVRE 
DE SAINT MAR NESTORIUS 

PATRIARCHE DE CONSTANTINOPLE 

ET SA RÈGLE D^ORTHODOXIE 

[I, i. Hérésies et schismes.] 

Préface. Or il convient, à, mon avis, à celui qui voudra recher- 
cher la vérité en toute diligence, de ne pas composer son discours 
avec des idées préconçues, mais de produire (d'abord) tout ce qui 
est opposé à la vérité et de le discuter. Ainsi, c'est par comparai- 
son de l'un avec l'autre que ceux qui connaissent l'or, montrent la 
différence de l'or bon et de celui qui l'est moins, aux yeux de ceux 
qui veulent prendre l'alliage comme (l'or) pur et même de préfé- 
rence à (l'or) pur. Beaucoup, en effet, choisissent les maux à la 
place des biens et le mensonge à la place de la vérité, parce que 
les deux choses leur sont égales et qu'ils préfèrent lutter entre eux 
et vaincre, plutôt qu'établir la vérité. Comme divers (hommes) 
professent diverses (opinions) sur le Christ et ne s'accordent que 
sur son nom [11] tandis que d'autres discutent même sur son nom, 
il nous semble bon d'exposer d'abord l'opinion de chacune des 
hérésies au sujet du Christ, afin que la véritable foi soit connue 
par la comparaison des hérésies et que nous ne chancelions pas 
pour tomber dans les unes ou dans les autres, comme ceux qui ne 
voient pas. 

1. Pourquoi les païens ne disent-ils pas que le Christ est Dieu ? 
Les païens ne consentent pas à donner au Christ le nom de Dieu 



1. Dans l'édition on trouve auparavant, p. 5 : « Le traité d'Héraclide de Da- 
mas; il y a 93 chapitres dans la première partie, » viennent ensuite les titres de 
ces chapitres, p. 5-10; on les trouvera à la table. Nous ne les répétons pas ici, 
pour ne pas faire double emploi; d'autant, comme nous le dirons, que ces titres 
semblent avoir été ajoutés par le traducteur. 



6 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

à cause de (ses) souffrances corporelles, de la croix et de (sa) mort 
et ils disent que les prodiges étaient trompeurs. On ne leur donne 
pas des noms différents, car, bien qu'il y ait plusieurs sectes parmi 
eux, tous sont païens. 

2. Pourquoi les juifs ne le reconnaissent-ils pas pour le Christ P 
Les juifs ne le reconnaissent pas pour le Christ à cause de la croix 
et de (sa) mort, parce qu'ils s'attendent à recevoir le Christ 
avec grande gloire et puissance. 

3. Pourquoi les manichéens n^ admettent- ils pas que le Christ est 
homme aussi par nature et {le croient-ils) seulement Dieu? 

Les manichéens et tous ceux qui en dérivent disent qu'il n'est 
pas homme, mais seulement Dieu,[12] à cause des prodiges. Quant 
à ses (propriétés) humaines, ils les placent dans l'apparence, dans 
l'imagination et non dans la nature. 

4. Pourquoi les pauliniens et les photiniens professent-ils que 
Notre- Seigneur le Christ nest quun homme et non quHl est aussi 
Dieu ? 

Les pauliniens disent qu'il n'est pas Dieu, mais seulement homme, 
à cause de sa naissance et de sa mort; ils lui attribuent des prodiges 
comme à l'un des saints. 

5. Pourquoi les ariens ^ ne reconnaissent-ils pas le Christ comme 
un Dieu parfait et indépendant, ni non plus comme un homme, 
mais comme un demi-dieu et un demi-homme P 

Les ariens le confessent un demi-dieu et un demi-homme avec 
un corps non animé et une divinité créée : ils le font inférieur aux 
hommes lorsqu'ils disent qu'il n'a pas d'âme, et ils le font inférieur 
à Dieu lorsqu'ils ne le disent pas incréé et indépendant. Quant 
à l'Incarnation, à (sa) naissance d'une femme et à la mort, 
dans (ces) choses humaines, ils pensent qu'il est devenu Dieu. 
Ils mêlent ses propriétés divines aux propriétés humaines : ils 
placent son incarnation non en son pouvoir, mais (imposée) par 

1. Les précédentes hérésies : manichéens, pauliniens, photiniens, ariens, se re- 
trouveront très fréquemment (avec les apollinaristes) dans cet ouvrage. On re- 
marquera qu'elles figurent souvent aussi dans les fragments gréco-latins de Nes- 
torius. Voir la table de Loofs aux mots Apollinarios, Arius, Manichsei,Paulus von 
Samosata, Photin von Sirmium. 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 7 

un ordre obligatoire, en disant que l'union avec la chair a abouti 
à une nature, et non pas comme [13] à l'usage du prosôpon de 
l'économie (divine) à notre égard, mais de même que l'âme avec 
le corps sont reliés en une nature et qu'elle souffre sensiblement 
bon gré mal gré les afflictions du corps, bien qu'en réalité elle n'eût 
pas de quoi les recevoir, puisqu'elle n'a pas de corps par lequel 
elle pût souffrir; ils disent de même que Dieu ne formait qu'une 
nature avec le corps et souffrait de (toute) nécessité, bon gré mal 
gré, les passions de cette nature qu'il était devenu, comme s'il 
n'était pas de la nature impassible et indépendante du Père. Et ils 
disent cela pour ne pas même le montrer puissant et domina- 
teur; de la sorte, l'ordre qu'il reçut est une punition et cette puni- 
tion, qui était dans sa nature, ne put être évitée : il devait malgré 
lui souffrir les afflictions du corps par une sensibilité naturelle ; 
il eut faim et soif, il fut fatigué, il craignit, il s'enfuit et il mourut; 
il ressuscita non par sa nature, mais par la puissance et par la vertu 
du Père. En un mot tout ce qui appartenait à la nature passible 
qu'il s'était faite, ils disent qu'il l'a supporté naturellement. 

6. Quelles sont les sectes qui adhèrent aux manichéens P 

...Au milieu de celles-là sortirent des hérésies, quelques-unes 
des manichéens, d'autres des pauliniens. 

7. Et quelles sont celles qui adhèrent aux ariens ^... ? 

[14] 8. Quelles sont leurs différences et leurs ressemblances ? 
Elles diffèrent... 

9. Pourquoi na-t-il pas écrit^ les (noms des) chefs de ces sectes^ 
mais seulement leurs dogmes ^ ? 

Nous avons voulu nous abstenir de mettre les noms de leurs 
fauteurs, de crainte, si nous commencions par nous attacher aux 
noms, d'allonger notre discours, ou d'être amené à omettre quel- 
que recherche. 

10. Quelles sont les paroles de ceux qui disent que Dieu le Verbe 
s'est fait chair par [sa) nature sans açoir pris un corps ? 

1. C, S portent en marge la note suivante : « La réponse à la septième question 
n'était pas dans le manuscrit et sa place n'y était même pas laissée. » 

2. Si le titre était de Nestorius, il porterait : « Pourquoi n'ai-je pas écrit ?» 
C'est un indice de plus pour montrer que les titres sont postérieurs. 

3. SoyjJLa. 



8 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

Ils accusent ^ les manichéens, d'après lesquels le corps de Notre- 
Seigneur le Christ n'est pas une nature en vérité, mais une appa- 
rence^ et un fantôme ; quant aux prodiges en général, ils les rappor- 
tent à Dieu seul, ou parce qu'il n'était pas possible, ou parce qu'il 
ne convenait pas qu'ils eussent lieu par le corps. 

SoPHRONius ^. C'est à la nature toute-puissante et illimitée 
qu'il appartient de pouvoir tout faire; toutes les autres choses sont 
donc limitées par sa volonté et elle n'est limitée par rien. Elle peut 
donc faire, en tant que Dieu, ce qui ne peut pas être fait par un 
autre. Ellp ne peut pas être produite par une nature ou par une 
cause supérieure à elle, qui lui donne [15 1 et d'être Dieu et de ne 
pas l'être; c'est pourquoi ils redoutent de reconnaître que la chair 
existait en vérité, de crainte qu'en disant cela, ils n'admettent 
que Dieu est Fils. Ils disent : « Comment cela pourrait-il avoir lieu, 
lorsque nous confessons que le corps lui-même est Dieu, car 
même celui qui paraît être chair est la nature de Dieu, c'est le 
même et non un autre. » 

11. Comme Veau qui se change en glace le fait dans sa nature : elle 
devient ce 'qu elle n était pas sans le receçoir de V extérieur; de même, 
disent ceux-là, Dieu le Verbe était corps s.ans prendre le corps du 
dehors *. 



1. Mieux vaudrait mechalmin, « ils adhèrent aux manichéens » ; cf. supra, 
chap, III, ou bien rattacher cette phrase à la précédente (en supprimant le 
titre) : «mais (nous) attaquons les manichéens (en général), qui disent... » 

2. Correspond à o6y.-/]<7'.ç. 

3. Le syriaque porte Sôfrônîôs. Le scribe du ms. C, en changeant les voyelles, 
a conduit M. Béthune-Baker à lire Sôpéryanos. Cf. The Bazaar of Heraclides, 
p. 31. Ce Sophronius parle [p. 161], comme s'il était un des évêques hos- 
tiles à Nestorius réunis à Éphèse. Ce nom ne figure pas dans les souscriptions 
de ce concile, mais du moins il était fréquent à cette époque. Citons Sophronius, 
évêque de Telia, neveu d'Ibas, qui a été déposé, comme nestorien, au conciliabule 
d'Éphèse. Les actes de cette déposition sont conservés en syriaque. Cf. S. G. F. 
Perry, The second synod of Ephesus, Dartford, 1877 (traduction), p. 188, et Oxford, 
1875 (texte), p. 119. Cf. Chronique d' Édesse, dans Assémani, Bibl. or., 1. 1, p. 202. 
Plus tard Sophronius assista au concile de Chalcédoine, mais, à la viii^ session, on 
lui demanda d'anathématiser nommément Nestorius et Eutychès. Cf. Labbe, Con- 
cilia t. IV, col. 623 d. — A Chalcédoine encore, un laïque égyptien nommé Sophro- 
nius est l'un de accusateurs de Dioscore. Labbe, Concilia, t. iv, col. 411. 

4. Ce titre et le suivant coupent inutilement l'argumentation de Sophro- 
nius, lequel veut montrer, par deux comparaisons, que le Christ pouvait agir 
comme homme sans prendre un corps humain. 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 9 

Comme les eaux liquides et courantes, lorsqu'elles sont gelées et 
solidifiées, nous ne disons rien (autre) sinon que ce sont des eaux 
congelées ; de même, t)ieu est devenu chair en vérité bien qu'il fût 
(toujours) Dieu par sa nature. Il était en tout et il agissait comme 
Dieu. Quant aux (opérations) de la chair, il les faisait aussi en 
vérité; il souffrait aussi comme la chair, il est devenu chair dans le 
sein (de sa mère)et, par ce qu'il était devenu, il naquit et grandit 
en vérité comme la chair. Après qu'il eut choisi d'être ainsi, il eut 
faim et il eut soif, il fut fatigué, il souffrit et il fut crucifié en vérité, 
parce qu'il était chair en vérité. C'est ainsi que l'eau qui ne peut 
être brisée, l'est cependant en vérité lorsqu'elle est congelée [16] et 
elle éprouve en vérité les affections de la nature qu'elle est deve- 
nue. De même, dès que Dieu est devenu chair en réalité, il a sup- 
porté en vérité toutes (les affections) de cette nature qu'il avait 
(prise) sans quitter en rien sa (propre) nature. 

12. Comme il est apparu sous forme humaine à Abraham et à 
Jacob sans açoir pris de corps du dehors, cest de la même manière 
quil s'est incarné. 

C'est ainsi qu'il était apparu en vérité, dans une nature visible, 
à nos pères Abraham, Isaac et Jacob et aux autres saints, marchant 
dans celui qui marchait, parlant dans celui qui parlait, mangeant 
et buvant dans celui qui mangeait; car Dieu ne fait rien pour trom- 
per, mais il fait tout en vérité et en nature. Il est en effet le Créateur,- 
et le Créateur ne fait rien par apparence et fantôme, mais en 
nature et en vérité. Pour les choses qui ne sont pas de la nature 
du Créateur, on peut avec justice leur appliquer (ces épithètes), 
à savoir « apparence» et(( fantôme» parce qu'elles ne peuvent pas 
être vues par leur nature. 

13. Comment comprennent-ils n en vérité ^ et non par nature)), et 
de combien de manières peut-on entendre « en vérité » ? 

Nestorius. Ils disent donc que Dieu est devenu vraiment 
chair? 

SoPHRONius dit : Nous confessons [17] qu'il est devenu vraiment 
chair, mais non par sa nature. Car celui qui fut, fut en vérité, et il est 
la nature et non dans la nature. En effet, la chair n'a pas toujours 
existé; mais de même que les eaux courantes congelées ont la nature 

1. xa-à àArjOccav, 



10 NESTORIUS. 

de la glace, bien qu'elles ne soient pas glace par leur naturrj, mais 
soient devenues (glace) ; ainsi Dieu est devenu vraiment chair et il 
est la nature de la chair, et non dans sa nature, puisqu'il n'est pas 
chair éternellement, mais qu'il l'est devenu plus tard. C'est là en vé- 
rité l'incarnation : de devenir chair et homme dans sa nature et 
non en apparence, en figure ou par illusion sans hypostase, ce qui 
serait vraiment une non-incarnation. Celui donc qui prétend que 
cela est arrivé par illusion, s'écarte de la vérité. 

14. En quoi ceux qui disent cela, ressemblent-ils aux manichéens, 
et en quoi, sont-ils réputés en différer ^ P 

As-tu compris en quoi ils s'accordent, et en quoi on pense 
qu'ils diffèrent, et (en quoi) ils persistent 2. Il nous convient de ne 
pas en dire plus long, afin de ne pas nuire inutilement à la vérité 
avec ce qu'ils reconnaissent. 

Nestorius dit : Moi je dis : Ne négligeons pas ce point, bien 
que tu veuilles le passer comme une chose acquise : puisqu'il a 
été dit à tort, au point [18] de paraître absurde aux auditeurs, 
je pens« qu'il doit en être de même pour toi. J'expliquerai main- 
tenant cette question à qui le désire afin que l'opinion qu'on en 
a soit tirée au clair, car je ne vois là rien de semblable, ni même 
rien d'approchant. Ils diffèrent beaucoup les uns des autres, 
autant, que l'apparence diffère de la vérité et le corps de l'apparence 
du corps. J'en vois beaucoup qui tiennent fermement ^ à ces 
(théories), comme (fondées) sur la vérité et sur l'ancienne interpré- 
tation. Je te demande donc de ne pas les examiner en courant, 
mais avec grand soin, afin que les paroles de la foi ne soient 
pas (prononcées) sans examen et à la légère, mais soient évidentes 
et claires pour tous, comme les objets qui sont délimités par des 
définitions et des comparaisons naturelles, et non comme ceux dont 
on ne représente que les ombres et qui ressemblent (par suite) à 
ceux-ci et à ceux-là parce qu'ils sont représentés de la même ma- 
nière. En quoi donc, selon toi, disent-ils la même chose, lorsqu'ils 
ressemblent aux manichéens même dans les choses qu'ils leur 
reprochent ? 

SoPHRONius. Ceux qui disent cela (les manichéens), ne sont 



1. Ce titre interrompt encore la fin de la réponse de Sophronius. 

2. Litt. : « et en restant dans la même chose. » 

3. Litt. : « qui se montrent forts. » 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 11 

pas condamnés par les autres, parce qu'ils méprisent notre corps — 
car les deux (partis) nient que le corps ait été pris — mais parce 
qu'ils n'ajoutent pas cet autre (mot) « en vérité )) et (disent) que 
la nature de la chair n'a été qu'une illusion. Voyons donc aussi leur 
désir à ce sujet ^ : laquelle de leur parole est juste, pour que 
leurs blasphèmes ne s'étendent pas au delà de ce qui convient. 

[19] 15. Réponse à ceux qui disent que Dieu le Verhe fut V es- 
sence de la chair et qu'il n'a pas ^ pris de corps. 

Nestorius dit : Je vais donc exposer en général ce que ceux-là 
disent, et même avec plus d'insistance que ne le font ceux qui 
sont animés pour leur propre cause, afin que l'on ne puisse pas 
penser qu'ils ont été condamnés parce qu'ils n'ont pas d'avocat ou 
de défenseur : Vous me semblez très au courant de ce qu'ils disent 
et vous pouvez, à l'aide de beaucoup de paroles, fortifier leurs 
sentiments au point de pouvoir faire croire aux auditeurs que les 
choses sont ainsi. Force-moi donc aussi à leur parler. Prends 
chacune des parçles que j'ai dites et aussi les tiennes, puis redis-les 
moi, afin que je réponde à chacune d'elles si je le puis. Or je le 
pourrai, si Dieu le veut et me donne ce qu'il faut dire pour instruire 
selon mes forces. Pour moi je ne mérite rien; mais c'est pour 
ceux qui frappent et implorent à la porte de la vérité, lorsque c'est 
la vérité. 

SoPHRONius. J'ai dit que c'est ^ une preuve de la puissance 
divine de pouvoir devenir chair en vérité, étant Dieu. Celui qui dit 
Dieu en vérité *, lui donne de pouvoir tout; car tout ce qu'il veut, il 
le fait. Il a voulu être chair et il a été chair, non pas l'apparence 
de la chair, [20] mais la nature de la chair, c'est-à-dire chair en 
vérité. Par là même il s'est incarné en vérité, puisqu'il était homme 
par sa nature et non par un autre. La Trinité est (restée) la Tri- 
nité, sans avoir reçu l'addition d'une autre essence. Réponds 
donc à ces (assertions) ; elles paraissent utiliser les paroles et 
sentiments de tout le monde ^, de sorte que les attaquer serait 
une grande audace. 



1. C'est-à-dire : « ce à quoi ils tendent. » 

2. Litt. : « n'ayant pas. » 

3. Litt. : « je dis que les choses que j'ai dites sont. 

4. C'est-à-dire : « pour de bon. » 

5. C'est-à-dire : « universels. » 



12 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

16. Sur ceci : Celui qui est devenu corps par essence a cessé d^être 
Dieu, et d^être tout-puissant et comme Dieu. 

Nestorius : Tu as dit vrai — et il ne convient pas de discuter 
ce qui est dit avec vérité — (en disant) que Dieu peut tout et qu'il 
fait tout ce qu'il lui plaît. Il s'ensuit que son essence n'est pas deve- 
nue la chair, car celui qui devient chair dans sa nature cesse de 
pouvoir tout faire, parce qu'il est chair et non Dieu. C'est le 
propre de Dieu de pouvoir tout faire, et non de la chair qui ne 
peut tout faire. En demeurant Dieu il ne peut pas tout vouloir : 
il ne peut pas ne pas vouloir être Dieu au point de faire que lui- 
même ne soit plus Dieu. Il est Dieu parce qu'il existe toujours et 
qu'il peut faire tout ce qu'il veut, mais non parce qu'il [21] pour- 
rait faire que lui-même ne soit pas Dieu; et celui qui a introduit 
dans son essence la nature de la chair, a fait qu'il n'est plus Dieu 
et qu'il ne peut plus faire tout ce qu'il veut. 

SoPHRONius. Il ne peut pas vouloir ne pas être ce qu'il est, mais 
seulement (vouloir) être ce qu'il n'était pas. Aussi il est devenu 
homrrre en vérité, ce qu'il n'était pas, c'est-à-dire il est devenu 
chair et homme en vérité, mais non en nature. Ce qu'il est, il l'est 
en nature ; quant à ce qu'il est devenu, il ne l'est pas en nature, 
mais il est « en vérité » ce qu'il est devenu. 

il .'Que Dieu le Verbe soit devenu en vérité un corps, V entendent- ils 
par essence ou par fantôme ? 

Nestorius : Entends-tu «en vérité» de l'essence, ou bien par 
fantôme et apparence ? 

SoPHRONius : Les deux sens peuvent en vérité être adoptés. 

18. Sur ceci : Que si Dieu le Verbe est devenu chair par nature, et 
{s'il) est demeuré Dieu quil était; alors Dieu le Verbe possède natu- 
rellement deux essences. 

Nestorius. Si ce qui est en apparence, est (aussi) par essence — 
or tu dis que Dieu est en vérité en essence [22] et qu'il est chair 
— il s'ensuit qu'après avoir pris la chair, il y a deux essences, 
celle dans laquelle il est par sa nature et celle dans laquelle il 
est devenu : l'une de Dieu et l'autre de la chair. 

SoPHRONius. Il n'y a pas deux essences ^, mais la même essence 
divine qui est devenue aussi l'essence delà chair; c'est pourquoi 

1. Litt. : « une essence et une autre essence. » 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 13 

il n'y a qu'une essence. De même les eaux, soit courantes, soit 
congelées, ne sont pas deux essences d'eaux, mais une qui subsiste 
à l'état liquide et à l'état solide, bien qu'on regarde l'état solide 
comme opposé à l'état liquide. Il en est de même pour Dieu : le 
même est corps et sans corps, mais en ce qu'il est corps, il diffère de 
ce qu'il est sans corps. * ' 

19. Sur ceci : Que les choses qui ne diffèrent pas par la na- 
ture et qui sont distinctes, sont dites distinctes par la forme. 

Nestorius. Je dirai donc qu'ils (Dieu et le corps) ne diffèrent 
pas en nature; mais les choses qui n'ont pas de différence de nature 
et qui sont distinctes, sont distinctes par le prcsôpon. Mais (être 
distinctes) par le prosôpon sans nature, c'est une forme sans hypo- 
stase dans une autre forme. Ou bien dis-tu, comme les manichéens, 
que la chair et tout ce qui concerne la chair est apparence et fantô- 
me, et fais-tu de l'Incarnation une illusion? Que regjardes-tu donc 
comme vrai? ou bien — ^^ si nous accordons [23] que la chair pro- 
vient naturellement de l'essence de Dieu — que les deux essences 
n'en fassent qu'une et qu'il s'ensuive une impossibilité^, à savoir 
qu'il ne soit pas Dieu, mais chair; ou bien que la chair était comme 
un fantôme ^. 

SoPHRONius. Les choses qui doivent être acceptées avec foi, 
vous les traitez avec la logique naturelle et par suite vous les con- 
duisez à des impossibilités, puis vous nous séparez en vérité de la 
foi de la chrétienté, comme des païens et des manichéens qui sont 
scandalisés par la croix du Christ. 

Nestorius. Et quels sont ceux qui sont scandalisés par la croix 
du Christ, comme les païens et les manichéens? Ne sont-ce pas 
ceux qui placent son humanité dans une modification de l'es- 
sence ? Il appartient aux païens de dire que, par un changement 
de forme, Dieu opère dans n'importe quelle essence ^, ou dans la 
substance * en la nature de laquelle il s'est changé, après cela ils 

1. Litt. : «Et qu'elles soient devenues ce qu'il est impossible qu'elles soient 
devenues. » 

2. Litt. : erat in phantasmate. 

3. Ou : « dans l'essence dans laquelle (il s'est changé ) . » 

4. Le texte porte qounégou (xuvwcjt?). Nous lisons qouîamâ, « substance », 
car ce mot semble le pendant de « l'essence » qui précède. En remplaçant aussi 
manâ par kianâ, on obtiendrait : a Dieu opère dans l'essence qui est dans la na- 
ture, ou dans la substance qui est en la nature en laquelle il s'est changé. » 



14 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

renvoient la nature à ce qu'elle était d'abord ^. Les manichéens se 
sont inspirés d'eux et ont dit que le changement de forme (de Dieu 
en homme) a abouti à une forme sans hypostase et vous aussi, 
lorsque vous dites cela, vous les suivez et vous parlez comme 
ceux qui sont scandalisés par la croix. 

20. Sur ceci : Que ceux qui placent V Incarnation dans un change- 
ment de forme ne font du Christ ni un Dieu ni un homme. 

[24] Car vous ne le reconnaissez pas comme Dieu par essence, 
puisque vous l'avez changé en l'essence de la chair ; il n'est pas 
non plus *un homme par nature, puisque vous l'avez fait l'es- 
sence de Dieu. Aussi il n'est pas Dieu vraiment et Dieu par 
nature, et il n'est pas homme vraiment et homme par nature. 

21. Sur ceci : Que celui qui provient par essence d'une matière 
précédente, est ce quHl est devenu, et non pas ce quil était avant quil 
fût formé; c'est ainsi que d'une femme proi^int une statue de sel. 

Cela ^ ne veut pas dire autre chose que ceci : comme un homme 
de bois et de pierre n'est pas dit vraiment homme, parce qu'il a la 
nature du bois et de la pierre, de même^celui'qui est devenu homme 
à l'aide de l'essence divine, n'est pas dit homme par nature, puis- 
que la nature divine subsiste. 

SoppRONius. Cependant, ô admirable ! Dieu peut, des pierres, 
tirer des enfants pour Abraham ^, d'un corps humain une 
statue de sel *, de la terre un homme ^; rien ne l'arrête, rien non 
plus n'empêche Dieu de faire ce qu'il veut, qu'est-ce qui l'empê- 
chera donc de devenir chair ? 

Nestorius. Commence par bien examiner ce que tu dis : 
[25] que Dieu a voulu ainsi, montre-le nous. Que Dieli puisse faire 
tout ce qu'il veut, l'opinion universelle l'admet. Mais tu te sers 
d'exemples opposés : celui qui, de pierre ou de terre, est devenu 
homme, a la nature de l'homme parce qu'il est homme vraiment 
et non la nature de la pierre ou de la terre; et celle qui d'un corps 

1. C'est-à-dire : « Dieu quitte la nature et la laisse comme elle était avant 
qu'il en prît possession. » 

2. Le titre coupe encore ici le raisonnement; car la présente phrase n'est qu'une 
explication de « il n'est pas vraiment homme et homme par nature. » 

3. Matth., III, 9. 

4. Gen., xix, 26. 

5. Gen., ii, 7. 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 15 

humain est devenue une statue de sel n'a plus eu que cette dernière 
nature. Car les choses qui sont changées d'une première essence, 
possèdent seulement la nature en laquelle elles ont été changées. 
Par conséquent si tu dis que de la matière première de la nature 
divine il est devenu la nature de la chair, il possède cette essence 
qu'il est devenu et qu'il n'était,pas. Cela ne sert à rien que l'essence 
des hommes puisse provenir, comme je l'ai dit, de la pierre, de 
la terre ou de la semence humaine, car celui qui provient d'une 
première essence est changé en la nature qu'il est devenu; et 
s'il ne se change pas, il ne devient pas non plus chair par na- 
ture. 

SoPHRONius. Le Livre divin te donne la solution de cette parole 
et ne permet pas de s'en prévaloir et de l'affirmer de manière 
tranchante : Le bâton de Moïse, lorsqu'il est devenu en vérité un 
serpent ^, était un serpent et aussi un bâton. Les eaux du Nil qui 
sont devenues du sang ^^ sont devenues la nature du sang et de 
l'eau. L'essence était la même bien qu'elle fût changée, c'est pour- 
quoi [26] les enfants d'Israël se servaient des eaux devenues sang 
selon la nature de l'eau; et Moïse (se servait) du serpent comme 
d'un bâton, parce qu'il était les deux en vérité. Dieu suscite en 
effet des natures comme il veut. 

22. Sur ceci : Que les eaux du Nil, lorsqu elles se furent changées 
en Vessence du sang, eurent seulement cette essence en laquelle elles 
s^ étaient changées. 

Nestorius. Tu te sers encore de preuves analogues, sans doute, 
à mon avis, parce que tu es troublé. Il y avait alors deux essences, 
puisque les eaux puisées par les Hébreux étaient du sang et aussi 
de l'eau, et celles qui étaient puisées parles Egyptiens étaient les 
deux de la même manière. Cependant si les unes étaient seulement 
de l'eau et les autres seulement du sang, c'est qu'elles s'étaient 
ensuite changées : quand on les puisait, celles que l'on puisait étaient 
changées, et elles étaient alors une autre chose, à savoir ce qu'elles 
devenaient. Comment donc ne pas voir encore par là que celui qui 
est devenu par nature est nécessairement ce qu'il est devenu par 
nature et rien autre. 

SoPHRONius. Nous voyons que le Livre divin a dit les deux, 



1. Exode, VII, 10. 

2. Exode, VII, 20. 



IG NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

[27] (à savoir)que d'une même essence il y a deux choses par nature, 
lorsque celui qui a été fait homme avec de la poussière et de la 
terre et qui est homme par nature dit : Je suis terre et cendre ^, à 
moins que tu ne reproches au Livre (saint) de dire des choses impos- 
sibles, lorsqu'il dit de celui qui était homme — homme par sa 
nature — je suis poussière et cendre. 

23. Sur ceci : Quune essence^ lorsqu'elle apparaît en deux, est dans 
Vune par nature et dans Vautre par apparence seulement. 

Nestorius. Si le Livre divin dit cela en parlant de la nature 
de l'homme, comme d'ailleurs tout homme est la nature humaine 
et non autre chose, il s'ensuit que Dieu le Verbe qui est devenu en 
vérité homme par nature, est aussi poussière et cendre par nature. 
Il ne provient pas de l'essence divine, mais de la poussière et de la 
cendre. Si, en effet, il provenait de l'essence divine, il s'ensuivrait, 
puisque tout homme est par nature cette essence, et que lui- 
même n'est pas cette essence, mais l'essence divine, qu'il n'est 
pas homme si ce n'est en apparence, comme le disent les mani- 
chéens, et que les paroles qui le concernent ne sont aussi que des 
figures pour ne pas révéler à chacun ce qu'il est. Car une seule 
essence qui est reconnue en deux essences, dans l'une [28] est essence 
et dans l'autre (n'est) qu'en figure, en tromperie et en fantôme. 

So'phronius. N'attribue rien de plus à Dieu que d'être vrai- 
ment Dieu par nature et homme aussi par nature. C'est la même 
nature dans les deux cas, mais Dieu est dans l'homme. Qu'est-ce 
que l'Incarnation ? C'est qu'il a été homme par nature dans la 
nature de l'homme, qu'il nous a parlé dans notre nature, et 
qu'il a supporté naturellement toutes nos afflictions, car c'est 
pour cela qu'il s'est incarné. Mais vous, vous lui faites faire tout 
cela par un intermédiaire et par le vêtement de la forme, et 
vous prétendez que Dieu a commis l'absurdité d'imiter les tragé- 
diens 2 et les chanteurs qui se travestissent pour jouer un rôle ^. 

24. Sur ceci : Que celui qui peut être çu par sa nature na pas besoin 
de devenir autre chose pour être i^isible en elle. 

Nestorius. Mais, ô (homme) admirable, continue ta comparai- 

1. Gen,, XVIII, 27. 

3. Litt. : « comme moyen « ou » en quelque manière. » 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 17 

son ^ : (à savoir) qu'il nous est apparu dans sa nature sans intermé- 
diaire; pourquoi donc dis-tu qu'il est devenu la nature de l'homme 
en restant Dieu ? Car celui qui apparaît dans sa nature n'a pas 
besoin de devenir une autre essence pour se montrer en elle. S'il 
apparaissait dans sa propre (nature), tu dis une chose impossible, à 
savoir qu'il a été son propre- médiateur. [29] Or, un médiateur 
n'est pas médiateur d'un seul, mais Dieu est un seul ^ :ilne peut 
donc pas être Dieu, mais le médiateur de Dieu. 

25. Sur ceci: Si lorsque Dieu est apparu aux saints illeur est apparu 
en changeant son essence; il s^est donc incarné en beaucoup d'essences 
et non en une. 

Remarque encore ceci : attribues-tu à Dieu une seule incarna- 
tion ou de nombreuses ? Comment entends-tu ceci ? Vous dites que, 
lorsqu'il esï apparu à Abraham et à Jacob, il est devenu la nature 
de l'homme; et que, lorsqu'il est apparu à chacun des saints sous 
quelque forme que ce soit, il s'est changé naturellement en la 
nature qui se voyait et, qu'à la fin des jours, il s'est changé en la 
nature de l'homme pour s'incarner. Vous reconnaissez donc de 
nombreuses incarnations, si vous admettez que s'incarner c'est 
devenir homme dans sa nature. Il y a beaucoup de changements 
en effet sous lesquels il est apparu par figure. 

SoPHRONius. Nous n'admettons qu'une incarnation où il s'est 
vraiment fait homme dans sa nature, lorqu'il est apparu non pas 
à certains — comme à Abraham et à Jacob — mais à tous les 
hommes. 

26. Sur ceci : Que si on réserve le mot incarnation pour le cas où 
il est apparu à tous, et non à quelques-uns comme il est apparu aux 
saints, [30] puis quHl n est pas apparu à tous les hommes, il ne s'est 
donc pas incarné. 

Nestorïus. (Il s'ensuit) de là qu'il ne s'est pas même incarné, 
puisqu'il n'est pas apparu à tous les hommes, mais (seulement) 
à ceux de Palestine. Pourquoi donc son incarnation a-t-elle été 
partielle et non pour tous les hommes? Ou bien est-ce cela que tu 
appelles incarnation : qu'il soit devenu homme en nature, lorsqu'il 
s'est incarné (pour) toujours et qu'il est apparu à tous les hommes? 

1. Litt. : « reste à comparer les choses qui ont été dites par vous. » 

2. Gai., III, 20. 

INestorius — 2 



18 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

27. Quon dit qu'il s^est incarné parce qu'il s^est montré dans la 
nature humaine. 

Si donc l'incarnation a été vraiment une, pour tous les hommes 
et non pour quelques-uns, pour ceux qui la virent et pour ceux ^ 
qui ne la virent pas, pour le présent et pour le passé, et si l'in- 
carnation s'est étendue à toute la nature, il nous faut confesser 
que Dieu le Verbe n'était pas la nature de l'homme, car il n'est 
pas la nature de l'homme celui qui n'est pas la nature de l'homme 
mais celle de Dieu. Mais dans l'essence de l'homme il est vraiment 
homme, du vrai homme en qui il s'est incarné en totalité pour 
tous et qu'il a fait son prosôpon-, et il est apparu dans les choses 
humaines en se conduisant dans la nature de l'homme, en étant 
Dieu dans la nature humaine. Comme un roi sous l'uniforme^ de 
soldat se conduit en soldat et non en roi, [31] il porte l'uni- 
forme 2 de l'armée contre tout ce qui a besoin d'être corrigé et 
on dit en tout qu'il porte l'uniforme 2, parce qu'il a l'uniforme^ 
d'un soldat, celui dont sont habillés tous les soldats; ainsi il 
s'est incarné en un (seul) homme pour tous les hommes qui ont la 
même nature puisqu'il était dans leur nature, et en elle, il a parlé 
à chaque homme, parce qu'il parlait comme par sa nature. 

SoPHRONius. Soit ^ : Lorsqu'il fut dans la nature de l'homme, il 
est dit s'être incarné; et, par elle et en elle, pour tout homme et 
non plutôt pour lui-même, parce qu'i est devenu un homme 
réellement, pour s'unir à un homme qui est de. leur nature (com- 
mune). Il y eut en vérité incarnation parce qu'il est devenu homme 
par sa propre nature et qu'il n'eut pas besoin d'une autre nature. 

Nestorius. Ce n'est pas là l'incarnation, de même que le roi, 
lorsqu'il use royalement d'un uniforme * militaire, n'est pas mi- 
litairement un soldat. On pourrait dire ^ qu'il n'est soldat que de 
nom seulement. Ainsi Dieu non plus n'est pas incarné, n'étant pas 
dans la nature humaine, mais... 

SopHRONius. -Qu'entends-tu par « royalement » et « militai- 
rement » ? 

Nestorius. De même que la pourpre est l'habit de l'empire et 

1. Il faut lire une seconde fois, de-honoun, 

2. ayr^^oL, 

3. stra. 

5. Litt. : « ou peut-être comme si on disait. » 



î, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 19 

non de la milice, et que l'habit des soldats est la ceinture ^ qui 
convient aux soldats et non aux rois; lorsque [32] le roi veut re- 
vêtir l'habit des soldats qui est la ceinture ^ et laisser la pourpre 
royale, celui qui se trouve alors sous l'extérieur du soldat qu'il 
utilise, sans déchoir de la puissance royale, conserve, même sous 
ce costume, sa grandeur et son pouvoir sur tout. (Même) quand il 
veut s'abaisser et être l'un des soldats, qu'il prend leur habit 
comme s'il était' devenu soldat et non (les habits) de la royauté, 
et qu'il s'en couvre, lorsqu'il leur parle en égal et les persuade sans 
les commander, il fait (encore) les affaires de la royauté sous l'habit 
du soldat. Il en est de même pour Dieu, quand il a voulu s'incar- 
ner. S'il n'était pas venu dans la nature humaine, mais était deve- 
nu chair dans sa propre essence, il ne se serait pas incarné, parce 
qu'il l'aurait fait pour eux dans sa propre essence et non dans la 
nature des hommes. 

28. Sur ceci : Que celui qui par un changement d^essence devient 
homme, appartient à une autre nature ^ et non à la nature humaine. 

Celui en effet qui par un changement d'essence devient homme, 
appartient à une autre nature ^ et non à la nature humaine, parce 
qu'il possède une autre raison de nature ^, et non celle de la na- 
ture humaine; parce qu'il est Dieu par nature et que l'essence de 
l'homme est * autre chose que la nature divine, en sorte que toutes 
deux existent par nature : non qu'il soit passé de la nature divine 
à la nature humaine, ni (qu'il soit) quelque chose d'étranger à 
ces (deux natures), [33] il est par nature dans les deux (essences) ; 
mais l'homme est homme seulement et Dieu est Dieu seulement. 

SoPHRONius. Et s'il n'a pas reçu ainsi l'Incarnation, mais si 
celle-ci a eu lieu dans une autre nature humaine et non (à 
l'aide) de l'essence divine (seule), comment la Trinité ne reçoit-elle 
pas une addition dans sa nature, puisqu'elle a pris l'essence d'un 
autre ? Ou comment ce Dieu (incarné) fait-il partie de la nature 
humaine et non de ressence divine ? 

29. Sur ceci : Que parce quil est devenu homme en (prenant) 

1. Le syriaque mazônâ signifie ration. L'éditeur propose de voir là un dérivé 
de zona, « ceinture.» 

2. Litt. : « est d'une autre nature. » 

3. Ou : a une autre manière d'être. » 

4. Lire howîo. 



20 NESÏORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

Vessence humaine et que ce nest pas par {son) essence quil a été 
homme, il na reçu aucune addition ni dans sa nature ni dans son 
prosôpon. 

Nestorius. De même qu'un roi qui prend les habits militaires 
et qui se présente ainsi n'est pas un double roi, et que le roi 
n'est pas en dehors du (soldat), puisqu'il est en lui-même, et qu'il 
n'est pas non plus révéré sans celui dans lequel il est connu et 
par qui ils l'ont connu et ont été sauvés ; de même aussi ^ Dieu 
s'est seryi de son propre prosôpon pour s'abaisser dans la pau- 
vreté et l'ignominie jusqu'à la mort de la croix pour notre sa- 
lut, et par lui il s'est élevé aussi jusqu'à l'honneur, la gloire et 
l'adoration : dans celui dans lequel il s'est humilié, dans celui- 
là aussi il a été glorifié ; car le signe de la rédemption et de la 
victoire est un signe de gloire, et non d'ignominie. Il n'a reçu 
aucune addition dans l'essence parce que les essences demeurent 
sans changement; c'est alors en effet qu'il y a [34 1 une addition 
dans l'essence, lorsqu'une essence ^reçoit une différence d'essence. 
Et il n'a pas reçu non plus une addition sur le prosôpon, parce qu'il 
a pris son propre prosôpon et non celui d'un autre; non pour di- 
viser, mais pour unir son propre prosôp.on et celui de (la nature) 
dans laquelle il s'est incarné, et aussi le prosôpon (de celle-ci) est 
en lui et non dans un autre. Il s'est en effet revêtu de la forme du 
serviteur et il s'est anéanti par elle ; il l'a revêtue de son prosô- 
pon, et il a élevé son nom au-dessus de tous les noms; c'est donc 
dans le prosôpon de la divinité qu'elle est adorée, et non dans un 
autre ; à cause de cela, un est le prosôpon et (un est) le nom du Fils. 

30. Contre ceux qui disent que Dieu ne s^est pas changé en la na- 
ture de rhomme, mais quil a changé Vessence de Vhomme en Ves- 
sence de Dieu, 

Pour ceux qui mettent l'union dans un changement, il s'ensuit 
nécessairement une addition d'essence ainsi que de prosôpon. 
L'essence en effet qui a été faite chair par Dieu le Verbe, a été 
ajoutée à la Trinité; et il est clair que ce prosôpon est une par- 

1. C'est-à-dire : un roi qui prend les armes pour défendre ses sujets ne devient 
pas un nouveau personnage et ne cesse pas d'être roi, mais est honoré ensuite 
sous l'armure qu'il a prise; de même... Cette comparaison est reprise, en 680, par 
le patriarche Georges, Synodicon orientale^ p. 508. 

2. Litt. : « l'égalité d'essence » comme lo-oouCTta : vient ensuite àÀXoouCTca. 



- 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 21 

tie et qu'il est conçu séparément ; puisqu'il est devenu la na- 
ture de la chair séparément, à partir de l'essence de Dieu le 
Verbe, il y a eu addition... 

Quelle est donc l'origine de ceux-ci, et en quoi se séparent-ils 
(des autres)? nous avons déjà dit la même chose. Tournons-nous 
[35] vers une autre secte qui est sortie de ceux-ci, qui en est sé- 
parée et qui, en même temps, se confond avec^eux. 

SoPHRONius. Ils confessent donc que le corps de Notre-Seigneur 
est de sa propre chair et par là ils se moquent et de ceux qui 
disent que la chair était en apparence et en imagination et 
de ceux qui disent qu'elle est do l'essence de Dieu le Verbe, en 
disant... 

31. [Nestorius] . . . De quelles expressions se servent ceux qui disent 
que la nature du corps a été changée en Vessence de Dieu le Verbe ? 

Il n'est pas venu (en vérité) pour changer sa propre essence im- 
muable et pour en faire l'essence de la chair, mais pour élever 
notre propre essence misérable et changeante jusqu'à sa propre 
essence qui est immuable, et pour la rendre divine et adorable, 
non pas à part, mais dans l'union; il l'a gratifiée de l'union avec 
sa propre essence, afin qu'il y ait une seule essence et un seul 
prosôpon d'une seule essence. La petite a été mélangée et égalée à 
celle de la divinité, grande et immuable. De même que les choses 
que l'on jette dans le feu, deviennent semblables à l'essence du 
feu et deviennent la nature du feu qui les a faites ce qu'elles sont 
devenues, de même aussi la nature divine a reçu la nature humaine, 
l'a enfermée dans sa propre nature, l'a changée et l'a faite désormais 
une, sans division, en essence comme en prosôpon; et ni dans 
|36] la nature, ni dans le prosôpon, il n'y eut vraiment d'addi- 
tion à la Trinité ; et c'est ainsi (disent-ils), que son Incarnation 
a eu lieu et qu'elle est conçue. 

32. En quoi sont-ils séparés des manichéens et en quoi confessent- 
ils comme eux P 

Ceux-ci d'une part sont séparés des manichéens, en ce qu'ils 
confessent vraiment que la chair est de notre propre nature et 
qu'elle n'est pas (seulement) l'apparence ^ de la chair, mais la 
nature de la chair, — et des autres qui sont avec eux, en ce qu'ils 

1. TX-TiU-a. 



22 

confessent que la chair est véritable, qu'elle n'appartient pas à la 
nature humaine, mais qu'elle est divine et appartient à la nature de 
la divinité : c'est en cela qu'ils se séparent et c'est pour cela qu'ils 
combattent de toutes leurs forces. Ceux qui semblent servir 
l'Église confessent que la chair est de notre propre nature et de 
notre propre essence; et sa différence est connue de tout le monde. 
D'une façon générale, en effet, ils sont en dispute avec tous : 
avec les manichéens en ce qu'il y a une essence, et une essence 
en vérité; avec les (autres) aussi en ce que (la chair) n'est pas 
(formée) 'de la nature de Dieu, mais de la nature de nos pères; 
avec l'Église d'autre part, en ce qu'ils changent la chair en l'es- 
sence de Dieu. — Par cela donc qu'ils ne laissent pas la chair 
subsister dans sa propre essence, ils ressemblent aux manichéens, 
parce qu'ils détruisent l'essence de la chair; mais, en ce qu'ils di- 
sent d'une façon absolue que Dieu a été dans la matière^ de la 
chair, ils s'éloignent des manichéens ; mais eux aussi — parce qu'ils 
changent immédiatement (la chair) en l'essence de Dieu le Verbe 
|37] et ne veulent pas confesser que Dieu soit avec le corps humain 
— tombent dans la même pensée et la même faute ^ lorsqu'ils 
excluent l'essence de la chair comme si elle n'était pas et 
s'efforcent ou de diviniser l'essence de la chair ou, pour ainsi 
dire,. d'incarner l'essence de Dieu dans (une) essence de chair de 
la divinité. 

33. Que ceux qui changent la nature humaine en la nature di- 
f^ine, ne disent pas que Dieu s^ est fait homme, mais que V homme s' est 
fait Dieu. 

Celui par conséquent qui n'est pas essence humaine de chair 
et qui est appelé chair, celui-là est ainsi appelé par similitude 
de nom (homonymie), de même qu'un homme (qui serait) d'or 
et d'argent et d'une autre essence de quelque matière ^ que ce soit, 
n'est pas homme par nature, parce qu'il ne possède pas la nature 
humaine; et ce n'est pas là l'Incarnation de Dieu, mais la déifi- 
cation de l'homme. 

34. Sur ceci : Que ceux qui changent la nature humaine en Ves- 
sence divine, font une addition à la Trinité, et dans la nature et dans 
le prosôpon. 

1. uXri. 

2. Litt. : « souffrance. » 

3. 0.r. 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 23 

Si donc la nature de la chair qui a été divinisée, subsiste dans 
l'essence dans laquelle elle a été divinisée, comment la Trinité 
n'a-t-elle pas reçu une addition dans l'essence et dans le prosdpon ? 

Il n'y a en effet [38] dans la Trinité rien de la nature humaine, 
ni le Père, ni le Fils, ni le Saint-Esprit; mais elle est seule; et en 
ce qui n'est pas avec elle éternellement, mais qui lui est survenu, 
en cela elle a reçu une addition; comment une addition qui est 
survenue ne serait-elle pas une addition ? C'est là aussi une autre 
histoire et une fable manichéenne. Si en effet ce qui est survenu 
n'est pas resté ce qu'il était, mais si la nature humaine a été dé- 
truite par la nature divine comme par le feu, et si par là la Tri- 
nité n'a pas reçu une addition, il n'y a plus même là une Incarna- 
tion, mais la destruction de l'Incarnation. En effet ce qui aboutit à 
la destruction de la nature humaine, et non à sa conservation, cela 
ne s'appelle pas une Incarnation, mais c'est comme ce qui existe 
par rapport à ce qui n'existe pas. 

35. En quoi ceux qui changent la nature du corps en Vessence 
divine sont-ils d'accord açec ceux qui changent Vessence divine en 
la nature du corps P 

Et en cela ils sont d'accord avec ceux qui changent l'essence 
divine en la nature humaine : car c'est la même chose que Dieu 
soit devenu l'essence qui est dans la nature (du corps) ou qu'il 
ait changé l'essence humaine en la nature divine. 

36. Sur ceci: QuHl nest pas possible" que la nature dii^ine ait été 
changée en corps ou par un mélange ou par un changement d^es- 
sence, ni encore que le corps ait été changé en Vessence de Dieu le 
Verbe. 

[39] Il supprime en effet la nature divine, celui qui la change 
en la nature humaine ; et il se moque de la nature humaine celui 
qui la change en la nature divine ; il en fait une nature incréée : 
en déclarant incréée la nature créée, ce qui ne peut pas être. C'est 
de rien en effet que le Créateur rassemble l'essence en se jouant 
et fait l'essence créée avec ce qui est créé ; mais qu'il fasse du 
créé l'incréé et ce qui n'est pas de ce qui est, comme tu le prétends, 
c'est impossible; ou bien tu la prives d'être essence; car il n'est pas 
possible que l'essence qui est créée soit incréée et que (l'essence) 
faite soit non faite; et (il n'est pas possible) non plus que ce qui 
n'est pas devienne une nature éternelle et soit avec ce qui est 



24 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

éternel; il n'est pas non plus possible, ni par un changement de na- 
ture, ni par une confusion, ni par un mélange, qu'une nature in- 
créée devienne créée et que (la nature) qui n'est pas éternellement, 
soit éternelle, ou que de l'essence de celle qui est éternelle dérive 
une (essence) qui ne soit pas éternellement. En effet, ou bien, 
avec ces deux essences, par suite d'un mélange ou d'une con- 
fusion, il se produit un changement d'essence (pour aboutir) 
à une seule nature qui soit le résultat du mélange de ces deux 
(essences); ou bien l'une de ces essences a été changée en l'autre; 
(or) il n'çst pas possible que l'incréé devienne créé et l'éternel 
temporaire, et que le temporaire devienne éternel et que le créé 
devienne incréé par nature; ni que ce qui est incréé, qui n'a pas 
été fait et qui est éternel devienne par là [40] créé et temporaire, 
comme s'il faisait partie d'une nature créée et temporaire, ou 
que, d'une nature créée et temporaire provienne une nature in- 
créée et éternelle, pour arriver à une essence incréée et éternelle, 
car ce sont là des choses impossibles et inconcevables. Comment 
en effet quelqu'un concevrait-il, puisque le Créateur est absolu- 
ment différent du créé, qu'il change en son être l'autre qui est créé ? 
En effet, en tant qu'il est Créateur, il ne se change pas ; car il 
opère par une nature immuable, et quand il n'est pas ce qu'il est, 
il n'opère pas. En effet ou bien il est ce qu'il est par nature, à sçi- 
voir, Dieu de toute éternité, et il n'est pas une autre nature en 
demeurant dans l'essence de Dieu; ou bien, n'étant plus la na- 
ture de Dieu, il est créé et il ne crée pas, ce qui est absurde et 
impossible. 

37. Sur ceci : Que ceux qui disent que la nature a été changée en 
partie et non tout entière, disent également une chose impossible. 

Quand même quelqu'un concéderait qu'il a changé sa nature 
en partie et, qif'en partie, il n'a pas été changé, celui qui crée 
l'emporte nécessairement sur celui qui est créé et sur celui qui est 
changé; il n'y a rien en effet dans sa nature qui l'emporte sur sa 
partie ^, mais ce qui est le tout entier, le même est aussi [41] dans 
sa partie. Donc, même si nous acceptions des absurdités comme 
à plaisir, en parlant de partie au sujet d'une nature simple et 
indivisible, personne ne pourra (cependant), pas même de cette fa- 

1. Litt. : « qui plus que sa partie est important dans sa nature. » 



I, 1 . HÉRÉSIES ET SCHISMES 25 

çon, éviter ce qui est absurde et provisoire ^. En quoi en effet ce 
qui n'est pas essence, entre-t-il dans l'essence ? Car en tant que 
Dieu, il est immuable, et lorsqu'il n'est pas Dieu, il ne fait rien. 
Comment donc dit-on ce qu'il n'est même pas possible de conce- 
voir : que Dieu soit changé en une autre essence, ou encore 
qu'une autre essence soit changée en l'essence divine et devienne 
ce qu'est le Créateur, c'est-à-dire incréé et non fait, ce qui est 
créé et fait ? ce sont en effet (deux choses) contradictoires. Que 
dis-tu de ce qu'on vient de dire ? 

Est-ce qu'on a suffisamment parlé des deux côtés ; ceux qui 
défendent les assertions de ceux-ci ou les nôtres ? ou bien leur 
manque-t-il encore quelque chose qui soit nécessaire pour les 
établir^? il te faudrait le compléter, toi qui tiens leur place {pro- 
sôpon). Si en effet il a été omis certaines choses dignes de foi ^ dans 
leurs paroles, nous les mettrons en évidence de toutes nos forces, 
afin — lorsque beaucoup les considéreront comme inébranlables et 
irréfutables, et qu'elles ne le seront pas — que leur déroute aussi 
en soit plus grande. 

SoPHRONius. Moi donc je pense que l'on a bien expliqué les pa- 
roles des deux partis et qu'il ne nous reste rien, et à cause de cela 
[42] en effet je m'arrête *, et je te demande de t'arrêter aussi; car 
je n'ai rien de bon ni d'utile à t'objecter, si ce n'est toutefois une 
seule parole dont ils se servent avec confiance à l'égard de ce qui 
leur plaît. 

Nestorius. Laquelle ? Parle avec confiance, sans crainte, en 
te servant courageusement et suffisamment de chacune de leurs 
paroles comme eux. Car il n'est pas possible que quelqu'un com- 
batte courageusement, lorsqu'il y a de l'hésitation dans ses pen- 
sées. 

SoPHRONius. Il en est nécessairement de l'union comme du 
pain quand il devient corps. C'est un seul et même corps et nondeux. 
Un aussi est celui qui est conçu comme la nature du corps, et 
il n'est plus conçu dans sa première nature, mais dans celle qui lui 
est advenue comme sienne, de sorte qu'il ne soit pas désormais 
ce qu'il paraît mais ce qui est conçu. C'est pourquoi aussi l'Apô- 

1. Litt. : « non éternel. » 

2. Le texte porte : « pour leurs hypostases» {Qenoumaîhoun) ; lire : Qoîoumaî- 
houn. 

3. C'est'la leçon des mss. L'éditeur a préféré «par néj^lip^ence. » 

4. Litt. : « je me réjouis de l'heure du silence. » 



26 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

tre avait lancé une peine^terrible contre ceux qui pensaient que le 
corps de Notre-Seigneur est commun lorsqu'il dit ainsi : Si celui 
qui a violé la loi de Moïse meurt sans pitié sur la déposition de deux 
ou trois [témoins), à combien plus forte raison sera-t-il réputé digne 
d'un châtiment sé^^ère celui qui a foulé aux pieds le Fils de Dieu et 
qui a jugé impur le sang de son alliance ^ par lequel il a été sancti- 
fié, et qui a outragé V Esprit de la grâce ^ ? Il a dit cela [43] contre 
ceux qui regardaient le sang et le corps de Dieu comme le sang 
et le corps de l'homme et qui étaient dans l'erreur en pensant que 
le corps et le sang par lequel nous avons été sanctifiés sont com- 
me (le corps) du commun des hommes; ils ont ainsi outragé l'Es- 
prit de la grâce en ne confessant pas que le Fils de Dieu est con- 
substantiel à Dieu le Père, mais que le corps du Fils de Dieu est 
le corps de l'homme, lui qui a élevé le corps et le sang (de l'homme) 
jusqu'à sa propre essence et qui n'a pas permis qu'ils fussent 
accusés d'être ^ une essence humaine, mais (qui a voulu) qu'ils 
fussent adorés dans sa propre essence. 

38. Sur ceci : Que F Apôtre parle aussi contre ceux qui estiment 
vulgaires et impurs le sang et le corps du Christ, non parce quHls 
(prétendent quils) ont été changés en la nature de Dieu le Verbe, 
mais parce quHls se refusent à donner au sang le nom de sang et 
au corps le nom de corps, et qu'ils {soutiennent qu^ils) ne peuvent 
nous sauver, comme le disent les manichéens. 

Nestorius. A-t-il à tes yeux peu d'importance cet argument 
sur lequel tu fais silence ? Ceux-ci en effet ont beaucoup insisté 
sur lui et il ne fallait pas que tu le présentes avec négligence. En 
vérité il m'avait échappé, comme il arrive à ceux qui voient la 
paille et pas la poutre. Maintenant qu'il a été mis en lumière, 
examinons-le sous tous ses aspects [44] tel qu'il est, et comme le 
Livre divin veut nous le faire comprendre, de telle sorte que nous 
ne tombions pas sous les reproches justes et divins. 

39. De combien de manières est dit le mot qui en grec se dit xotvov ? 
Parlons d'ab,ord de l'emploi du mot qui en grec se dit xoivov. 

1. ûta8r|Xr|. 

2. Hébr., x, 28-29. Le syriaque est traduit directement sur le grec, mais sa tra- 
duction ici et ailleurs est influencée parla Peschito,par exemple tous deux portent 
ici « sans pitié » à la fin de la première phrase : « de deux ou trois sans pitié. » 

3. Litt. : « qu'ils fussent incriminés sous l'inculpation, x 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 27 

Or ce mot signifie ce qui est souillé, ce qui est commun, et la parti- 
cipation. (Il signifie) ce qui est souillé selon ce que dit (Pierre) 
dans les Actes : Jamais je n^ai nïangé quoi que ce soit qui fût 
souillé et impur ^-j ce qui est commun, selon cette parole: Tout ce 
qu aidaient les Apôtres, était en commun^; — la participation, selon 
ce passage : Le calice de bénédiction que nous bénissons, n'est-il 
pas une participation au sang du Christ? Et le pain que nous rom- 
pons n est-il pas une participation au corps du Christ ^ ? — Et encore : 
Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous d'un seul 
(Père) ; c'est pourquoi il na pas rougi de les appeler ses frères en 
disant : « J' annoncerai ton nom à mes frères et je te glorifierai en 
pleine assemblée. )> Et . encore : « J'aurai confiance en lui. » Et 
encore : « (Me) <^oici, moi et les enfants que Dieu m'a donnés. » 
Puisque donc les enfants ont participé à la chair et au sang, il a 
lui aussi participé de la même façon aux mêmes choses *. 

Donc, comme ce mot est employé pour signifier une chose ^ 
impure et souillée, et aussi (une chose) commune et la participa- 
tion, est-ce que l'Apôtre s'est servi de cette expression qui convient 
à trois emplois, [45] sans spécifier contre quelle opinion il l'a 
employée, (lorsqu'il a écrit) qu'à cause de cela les hommes foulent 
aux pieds le Fils de Dieu ^? Laquelle donc de ces trois significations 
est exacte ? 

SoPHRONius. (Il s'est servi de ce niot) contre ceux qui pensent 
de lui qu'il n'est pas mort pour nous, mais qu'il est mort de sa 
propre mort comme tout le monde, et que, dans sa vie comme 
dans sa mort, il était comme un autre homme et qu'il ne possé- 
dait rien de plus, ils ignorent qu'il est le Fils de Dieu et que son 
sang est le sang de Dieu et non (celui) de l'homme. 

Nestorius. Dites-vous ceci : que le corps et le sang sont l'es- 
sence du Fils de Dieu ? Ou bien que le corps et le sang appartien- 
nent à l'essence humaine et qu'ils sont devenus la nature de la 
divinité ? Car, selon ce que vous dites, la chair n'est pas chair, 
parce qu'elle a été changée par lui, par un mélange et une union, 
en l'essence de Dieu le Verbe. Le bienheureux Apôtre aurait dé- 

1. Actes, X, 14. 

2. Actes, IV, 32. 

3. I Cor., X, 16. 

4. Hébr., ii, 11-14. 

5. Litt. : « un homme. » 

6. Hébr., X, 29. 



28 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

signé (cette essence) quand il couvrait de son profond mépris 
ceux qui confessaient sa chair et son sang et qui jugeaient qu'il 
(le sang) était mpur. 

SopHRONius. Ce n'est pas contre ceux qui ne confessent aucune- 
ment que le corps existât en réalité, ni contre ceux qui changent 
ou détruisent l'essence de la chair comme par le feu, ou qui pen- 
sent ^ que (son) essence est impure par mélange, qu'il a dit 
ces choses; mais c'est contre ceux qui confessent la chair et le 
sang et qui jugent que celui-ci est impur ^. 

[46] Nestorius. a ce qu'il me semble, l'opinion que tu soutiens ne 
convient pas surtout à ces derniers, mais à ceux qui changent l'es- 
sence divine en la nature de la chair et du sang, sans penser que 
l'essence de la chair et du sang de Notre-Seigneur est impure 
mais bien qu'elle appartient à Dieu le Verbe et non à l'homme. 

SoPHRONius. Il ne faut donc pas répondre à ceux-ci, mais les 
avertir que (l'Apôtre) s'est servi ^ d'expressions contradictoires; 
il a donc parlé contre ceux qui pensent que la chair a appartenu 
à l'essence divine. 

40. Comment faut-il comprendre cette parole : Celui qui sancti- 
fie et ceux qui sont sanctifiés sont tous d'un seul ? 

Nestorius. Tu te trompes : l'Apôtre n'a pas dit deux choses 
contradictoires. Il a en effet voulu dire que celui qui sanctifie 
et ceux qui sont sanctifiés doivent être d'un seul, et frères issus 
d'une seule essence et non d'essences différentes, et qu'ils doivent 
être ses enfants comme nés de lui ; c'est ainsi qu'il dit : Celui qui 
sanctifie et ceux qui sont sanctifiés en effet sont tous dun seul '*. 
Donc, le sang par lequel nous avons été sanctifiés et qui a été 
versé pour nous, est d'un seul; par là nous sommes aussi ses 
frères comme nés d'un seul père ; mais de plus nous sommes 
aussi ses enfants, parce que nous possédons une seule essence, 
en laquelle nous sommes aussi (ses) enfants. Dieu le Verbe en 
effet n'a rien qui fasse que, lui et nous, nous soyons d'un seul 
[47] ou que nous soyons appelés ses semblables et qu'ainsi nous 
soyons ses frères, parce que nous n'avons aucune raison de res- 



1. Au lieu de dbesrâ, lire masbrîn, comme cinq lignes plus haut. 

2. xoivov. 

3. Traduire ainsi d'après la réponse. 

4. Hébr., II, 11. 



I, 1, HÉRÉSIES ET SCHISMES 29 



seiïiblance, comme en ont les frèr.es qui (sont) d'un même père; 
il n'y a rien non plus (qui fasse) que nous soyons ses enfants, 
parce que nous ne participons pas à la même essence. C'est donc 
pour reprendre ceux qui se refusent à reconnaître que le sang hu- 
main peut sanctifier, qui pensent qu'il est impur en tant qu'il 
est le sang d'un homme, et qui, pour cette raison, estiment im- 
pur le sang de l'alliance par lequel nous avons été sanctifiés et 
délivrés de la mort, grâce à la mort véritable d'un homme, que le 
bienheureux Paul a dit cette parole. Par là, il nous déclare que nous 
sommes d'un seul : par là, il nous appelle ses frères à cause de la 
nature qui est née de nos pères et qui est morte aussi pour nous; 
car, parce qu'il est né, il est de notre race et tous nous sommes 
d'un seul, et parce qu'il est mort pour nous et qu'il a renouvelé la 
constitution future ^ par l'immortalité et par l'incorruptibilité, 
nous sommes ses enfants, car il est le Père du monde à çenir^. A cause 
de cela ne sommes-nous pas tous un seul corps en une chose ? 
Tous en effet nous recevons de ce même pain par lequel il nous 
fait participer au même sang et à la même chair, qui sont de la 
même nature, et nous participons avec lui par la résurrection d'en- 
tre les morts et par l'immortalité. Nous sommes à lui de la même 
façon que le pain est son corps; de même en vérité que ce pain 
est un [48], de même nous sommes tous un seul corps, car tous 
nous recevons de ce seul pain. 

41. Sur ceci : Que si dans le Christ V essence de la chair a été changée 
en la divinité, nous aussi nous sommes changés en Vessence de Dieu 
le Verbe ; car tous nous sommes un seul composé et un seul corps. 

Nous avons donc été changés en sa chair et nous sommes son 
corps. Désormais nous ne sommes plus le corps et le sang de l'hom- 
me, mais son propre corps. Un en effet est le pain, et c'est pourquoi 
nous sommes tous un seul corps, parce que nous sommes le corps 
du Christ; en vérité cous êtes le corps duChristet ses membres^ chacun 
pour sa part ^. Est-ce par un changement d'essence que le pain 
est le corps du Christ? Ou bien sommes-nous son corps par un chan- 
gement? Ou bien le corps du Fils de Dieu est-il un avec Dieu le Verbe 

1. C'est-à-dire : notre état après la résurrection. 

2. Isaïe, IX, 6. 

3. Litt. : « dans vos parties. » Le traducteur semble avoir regardé le génitif 
[xépou; comme un pluriel; la Peschito l'a rendu par « en votre place. » I Cor., 
XII, 27. 



30 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

par nature ? Mais s'ils sont un par nature, il n'y a plus de pain et il 
n'y a plus de corps. L'Apôtre en effet dit à ceux qui estimaient que 
le corps du Fils de Dieu était impur, qu'ils foulent aux pieds le 
Fils de Dieu ^ parce qu'ils le méprisent et le renient. Il n'a pas 
dit cela contre ceux qui confessent, au sujet du corps, qu'il est 
de notre propre nature, et qui le regardent (ainsi) comme 
commun, mais (disent) qu'il a été donné pour la rédemption de 
nous tous, parce qu'il est pur, sans tache, exempt de péchés ^, 
qu'il a accepté la mort pour tous nos péchés et qu'il a été une 
sorte d'offrande à Dieu. Si tous en effet nous ne provenons pas 
d'un, c'est avec raison que nous ne sommes appelés ni ses frères 
ni ses enfants, [49] et que nous ne sommes non plus ni son pain ni 
son corps; mais si tout cela appartient véritablement au Christ, 
nous sommes son corps et ses consubstantiels parce que nous 
sommes ce qu'est aussi l'essence de son corps. Ces choses sont 
encore connues par les paroles de leur dogme ^, eux qui se 
changent tantôt en ceci, tantôt en cela, parce qu'ils ne possè- 
dent pas la vérité. 

42. Contre ceux qui disent que Vunion a eu lieu dans l'essence de 
Dieu le Verbe et que la nature divine a complété la nature humaine. 

De ceux-ci, il s'est encore élevé une autre secte (d'hérétiques) 
qui en quelque chose leur ressemblent et en quelque chose se sépa- 
rent d'eux; ils sont aussi d'accord avec les ariens et de nouveau 
s'éloignent d'eux; d'une autre façon ils font figure (prosôpon) 
d'orthodoxes pour s'éloigner aussi de nouveau de ceux-ci *et pour 
retomber ainsi dans la maladie des premiers. Ils reconnaissent 
que le corps de Notre-Seigneur est de la nature de nos pères, et en 
cela ils ressemblent à ceux que nous avons combattus un peu plus 
haut; mais ils se séparent d'eux parce qu'ils nient le changement 
de la chair en l'essence divine et qu'ils admettent l'union sans 
mélange et sans confusion. Ils inclinent vers les ariens parce qu'ils 
disent que l'union a eu lieu pour donner une seule nature, non par 
un changement d'essence, mais par une réunion et une composi- 
tion naturelle, de même que l'âme et le corps sont réunis en une 



1. Hébr., X, 29. 

2. Hébr., VII, 26. 

3. Sôvfxa. 

4. Litt. : « de cette (figure). » 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 31 

seule nature, et que, par une nécessité naturelle, l'âme endure 
naturellement les souffrances du corps, [50] et le corps celles de 
l'âme. Ce que chacune des natures ne peut recevoir dans sa nature, 
(le Verbe) l'a reçu dans le composé naturel, par mélange naturel, 
même ^ les souffrances et l'opération par une (seule) sensibilité. Ils 
placent l'union, non dans la volonté ^ et dans un usage, mais dans 
une nécessité naturelle, dans une nature passible, et ils disent que 
c'est en cela qu'a eu lieu l'union : en ce qu'ils (le Verbe et le corps) 
s'associent pour leurs actions et pour leurs souffrances naturelle- 
ment. Mais ils s'éloignent à leur tour des ariens parce qu'ils disent 
qu'il y a eu un corps et une âme animale et que Dieu le Verbe est 
consubstantiel au Père, et que ce n'est pas par ordre, mais par sa 
volonté propre qu'il a subi l'union ^ (qui a eu lieu) naturellement 
avec une nature, afin de supporter pour nous toutes les souf- 
frances de la nature humaine, non pas dans une autre nature, 
mais dans la sienne propre. 

Les apollinaristes. Il n'a pas assurément simulé notre 
rédemption en apparence, soit par un changement de forme, soit 
par un changement d'essence, de telle sorte qu'il n'eût point enduré 
les souffrances dans sa propre nature; — ceci en effet est de celui 
qui n'aurait pas voulu s'incarner — car il fut homme en nature. 
Mais si, parce qu'il n'a pas voulu ou parce qu'il ne pouvait pas 
entrer là où il y a une intelligence, il s'est uni par une union natu- 
relle à l'âme sensible et vivante * et au corps, en sorte qu'il complé- 
tât et qu'il achevât la nature humaine, pour endurer les souffrances 
naturelles naturellement et pour être livré à la mort naturellement, 
par la passibilîté et par la mortalité, dans la nature de l'âme et du 
corps, [51] c'est donc sans partir d'une nature (complète) qu'il est 
devenu et qu'il est la nature de l'homme. Il n'a pas été dans un 
homme, mais il était homme véritablement; car il a été avec la na- 
ture de l'homme, et il a été attaché à l'âme et au corps comme pour 
(les) compléter, et non pour y demeurer ; celui qui habite s'éloigne en 

1. Le texte porte : «comme.» 

2. Le texte porte « dans la révélation {Gelianâ), » Il faut lire Tséhianâ, car il 
semble bien s'agir ici de l'union volontaire, caractérisée par l'usage mutuel des 
prosôpons des natures, que nous rencontrerons souvent. 

3. C'est par sa volonté qu'il est venu à l'union. Mais l'union, une fois faite, 
est naturelle et non volontaire. 

4. Les âmes sensitive et végétative de la scolastique. Le Verbe tenait lieu 
d'intelligence (voC? ou mens). 



o2 NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

effet de celui dans lequel il a habité, et il ne reçoit ni la nature ni 
le nom de ce en quoi il a habité. C'est pourquoi, alors qu'il a 
demeuré dans tous les saints, il n'est pas dit qu'il se soit incarné 
et qu'il ait été homme dans l'un d'eux, mais seulement, lorsqu'il a 
été véritablement homme pour compléter naturellement la nature 
de l'homme, en se faisant l'intelligence pour diriger naturellement 
dans le corps et l'âme, et lorsqu'il a constitué une union naturelle. 
Et (le corps) a été uni sans l'intelligence afin qu'il ne passât pas 
pour avoir demeuré dans l'homme, mais pour avoir été uni en 
vue d'êtye le complément de la nature humaine. Voilà donc ce 
que ceux-là disent. 

Mais ceux qui veulent se rattacher davantage aux orthodoxes, 
lui donnent un corps et une âme raisonnable et admettent l'union 
en une nature (divine) pour compléter la nature (humaine) : de 
même, en effet, que le corps, l'âme et l'intelligence concourent à 
former la nature humaine, de même aussi l'union de Dieu le Verbe 
a eu lieu avec le corps et l'âme raisonnable pour compléter la 
nature (humaine). En vérité il a été homme réellement, puisque 
sa nature avait toutes les (propriétés) de l'homme ; il n'a pas été 
homme à moitié ^, c'est-à-dire en ne possédant seulement que la 
chair ou que l'âme animale; en effet ce n'est pas en ceci qu'il a été 
homme : en [52] ne possédant rien de l'homme si ce n'est le corps 
animal et l'âme irraisonnable ^, mais en ayant l'âme raisonnable, 
le corps raisonnable et la vie raisonnable, et non (toutes ces 
choses) sans raison ^. Tout ce qui se trouve en effet réuni pour 
constituer la nature (humaine), participe aux mêmes propriétés 
et à une seule nature. Car il participe à la souffrance et à 
l'action. 

43. Contre ceux qui confessent un corps animé et une âme intelli- 
gente, mais {qui disent) que V union delà divinité a donné une seule 
nature par composition. 

Nestorius. Les raisons de ceux-ci peuvent être dites avec raison 
de ceux-là ^ : que ni l'âme animale, ni le corps animé par une âme 
irraisonnable ne sont le corps de l'homme. C'est pourquoi il n'est 



1. Litt. : « il n'était pas comme la moitié d'une chose complète. » 

2. Litt. : « sans paroles. » 

3. Ceux-ci sont « ceux qui veulent se rapprocher des orthodoxes; » ceux-là 
sont les apollinaristes. 



I, 1. HÉRÉSIES ïiT SCHISMES 33 

pas un homme celui qui n'a rien de l'homme, ni l'âme, ni le corps, 
ni la divinité : ce n'est pas en effet dans l'âme animale, la divinité 
et le corps que consiste la nature humaine. Comment serait-il donc 
homme, par la réunion des choses qui ne constituent pas la nature 
de l'homme? A moins peut-être qu'il n'y eût par mélange une 
autre nature en dehors de la nôtre. Il n'y a rien eu de semblable 
dans quoi que ce; soit, ni dans toutes les natures qui ont existé 
antérieurement, et il existerait maintenant que toute la création 
est achevée, une autre nature, en dehors de celles qui ont existé, 
lorsqu'elle n'était pas ! 

[53] 44. Sur ceci : Que si V union de la di<,>inité et de V humanité 
a abouti à une seule nature, cette seule nature nest ni celle de Dieu 
ni celle de Vhomme, mais c'est une autre nature qui diffère de toutes 
les natures. 

D'une façon générale on répond aussi de la même façon à ceux- 
ci : à savoir que, par (le ndm) homme, nous comprenons et nous 
désignons celui qui est devenu, par le corps et l'âme raisonnable 
et intelligente, la nature de l'homme, dans le composé naturel 
(des parties); mais non celui qui est devenu homme par la réunion 
des natures de la divinité, de l'âme raisonnable et du corps humain, 
car ce n'est pas possible. La nature humaine en effet est définie, 
et il faut que celui qui existe avec la nature humaine ait en lui ce 
que possède celui qui est homme par essence et par nature, ni plus 
ni moins; car les (propriétés) de la nature sont définies. Ou bien 
donc il a été homme en sorte que l'union de Dieu le Verbe avec le 
corps et l'âme n'ait pas eu lieu pour former une seule nature, mais 
pour servir à l'économie pour nous (Rédemption), ou bien il a 
appartenu à une autre nature, différente de celle des hommes et 
de celle de Dieu, qui consiste dans le corps animé et dans Dieu le 
Verbe; et cette nature n'est ni celle de l'homme ni celle de Dieu, 
mais une nature nouvelle qui tient quelque chose de toutes les 
natures ^. 

45. Sur ceci : Que si V union de Dieu le Verbe [54] açec le corps a 
abouti à une seule nature, on ne le conçoit pas en dehors de la chair^ 
parce que cest celle-ci qui Va constitué dans sa nature. 

Dieu en effet n'appartient pliis désormais à une nature impas- 

1. La fin du titre demanderait de lire : « qui diffère de toutes les natures. » 

Nestorius — ■ 3 



34 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

sible, mais à une nature passible : il est censé appartenir à celle 
qu'il est devenu dans l'union naturelle; et il est nouveau celui qui 
est créé nouvellement. Si donc Dieu le Verbe, lui qui est consub- 
stantiel au Père et au Saint-Esprit, est uni dans une union natu- 
relle, c'est par elle qu'il possède ce qu'il est; en dehors d'elle 
(de la nature) il n'existe pas, puisque c'est en elle et par elle qu'il 
est uni et qu'il s'unit. C'est ainsi que le corps et l'âme, unis en une 
nature humaine, ne sont pas conçus en dehors de leur nature 
(commune), mais le corps dans l'âme et l'âme dans le corps, avec 
leurs soujîrances et leurs opérations. Le corps fait partie de la 
nature et n'est pas pour une habitation volontaire; (le corps et 
l'âme) reçoivent et donnent mutuellement, d'une façon sensible 
par mélange naturel et combinaison, pour combiner la nature (de 
l'homme). 

46. Sur ceci : Que, dans Vunion, deux natures ne sont pas répu- 
tées une nature. 

Maïs dans cette union naturelle que vous proclamez, quelle est 
la nature? Est-ce la nature du Père, du Fils et du Saint-Esprit, 
nature impassible et immortelle, éternelle, indépendante? Ou bien 
est-ce la (nature) mortelle, passible, dépendante, qui était hier et 
aujourd'hui, et qui ne relève ni des hommes, ni de Dieu, ni d'une 
autre nature, mais (qui provient du) mélange de deux natures 
pour compléter une seule nature ? Si donc ils disent [55] que 
c'est l'essence du Père, du Fils et du Saint-Esprit unie par une 
union naturelle, cette union n'est pas une union naturelle avec la 
chair, mais volontaire, puisqu'elles sont unies pour l'usage du 
prosôpon et non de la nature ; car les (natures) qui sont unies 
en une seule nature, ne sont pas unies volontairement, mais par 
la puissance du Créateur qui les réunit et les amène à cette com- 
binaison : en sorte que ce qui n'appartient pas en propre à 
chacune d'elles, (celle-ci) l'obtienne en vertu de l'union naturelle 
et non volontaire, par laquelle elle a été unie en une nature. Par 
qui donc ces natures sont-elles unies en nature ? Il est évident 
que ce qui a été (uni) l'a été par le créateur de la nature. Et si 
quelqu'un dit que quelque chose s'est uni de lui-même, je ne 
crois pas que cela soit juste ; car (si) des natures sont unies 
dans les essences en une (seule) nature, cela contient aussi 
un certain mode de changement d'essence, et il est nécessaire 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 35 

que cette nature qui a été unie soit liée par l'égalité de nature et 
non par la volonté. 

47. Sur ceci : Que les natures qui sont unies ^volontairement ne sont 
pas dites être unies en nature, mais en prosôpon. 

En effet les natures qui sont unies volontairement, reçoivent 
l'union, non en une seule nature, mais pour (produire) l'union 
volontaire du prosôpon de l'économie (du composé). Si donc ils 
disent que l'union des natures a abouti à une seule nature, quand 
même nous leur concéderions qu'elle a eu lieu volontairement, [56] 
après qu'elle a été faite, cette union n'est plus volontaire, puisque 
les natures l'ont subie. Etant uni, il souffre bon gré mal gré et endure 
les souffrances de la nature qui lui a été unie, parce qu'il est limité 
par elle, et non par l'impassibilité, l'immortalité et l'immensité; 
car la limitation et la détermination de toute nature est ce en quoi 
elle a d'être. S'il a été uni à la nature, c'est dans celle-ci qu'il a 
d'être et (qu'il doit être) comme celui qui est par nature. De là il 
résulte que le Père et le Saint-Esprit aussi, qui sont de la même 
nature (que Dieu le Verbe), appartiendront également à la nature 
passible et créée; car ce que le Fils a reçu dans sa nature, le Père 
peut aussi le recevoir ; il est impossible en effet que (le Fils) ait 
pu recevoir en nature ce que (le Père) ne peut pas recevoir. 

(Or) si le Fils a admis (les souffrances) parce qu'il pouvait 
admettre l'union de cette nature, tandis que le Père ne le peut pas, 
comment seront-ils d'une seule nature, ceux qui sont opposés 
entre eux par l'admission et la non-admission (des souffrances) ? 
Par suite du changement de nature, vous prenez nécessairement 
le mot« union» au sens des ariens : (à savoir) que la nature du Fils 
a été unie par le Créateur de la nature; de la même manière, 
celui qui a créé et fait l'âme et le corps, les a également unis 
lui-même, car l'œuvre même de la création demande encore 
qu'il unisse l'âme [57] et le corps en une seule nature, parce que 
c'est à lui aussi qu'il appartient de réaliser la création de cha- 
cun d'eux. 

48. Sur ceci : Que V union naturelle est une œuçre de seconde 
création. 

C'est là en effet une œuvre de seconde création que l'union en 
une nature des natures qui ont été unies. Ce dont l'existence n'est 



S6 NESTORIUS. LIVRE d'hÉKACLIDE 

pas unie en propre à chacune des parties, reçoit naturellement 
cet (être) d'une seconde existence (création). 

Avoir faim et soif et sentir des sensations n'appartient pas au 
corps à part, ni à l'âme à part, mais ^ ils tiennent cela d'une seconde 
existence. (Il en serait) de même, s'il y avait union dénature pour 
Dieu le Verbe, avec l'âme et la chair, de manière qu'il reçût, de 
l'union de nature, ce qu'il n'avait pas en propre dans sa nature : 
la soif, la faim, la fatigue, le combat, la crainte et la mort. Dans 
l'unique existence d'une seconde création (se trouverait) aussi 
la première création de son essence, et il aurait encore besoin du 
créateur ^ s'il supportait tout cela non en apparence mais naturel- 
lement. Et c'est en vain que vous donnez l'appellation de consub- 
stantiel à celui auquel vous êtes forcés de l'enlever de nouveau, 
et vous êtes contraints de vous mettre au nombre ou des ariens ou 
des manichéens, de telle sorte que vous admettrez ou qu'il n'a pas 
souffert naturellement une seule de ces souffrances, ou (qu'il a 
souffert) en imagination et en apparence. Ou si vous concédez que 
c'est jdans la nature, naturellement, par une sensibilité [58] pas- 
sible, qu'il a enduré les souffrances, vous l'arracherez alors à 
l'impassibilité, à l'immortalité et à la consubstantialité avec le 
Père, parce qu'il a eu un^ changement de nature, vu qu'il admet 
(les souffrances que le Père) n'admet pas. 

N'aurait-il éprouvé dans sa nature qu'un (seul) changement 
d'essence — comme celle du Père et du Saint-Esprit est sans 
besoins et n'admet ni les souffrances ni la mort — il aurait été 
privé par là d'être Dieu, parce qu'il n'est pas en tout d'une 
essence indépendante. 

^9. Sur ceci: que les choses unies par nature supportent les souf- 
frances naturelles naturellement et non volontairement. 

C'est par diminution que la nature indépendante et impassible 
est devenue une nature passible et dépendante. Comme celui 
qui s'enlève volontairement la main, ou le pied, ou l'œil, ne les 
possède plus, après qu'ils ont été enlevés, parce qu'il les a vraiment 
retranchés, de même aussi celui qui volontairement s'enlève 
l'immortalité et l'impassibilité pour constituer une nature passible 
et dépendante, n'a plus ni l'impa'ssibilité, ni l'indépendance qu'il 

1. Lire eM au lieu de ^^e/d. 

2. Litt. ; « et nécessairement au Créateur. » 



I 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 37 

avait autrefois, parce qu'il s'est uni à une nature passible, jusqu'à 
ce qu'il ait recouvré l'impassibilité, par ordre, en vertu de la na- 
ture, avec l'union naturelle, quand il a été, après la résurrection 
d'entre les morts, dans la nature qui est immortelle et impas- 
sible, et non en vertu de sa propre nature qu'il possédait avant 
de devenir homme mortel dans l'union naturelle, puisqu'il [59] 
a reçu naturellement toutes les propriétés de la nature qu'il est 
devenu, il a reçu aussi V obéissance jusquà la mort, et jusquà la 
mort de la croix, ainsi quune glorification si grande quil ny en a 
pas au-dessus d^elle ^ et de recevoir un nom qui par la grâce ^ est au- 
dessus de tous noms, datant qui tout genou fléchit dans le ciel, sur la 
terre et au-dessous de la terre, pour la gloire de Dieu le Père ^ à qui il 
a obéi, et il a accompli toute l'obéissance. Non qu'il s'anéantît 
lui-même ni qu'il fût encore l'égal du Père, ou qu'il ait reçu de 
nouveau l'égalité de la part du Père. Car il s'est élevé lui-même 
et il s'est anéanti lui-même en prenant une nature mortelle et il 
est devenu cette nature, et ce qu'il avait dans sa nature, il l'a pris 
de bonne grâce ; et d'une nature incréée il est devenu une nature 
faite et créée par addition et soustraction d'une puissance natu- 
relle ; et l'essence qui ne pouvait recevoir les souffrances et la 
mort est devenue mortelle et passible; il est mort par suite de (sa) 
faiblesse et il est revenu à la vie par suite de la puissance de Dieu, 
parce qu'il était devenu une nature faible et qu'il a supporté les 
souffrances douloureuses de celle-ci, en éprouvant des douleurs et 
des souffrances par suite de l'égalité de nature de l'âme et du corps; 
il fut attiré et troublé par sa nature; c'est par violence qu'il fut 
entraîné en dehors de sa nature et, à cause de cela, il ne fut pas 
même corrompu par une séparation de l'âme (à l'égard) du corps. 
De même que le corps supporte la peine de la mort, et est enlevé 
par violence à l'une des conformités (avec notre nature), et par 
séparation, à l'union [60] naturelle; de même aussi Dieu le Verbe 
qui a été uni pour compléter l'union naturelle, est forcé de suppor- 
ter naturellement toutes les souffrances naturelles de la mort, 
c'est pourquoi aussi la vie et la mort sont communes aux natures 
qui sont unies en nature. 

Celui donc qui accorde cela accorde aussi le reste, bon 



1. Paraphrase de ÛTrepû'l/wae . 

2. Ceci doit rendre l'idée contenue dans à/apiTaTo. 

3. Phil., II, 8-11. 



38 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

gré mal gré, même s'il dit mille fois qu'il est impassible dans sa 
nature; car il a souffert dans la nature qu'il est devenu, que ce 
soit celle de la chair, que ce soit celle de l'homme, ou que ce soit 
toute autre (nature) que nous dirions. Ne disons pas que sa nature 
ne peut supporter les souffrances, à moins toutefois que, de 
même que ceux qui ont la possibilité de mourir et de ne pas mourir 
ne sont pas par leur nature immortels, de même nous ne parlions 
ainsi au sujet de Dieu le Verbe; en cela en effet Dieu le' Verbe est 
conçu dans sa nature et il n'a rien de plus; si tu dis que sa nature 
ne peut recevoir la mort, elle ne peut recevoir d'aucune façon la 
mort naturelle; l'union n'a pas eu lieu pour la nature, mais pour 
l'usage de l'homme suivant l'économie (divine), afin que l'Incarna- 
tion de Dieu le Verbe, qui est impassible et immortel par sa nature, 
eût lieu. 

Que disent-ils donc ? Il me faut faire deux choses : exposer les 
objections et les résoudre dans la mesure du possible, parce que 
tu me demandes de faire ces deux choses. 

SoRHRONius. Ils parlent en effet ainsi: comment (le Christ) est-il 
dit en vérité l'homme céleste et spirituel, s'il n'est ni céleste ni spiri- 
tuel ? [61] Il est Dieu le Verbe par nature comme Dieu, celui qui 
a été uni à la nature humaine; et il est dit : de même que le premier 
homrne est terrestre parce quil est de la terre, de même aussi le Seigneur 
est du cieU^. Le premier homme est devenu une âme viciante et le second 
homme est devenu un esprit vivifiant ^; ce n'est pas sans l'essence 
du corps de terre qu'il est dit homme terrestre ni encore sans l'âme 
qu'il est dit animé; mais c'est par suite de leur réunion, qui 
forme la nature humaine, de même il n'est pas appelé céleste ^ sans 
l'essence du céleste et du spirituel qui a été uni par nature à la 
nature de l'homme. 

50. Sur ceci : Que si « le second homme, le Seigneur venu du ciel, » 
est appliqué à Dieu le Verbe, alors les hommes sont célestes puisqu'ils 
sont de la nature de Dieu du Verbe ; en effet « de même que celui-ci 
est céleste, de même ils sont aussi célestes ^. » 



1. I Cor., XV. 47. 

2. I Cor., XV, 45. 

3. Nous ajoutons ici la leçon du ms. V. 

4. I Cor., XV, 48; mais on pourrait traduire :« tel est le céleste, tels sont aussi 

les célestes. » 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 39 

Nestorius. Écoute donc encore ceci : lorsque vous lisez le 
teste du livre : de même en vérité que lui est céleste (le Christ) de même 
[nous sommes) aussi célestes; de même que nous avons revêtu la 
forme de l'homme terrestre (Adam), de même (nous sommes) 
aussi terrestres ^ parce que tous ont la même nature; de même que 
celui-ci est céleste, de mêm,e ils sont aussi célestes ^ parce qu'ils ont 
la même nature, car il est céleste et nous le sommes aussi, nous 
tous qui attendons d'être de cette manière. Nous sommes, nous 
hommes, de l'essence de Dieu le Verbe, puisque notre âme et 
notre corps ont été réunis pour former une telle nature et que 
chacun de nous devient ce que Dieu le Verbe est par nature [62] ; 
de mêm,e en effet que celui-ci est céleste, de m,êm,e ils sont aussi célestes^ 
et, de même qu'ils sont des hommes célestes, ils sont aussi de même 
des Dieux- Verbes, parce que chacun d'eux appartient à Dieu le 
Verbe ainsi que l'âme au corps humain, non sans limitation de sa 
nature, bien qu'elle soit dans chacun d'une façon illimitée, mais 
elle est 1 mitée par la nature de chacun d'eux et en dehors d'elle 
on ne conçoit pas qu'elle puisse être. Si vous comprenez ainsi 
la parole : « le Seigneur est du ciel ^ » et la parole « le second 
homme est devenu un esprit vivifiant *, » comment entendez-vous 
le reste? à savoir : de même que nous avons revêtu la ressemblance 
de Vhomme terrestre, de même nous nous revêtirons de celle qui (vient) 
du ciel ^. Comment donc avons-nous revêtu la ressemblance de celui 
qui est venu de la terre? Qu'étions-nous? Qu'avons-nous revêtu? 
Est-ce que nous étions des hommes célestes et spirituels, (formés) 
de l'âme, du corps et de Dieu le Verbe? Ou bien est-ce l'esprit sans 
le corps et sans l'âme qui a revêtu la ressemblance de l'homme 
terrestre qui est corps et âme, et qui nous exhorte à devenir 
la ressemblance des êtres spirituels, c'est-à-dire des esprits sans 
âme et sans corps? Quoique ce ne soit pas notre affaire, mais celle 
du Créateur, si cela est selon la vérité, comment nous exhorte-t-il 
à nous revêtir de la forme de l'homme spirituel, c'est-à-dire du 
Christ, comme si le Christ était sans âme et sans corps ?Et comment 
donc est-il homme, alors qu'il n'a rien de l'homme? Ou comment 

1. Cf. Ibid., 49 et 48. 

2. I Cor., XV, 48 ; mais on pourrait traduire: « tel est le céleste, tels sont 
aussi les célestes. » 

3. I Cor., XV, 47. 
i. Ibid., 45. 

ô. Ibid., 49. 



40 NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

le Christ est-il appelé homme [63] spirituel, lui qui a été constitué 
à l'aide de l'essence de Dieu le Verbe pour (devenir) la nature 
humaine de l'âme et du corps? Et nous deviendrons incorporels 
et sans âme, pour devenir comme celui-ci, comme il est lui, n'ayant 
rien qu'il n'ait pas. Il n'est pas possible qu'il en soit ainsi. Ces 
absurdités et d'autres semblables, il faut qu'elles soient dites 
par ceux qui confessent que la nature divine s'adjoint pour 
compléter la nature humaine ; car une nature passible et 
créée est la conséquence de l'union naturelle d'une nature passible 
et créée. C'est pourquoi ils tombent ou bien dans le sentiment 
des ariens qui disent que Dieu le Verbe est devenu, par nature, 
la nature de l'homme passible et mortel, en supportant les souffran- 
ces d'une manière sensible, ou dans le sentiment de ceux qui 
disent qu'il est devenu âme et corps en apparence, ou dans (le 
sentiment) des deux en recourant tantôt à ceux-ci et tantôt à 
ceux-là, parce qu'ils croient, par leur fuite, échapper à ces 
absurdités. 

51. Contre ceux qui opinent que le Christ fut simplement un 
homme. 

Jusqu'ici on a parlé contre ces (derniers). Voyons désormais 
les hérésies qui se sont détachées et qui professent que le Christ 
n'est qu'un homme, et examinons en quoi elles s'en séparent, et 
en quoi elles ressemblent à celles dont il a été question plus haut, 
afin de séparer et de montrer leurs hérésies, de peur que, à cause 
de ce qui a été dit à tort, nous ne fuyions encore [64] ce qui a été dit 
avec raison et de peur que nous n'admettions sans discernement 
aussi ce qui a été dit à tort. Confesser en effet que le Christ est 
homme et par nature et en réalité, appartient à la réalité et se 
trouve attesté par la vérité ; et en cela il n'y a personne qui les 
blâme. Mais, en ce qu'ils rejettent sa divinité, lorsqu'elle existe en 
vérité et par nature, ils sont exécrables, puisqu'ils rendent vaine 
l'Incarnation de Dieu le Verbe. 

52. Au sujet de ceux qui confessent Dieu le Verbe seulement de 
nom. 

Les sabelliens. Parmi eux en effet (il y en a) qui nient même 
que Dieu le Verbe existe en essence et n'admettent que « le nom » 

1 . Litt. : cinclus est. 



I, 1, HÉRÉSIES ET SCHISMES 41 

de Dieu le Verbe qui est (uniquement) ce précepte : Dixit et fa- 
ctum est. De la même manière ils placent aussi le Père et le Saint- 
Esprit dans une appellation seulement; en un mot ils se rappro- 
chent des juifs plus que des chrétiens. 

53. Au sujet de ceux qui disent que Dieu le Verbe existe par nature, 
mais quil na pas été uni par nature, mais par apparence, et quil 
y a deux Fils. 

Les pauliniens. Mais d'autres les reprennent, en confessant 
que Dieu le Verbe est une nature ou une hypostase, comme aussi 
le Père et le Saint-Esprit. Au sujet de son Incarnation ils ne 
sont pas d'accord avec les orthodoxes, mais ils se rapprochent de 
ceux [65] qui disent que le Christ ne fut qu'un homme et qu'il 
vécut soumis à la Loj comme l'un des saints; c'est par ordre qu'il 
observa tous les commandements et, par une observance parfaite, 
il a été sans péché comme homme ; par là il a surpassé tous les 
hommes, ou parce que, après avoir été sans péché, il est apparu 
délivré de la mort et justement gratifié de l'immortalité, laquelle 
est établie pour l'honneur de ceux qui observent la Loi sans péché, 
ou parce que, après avoir ainsi vécu et avoir observé tous les com- 
mandements sans faute, il a pris sur lui de mourir pour nous, et, 
par suite de la grandeur de son obéissance, il a reçu l'honneur et 
l'appellation de Fils par (pure) grâce. Il (le Christ) n'est pas Dieu 
le Verbe, mais il est celui qui a vécu ainsi et qui a observé tous les 
commandements. C'est ainsi qu'ils parlent. 

Les paul(iniens) ^. A quoi pouvait servir en effet que Dieu le 
Verbe aussi s'associât au (Christ) dans l'action et qu'il agît avec 
lui comme s'il ne pouvait pas de lui-même observer les comman- 
dements? Et qu'est ceci (alors) qu'il a été conservé sans péché ? 
Ou quelle est la victoire ? Il n'y a pas de grand mérite si, ne 
pouvant vaincre, il eut besoin de secours, pour vaincre avec (ce) 
secours tandis que lui ne le pouvait pas. Ce n'est pas en effet 
à celui-ci que revient la victoire, mais à celui qui l'a aidé et 
qui est invincible. Qu'est-ce qu'un combat pour Dieu ? Et quel 
est le mérite 2 ? Celui qui implore (secours) de tout sera sauveur ! 
[66] Quel est en effet celui qui voit (une distinction) entre 

1. Les manuscrits ne portent que les deux premières syllabes : Paulâ (V: Pau- 
le). 

2 Litt.: le délit (effacé par le Christ), 



42 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

celui-ci et le prince ^ qui i^ient et qui ne trouve rien en lui ^, lors- 
qu'on constate que c'est la nature (divine) qui l'a aidé ? Au- 
près de qui est-il jugé, alors qu'il est le juge qui juge et celui qui 
est jugé ? Quel est celui qui a reçu l'offrande pour tous les hom- 
mes, alors qu'il est celui qui reçoit et celui qui est offert ? Quel 
est celui qui apaise ^ et celui qui est apaisé, alors qu'il est dans 
les deux ? A moins toutefois qu'ils ne divisent ■* une seule puis- 
sance en deux (parties) qui ne se ressemblent pas et ne disent : que 
le Père s'est fâché et que le Fils l'a apaisé lorsqu'il était en co- 
lère, comme ils l'ont appris des fables des manichéens qui les ont 
imaginées; ou encore à moins que ce ne soit en apparence que le 
Père ait manifesté sa fureur contre ceux qui ont erré et que ce soit 
par acception de personne qu'il y ait mis un terme ? parce qu'il 
s'est montré furieux et apaisé comme en parole seulement. 

Ils adhèrent donc aussi d'une autre façon à ce qu'imaginent 
les partisans d'Arius qui pensent que Dieu n'a pas été apaisé 
autrement que par la mort du Christ, qui était dès le commen- 
cement (près de) Dieu et qui était Dieu ^. Qu'est-il besoin de cette 
ineptie ? Celui en effet qui était en lui, ne faisait pas cela par la 
mort d'un autre ^, et encore ce n'est pas justice que celui qui 
n'appartient pas à une nature, ait accepté la mort pour une 
autre nature, afin d'effacer la dette ^; il n'y a pas non plus un 
véritable pardon, mais une apparence (de pardon). [67] Ils disent 
que ces choses ont été partagées entre deux Fils, en sorte que 
les unes conviennent à celui-ci et les autres à celui-là; afin qu'il 
n'y ait dans toutes les paroles qui sont (écrites dans les Évan- 
giles) ni contradictions ni tromperies. Il y a une seule divinité, 
une seule domination, une seule puissance du Père et du Fils qui 
n'admettent pas une semblable tromperie ^. Ils disent ces choses 
et d'autres semblables et ils défendent leurs opinions, pour dire 
que le Christ et le Fils est double dans les prosôpons comme dans 



1. àp-^wv. 

2. Jean, xiv, 30. 

3. Cf. Rom., V, 10. 

4. Lire : nesadqoun. 

5. Jean, i, 1. 

6. C'est-à-dire : « Le Verbe qui était dans le Christ n'a pas apaisé le Père par 
la mort d'une autre personne (humaine). » 

7. Cf. Coloss , II, 14. 

8. C'est-à-dire : « qui ne peuvent s'approprier la forme humaine. » 



» 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 43 

les hypostases. Ils disent que la forme (du Verbe) était (dans 
le Christ) de la même manière que les saints ont été la demeure 
de Dieu ^. 

Nestorius. Parlons donc à chacun de ceux-là qui se trompent 
et qui ont trompé, en niant l'Incarnation de Dieu le Verbe. Et 
d'abord servons-nous envers eux de leurs propres paroles. Toi 
donc, expose-moi leurs paroles, celles qui sont persuasives et peu- 
vent servira persuader beaucoup de gens; combats courageuse- 
ment à leur place, de telle sorte qu'il ne leur reste aucun motif 
d'excuse. Pour quelle raison — puisqu'il n'y a qu'une divinité, une 
domination, une puissance, une science, un esprit, une force de Dieu 
le Père et du Fils, par l'intermédiaire duquel tout a été fait par Dieu 
et sans lequel rien n'a été fait de ce qui a été fait ^ — cette parole : 
// s'est fait chair, n'est-elle applicable ^ qu'à Dieu le Verbe ; 
non pas «il a fait la chair», mais le Verbe s'est fait chair *, celui 
qui était auprès de [68] Dieu^\ il n'a pas dit de Dieu le Père : «Ce- 
lui qui est auprès de lui ; » en effet ces mots « il s'est fait » et 
« il fait » lui appartiennent tous deux puisqu'ils n'introduisent 
pas de différence; on ne peut dire que celui-ci est et que celui-là 
n'est pas ; mais peut-être confessent-ils qu'il y a deux Verbes 
ainsi que deux Fils, l'un (Verbe) étant la divinité et l'autre la 
passibilité parce qu'il devint chair ? 

SoPHRONius. Qu'y a-t-il d'absurde à ce que nous confessions 
ainsi ? Ceci est évident. C'est pour cela que l'iwangéliste aussi 
a dit de celui-ci: quil a habité parmi nous ^ — c'est-à-dire de Dieu 
le Verbe. — Ceci est de l'homme : nous açons i^u sa gloire, gloire 
comme du Fils unique ^ — et ce n'est pas du Fils unique — qui 
est plein de grâce et de çérité^, et ce n'était pas non plus par na- 
ture, car (le Fils unique) est plein de cette gloire, non en vertu de 
la grâce, mais en vertu de la nature et il n'a pas besoin d'ad- 
dition. 

Nestorius. Lorsque le Père dit de celui-ci : i^oici mon Fils ', 

1. C'est à peu près la théorie que l'on attribue à Nestorius, on voit que, loin 
de la partager, il la traite d'hérétique. 

2. Jean, i, 3. 

3. Litt. : « il (l'Évangéliste) ne l'applique. » 

4. Jean, i, 14. 

5. Jean, i, 1. 

6. Ibid., 14. 

7. Matth., XVII, 5. 



44 NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

et encore : il a donné son Fils unique ^ ; le Fils unique qui est dans 
le sein de son Père, nous Va raconté lui-même 2, a-t-il parlé de celui 
qui est dans le sein de son Père ou a-t-il parlé de trois Fils uniques ? 
L'un qui était Dieu le Verbe dès le commencement, un autre qui 
avait la gloire comme du Fils unique, sans être [69] le Fils unique, 
et un troisième en dehors des précédents qu'il a livré pour le (salut 
du) monde. 

SoPHRONius. Quoi donc? Il a livré à la mort Dieu le Verbe, 
qui lui est consubstantiel et qui est immortel et impassible ? Ces 
paroles ne se contredisent-elles pas : « Celui qui lui est consub- 
stantiel, impassible et immortel» et ceci :« il l'a livré à la mort», 
ou peut-être n'est-ce (qu'une) apparence ? 

Nestorius. Tu confesseras à haute voix avec nous qu'il n'y 
a pas deux Dieux- Verbes, ou deux Fils, ou deux Fils uniques, 
mais un seul (Dieu-Verbe) etc., pour chacun d'eux. On recherche 
de deux (côtés) avec ensemble et méthode comment il s'est incarné 
volontairement lorsqu'il est, par sa nature, immortel et impassi- 
ble, et de quelle manière le Fils est dit être mort dans la nature, 
(mortelle) et non en tant qu'il est immortel par sa nature. 

SoPHRONius. Mais nous avons dit ces mêmes choses pour mon- 
trer clairement, quoique tu ne le veuilles pas, que tu dis deux 
Fils par nature : l'un impassible et immortel, et l'autre passible 
et mortel ^. 

54. Sur ceci : Que Dieu le Verbe s'est incarné [lui-même) et quil 
ny a pas deux Fils, mais qu'il y en a un seul par V union. 

Nestorius. Ce n'est (aucunement) vrai; mais s'il convient de 
parler en premier lieu sur ce point, nous allons apprendre du Livre 
divin lui-même ce que nous confessons les uns envers les autres. 
Voyons donc ce que [70] l'Évangéliste dit au sujet de Dieu le 
Verbe*. Est-ce qu'il parle d'un seul Dieu le Verbe, ou bien parle-t- 
il de deux Verbes ? Au commencement était le Verbe, et le Verbe 
était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu, Celui-ci était au commen- 
cement auprès de Dieu ; tout a été fait par lui, et sans lui rien na 

1. Rom., VIII, 32. 

2. Jean, i, 18. 

3. Cette objection est encore adressée aujourd'hui à Nestorius. 

^. Jean, i, 1-13. Ces textes sont presque identiques à la Peschito que le traduc- 
teur devait ici posséder par cœur. 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 45 

été fait de ce qui a été fait. De qui ces paroles peuvent-elles être 
dites par l'Evangéliste, si ce n'est de celui qui est consubstantiel 
(à Dieu) et sans corps ? Et ceci: En lui était la çie, et la çie est la 
lumière des hommes, et la lum,ière luit dans les ténèbres et les té- 
nèbres ne Vont point comprise; l'a-t-il dit d'un autre ou du me me ? 
Donc il l'a appelé lai>ie et la lumière, ce qui indique l'essence im- 
mortelle et vivifiante, et (il a dit) : elle luisait dans les ténèbres et 
les ténèbres ne Vont point comprise, comme s'il parlait de ce qui a 
été dans la mort et dans les ténèbres; mais lui n'est pas mort car 
il est la vie et la lumière qui ne s'éteint pas, et il donne la vie à 
ceux qui sont dans la mort. A quelle lumière Jean rend-il témoi- 
gnage, afin que tous croient par lui ? // est, en effet, la lumière de 
la çérité qui éclaire tout homme qui est ^enu en ce monde ; il a été 
dans le monde, le monde a été fait par lui et le monde ne Va pas 
connu ; il est çenu chez les siens et les siens ne Vont pas reçu ; 
mais à ceux qui Vont reçu, il leur a donné le pouvoir de devenir les 
enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, qui [74] ne sont 
nés ni du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de 
Vhomme, mais qui sont nés de Dieu. L'Evangéliste a-t-il parlé 
d'un autre Verbe, ou a-t-il parlé de Dieu le Verbe, par qui tout a 
été fait, la vie et la lumière véritable, qui est venu chez les siens 
et les siens ne Vont point reçu, qui a donné à ceux qui Vont reçu 
le pouvoir de devenir les enfants de Dieu, à ceux qui sont nés non 
du sang, ni de la volonté de Vhomme, mais qui sont nés de Dieu ? 
Et par quoi encore a-t-il donné, à ceux qui l'ont reçu, le pou- 
voir de devenir les enfants de Dieu ? Est-ce à ceux qui sont 
nés de la nature de Dieu ? Est-ce qu'ils ont été changés dans 
leur nature pour devenir la nature de Dieu, et sont-ils devenus 
ce qu'est Dieu le Verbe de la même façon qu'il est né du Père ? 
Ou bien sont-ils demeurés^ dans la nature dans laquelle ils sont, 
et sont-ils devenus les enfants de Dieu et sont-ils nés de Dieu 
par appropriation ^ et par déclaration ? De même qu'ils ont reçu 
celui-ci, en tant que Dieu, qui est devenu (leur) familier, et 
qu'ils ont confessé qu'il est leur Dieu qui a fait toute chose et 
qui est venu chez les siens, de même aussi il les a faits ses 
familiers et il a déclaré qu'ils sont les enfants de Dieu, qui sont 



1. Le texte porte le singulier. 

2. oUeiott,?, ou : association, adoption. 



46 NESTORIUS. LIVRE D HÉRACLIDE 

entrés, en tant qu'enfants, dans la filiation, mais qui ne la pos- 
sèdent pas par nature. 

55. Sur ceci : Que Dieu le Verbe est un par nature et quil est seul 
désigné parce nom, et quil ny en a pas plusieurs qui sont nommés 
par homonymie. 

Ceux qui deviennent fils par appropriation et par déclaration ^, 
sont les fils de celui dont [72] ils sont nés, non par la chair, ni par 
le sang, mais par la volonté et l'amour de celui qui n'a pas de 
corps, et il devient lui-même leur corps en tant que Père par appro- 
priation, par amour et par déclaration ; de même aussi, Dieu 
le Verbe « qui est venu chez les siens », a donné (même) faculté à 
ceux qui l'on reçut, l'ont confessé, et ont cru en son nom :I1 ne leur 
était pas donné de devenir les enfants de Dieu, à ceux qui ne 
sont nés ni du sang, ni de la volonté delà chair, ni de la çolonté 
de Vhomme — car c'est ce qu'ils auraient dû posséder auparavant 
dans leur nature — mais de Dieu ^ par adoption. Ainsi donc ce ui 
qui est venu chez les siens et a été reçu (par eux), a donné à ceux qui 
ont cru en son nom la puissance de devenir les enfants de Dieu et 
lui sera leur chair en prenant la chair et il se l'appropriera et il en 
parlera comme de son corps par appropriation. C'est pourquoi il a 
dit : Le Verbe s'est fait chair ^, pour compenser cette parole : Au 
commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le 
reste*; il a donc ajouté ceci : Le Verbe s'est fait chair et il a habité 
parmi nous^. De même que ceux qui l'ont reçu, sont devenus par 
suite de(cette) réception (enfants) naturels de Dieu par un effet 
de la volonté, de même aussi celui-là, parce qu'il a pris la chair et 
qu'il a habité en elle, est devenu leur chair par appropriation et 
non par changement d'essence. C'est pourquoi il cite encore une 
propriété de Dieu, en disant : Nous aidons çu sa gloire, gloire com- 
me du {Fils) unique ç^enu [73] du Père^. Il l'indique non pas par 
comparaison, mais comme confirmation, quand il dit plein de 
grâce, en donnant le nom de grâce à ce qui appartient à la nature 
du Fils unique; car c'est là la plénitude; celui en effet qui parti- 
cipe, n'a pas la plénitude, et il est inférieur à celui dont la nature 

1. Litt. : confession; d'où : reconnaissance, déclaration, adoption. 

2. Jean, i, 13. 

3. Ibid., 14. 

4. Ibid., 1. 



I, 1. HÉRÉSIES El SCHISMES 47 

a toute (la plénitude) et qui est plein de grâce et de çérité ; non 
qu'il soit changé, mais tel qu'est celui qui était le Fils bien aimé, 
selon qu'ils l'ont reçu et selon qu'ils ont cru en lui, de la même 
manière ils ont vu celui qui est apparu dans la chair, lui (même) 
et non un autre Dieu, ni non plus un autre Verbe, ni une autre 
Vie, ni une autre Lumière, ni non plus un autre (Fils) unique, mais 
le même qui est apparu dans la chair. De la plénitude de celui-ci 
nous a^ons tous reçu ^ ce qui n'était pas en nous ; et nous avons 
reçu « de sa plénitude », et non « sa plénitude »; le propre de la 
plénitude en effet est de ne manquer de rien, comme Dieu. A 
cause de cela le (Fils) unique qui est dans le sein de son Père 
nous a fait connaître Dieu que personne n'a jamais vu^; non pas 
un autre, mais celui qui était dans le sein de son Père, il est ve- 
nu, s'est fait chair et a habité parmi nous ; il est dans le sein de 
son Père et auprès de nous, parce qu'il est ce qu'est le Père et il 
nous l'a raconté — il est évident qu'il n'a pas montré l'immen- 
sité et l'incompréhensibilité de (son) essence — tel qu'il est 
dans le sein de son Père. Comme il connaissait notre nature, 
[74] il nous a raconté dans notre nature elle-même ce qu'au- 
cun des hommes n'a jamais vu 2. Comment donc est-il possible 
que nous entendions par celui-ci un Fils, et par le Christ un 
autre Fils qui est homme seulement et qui demeure, par l'éga- 
lité et l'honneur de la filiation, dans l'image de celui que vous 
niez avoir été envoyé et avoir vécu au milieu de nous ? C'est par 
une sorte d'habitation divine, lui qui demeurait dans la forme 
de Dieu, qu'il a habité ; comme l'Évangéliste nous fait monter 
clairement de Dieu le Verbe vers Dieu le Verbe et, en dehors 
de Dieu le Verbe, ne connaît pas un autre Verbe, ni un autre 
Fils unique de Dieu, si ce n'est celui-ci avec la chair. 

SoPHRONius. Mais comprends, par ce qui a été exposé, ce que dit 
l'Evangéliste : Personne na jamais vu Dieu, le Fils unique qui était 
dans le sein de son Père, Va raconté ^. Il parle ainsi de celui qui est 
monté et est assis à la droite du Père, qui est Fils avec l'image 
et la gloire du Fils, qui nous est apparu, qui est venu après moi, 
qui est plus fort que moi ^, sur qui est descendu et s'est reposé 
l'Esprit Saint sous la forme d'une colombe, l'élu de Dieu, l'A- 



1. Jean, i, 16. 

2. Ihid., 18. 

3. Ihid,, 27. 



48 NESTORIUS. LIVRE d'iiÉkACLIDÈ 

gneau de Dieu, le Nazaréen, le Fils de l'homme, en çérité ^ous 
verrez les deux ouverts et les anges de Dieu montant et descendant 
vers [75] le Fils de Vhomme ^. Il ne s'agit pas de celui qui, par 
essence, est Dieu le Verbe consubstantiel au Père : Personne en 
effet na jamais vu Dieu 2, et celui-ci a été vu. Ce n'est donc pas 
de celui-là qu'il a parlé, mais du Fils de l'homme, qui par sa grâce 
était dans l'ordre de l'image de Fils de Dieu, c'est en cela qu'il est 
Fils et Fils unique en vertu d'une pure complaisance. En lui 
demeure corporellement toute la plénitude de la divinité ^; il n'est 
pas « la plénitude », mais en lui demeure toute la plénitude corpo- 
rellement comme elle a demeuré en chacun des saints. Celui en 
effet qui est Fils n'est pas à part, et le Père ne l'est pas non plus; 
car le Père est dans le Fils et le Fils est dans le Père. C'est pourquoi 
si l'Incarnation qui a lieu dans l'essence est celle du Fils de Dieu, 
elle est aussi celle du Père et du Saint-Esprit, si vous dites qu'il 
est Fils par la nature et non par égalité et par honneur; car il a 
été envoyé dans le prosôpon du Fils de Dieu et il a revêtu son pro- 
pre prosôpon, et toutes (les propriétés) du Fils de Dieu lui sont 
attribuées, de même que Dieu est dans un ange et dans un mé- 
diateur. // est en effet le médiateur de Dieu et des hommes^ V Homme 
Jésus-Christ'^. Comment donc y a-t-il eu un seul Fils et une In- 
carnation de Dieu, à moins toutefois que l'on ne dise qu'il y a eu 
incarnation de Dieu dans celui par qui Dieu a opéré l'économie 
humaine; et que dans les choses qui ont été dites ou faites par l'in- 
termédiaire de Moïse et des prophètes et par l'intermédiaire des 
anges, on dise que c'est Dieu qui a parlé, c'est Dieu qui a agi et 
c'est Dieu qui a été vu. [76] Parce qu'en effet Dieu est par sa na- 
ture invisible et incompréhensible, il lui faut un certain média- 
teur, par l'intermédiaire duquel il accomplisse ces choses, et c'est 
jusqu'à lui que remonte ce qui est fait ou dit par ces (médiateurs) 
par suite de la Providence et de l'économie et non par le fait 
de la nature. Comment est-il Dieu par nature, celui qui est 
homme par nature et non par grâce et opération, comme Dieu peut 
le faire à son gré à l'égard de toute nature ? A moins que Dieu 
ne soit tout en lui. Mais quelqu'un pourra dire que Dieu agit ainsi 



1. Jean, i, 51. 

2. Jean, i, 18. 

3. Goloss., II, 9. 

4. I Tim., Ti, 5. 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 49 

que riionime et qu'il (le médiateur) est deux natures. Venons-en 
donc à ces choses sur lesquelles porte toute la discussion. 

56. Sur ceci : Quil ri est pas dit que Dieu se soit incarné égale- 
ment dans V un des prophètes ou dans Vun des saints et quil n est pas 
dit dai^antage quil se soit serçi de Vun d'eux comme en son propre 
prosôpon. 

Nestorius. Puisqu'ils s'attachent donc aux Livres divins 
comme ils le disent, la réponse ne nous est pas difficile. Jamais 
en effet on n'a vu que quelqu'un se soit servi du prosôpon de Dieu 
en son propre prosôpon, aucun des prophètes, ni aucun des anges; 
mais Notre-Seigneur le Christ a dit : Moi et Dieu nous sommes un^; 
celui qui me çoit, 9oit Dieu ^; ce que Dieu a fait, je le fais, moi aussi, 
comme lui ^; de même que Dieu a la vie en lui-même et quil la donne 
à ceux auxquels il veut la donner, de même je donne la vie, moi aussi, 
à ceux auxquels je veux ladonner^; [77] si vous ne croyez pas en moi, 
croyez du moins à mes œuvres, parce que Dieu et moi nous sommes 
un ^. Personne parmi les prophètes ou parmi les anges n'a osé par- 
ler de la sorte; mais dans ce qu'ils dirent ou firent, (ils dirent) « le 
Seigneur certes a dit », et non pas « Dieu ou eux-mêmes » ; et de 
tout ce qu'ils dirent ou firent, (ils dirent) que Dieu le dit par 
leur intermédiaire; ils disaient également «Dieu l'a dit», comme 
les prophètes et comme les anges. Dans les endroits où (Dieu) a 
pris la figure de l'homme ou du feu, il est dit que Dieu est apparu, 
et qu'on a vu Dieu; dans un autre endroit, que Dieu a donné la 
loi ^; et encore : c'est par l'intermédiaire des anges que la loi a été 
donnée '^. Ce ne sont pas là des choses mensongères, ni non plus con- 
tradictoires les unes des autres; ce n'est pas qu'il appelle les anges 
Dieu, ni non plus qu'un ange se dise Dieu; mais, parce qu'il est 
apparu par l'intermédiaire des anges, il est dit avec vérité de l'une 
et de l'autre façon que Dieu est apparu par l'intermédiaire d'un 



1. Jean, x, 30. 

2. Jean, xiv, 9. 

3. Cf. Jean, x, 37-38. 

4. Cf. Jean, V, 26. 

5. Cf. Jean, x, 38-70. 

6. Cf. Nombres, xxx, 17; Ex., xxxi, 18. 

7. Gai., 111,19. 

Nestorius 



50 NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

ange dans le feu du buisson ^ (et) que, par son moyen (du feu), 
Dieu lui apparut ^. 

57. Sur ceci : Que, selon les Libres diçins, nous avons appris à 
confesser que le Christ est Dieu par nature et homme par nature. 

Puisque donc il s'est appelé de ces deux façons, les Apôtres et 
les Évangélistes ont dit aussi qu'il est de deux façons. Il est 
Dieu par qui tout a été fait; il est venu dans le monde; il a fait le 
monde ; il na pas été reçu par ses serviteurs ; à ceux [78] qui Vont reçu 
et qui ont cru en son nom il a donné ^ le pouvoir de devenir les enfants 
de Dieu ; il s^ est fait chair et il a habité parmi nous^; et ce n'est pas 
un autre. Depuis qu'il s'est fait (chair) et qu'il a habité parmi nous, 
il a attiré la chair par appropriation jusqu'à son propre prosôpon, 
qui est pour deux : d'une part, pour l'essence de Dieu, et d'autre 
part pour l'union et l'appropriation de la chair ; de sorte que même 
la chair qui est chair par nature, par suite de l'union et de l'appro- 
priation du prosôpon, est également Fils ; bien qu'il se trouve 
en deux il est dit un seul Fils et une seule chair. A cause de cela 
le Fils unique de Dieu et le Fils de l'homme, le même (formé) 
de deux, est dit les deux, parce qu'il a attribué (les propriétés) 
de leurs prosôpons à son prosôpon et dorénavant il est désigné 
par celui-ci et par celui-là comme par son propre prosôpon ; il 
parle avec les hommes (à l'aide) tantôt de la divinité, tantôt de 
l'humanité et tantôt des deux; de même que l'humanité parlait 
(à l'aide) tantôt de l'essence de l'humanité et tantôt du prosô- 
po7i de la divinité, c'est pourquoi il est le Fils de Dieu et aussi le 
Fils de l'homme et il parle (en ces deux qualités). 

58. De même que Von conçoit que Dieu le Verbe est devenu chair 
et qu'il ny a qu' une seule chair et non deux, de même aussi la chair 
est fils et il n'y a pas deux Fils. 

[79] N'est-ce pas comme si le Verbe était seul Fils, jusqu'à ce 
qu'il se fût fait chair ? Depuis qu'il a pris la chair dans son propre 
prosôpon (du Verbe), il est devenu chair et la chair est Dieu à cause 
du prosôpon du Verbe, en sorte que Dieu le Verbe est dit chair et 



1. Actes, VII, 30, 35. 

2. Ex., III, 2. 

3. Le texte porte le pluriel. 

4. Cf. Jean, i, 3, 11, 12, 14. 



ë 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 51 

homme, et que la chair est dite Fils de Dieu. Car avant qu'il (le 
Verbe) eût pris la chair dans son propre prosôpon, et qu'il se fût 
manifesté par elle, il était appelé Fils à cause de la divinité : Au com- 
mencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe 
était Dieu; tout a été fait par lui et sans lui rien na été fait de ce 
qui a été fait ^. Depuis qu'il s'est fait chair, en prenant la chair, il 
est nommé d'après les deux ^ comme étant un dans les deux (essen- 
ces) (mais) non dans la nature; mais dans l'une par la nature et 
dans l'autre par le prosôpon : par appropriation et par manifes- 
tation. Le Fils s'est manifesté en vérité dans la chair égal à 
son Père : Moi et mon Père nous sommes un ; il parle d'une 
manière démonstrative de son propre prosôpon ; celui qui était 
visible parle de celui qui était conçu par l'esprit comme de 
son prosôpon, comme s'il était un et avait même prosôpon. Par 
l'un, l'autre est conçu. Celui qui est conçu parle de celui qui est 
visible, comme s'il parlait du propre prosôpon de celui qui est 
visible. Si vous ne me croyez pas, croyez à (mes) œuvres, parce 
que le Père et moi nous sommes un ^. [80] Toutes les choses du 
même genre qui ont été dites d'abord sur l'essence doivent par 
suite se dire, se comprendre et se faire pareillement sur le prosôpon 
comme par appropriation. (Les deux Fils) ne sont en effet éloignés 
ni par l'action, ni par la parole, ni par l'essence. Elles ne sont pas 
distinctes * dans l'amour, les choses qui sont séparées comme sur 
un autre et un autre prosôpon, car elles sont conçues dans l'amour 
et dans la volonté de Dieu sur son prosôpon parce qu'il a pris la 
chair; dans celle-ci (la chair) il s'est manifesté, et dans celle-ci il a 
enseigné ; dans celle-ci et par celle-ci, il a agi comme présent, et non 
comme absent; il s'est servi de son prosôpon dans la chair, parce 
qu'il a voulu que lui-même fût chair et que la chair fût lui-même, 
en sorte que ceux qui voient la chair, (voient) aussi Dieu, de même 
que son propre corps est dans le pain, et que ceux qui voient le 
pain voient aussi son corps, parce qu'il l'a pris pour son prosôpon. 
Celui qui est l'égal de Dieu a pris le prosôpon de la chair, la forme 
du serviteur, et il a donné à la forme du serviteur (qui est) sa 
forme, un nom qui Vemporte sur tous les noms, c'est-à-dire le 



1. Jean, i, 1-3. 

2. V porte en plus: «dars les deux ». C'est sans doute une glose. 

3. Cf. Jean, x, 38, 30. 

4. Les mss. C, S portent le singulier. 



52 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

(nom de) Fils, auquel tout genou fléchit dans le ciel^ sur la terre et 
au-dessous de la terre ^. Et c'est pourquoi il est nécessaire qu'il y ait 
deux natures, (celle) de la divinité et (celle) de l'humanité, celle qui 
s'est anéantie jusqu'à la forme du serviteur et la forme du serviteur 
qui a été élevée jusqu'au nom qui est au-dessus de tous les noms. 
Celui en effet qui ne demeure pas dans sa propre essence, ne peut 
être [81] anéanti, ni abaissé, ni non plus élevé au-dessus de tous 
les noms. C'est pourquoi il a dit « la forme » et (il a choisi) pour 
le nom qu'elle a pris, celui qui indique le prosôpon comme {prosô- 
pon) d'u-n seul ; ce nom et ce prosôpon éveillant l'idée de deux. 
Ils possèdent la distinction de nature, une seule hypostase et un 
seul prosôpon (pour chaque nature) ; celui-ci (est reconnu) par 
celui-là et celui-là est reconnu par celui-ci, en sorte que celui-ci 
est par appropriation ce que celui-là est par nature et que celui- 
là est avec celui-ci dans le corps. lien est de même d'un roi et sei- 
gneur qui a pris le prosôpon du serviteur comme son prosôpon, a 
donné son prosôpon au serviteur et a fait connaître que lui-même 
est cQlui-là et que celui-là est lui-même: c'est dans le prosôpon 
du serviteur qu'il supporte les opprobres et c'est dans le prosôpon 
du seigneur et du roi que le serviteur est adoré. A cause de cela 
— quand même je n'aurais pas dit celui-ci en place de celui-là ni 
celui-là en place de celui-ci, le même en effet existe dans les deux 
qui ne sont qu'un et qui ont le même prosôpon — il en est ainsi 
au sujet des (deux) natures qui sont séparées dans l'essence, 
mais qui sont unies par l'amour et dans le même prosôpon. 

59. Sur ceci : Quil faut accepter l'appropriation et V habitation 
comme i^olontaire de la part de Dieu ^ et que nous ne deç^ons pas 
éç^iter un nom, comme si ce qui est commun était dit par ressemblance 
de nom {homonymie). 

Car quoique notre humanité ^ porte, comme médiateur, le prosô- 
pon de Dieu seulement par appropriation [82], et même par habita- 
tion de l'essence, et non seulement par l'habitation de la divinité, 
du moins (cette) habitation est telle qu'elle aboutisse à un seul 
prosôpon-, car il|^n'y a qu'un seul prosôpon qui est le même pour 
celui qui est révélé et pour celui qui doit être révélé. C'est 

1. Phil., iT, 9-10. 

2. Litt. : « selon la voloiiLc de Dieu. » 

3. Litt. : « l'humanité (qu'il a prise) de nous. » ^- _ 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 53 

d'après la vo'onté de Dieu en effet que nous sommes forcés de 
confesser et de juger ces (mots) «il est» et «il a habité». Dieu 
est en vérité dans toutes les créatures; c'est en lui en effet que nous 
sommes ^ ; et il est encore défini par ceci, que, bien qu'il soit ainsi en 
tous, il est dit du moins qu'il a habité dans certains hommes; pour 
d'autres il est dit qu'il n'est pas même leur Dieu. Il n'est pas dit 
qu'il a habité dans tous les hommes de la même façon, mais sui- 
vant son amour; pour certains d'entre nous il est dit qu'il a habité 
seulement une construction ^ comme dans une maison, comme 
dans les fidèles ; dans d'autres, bien qu'il agisse, ce n'est pas de 
la même façon, mais par augmentation et par diminution; dans 
d'autres c'est comme dans tous les apôtres, dans d'autres c'est 
comme dans les prophètes, dans d'autres c'est comme dans les 
docteurs et dans d'autres c'est selon la division des dons ^ ; il 
habite dans celui-ci et dans celui-là et dans l'autre, et il agit aussi 
en tous, et tous ne sont pas égaux et ne sont pas semblables les 
uns aux autres : mais c'est selon l'amour de celui qui habite en 
eux; parmi ceux-ci les uns possèdent le premier rang, et les autres 
le second rang, et ensuite de proche en proche, en descendant, ils 
se rattachent et s'unissent les uns aux autres, de a même manière 
que les membres le sont dans le corps. [83] Mais le Christ est la 
tête de tous * et c'est en lui que tous sont unis. De même Dieu 
(le Verbe) est la tête du Christ, car de même qu'il est pour nous 
la tête et le prosôpon, de même aussi Dieu (le Verbe) est pour lui 
sa tête comme son prosôpon dans ^ son incarnation. C'est pourquoi 
nous avons reçu de lui de devenir les enfants de Dieu, tandis qu'il est 
le Fils unique; de sorte que sa chair devienne ce qu'est aussi le Fils 
de Dieu et du Père, afin qu'elle soit l'image du Père, le Filsdu Père, 
elle qui est son image ; parce que c'est le prosôpon du Fils, c'est lui et 
non un autre, qui(existe) dans les deux essences et il n'est pas divisé. 

60. Sur ceci : Que nous ne penserons pas au sujet de T Archétype 
de la même façon qu^au sujet des images, ou des anges ^, ou des ambas- 
sadeurs qui tiennent la place de celui qui est éloigné, mais {que nous 



1. Actes, XVII, 18. 

2. Peut-être xaTaaxejr,. 

3. Cf. I Cor., XII, 26. 

4. Cf. Col., I, 18. 

5. Nous lisons 6 « dans », au lieu de i^ « et ». 

6. Traduit sans doute ay-reloç qui signifie ausssi bien « messager.» 



54 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

penserons) qu'il a été uni au corps par sa propre nature et par son 
propre prosôpon et quHl s'est incarné, lui se sentant ^ du corps en son 
propre prosôpon ^ et le corps {se sentant) du prosôpon de Dieu le Verbe. 

Nous ne (nous représenterons pas l'Archétype) comme une 
image ^ ni comme les choses qui sont exécutées en peinture, car 
là c'est seulement par l'aspect extérieur que ces choses sont dites 
exister, par la vue et par la forme, tandis que l'essence est éloignée 
— ni non plus comme les anges * et les ambassadeurs qui remplacent 
la personne {prosôpon) de ceux qui les ont envoyés, et qui sont 
par là les^prosôpons de ceux-ci grâce à leur ministère et à 
leur autorité pure (et simple), [84] mais (l'Archétype) lui, s'est] servi 
de sa nature et de son prosôpon (du Verbe), en disant: En vérité, 
moi et le Père nous sommes un ^; lui, il est ce que celui-ci est dans 
son prosôpon, et ce que celui-ci est dans son prosôpon, lui il l'est, 
non qu'il ait fait sa forme dans une autre forrne, mais dans sa 
propre forme, et non dans une autre forme qui ressemblait à la 
forme du serviteur, mais dans la forme naturelle de celui-là, en 
sorte' que celui-ci soit devenu ce qu'est celui-là et celui-là ce 
qu'est celui-ci, tout en demeurant celui-ci et celui-là. 

61. Sur ceci : Que dans la nature humaine il a reçu un nom qui 
l'emporte sur tous les noms. 

C'est là en effet la principale grandeur de la nature humaine, 
à savoir que, parce qu'il reste dans la nature humaine, il reçoit 
un nom qui remporte sur tous les noms ®; ce n'est ni par suite du 
progrès des actions (humaines), ni par suite de la science et de la 
foi, mais c'est par une disposition bienveillante qu'il en a été ainsi, 
afin qu'il fût son image et son prosôpon, en sorte que son prosôpon 
est aussi le prosôpon de celui-ci. Il est également Dieu et également 
homme : forme de Dieu dans la condescendance, dans l'abais- 
sement et dans l'apparence (extérieure), et forme de la chair 



1. L'cditionportelepluriel, maislig. llct p. 55, lig. 4 et 6 on trouve le singulier. 

2. En lisant dpagrâ, au lieu de bpagrâ, on traduirait : « (le Verbe) se servant 
du prosôpon du corps lui-même. » Cf. p. [85]. 

3. Lire âîk betsalmâ au lieu de Alâhâ, comme dans le titre qui nous a fourni 
cette restitution. 

[ 4. Traduit sans doute ayysAo; qui signifie aussi bien «messager ». 
5. Jean, x, 30. 
G. Phil., Il, 9. 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 55 

comme homme. Et l'homme est dans Texaltation ce qu'est Dieu, 
grâce au nom qui est au-dessus de tous les noms. C'est pourquoi 
il s^est humilié dans un abaissement ^ volontaire jusqu^à la morty et 
à la mort [85] de la croix ^ en se servant du prosôpon de celui qui 
est mort et a été crucifié comme de son propre prosôpon] et il s'est 
servi en son propre prosôpon de ce qui appartenait à celui qui est 
mort, qui a été crucifié et a été exalté; à cause de cela toutes (ces 
choses) sont dites du seul prosôpon du Christ et toutes ces choses 
celles-ci comme celles-là, sont chacune distinctes en nature, de 
même que la nature divine est distincte de a nature humaine; de 
la sorte le Christ est les deux natures, la forme de Dieu et la forme 
du serviteur, (celle) qui est exaltée, et celle qui exalte. S'il est 
appelé Christ à cause de la chair qui a été ointe, c'est qu'il y a un 
seul prosôpon pour les deux natures, parce qu'il n'y a aussi 
qu'un seul nom qui est au-dessus de tous les noms, (un pour les) 
deux — même si l'on parle de la nature divine — les noms en 
effet des prosôpons naturels sont communs dans l'abaissement et 
dans l'exaltation. 

62. Sur ceci : Que c'est par les deux [natures) que devait avoir lieu 
V économie pour nous {V incarnation). 

Il fallait, pour l'économie pour nous, que les deux (Verbe et hom- 
me) fussent pris en prosôpon: Parce qu'en effet Dieu à créé le pre- 
mier homme à sa propre image et à sa ressemblance et que les per- 
sonnes (prosdpons) en Dieu^ ne nous ont pas été révélées, à savoir 
les prosdpon5 du Père, du Fils et du Saint-Esprit; (c'est) afin que 
nous connaissions aussi le Créateur, que nous soyons parfaitement 
instruits de la sc'ence de Dieu et que nous ayons complètement une 
pleine idée de l'image de Dieu [86], qu'il a restauré toute la Créa- 
tion dans le Christ* et qu'il nous a fait connaître et nous a montré 
quel est le Créateur : Celui qui dès le commencement était le Verbe 
auprès de Dieu, était aussi Dieu Créateur de tout ; car tout a 
été fait par lui et sans lui rien n'a été fait de ce qui a été fait ^. 

63. Sur ceci : Pourquoi Dieu le Verbe a-t-il construit pour lui- 
même le temple du corps ? 

1. Litt. : in exinanitione. 

2. Phil., II, 10. 

3. Sic V. — C, 5 portent :«du Dieu créateur. » 

4. Eph. I, 10. 

5. Jean, i, 3. 



56 NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

De même il convenait et il était nécessaire que notre rénovation 
fût aussi accomplie par le Créateur de la nature, par celui qui nous 
a formés et faits avec de la terre au commencement; il a pris un 
corps'et^il l'a fait à sa ressemblance; et ill'a constitué en son pro- 
pre prosôpon en tout comme s'il était sien par l'honneur et la 
gloire de Dieu; il s'est servi d'une part de la nature de la divi- 
nité et d'autre part du prosôpon du Fils. L'honneur du Père et 
du Fils en effet est un, de telle sorte que ceux qui honorent le 
Père, honorent aussi le Fils. Il nous a donc appris que (le Fils) 
est le Diau qui a tout créé et qu'il a créé avec le Père et le Saint- 
Esprit ^. En lui en effet il çiçait ^, ce qui indique l'union naturelle, 
à savoir que le Père est dans le Fils et que le Fils est dans le Père ^ 
et que le Saint-Esprit vit en eux. Il a créé le corps autrement * 
que (par la coopération) de l'homme et de la femme et, parce 
qu'il s'agit d'une œuvre de création, il parle de ce qui va être 
créé et de celui qui crée. Le Saint-Esprit descendra et la çertu du 
Très-Haut {te) couçrira de son ombre ^, — [87] il indique ainsi le 
Créateur : — et, à cause de cela, celui qui naîtra : c'est-à-dire : le 
saint qui sera créé — sera appelé le Fils de Dieu ^; de telle sorte que, 
dans la création, il l'appelle « saint» et« Fils» pour indiquer l'image 
et la ressemblance que le premier homme a reçues dans la Création 
et qu'il n'a pas gardées. Il convenait en effet que, comme image de 
Dieu, il se conservât pour Dieu sans souillure et sans tache, et cela 
en voulant ce que Dieu, veut, puisqu'il possède le prosôpon deDieu. 
(Avoir) le prosôpon de Dieu c'est en effet vouloir ce que veut Dieu 
dont il a le prosôpon. C'est pourquoi le second homme a été créé 
par le Saint-Esprit et par la vertu du Très-Haut et c'est de lui 
qu'il a reçu d'être^c saint » et « Fils » de Dieu. 

64. Sur ceci ; Qu'il a reçu d'être « Fils » dès sa formation^ mais non 
par degrés. 

Il n'est pas (saint)^, comme les autres (hommes), par suite de son 

1. Le texte est mal coupé et remplace « saint » par « homme ». 

2. Cf. Jean, i, 14. 

3. Litt. : « que le Père est du Fils et le Père dans le Fils. » 

4. Litt. : « d'une nouvelle manière. » 

5. Luc, I, 35. 

6. Ibid. 

7. Cette phrase continue la précédente: « c'est du Saint-Esprit qu'il a reçu d'être 
saint, pour qu'il ne le fût pas, comme les autres... » 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 57 

obéissance dans la foi et dans les œuvres, mais c'est dès sa géné- 
ration, par la création' du Créateur, qu'il a reçu son prosôpon 
créé ^, de sorte qu'il n'a pas été d'abord homme, mais Homme- 
Dieu en même temps par l'Incarnation de Dieu, qui est en lui 
ce qu'était Dieu dans le premier homme "^. Il était le créateur de 
tout, le législateur, ayant ^ le conseil, la gloire, l'honneur et la puis- 
sance; le même aussi a été le second homme [88], dans des qualités 
parfaites et complètes en sorte que Dieu soit son prosôpon et que 
lui-même (soit) en Dieu. 

65. Sur ceci : Que, puisquHl ne possède pas le prosôpon de son être, 
comment faut-il comprendre le prosôpon dans V union ? 

De même que Dieu était apparu à Adam sous une forme * visible 
et qu'il lui avait parlé et que ce n'était pas un autre, de même 
Dieu devait (apparaître) à tous les hommes sous la forme naturelle 
qui a été créée, c'est-à-dire (sous'l'apparence) delà chair, en appa- 
raissant, et en parlant dans sa propre image, et l'image dans l'Ar- 
chétype ^; de sorte que Dieu apparaît dans l'image, puisqu'il n'est 
pas visible; ainsi l'image est conçue dans celui qui n'apparaît pas. 
L'image ne fait pas partie de son être (divin), mais elle appartient 
à celui-là (à l'homme). L'image et le prosôpon : (c'est) l'humanité 
pour la divinité et la divinité pour l'humanité. Le prosôpon de 
celui que l'on conçoit ^ — qui était en vérité dans la forme et la res- 
semblance de Dieu "^ — a pris la forme de serviteur et, sous l'appa- 
rence extérieure, il a été trouvé comme un homme ^ dans celui qui est 
apparu. Et celui qui est apparu (est considéré) dans celui qui est 
conçu, au point de vue du prosôpon et du nom qui est au-dessus 
de tous les noms, de l'honneur, de la gloire et de l'adoration. Il lui a 
en effet donné un nom qui V emporte sur tous les noms, en sorte quau 

1. Litt. : creabilis. 

2. Cette quasi-assimilation du Christ à Adam avant la chute est excessive. 
C'est l'une des théories caractéristiques de Nestorius. Cf. Loofs, op. cit., p. 256- 
258. Elle a été expliquée par le concile des Orientaux à Éphèse. Labbe, op. cil., 
t. III, col. 680. 

3. Le texte porte : «sans (bel od) roi» et (aux variantes) : «sans conseil. » 
Nous lisons: «maître (6e' éZ) du conseil. » Cf. Is., ix, 6. 

5. àpxsT'U'rtov. 

6.^ Les^phrases sont coupées dans le texte de manière différente. 

7. Phil., II, 6. 

8. Ibid., 7. 



58 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

nom de Jésus tout genou fléchit dans le ciel, sur la terre et dans les 
enfers ^ et toute langue confesse que le Seigneur Jésus, etc. ^. 

[89] 66. Comment la chair est- elle adorée dans le prosôpon du Fils 
et, alors quelle nest en rien digne de cette adoration, [comment) est- 
elle adorée dans le prosôpon de Dieu le Verbe ? 

L'homme est reconnu en effet au prosôpon humain, c'est-à-dire 
à l'apparence du corps et à la forme {du serviteur), et Dieu est re- 
connu au nom qui Vemporte sur tous les noms, et à V adoration que lui 
rend toute la création et à ce quon le confesse comme Dieu. En cela 
en effet il^a pris la forme du serviteur et il a donné sa propre forme 
à la forme du serviteur, afin qu'elle fût égale à Dieu ; et que — com- 
me lui l'a reçue pour lui, afin qu'elle fût son prosôpon, — personne 
ne lui refusât, à cause de (sa) nature, l'adoration (rendue) à la divi- 
nité dans le ciel, sur la terre, et au-dessous de la terre, et (la con- 
fession) que fait toute langue ^, quoique, par la nature, elle soit au- 
dessus de toute la nature humaine. Qui donc lui refuserait l'adora- 
tion, à elle qui appartient au maître de tout, et qui participe à son 
prosôpon et à son nom? Et qui refuserait encore de s'incliner devant 
cette forme devant laquelle le Créateur de tout n'a pas * dédaigné de 
s'incliner ? Il s'est abaissé au point que ^ sa propre création était, 
dans sa nature, non dans l'honneur et dans la gloire, mais dans 
le mépris, l'abaissement et toute l'humiliation jusqu'à la mort de 
la croix '7il s'est humilié en çérité jusquà la mort et à la mort de la 
croix-, il n'y a rien qui soit plus humiliant que la mort. Il n'en a 
pas été comme cela s'était passé pour Adam, [90] auquel il a donné 
son image dans toute gloire et honneur; en effet il a tout mis sous 
ses pieds ^•, c'est de la même manière qu'il a donné aussi au 
second homme son image de gloire dans l'honneur et la puissance ; 
mais c'est d'une tout autre façon que les choses se passèrent ; 
il a donné l'image de Dieu, et il a pris la forme du serviteur par 
prosôpon '... 

1. Litt. : «sous la terre. » 

2. Phil., II, 9-11. Nous remplaçons le dernier mot par <^echarcâ. 

3. Cf. Phil., II, 10-11. 

4. Le texte ne porte pas cette négation. 

5. Nous adoptons la leçon de F. 

6. Ps. VIII, 7. 

7. Le manuscrit de Kotchanès contient ensuite trois ou quatre lignes en mau- 
vais état dont les scribes n'ont transcrit que quelques mots isolés reproduits 
dans l'édition. 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 59 

67. Pourquoi, lorsquHl a prisda forme de serviteur, n^a-t-il pas 
pris ce qui est honorable de préférence à ce qui est méprisable ? 

Et pour cette raison il a pris la forme de serviteur — une forme 
humble, une forme qui a perdu la ressemblance de Dieu — non 
pour l'honneur, ni pour la gloire, ni pour l'adoration, ni encore 
pour la puissance, quoiqu'il fût Fils, mais pour l'obéissance qu'elle 
observait dans le prosôpon du Fils, selon la volonté de Dieu; car 
elle avait la volonté de celui-ci, et non la sienne propre, et elle ne 
(faisait) pas ce qu'elle voulait, mais ce que voulait Dieu le Verbe ^. 
C'est en effet ce que signifie « la forme de Dieu, » en sorte que 
(la forme de serviteur) n'avait ni sentiment ni volonté propre [91], 
mais qu'elle avait (le sentiment et la volonté) de celui dont elle 
avait le prosôpon et la forme. C'est pourquoi la forme de Dieu a 
pris la forme de serviteur, sans rien dissimuler de l'humilité de la 
forme de serviteur, mais elle a tout pris pour que la forme (du 
serviteur) fût en tout, de sorte qu'elle l'a admise sans diminu- 
tion dans sa propre forme. 

68. Pourquoi a-t-il pris V obéissance volontaire dans la forme du 
serviteur et n a-t-il pas montré une obéissance machinale qui fût 
sans volonté ? 

Parce qu'il a pris en effet cette forme de serviteur pour effacer 
la faute du premier homme et pour rendre à sa nature l'image 
primitive que celui-ci lui avait fait perdre par sa faute, il convenait 
qu'il prît ce qui s'est rendu coupable, ce qui a été retenu et soumis 
à la serv tude, avec toutes les attaches de déshonneur et de mépris ; 
car, en dehors de son prosôpon, rien n'était ni divin, ni honorable, 
ni indépendant. De même qu'un fils, tant qu'il est encore jeune, 
ne possède pas le pouvoir d'hériter ou d'être maître absolu de tout, 
si ce n'est par obéissance, de même aussi la forme de serviteur 
qu'il a prise pour son prosôpon, ill'a admise comme une forme de 
serviteur, non pour la puissance, mais pour l'obéissance, et pour 
toute cette obéissance de laquelle naît en particulier l'obéissance 
qui est sans péché, et il est apparu vraiment [92] sans péché. Quand 
donc quelqu'un est exempt de toutes les causes d'où provient la 
désobéissance, il apparaît alors sans aucun doute et sans aucune 
incertitude qu'il est sans péché. C'est pourquoi il a pris la nature 
qui a péché, de peur qu'en prenant une nature qui ne soit pas capa- 

1. Cf. Jean, viii, 29 : Quœ placita sunt ei facio semper, et Ibid., vi, 38. 



60 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

ble de (commettre le) péché, il ne passât pour n'avoir pas péché à 
cause de la nature et non à cause de l'obéissance. Mais bien qu'il 
ait eu toutes lej choses qui font partie de notre nature, la colère, la 
concupiscence, les pensées, et qu'elles aient augmenté aussi par 
le progrès et la croissance qui appartiennent à chaque âge, il s'est 
cependant maintenu ferme dans ses sentiments d'obéissance ^. 

69. Pourquoi na-t-il pas accepté V obéissance dans des commande- 
ments particuliers ^ comme Adam, mais a-t-il accepté tous les com- 
mandements et non quelques-uns P 

Il s'est proposé l'obéissance dans tous les commandements princi- 
paux ^ et non dans les secondaires *, afin que l'on ne crût pas que ce 
fût à cause de leur facilité qu'il a pu vaincre ; ce ne fut pas non plus 
dans des matières où il y avait un certain attrait d'honneur, de 
puissance et de gloire qu'il a pratiqué l'obéissance, mais dans des 
matières qui, parce qu'elles étaient humbles, misérables, méprisa- 
bles et faibles, pouvaient nuire aux pensées d'obéissance; et dans 
lesquelles rien ne portait à l'obéissance, mais plutôt au relâche- 
ment et à la négligence, [93] aussi n'en recevait-il aucun secours. 
Il ne désirait qu'une seule chose : obéir à Dieu, et il aimait ce que 
Dieu veut. 

70. Pourquoi^ dans les actes de la <^ie, la divinité ne s^ occupait- elle 
pas des actions humaines ? 

C'est pourquoi, alors qu'il se trouvait'privé de tout et qu'il était 
sollicité violemment vers des choses opposées, il ne s'est aucunement 
détourné de la volonté de Dieu ^^ bien que Satan se fût servi de 
toutes ces choses pour l'éloigner de la volonté de Dieu. Satan avait 
cherché à faire cela, surtout parce qu'il ne voyait personne s'occu- 
per de lui. Il n'apparaît pas en effet qu'au commencement il 

1. Ces théories, sur « la forme du serviteur» prise par le Verbe, et sur les 
mérites du Christ, ont pu donner occasion d'écrire que Cyrille avait condamné 
Nestorius asser entera Jesum Christum ex Maria virgine hominem tantum et non 
Deum natum, eique divinitatem pro meritis esse collatam. 

2. Litt. : « autres. » Voir la note 4. 

3. Litt. : « premiers. » 

4. Le texte porte « autres » 'Kronê, Le contexte, qui porte « premiers », de- 
mande de lire ici :« derniers » 'Kroyê. (De même dans le titre.) Nous rendons ces 
mots par « principaux » et secondaires ». 

5. Voir par exemple Matth., xxvi, 42. 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES ()1 

ait fait des miracles, ni qu'il ait eu le pouvoir d'enseigner, mais 
seulement d'obéir et d'observer tous les commandements. Comme 
il vivait avec tous les autres hommes, là où tous les commande- 
ments l'entouraient de toute part et lui montraient l'empire de la 
désobéissance, il s'est conduit avec vaillance au milieu de tous; 
il ne se servait de rien qui lui fût particulier ou spécial pour sa 
nourriture; mais il se servait des choses ordinaires comme tout 
le monde, de cette façon on ne pouvait penser que c'est à cause 
de l'observance de ces règles qu'il a été gardé du péché, et que, 
sans elles, il ne pourrait pas en être gardé. C'est pourquoi quand 
il mangeait et buvait, il observait tous les commandements, et 
là où il y avait de la difficulté et de la peine ^, il restait ferme [94] 
dans sa résolution, parce que sa volonté était rivée à celle de Dieu 
et qu'il n'y avait rien qui pût le détourner et le séparer de (Dieu). 
Ce n'est pas en effet pour lui-même qu'il vivait, mais pour celui 
dont il avait le prosôpon; il conserva le prosôpon sans blessure 
et sans cicatrice et par lui ii a donné la victoire à sa nature. 

71. Pourquoi reçut-il le baptême de Jean, après s^être montré sans 
péché ? 

Parce qu'il était en tout rempli d'obéissance; pour Faugmenter 
encore ^, il reçut le baptême de Jean comme tout le monde. Quoi- 
qu'il n'en eût pas besoin, puisqu'il était sans péché, il le reçut 
comme s'il en avait eu besoin, pour une plus grande obéissance; 
car le propre de l'obéissance supérieure était qu'il se conduisît non 
comme le demandaient son honneur et sa gloire, mais comme le 
requérait l'obéissance à celui qui commande; et, bien plus, non seu- 
lement qu'il laissât (Jean) le baptiser, mais encore qu'il fût baptisé 
par lui comme un pécheur faillible, ayant besoin d'absolution. Telle 
est en effet l'obéissance universelle, c'est de ne rien demander ni 
exiger pour son propre prosôpon, mais pour le (prosôpon) de celui 
dont il avait le prosôpon, et de faire sa volonté (du Verbe), car 
ce prosôpon {duYerhe) était à proprement parler le sien, et il esti- 
mait son prosôpon (du Verbe) comme son propre prosôpon (du 
Christ); le prosôpon cependant est un. C'est pourquoi le Père l'a 
montré du haut du ciel. en disant : [95] Tu es mon Fils bien- 
aimé ; en toi je me suis complu ^ : L'Esprit-Saint est descendu 

1. Litt. : a sueur. » 

2. Litt. : « comme plus (parfait). » . ' 

3. Matth., 111,17. ,. . ' 



62 

sous la forme d'une colombe et a reposé sur lui, et il ne dit pas que 
le Fils soit descendu, parce que c'est le Fils qui a gagné le prosôpon 
et qu'il a fait, de ce qui lui appartient, son propre prosôpon, 
sans s'en séparer. C'est pourquoi il est un, même dans la naissance 
de la chair. U Esprit saint i^iendra et la puissance du Très-Haut te 
couvrira de son ombre; aussi cest pourquoi le saint qui naîtra de toi ^ 
sera appelé le Fils de Dieu ^. Il n'est pas dit du tout que le Fils 
viendra ; car celui qui l'a pris en prosôpon n'est pas un autre, mais 
est le même que celui auquel il a confié la dispensation (la rédemp- 
tion), pour les raisons que nous avons données plus haut. 

72. Pourquoi çécut-il [d' abord) açecjout le monde et fut- il conduit 
ensuite au désert ? 

Parce qu'on s'imaginait qu'il était, plus que tout autre, un obser- 
vateur des commandements, à cause de sa manière dé vivre avec 
tous les hommes et que, s'il était laissé seul en beaucoup de choses, 
il devait être facile (de lutter) contre lui, là oii il n'y avait rieri 
qui pût venir à son secours; il se rendit seul au désert pour y 
être tenté par l'accusateur, là où il manquait de tout ce qui est 
dans le monde 3, même de ce que l'on regardait comme mi- 
sère et indigence. A cause de cet éloignement de toutes 
choses, [96] il est monté jusqu'à cette complète excellence à 
laquelle peut être élevée une puissance corporelle. Au lieu des 
assauts des désirs de l'âme, il était attaché aux choses de Dieu, 
comme s'il n'eût pas eu de corps, parce qu'il ne s'occupait pas de 
son corps comme s'il était le sien, mais comme s'il était en dehors 
de lui. Ceci en effet appartient seulement à l'image de Dieu et à 
celui qui garde l'image de Dieu, de vouloir ce que veut Dieu le 
Père, et comme il n'y avait rien (de cela) dans tout ce que disait le 
Calomniateur, il le confondit, parce qu'il se trouvait en dehors de 
la volonté de Dieu. Il a élevé son âme jusqu'à Dieu, en conformant 
ce qui était dans sa volonté à la volonté de Dieu, afin qu'il 
fût seulement l'image de l'Archétype * et non l'image de son 

1. 1/. ^ov figure aussi dans la Peschito. 

2. Luc, I, 35. Le syriaque est calqué sur le grec, en particulier le mot 
« saint » est mis à la même place dans les deux textes. 

3. C'est-à-dire : « pour ne pas laisser croire que c'était seulement parmi les 
hommes qu'il observait les commandements, il alla aussi seul au désert pour 
être tenté et vaincre. » Voir la fin du chapitre. 

4. àp/érviTcov. 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 63 

être; car l'image, pour son être, est sans forme; et sa forme pro- 
pre est celle de l'Archétype; ils sont deux, mais il n'y a qu'une et 
même apparence. Parce qu'en fait il a préservé la ressemblance 
de Dieu, dans les actions corporelles, de toutes les passions du 
corps, il lui était préférable de faire la volonté de Dieu plutôt que 
(celle) de la chair; par les actions il s'est fait une image afin de 
vouloir ce que (Dieu) voulait, pour qu'il n'y eût dans les deux 
qu'une seule et même volonté et un seul prosôpon sans division; 
celui-ci est celui-là et celui-là est celui-ci, tandis que l'un et l'autre 
subsistent. Comme il était affermi en toutes choses, [97] dans les 
tentations du corps et dans celles de l'âme, dans les villes et dans 
le désert, il n'y avait aucune différence dans son observance (des 
commandements) et dans son obéissance ^. , 

73. Sur ceci : Çwe, quand il nous prêchait le royaume des deux, il a 
considéré comme un honneur la <^ictoire sans péché. 

Désormais comme celui qui a été vainqueur et a triomphé en tou- 
tes choses, il lui a été donné pour l'honneur de sa victoire, le pouvoir 
de prêcher et d'annoncer l'Évangile du royaume des cieux, en 
disant : Ayez confiance, fai vaincu le monde 2; cest maintenant 
le jugement de ce monde; cest maintenant qu^est vaincu le prince de 
ce monde. Et moi quand f aurai été élevé au-dessus'jde la terre, f atti- 
rerai tous les hommes vers moi ^. Tout Fils qu'il est, c'est par la crainte * 
et les souffrances quHl a supportées, qu'il a appris V obéissance, ayant 
été rendu parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent 
une cause de la vie éternelle ^. Il a été envoyé pour instruire tous les 
hommes et pour faire des signes, des miracles et des guérisons 
ainsi que tout le reste. Ce n'est pas qu'il eût désiré et recherché 
l'obéissance, mais c'est pour (procurer) la foi de ceux qui s'instrui- 
saient, qu'il s'est servi de toutes ces choses en vue de l'obéissance 
de ses disciples. Car, jusqu'au moment de sa victoire, il combattait 
pour affermir en Dieu l'image qui lui a été donnée; et parce qu'il 
a confirmé sa propre image par toutes sortes de tentations d'une 
façon parfaite, sans restriction [98] et sans que rien lui manquât, 
il agissait désormais pour nous et il faisait tous ses efforts pour nous 

1. C'est-à-dire : « il obéissait en tout et partout.» 

2. Jean, xvi, 33. 

3. Jean, xii, 31-32. 

4. Même coupure que dans la Peschito. 

5. Hébr., V, 8-9. 



64 NES'IORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

délivrer, prisonniers que nous étions, de l'oppression du tyran, pour 
nous attirer à lui, nous faire tous les enfants de son royaume, les 
associés, les héritiers et les enfants de Dieu. Car la défaite du tyran 
(Satan) était devenue sans rémission ^, lorsqu'il l'eut renversé 
ouvertement de sa suprématie, et, après l'avoir renversé, il lui a pris 
aussi sa puissance. Après lui avoir pris sa puissance, sa propre 
victoire ne lui a pas suffi, mais sa victoire doit être aussi la nôtre 
pour laquelle il a combattu; ceux qui lui obéissent, il les amène 
donc vers lui volontairement et non violemment ; ceux qui 
viennent vers lui, il les persuade de s'éloigner de Satan de leur 
propre volonté, et de ne pas devenir ses disciples contreleur volonté. 
...^ Que dirai-je, ennemi, mais plutôt de l'ennemi. 

74. Sur ceci : Qu après la çictoire et qu après quHl a été dit de lui : 
« Celui-ci est mon Fils, » il a commencé pour nous d^autres rudes 
combats. 

C'est pourquoi, après qu'il eut remporté sa victoire sur tous 
les points, et après qu'il eut été dit du haut des cieux : Celui-ci est 
mon Fils bien-aimé ^, il a recommencé d'autres combats (pour 
nous)**... l'autorité, l'enseignenient et l'opération des miracles 
avec puissance; il s'est encore comporté avec une obéissance par- 
faite dans (toutes) ces choses qui nous concernent, [99] c'est-à-dire 
dans les choses humaines et dans les choses humbles, en sorte 
qu'il ne possédait aucune puissance et aucune supériorité; il était 
persécuté, il était frappé, il craignait de la crainte qui trouble tout 
homnie, il na<^ait pas même comme les oiseaux et comme les bêtes 
une place pour y reposer sa tête ^, il allait d'un lieu dans un autre, 
et il était brisé et tourmenté de toutes les façons; et c'était pour 
nous (enseigner) l'obéissance 6; il n'était forcé par personne, mais 
il accomplissait (les préceptes) et (nous)enseignait en toute diligen- 
ce. Il supportait toutes les tentations dans le but de (nous) instrui- 
re; de quelque lieu qu'il était chassé, il était chassé auprès de ceux 
auxquels il n'était pas encore annoncé, en sorte que ce qu'il avait 
lui-même en vue, était accompli par le soin de ses ennemis qui ne 

1. Litt. : « sans consolation. » 

2. Il y a ici une lacune. 

3. Matth., III, 17. 

4. Il y a ici une lacune. 

5. Matth., VIII, 20. 

6. Litt.: « pour notre obéissance. » 



I, 1. HÉRÉSIES EF SCHISMES 65 

prévoyaient pas le résultat qu'aurait leur conduite, mais qui pen- 
saient l'arrêter, par des contrariétés et par des actions pleines de 
déshonneur, de mépris et de crainte jusqu'à Ja mort. Après sa 
victoire et après l'élection dont il fut l'objet de la part de Dieu : 
Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je me suis complu ^, après 
qu'il eut reçu le pouvoir de l'Évangile, après qu'il fut manifeste 
que c'est par sa propre autorité qu'il faisait des œuvres divines, 
après qu'il eut dit : Moi et mon Père nous sommes un ^, il fut avec 
oute cette faiblesse et tout ce mépris dans les choses humaines; 
choses dont il ne pouvait, pensait-on, supporter [100] le poids, 
mais qui lui seraient, au contraire, un sujet de chagrin et d'abus de 
g^ce. C'est pourquoi il y eut beaucoup de choses qui l'empêchaient 
d'annoncer (l'Evangile). De là aussi, il s'est élevé des accusateurs 
en faveur de Dieu, comme s'il était une cause de désobéissance, 
et ils le plaçaient dans le mépris et l'infirmité ^. 

75. Sur ceci : Quil s'est serçi de cette suprême obéissance^ comme 
cTun suprême honneur, en sorte que le Christ est devenu aussi i>rai- 
ment homme et quil na pas rejeté [V obéissance) comme humiliante. 

Pour tout le monde, en effet, le mépris qui vient après l'honneur 
est réputé comme très humiliant, mais, pour le Christ qui a été dans 
la chair, c'est le contraire, et il a pratiqué comme un honneur suprê- 
me V obéissance jusquà la mort et la mort de la croix ^. Il a montré 
à Satan, à toute puissance et à toute autorité, que la cause de 
l'honneur est avant tout l'obéissance parfaite et non la déso- 
béissance à Dieu, par laquelle Satan a souffert ^ lorsqu'il s'est 
égalé à la nature divine et à l'honneur, qu'il n'a pas supporté 
l'obéissance des hommes, parce que c'est d'après la différence de 
sa propre nature et de celle des hommes qu'il jugeait de la même 
façon l'honneur et le mépris, et qu'il a pensé que cette obéissance 
n'est pas due à Dieu. A cause de (son) ambition '^, il a également 
précipité Adam dans la souffrance, en lui persuadant de ne pas 

1. Matth., III, 17. 

2. Jean, x, 30. 

3. Semble vouloir dire que les souffrances du Christ furent jugées, par certains, 
indignes de Dieu et le firent regarder comme un homme. 

4. V. porte : « de l'obéissance humaine. » 
5! Phil., II, 8. 

6. Ou : « a péché. » 

7. Litt. : « à cause de cet amour de la gloire.» 

Nestorius — 5 



66 NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

[101] obéir à Dieu. Adam n'a pas choisi pour lui de rendre grâce, ni 
d'être obéissant en rien, mais, parce qu'il s'est égalé à l'image de 
(Dieu), quand il a reçu la défense de manger de l'un des arbres, 
il a souffert dans ce qui ne méritait pas d'être considéré comme 
une souffrance, il a transgressé l'ordre de Dieu et a regardé Dieu 
comme jaloux. C'est à cause de cela que Dieu a rendu le second 
Adam digne de tout cet honneur : parce qu'il a pratiqué toute 
l'obéissance; il lui a accordé un honneur tel qu'il n'y en a pas de 
plus élevé que lui, de même qu'il n'y a rien qui puisse dépasser 
l'obéissance; il ne s'est pas estimé être quelque chose, mais (il a 
cherché) à se conformer à la volonté de Dieu, pour être comme 
Dieu voulait qu'il fût. 

76. Pourquoi a-t-il fait V Incarnation par son prosôpon, en sorte 
quHl se soit aussi incarné ? 

C'est pourquoi aussi Dieu s'est incarné dans un homme par 
son propre prosôpon, et il a fait son prosôpon son propre prosôpon. 
Il n'y a pas de condescendance pareille à celle-là, que le prosôpon 
(de Thomme) soit sien et que ui-même donne (à l'homme) son 
prosôpon. C'est pourquoi il s'est servi de son prosôpon^ parce qu'il 
Ta pris pour lui, et il l'a pris pour le rendre non pas honorable, mais 
méprisable; afin qu'il montrât à quiconque veut servir (Dieu) 
que toute [102] grandeur grandit par l'humilité et non lorsqu'elle 
s'exalte; parce quil a pris la forme de serviteur, il a été trouç^é exté- 
rieurement ^ comme un homme ^. La forme du serviteur l'a servi 
absolument comme il le voulait, et il voulait comme le compor- 
tait la nature, pour que non seulement il obéît pour lui-même à son 
propre prosôpon, en sorte qu'il n'y eût aucun doute à son sujet, 
qu'il est le Fils de Dieu, mais pour qu'il fût condamné pour nous et 
qu'il mourût pour notre rédemption; pour nous donc, non comme si 
nous avions été justes ou bons — car il y a là un attrait, pour que 
quelqu'un meure pour ceux qui sont ainsi — mais pour les mé- 
chants : A peine, en effet, quelqu'un meurt-il pour les méchants^; 
mais pour les bons, quelqu' un oserait peut-être mourir *. 

1. £V <jy;q[L(XTi.. 

2. Philip., II, 7. 

3. Cette citation est identique à la Peschito. Le grec porte ÛTuàp Sty.acoj et 
Tischendorf (éditio major) n'indique aucune variante, cependant l'édition de 
Londres de 1825 donne aux variantes àSt'y.oj, comme le syriaque. 

4. Rom., V, 6-7. 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 67 

Parce que donc il s'est humilié en toute chose d'une façon incom- 
préhensible par une humiliation sans pareille, il est apparu encore 
un seul esprit, une seule volonté, une seule intelligence inséparable 
et indivisible, comme dans un seul être. De même dans l'héroïsme, 
dans la puissance, dans l'action et dans le jugement, comme en 
toutes choses, il a été associé à Dieu sans division, comme si tout 
venait en un, par le discernement et le choix des deux; delà sorte, 
dans les choses humaines, il ne possédait rien d'humain en propre, 
mais la volonté de Dieu était sa volonté propre, lorsqu'il a été 
confirmé par les actions et les souffrances de la nature ; [103] il en est 
de même dans toutes les choses divines, rien ne lui appartenait en 
propre à part l'humiliation humaine ; mais pour demeurer en toutes 
choses, dans les affaires de Dieu, (il est) ce qu'était l'homme par 
sa nature dans les souffrances, même sans la passibilité; de même 
qu'il s'est servi de la forme du serviteur en vue de l'humiliation, 
de même aussi il pourra participer à la glorification de la forme 
de Dieu, puisqu'il est dans les deux, dans la forme du serviteur et 
dans la forme de Dieu, et qu'il possède le même prosôpon de l'humi- 
liation et de l'exaltation. 

77. Sur ceci : Que V Incarnation a été V éducatrice de toute la nature 
des [êtres) raisonnables. 

Pour cette raison il était nécessaire que l'Incarnation de Dieu le 
Verbe fût en faveur de toute la nature des (êtres) raisonnables, afin 
que nous apprenions à participer à sa bonté, en vertu de laquelle 
lorsqu'il ne manquait de rien, il a tout fait pour nous et n'a pas 
même refusé de faire ce qui est méprisable — et ensuite afin qu'il 
fît participer l'homme à son image, en sorte que tout l'homme 
qui est au-dessous de lui ne fît pas usage de sa ressemblance pour 
en tirer vanité, mais pour avoir part à sa grandeur, et pour qu'il 
accomplît^, selon son pouvoir, toutes choses en présence de Dieu. 

78. Sur ceci : Que Satan, dans la jalousie ^ quil a contre rhomme, 
a tout fait pour Vinduire en erreur. 

[104] Parce que donc Satan s'est servi pour le mal de ce qui lui 
a été donné par Dieu et qu'il s'est écarté de l'esprit de Dieu, il ne 

1. Le texte porte : « et il accomplissait, k 

2. Le patriarche iiestorien Georges I^^ explique, en 680, quelle est cette jalou- 
sie ou cette envie sur laquelle Nestorius revient plusieurs fois. Cf. Synodicon 
orientale, p. 495. C'est, en somme, la légende du livre d'Adam. 



68 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

s'est pas servi de l'image de Dieu comme d'un modèle et d'un 
exemplaire qui convient à Dieu, mais, à cause de la jalousie qu'il 
a contre l'homme, (il s'en est servi) pour le détourner de Dieu. Il a 
trompé l'homme et il l'a fait déchoir de son image, parce qu'il n'a 
pas observé la volonté de Dieu; il l'a fait l'ennemi et l'adversaire 
de Dieu, afin de pouvoir par là accuser Dieu d'être injuste, parce 
qu'il a montré une pareille bonne volonté envers l'homme, et il 
l'accuse parce qu'il s'est vengé de sa disgrâce sur l'homme et 
qu'il l'a puni comme il convenait pour ce qu'il avait fait à son 
égard. Parce qu'en effet Satan agissait avec colère et sans réflexion, 
il oubliait queDieu agit d'une manière contraire à ce que lui (Satan) 
veut. 

79. Sur ceci : Que Dieu a montré la grandeur de sa bonté et quil 
a dévoilé la grandeur de la méchanceté de Satan. 

Par la mort, en effet. Dieu opérait non pas la perte de l'homme, 
mais sa consolation et son secours, afin qu'il ne péchât plus et qu'il 
qu'il ne consentît plus aux conseils du méchant, qui conduisent 
à la perte. Ce n'était pas là en effet une occasion de calomnier Dieu? 
mais de (célébrer) la grandeur de sa bonté; lui qui a élevé l'homme 
à un pareil honneur lorsqu'il n'était rien, il a repris le tyran au 
sujet de sa ruse, lui qui a songé à renverser l'homme [105] et il a 
montré qu'il n'a aucunement songé à le perdre, mais à le conserver 
par sa grâce et à prendre soin de lui afin qu'il pût revenir à ce qu'il 
était autrefois. Satan pensait en effet qu'après tout cet amour de 
Dieu à l'égard de l'homme, dans le cas où il l'amènerait de nouveau 
à transgresser le commandement de Dieu, celui-ci s'enflammerait 
de colère pour le perdre de toute façon et qu'il ne resterait plus à 
l'homme aucun motif de retour et de guérison. Ceux qui ont péché 
et ont été jugés dignes de la rédemption, et qui ont persévéré 
dans les mêmes (péchés) — comme ils n'étaient pas encore libérés 
de la première condamnation — la colère s'élèverait contre eux 
sans rémission, sans qu'ils eussent désormais aucune raison de sa- 
lut. Or, Satan a prémédité en lui-même ce qu'il a machiné pour la 
perte de l'homme; il s'est persuadé, et il a condamné l'homme à la 
vengeance, sans lui laisser aucune raison de pardon. Et parce qu'il 
était aveuglé par sa fureur et sa jalousie, il n'a pas compris par lui- 
même la bonté de Dieu, par laquelle il n'a pas perdu Satan, qui 
est le séducteur, alors qu'il se trouvait dans cet état, mais (par 
laquelle) il supportait sa méchanceté; c'est par suite de cette 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 69 

bonté que Dieu se montre patient à l'égard des hommes qui ont 
péché et l'ont offensé, comme s'il y en avait un autre qui les indui- 
sait en erreur; il se montre patient à l'égard du manque d'esprit 
des hommes et à l'égard [106] de la méchanceté sans mesure du 
tentateur qui (s'exerce) envers eux, lui qui a une si mauvaise 
volonté pour les faire dévier et les rendre tous ennemis de Dieu et 
pour perdre toute notre race, sans qu'il lui restât quelqu'un qui pût 
intercéder pour elle. Parce que Satan a montré toute cette méchan- 
ceté suprême, alors qu'il n'avait aucun motif de méchanceté, la 
bonté de Dieu aussi a éclaté dans toute cette méchanceté. Il a 
montré sa bonté ineffable en faisant le bien d'une façon universelle 
à l'égard de tous les hommes. A cause de la grandeur de sa condes- 
cendance envers celui qui a tant péché, il est venu dans le déshon- 
neur, l'abaissement et la faiblesse, et il n'a pas rougi de cet abais- 
sement (subi), eu égard à l'avantage. Par son propre prosôpon,i\ est 
devenu le prosôpon de celui-là, et (le prosôpon) de Dieu en remplis- 
sant toutes les propriétés de Dieu, c'est-à-dire une humiliation ins- 
tructive ^.L'obéissance suprême de l'humanité, celle qui cherche, 
non ses propres (avantages), mais(ravantage)de Dieu, eut lieu pour 
l'enseignement de l'humilité. Il a été uni dans un seul esprit, en sorte 
que Satan n'eut pas la plus petite place pour faire entrer ^ la déso- 
béissance. Parce que seule la mort restait pour marquer la défaite 
et la victoire, il s'y est soumis aussi après tout le reste, en sorte 
qu'après avoir remporté la victoire sur celle-ci (la mort), il l'a 
complètement détruite. Il a accompli deux choses [107] par (la 
mort) : à savoir, il a vaincu Satan et il a enlevé (à l'homme) toute 
velléité de désobéissance. 

80. Sur ceci : Que quand le Christ eut çaincu, sa i^ictoire ne lui a 
pas suffi, mais il lui a plu d'être opprimé pour nous, afin d'obtenir 
satisfaction pour cette oppression quil endura pour nous. 

Parce que beaucoup sont abattus par la crainte de la mort, il a 
supporté jusqu'à la mort et il a donné une juste compensation 
pour nous en changeant notre mort en la mort qui l'a assailli injus- 
tement. C'est pourquoi, après qu'il eut observé tous les comman- 
dements, en sorte qu'il était exempt de la mort et qu'il recevait 
le prix ^ de la victoire pour nous, il a encore pris sur lui cette con- 

1. Litt. : « l'enseignement d'une humiliation instructive. » 

2. Lire Lemâ'lonoutâ. 

3. Litt. : « le choix. » 



70 NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

duite pour l'instruction de tous les égarés et il est mort pour nous 
comme pour les égarés; il a fait comparaître la mort parce qu'il 
était nécessaire qu'elle fût détruite; il n'avait pas hésité en effet à 
se soumettre lui-même à la mort, parce qu'il avait acquis l'espé- 
rance de sa destruction ^ C'est pourquoi il avait supporté d'avance 
d'autres épreuves, mais non de mourir misérablement sans pouvoir 
obtenir vengeance. C'est dans cet espoir également qu'il a 
acquis l'obéissance et l'amour sans limite, non pour obtenir la 
victoire pour lui-même, mais pour nous venger, et pour vaincre 
non seulement pour lui-même, mais encore pour tous les hommes; 
ainsi de même que la défaite [108] d'Adam a défait tous (les hom- 
mes), de même aussi la victoire de celui-ci a rendu victorieux tous 
(les hommes). 

81. Sur ceci : Que Dieu a montré à tous^ par toutes les actions^ quil 
n'a pas fait d'acception de personnes (d'hypocrisie) envers cette 
humanité, parce quelle a souffert en tout. 

Par ces deux (Adam et le Christ), toutes les puissances raison- 
nables ont appris qu'il n'y a pas d'acception de personnes en Dieu, 
mais qu'il n'y a que l'amour d'un juge juste : c'est pourquoi 
l'humanité a remporté la victoire, et Satan a été défait. Dieu a 
rendu sa victoire (du Christ) plus éclatante et il lui a donné un 
honneur qui l'emporte sur tous les noms; de même toutes les puis- 
sances raisonnables ont admiré ensemble sa victoire et, fléchissant 
le gehou, elles adorent le nom qui lui a été donné en toute justice; 
de même toute langue confesse la juste économie qui a eu lieu en 
faveur de tous ; et par laquelle il a fait régner la paix et la concorde 
sur la terre, lui qui, dans toutes les actions, ramène les hommes 
par persuasion et non par violence. 

82. Pourquoi a-t-il pris sur lui de s'incarner lui-même? 

C'est Dieu lui-même qui a consommé cette économie, et ce n'est 
pas par l'intermédiaire d'un autre, de peur que, quand il se trouvait 
dans un tel mépris et dans une telle faiblesse, son commandement 
ne fût regardé comme méprisable et que la jalousie contre l'homme 
ne se réveillât. Mais il a reçu dans son être celui (l'homme) [109] qui 
peut tout souffrir. Il s'est constitué, comme témoins de l'humilia- 
tion de son humanité, les anges qui le réconfortèrent ^^ afin que 

1. C'est-à-dire: « de la destruction de la mort. » 

2. Matth., IV, 11; Luc, xxii, 4R. 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 71 

personne ne pût dire qu'elle souffrait sans souffrir, parce que (Dieu) 
la réconfortait pour l'empêcher de souffrir; et, qu'à cause de cela, 
elle n'avait pas de raison pour ne pas obéir. Car tout ce qu'on pou- 
vait dire ou penser sur lui avec doute et ce qu'il savait qu'on dirait 
sur lui — bien qu'on ne pût le dire, ou par suite de la crainte ou par 
suite de l'obéissance — il faisait tout cela pour ne laisser aucun motif 
de doute; car ils ne connaissaient pas ce mystère; il était caché 
même aux Principautés, aux Puissances et à toutes les Vertus 
et il leur a été révélé, en sorte qu'ils le connaissent et que tous 
confessent, après cette explication, le dessein qui a renversé tous les 
desseins, et qui les a vaincus. Il a montré que son Incarnation est 
une économie universelle pour tous ceux qui ont fait alliance avec 
lui dans un seul esprit et dans une seule conviction, pour combattre 
l'Ennemi de tous, qu'il a chassé et dont il a détruit l'empire, de telle 
sorte qu'il n'y a plus place désormais pour sa séduction et sa 
jalousie. 

83. Pour quel motif, après avoir çaincu et repris Satan V ennemi 
unii^ersel, ne Va-t-il pas perdu, mais Va-t-il laissé agir encore ? 

[110] Mais il (Satan) continue à séduire, afin de rendre mani- 
feste sa propre condamnation et celle de ceux qui lui obéissent, 
parce qu'il n'a plus la même force pour induire les hommes en 
erreur; et aussi afin de rendre plus éclatante la victoire de ceux 
qui ne lui obéissent pas ; en vérité, personne en effet ne sera couronné 
sHl na pas combattu légitimement ^. C'est pourquoi il (Satan) est de- 
meuré dans l'économie du Christ^ après la victoire et après la destruc- 
tion de la mort — économie qui a été abolie par le Christ^ — afin que 
ceux qui sont dans le Christ se conduisent également à l'exemple 
du Christ, non seulement par la grâce de la résurrection, mais 
encore par leurs œuvres et leurs actions individuelles; celle-là 
en effet (la grâce) est universelle et celles-ci sont individuelles. De 
peur qu'on ne pensât, au sujet de la nature, du Christ qu'il y a là 
une construction (corporelle) unique et spéciale, à savoir qu'elle 
a été formée de façon à rester sans péché, et que c'est pour cela 
qu'elle a remporté la victoire, il a agi de telle sorte que Satan fût 
vaincu par de nombreuses myriades, dans notre nature, de la même 



1. II Tim., II, 5. 

2. Lire damechikho. 

3. Cf. I Cor., XV, 54. 



72 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACIIDE 

manière que par le Christ; à savoir par ceux qui observent exacte- 
ment les commandements, de telle sorte que, selon la loi, ils se 
conduisent avec le corps à peu près de la même façon que ceux qui 
n'ont pas de corps (anges); dans les difficultés, l'angoisse et toute 
la faiblesse, ils supportent les sollicitations de la nature et ses mou- 
vements ainsi que les assauts extérieurs. C'est ainsi qu'ils ont été 
vainqueurs sur tous les points, en sorte que la défaite de Satan 
augmente avec (la nécessité d'observer) les commandements, tandis 
que lui pensait que la chute des hommes serait rendue beaucoup 
plus facile dans une pareille conduite ^. 

|114] 84. Pour quelle raison Satan en est-il çenu à cette suprême 
arrogance de s^ élever ouvertement contre Dieu et de s^ égaler à lui ? 

C'est pourquoi courant ici et là ^, sa défaite est devenue grande 
et, depuis lors, il en résulte qu'il accroît et manifeste sa méchanceté; 
qu'il montre une témérité démesurée au point de s'élever ouverte- 
ment contre Dieu, de se faire l'égal de Dieu et de lui ressembler 
dans son Incarnation, en induisant (les hommes) en erreur, non par 
l'intermédiaire de quelque chose ou à partir de quelque chose, mais 
par sa propre personne (prosôpon) et par une suprême séduction. 
Parce que le Christ avait aboli leur erreur (touchant) les idoles 
et les sortilèges, lui aussi abolit les choses (du Christ) en trompant. 
Il met en son nom (prosôpon) toutes les affaires des idoles, des 
sectes, des sortilèges et autres choses, dont il est le directeur, pour 
se faire grand et pour être seul regardé comme Dieu. Il se sert en 
effet de l'homme comme d'un instrument qu'il a entraîné et amené 
à une méchanceté démesurée ; il le fait aussi participer à la priva- 
tion de la science divine, comme ont coutume d'agir les ennemis; 
il opère, nécessairement et par colère, toutes ces choses qui cesse- 
ront complètement et prendront fin avec toute sa puissance. Après 
qu'elles auront pris fin et qu'il n'aura plus rien autre chose à faire, 
il lui restera [112] à répandre sa méchanceté et à faire connaître 
à tout le monde qu'il a combattu contre son Créateur, parce qu'il 
l'a créé, qu'il lui a donné une telle force, qu'il lui a permis d'user 
de sa force et qu'il l'a supporté alors qu'il combattait en tout cela. 
(Mais) Dieu rassemble tout ce qui peut renverser et détruire 
sa tyrannie. Dorénavant il n'a plus en effet de ruse dont il puisse 



1. Litt. : in accurata disciplina. 

2. Allusion peut-être à Job, i, 7. 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES ' 73 

user contre les élus de' Dieu, parce que tout a été consommé, et sa 
tromperie et son mépris des commandements, et parce qu'il a été 
vaincu en tout, en secret et en public, dans ses séductions et dans 
toute la violence dont il s'était servi pour affaiblir et humilier le 
corps. Il agissait à l'égard des saints comme il a agi à l'égard du 
Christ, afin de les précipiter de toute façon dans de dures souffran- 
ces; mais ils n'ont pas été vaincus par celles-ci. Parce qu'il ne 
s'est point arrêté, après avoir été vaincu par le Christ, et parce 
qu'il ne s'est pas arrêté non plus, après avoir été vaincu par les 
saints, le Christ met fin à sa puissance par la mort qu'il a injus- 
tement subie et (elle) est complètement détruite par la mort des 
saints, qu'il leur a causée par effronterie et non par justice. (Dieu) 
le soumet à un juste jugement à cause de nous dont il cherchait 
la perte par ses vexations et ses combats, à cause de toutes ses 
ruses, de sa séduction et de son genre d'ingratitude, d'orgueil 
et de domination, à l'égard de Dieu et de ses saints. Tout le temps, 
[113] en effet, de la patience de Dieu lui a été donné pour qu'il fît 
pénitence, qu'il revînt à lui-même et qu'il connût sa folie et son 
audace à tenter l'impossible. 

85. Quelles pensées Satan a-t-il eues contre Dieu ? 

Bien qu'il pût l'affliger de manière sensible et en tirer ainsi ven- 
f^eance, il ne l'a pas fait, mais il l'a laissé se servir de sa fureur à 
son gré; la patience, en effet, à l'égard de ceux que la méchanceté 
aveugle, fait croître leur méchanceté de telle sorte que, quand 
ils la voient et en sont exactement convaincus, ils font le contraire 
(le mal), comme ceux qui ne la voient pas; car on ne peut réprimer 
l'augmentation de malice chez ceux qui conduisent leurs affaires du 
côté opposé (à Dieu) : ou bien, en effet, ils ont de la patience de 
Dieu cette opinion que, parce qu'il ne peut pas les précipiter dans 
les souffrances, étant donné qu'ils possèdent une nature immortelle, 
il leur continuera pour cela sa patience, et c'est pourquoi ils 
font ce qui est opposé à Dieu ; ou bien, quoiqu'ils concèdent 
([u'il puisse tout faire, ils font ce qui est opposé à sa volonté parce 
que, quand il le voudra, il leur fera dans sa patience changer leur 
méchanceté; parce que donc il veut (quelque chose), ils s'élèvent 
contre sa volonté, en faisant ce qui est contraire [114] à ce qu'il 
veut; ils ne demandent pas qu'il y ait de sa part une rédemption 
pour eux, à cause de leur inimitié et de leur audace démesurée, 
mais ils l'irritent à tel point qu'il les perdra, en ce qu'ils ne de- 



74 NBSTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

mandent ni à être ni à vivre soumis à Dieu. Nous verrons (Satan) 
recevoir sa condamnation de la part des hommes dans un juste 
jugement, sans qu'il ait une seule excuse ou une accusation à faire. 
Dieu en effet l'a laissé faire tout ce qu'il voulait, de telle sorte qu'il 
n'a absolument aucune raison de le délivrer; car il ne le perd pas en 
un seul instant dans un caprice, et il ne le laisse pas non plus sans 
condamnation. Parce qu'en effet (Dieu) ne lui a laissé aucune raison 
de recevoir son pardon, il (Satan) s'est préparé à être absolument 
incorrigible: dévoré par l'envie et par l'amour du pouvoir, il ne re- 
nonce pas à son envie jusqu'à ce que l'objet de son envie arrive selon 
sa volonté, et il est un exemple pour tous les ingrats ^. Lui, en effet, 
et tous ceux qui, comme lui, sont tombés dans cette maladie, Dieu 
les juge avec justice, il les examine et, devant tous, il les condamne; 
ils sont haïs d'un commun accord et ils voient par lui toute in- 
gratitude, toute audace, (toute) arrogance, toutes ruses, tout 
mensonge et toute iniquité qui naît, grandit et est consommée, à 
tel point qu'elle ne peut recevoir aucun accroissement. 

S6.^Sur ceci : Quau temps de la {dernière) condamnation, Satan sera 
haï par tous [115] et même par les siens, en tant quHl a été la cause de 
leur châtiment. 

C'est pourquoi il lui a été donné tout ce temps de la patience 
et il lui est accordé jusqu'au jour du jugement de faire tout ce 
qu'il veut, de telle sorte qu'il ne lui restât aucune raison de pouvoir 
faire une réclamation en ce jour-là; mais il lui a été donné le temps 
de la patience et de la puissance. Après cela il sera jugé définiti- 
vement, séparé des justes (et placé) avec tous ceux qui se seront 
associés à sa tyrannie; il sera haï par eux et accusé d'avoir 
été cause de leur damnation. De la sorte c'est d'un amour pur 
en parole et en action que tous aimeront Dieu comme bon et juste, 
comme sage et puissant, comme Créateur et comme Dieu et, alors 
qu'ils auront la preuve d'un juste jugement sans acception des per- 
sonnes, des bons et des mauvais, toutes les troupes des êtres rai- 
sonnables apprendront comme il faut l'examen de l'intelligence 
du bien et du mal, et ils sauront pourquoi Dieu a permis que cha- 
cun pût choisir selon sa volonté, en laissant ceux qui choisissent le 
bien endurer le mal, et en usant de patience à l'égard de^ceux qui 
ont choisi le contraire et qui vont contre sa volonté, pour qu'ils 

1. Litt. : « ceux qui renient la ^r^ce. » 



I 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 75 

fassent ce qu'ils ont choisi. C'est de cette manière [116] que se 
poursuit le gouvernement de ce monde et c'est ainsi qu'il sera 
gouverné par Dieu jusqu'à la fin. 

87. Couronnement [des élus). 

Après cela, comme tout sera bien fait, nous serons dans une 
félicité éternelle, parce que nous n'aurons aucune raison (de crain- 
dre) de nous en voir privés et que nous n'aurons plus besoin d'ins- 
truction. 

88. Sur ceci : Quil était nécessaire quil y eût une union des deux 
natures et quil ne fallait pas que cela se fît autrement. 

Pour ces raisons donc et pour d'autres (motifs) semblables, c'est à 
juste titre que l'Incarnation de Dieu fut : Dieu vrai par nature 
et homme vrai par nature. Il aurait manqué en effet un de ces 
(termes), si une de ces natures avait été laissée de côté. Si ce n'est 
pas Dieu qui s'est incarné ou s'il ne l'a pas fait dans un homme 
qui a appartenu à la nature des hommes, c'est en effet comme si 
l'Incarnation avait été illusoire, et la vérité (serait) que les paroles 
de Satan auraient été : que le Christ a rejeté de son image sa créa- 
tion (humaine) comme méprisable. A cause de cela il n'y aurait 
pas même eu une leçon d'humilité, d'obéissance et de condescen- 
dance; lui qui serait la ressemblance et la forme de Dieu, sans 
açoir pris la forme de serviteur, pour être trouvé homme par la 
forme ^. Mais ce serait plutôt justifier les paroles de Satan qui, 
parce [117] qu'il l'avait vu inférieur dans sa nature à l'image et 
à la forme honorable de Dieu, l'avait méprisé. Tous les anges, bien 
qu'ils lui eussent obéi (au Christ) comme à Dieu et qu'ils n'eussent 
pas osé parler contre lui, étaient forcés, pour cette raison 2, de 
n'accuser Satan en rien — comme quelqu'un qui aurait été jeté 
dans une douleur injuste, pour l'honneur immense de la nature 
humaine; bien qu'il fût blâmé de ce qu'il lui avait fallu obéir à 
n'importe quel commandement de Dieu. — Parce qu'ils avaient 
cette douleur en leur âme, ils le servaient à cause de celui qui le 
leur avait commandé, mais non de bon gré ^. 

1. Cf. Philip., II, 7. 

2. Litt. : « cette raison les forçait. » 

3. L'auteur semble dire que si le Christ n'avait pas eu la nature humaine, 
Satan et les anges n'auraient rien compris à son abaissement, lors de la tentation 
a u désert, et le lui auraient reproché à bon droit. 



76 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

89. Sur ceci : Que, même s^il aidait été dans la for me ^ de V homme, 
mais non dans la nature de Vhomme, la notion de V Incarnation ne 
subsisterait pas. 

Quand même on accorderait qu'il s'est incarné dans la forme 
de l'homme, mais non dans la nature de l'homme, on professe le 
même mépris de la nature humaine. 

90. Sur ceci : Que, même sHl aidait changé sa propre nature en la 
nature de Vhomme, la notion de V Incarnation ne subsisterait pas. 

Quand même il aurait changé sa propre essence en l'essence de 
l'homme, il semble qu'il aurait méprisé la nature de l'homme, 
parce qu'il aurait été dans sa propre essence et non dans l'essence 
de l'homme; ce n'est pas en effet de la terre, mais c'est de la nature 
de Dieu le Verbe qu'il tiendrait cette essence et, à cause [118] de 
cela, Dieu le Verbe paraîtrait avoir acquis la science dansla conduite 
humaine et être demeuré sans péché coname celui qui est homme, 
alors qu'il est Dieu le Verbe par sa propre essence ; de la même 
façon, il se serait également conduit comme un homme, lorsqu'il n'é- 
tait pas homme par nature, mais Dieu le Verbe; de même quand 
il a combattu et vaincu l'ennemi ; de même quand il souffrait, 
lui qui était impassible par sa nature souffrait; il en est aussi 
de même pour le reste. 

Même si nous disons qu'il a pris l'homme et qu'il a changé la 
nature de l'homme en sa propre essence, il n'aurait pas re- 
poussé la victoire des choses méprisables qui constituent l'homme. 
C est pourquoi il a changé la nature de la chair qui est mépri- 
sable pour lui, afin que Dieu ne fût pas déshonoré lorsqu'il a 
été dans la nature de l'homme et, de cette façon, les actions, les 
souffrances et la mort ne sont pas de l'homme et elles ne sont pas 
non plus pour les hommes ; il n'était pas non plus (besoin) de 
la mort de Dieu, car si Dieu méritait la mort, (et) s'il avait vou- 
lu la supprimer, il l'aurait fait ^ sans sa propre mort plutôt que 
par l'apparence de la mort. Mais parce qu'il était Dieu et immortel, 
il a accepté dans son prosôpon — lui qui n'était pas coupable ^ — la 
mort, c'est-à-dire ce qui est mortel et capable de changement, 
de manière à pouvoir lutter contre la défaite par les commande- 
ments et les observances, pour que la victoire fût à son image et 

2. Litt. : « il l'aurait renvovée. » 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 77 

à sa ressemblance, et que ce fût le même [119] qui eût subi la mort 
comme défaite, et qui eût reçu l'immortalité pour certifier qu'il 
était délivré de la défaite, en ne conservant aucune tache dans sa 
propre image. De même qu'il l'a condamné lorsqu'il a subi la dé- 
faite, de même aussi, quand il a été vainqueur, il a élevé son nom 
pour (le mettre) au-dessus de tous les noms; ce n'est plus par les 
commandements et les observances qu'il l'a gagné, mais c'est 
proprement par sa victoire sans qu'il (puisse) lui être ôté; de même 
qu'un fils, en grandissant et en arrivant à (l'âge) complet, obtient 
d'être fils, lui qui auparavant était soumis à une autorité, bien 
qu'alors il fût (déjà) comme fils ^. 

91. Sur ceci : Que, même si quelquun concédait que V union a eu 
lieu par une composition naturelle^ ou par une mixtion, ou par une 
confusion, ou par un mélange des natures ^,la notion de V Incarnation 
ne subsisterait pas. 

A cause de cela, même si quelqu'un concédait que Dieu le Verbe 
a pris l'humanité dans sa nature ou par une mixtion, ou par une 
confusion, ou par une participation d'essence,il détruirait la nature 
de l'homme, en montrant que la nature humaine est méprisable 
et qu'elle ne pouvait être conservée sans péché; car ce n'est pas 
sa nature qui a vaincu, mais celle qui est formée des deux (natures), 
et il montrait que Satan, lorsqu'il ne pouvait pas (vaincre), a été 
vaincu et qu'après avoir vaincu, au commencement, l'homme 
qui a péché, il a vaincu celui qui ne pouvait pas être sans péché, 
parce qu'il appartenait non pas à la nature sans péché de Dieu le 
Verbe, [120] mais à la nature de l'homme pécheur; et Satan aurait 
paru discuter ^avec l'homme, mais aurait été vaincu par Dieu, dont 
la nature est de n'être vaincu par rien. Ces deux (doctrines) sont 
ridicules, parce qu'il aurait commandé, à Satan et à l'homme, des 
choses impossibles à faire. Mais si les choses qui lui furent comman- 
dées pouvaient être faites et s'il ne les a pas observées, c'est à juste 
titre que Satan a été condamné; car, lorsqu'il pouvait obéir, il n'a 
pas obéi, mais il s'est élevé contre Dieu sous l'apparence de l'homme ; 
il a calomnié Dieu devant l'homme, parce qu'il est jaloux, et il a ca- 
lomnié l'homme devant Dieu, parce qu'il est ingrat; il est l'ennemi 



1. Cf. Gai., IV, 1-2. 

2. Sic V; cf. Errata. S, C : a de la nature. » 

3. Litt, : « parler en jugement. » 



78 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

de tous, il a subi un juste jugement, il a été repris publiquement. 
Il a été en effet vaincu par le Christ dans son humanité et par ses 
saints, parce qu'il s'était élevé et qu'il s'élève encore publiquement 
contre Dieu, et il a montré que, s'il n'avait pas pu tromper le pre- 
mier homme, dès lors il luttait contre Dieu ouvertement et non 
sous l'apparence de celui-ci ou de celui-là; quoiqu'il ne pût rien 
faire, il a gardé son intention de faire, à proprement parler, tout ce 
qu'il voulait, comme celui qui pourrait tout pour agir, permettre 
et combattre. (Dieu) pouvait le perdre aussitôt, puisqu'il méritait 
d'être perdu; mais les autres n'auraient pas appris [121] que la 
malice qui est puissante se détruit elle-même, s'ils n'avaient pas 
appris de manière sûre qu'ils ont reçu la soumission comme une 
grâce, et que, par suite de la soumission, ils ont obtenu cette grâce 
de ne point se mettre en révolte contre Dieu et par là de ne pas 
s'éloigner de Dieu eux aussi comme les autres. Comment donc 
aurait-il fait de l'Incarnation un objet de scandale par une mixtion, 
une confusion, ou une participation des natures, afin qu'il ne fût 
regardé ni comme Dieu, ni non plus comme homme, mais comme 
quelqu'un qui tient des deux et qui n'est pas simple ^ et sans 
division ? A cause de cela il est donc avec l'humanité, comme un 
juge dans un procès et dans un combat véritable, en la 
possédant dans son propre prosôpon et en se la soumettant 
en tou.tes choses. Et ce n'est pas lui qui combat et qui est jugé, 
si ce n'est que, par une appropriation, il a associé l'humanité à sa 
propre image et non à la nature de l'essence invincible et impassi- 
ble de la divinité. Satan, en effet, n'avait pas de procès à l'égard 
de Dieu, pour qu'il fît qu'il ne lui obéît pas, mais il fallait prouver 
à Dieu, que son homme (la nature humaine) ne lui obéissait pas ; 
ce dernier, qui a accepté en toutes choses la soumission dans des 
dispositions parfaites, a élevé son honneur par sa propre image, 
pour montrer qu'il est un juge juste. 

92. Sur ceci : Que^ même si quelqu'un concédait quHl y eût une seule 
nature par composition naturelle, ou [que l'union a eu lieu) açec la 
chair sans âme, ou dans [la chair) animée par une âme [122] ani- 
male ou animée par une âme raisonnable en union naturelle, la 
notion de V Incarnation ne subsisterait pas. 

De cette façon, ni ceux qui disent, comme les ariens, que la chair 
1. Litt. . >. pur. » 



I, 1. HÉRÉSIES ET SCHISMES 79 

a été unie à Dieu le Verbe pa^ une composition naturelle et qu'il 
souffrait dans des souffrances naturelles, ni ceux non plus qui di- 
sent que l'union a eu lieu avec la chair animale^, ni ceux qui disent 
qu'elle eut lieu avec l'âme raisonnable et la chair, en sorte qu'il 
souffrait par une sensibilité naturelle les souffrances du corps et 
de l'âme sans intelligence et sans raison, ne laissent subsister vrai- 
ment la notion de l'Incarnation. Ne disent-ils pas (ainsi) que c'est 
par tromperie que Satan a été vaincu par celui qui avait été vaincu ; 
celui-ci ne l'ayant pas vaincu par sa propre force, mais ayant eu 
besoin d'un défenseur ^, c'est-à-dire de Dieu son créateur, qui com- 
battait ou bien ouvertement ou bien d'une façon cachée. Par cela 
même que Satan a été vaincu par Dieu, bien qu'il n'eût pas fait la 
guerre^ à Dieu, c'est lui (Satan) quia vaincu,parce qu'il a prouvé que 
l'amour de Dieu envers l'homme est inique (mauvais) et que l'exal- 
tation de l'humanité a été en quelque sorte pour le déshonneur de 
tous, et pour la soumission et l'adoration de toute autorité et de 
toute puissance, et que s'il voulait faire cela à l'homme, il pouvait le 
faire même sans cette tromperie et cette ruse, car ce qu'il dit, 
il le fait aussi*. Il ne se cacherait pas non plus, lorsqu'il se sert 
de cette apparence; car celui qui cherche à se cacher, comme il 
n'oublie pas que, s'il est découvert, il sera repris, celui-là [123] 
est à lui-même son accusateur. Ils sont forcés de dire le contraire 
de ce qu'ils veulent dire, de telle sorte qu'ils accusent Dieu et 
qu'ils plaident la cause du mal (démon); ils emploient en vain 
toutes leurs forces et ils donnent des raisons opposées à l'Incar- 
nation de Dieu. 

93. Sur ceci : Que les choses qui sont combinées pour former une 
seule nature, le sont ou pour qu elles soient une autorité ou pour 
qu elles soient soumises à une autorité, et {il cornaient) surtout à Vâme 
d'avoir V autorité dans la nature composée, si Dieu le Verbe est 
composé naturellement. 

En effet les choses qui sont réunies pour former et constituer 
une seule nature, le sont : ou pour être chef et directeur, ou pour 
être soumises à un chef et à un directeur. Si donc, parce que l'âme 

1. Litt. : « des animaux. » 

2. ày(ovt'7Tf|Ç. 

3. àywv. 

4. Cf. Ps. cxiii, 3. 



80 NESTORIUS. LIVRE d'h KR AC LIDE 

raisonnable ne suffisait pas à diriger, il a fallu la participation de 
Dieu le Verbe, pour qu'il fût le directeur ou du corps, ou de l'âme 
raisonnable, ou de l'âme animale, c'est par lui qu'il (l'homme) a ob- 
tenu sa victoire, s'il faut donner le nom de victoire, à (celle) d'une 
autre nature qui est séparée, et qui n'est ni semblable ni égale en 
rien aux autres hommes ses compagnons; il semble qu'il agit en 
apparence ^, qu'il se soumet tout avec violence et qu'il dirige (tout) 
avec violence sous son pouvoir divin 2, de sorte que celui (l'homme) 
qui gavait été vaincu par son propre choix et qui ne pouvait, par 
suite de aa défaite, ni fuir, ni observer les commandements dans sa 
propre nature, a pu le faire par Dieu le Verbe qui est vainqueur en 
tout temps. Il n'est pas [124] en effet étonnant et digne de louange, 
que Dieu le Verbe ait été dans le corps et ait gardé toutes les obser- 
vances de l'âme et du corps. Si, en effet, il n'est pas demeuré dans 
sa nature et au-dessus de la nature du corps ou de l'âme ou de 
l'intelligence, il était absolument nécessaire, parce que l'âme 
raisonnable suffisait également à observer les commandements ^; 
mais si celle-ci ne suffisait pas et qu'elle eût besoin, pour cette 
raison, de l'Incarnation de Dieu le Verbe, afin qu'à la place de 
tout il supportât les souffrances du corps, de l'âme et de l'intelli- 
gence, dans une union naturelle qui aurait unifié la nature, il aurait 
souffert comme le corps, comme l'âme et comme l'intelligence 
dans le mélange. Puisqu'il n'a pas été vaincu comme l'un d'entre 
eux, il. est manifeste qu'il a été en dehors de leur nature et, à cause 
de cela, il n'a pas été pris par ce qui a retenu chacun d'eux *. Ils 
disent encore une autre absurdité, ceux qui soumettent Dieu aux 
nécessités de la nature : ils donnent à la matière, comme les mani- 
chéens, une telle force que celui qui la reçoit est entraîné par elle 
sous sa puissance et sous sa dépendance ^ et qu'il supporte absolu- 
ment toutes les souffrances corporelles. C'est aussi ce qu'aurait sup- 
porté Dieu le Verbe qui s'est abaissé jusqu'à prendre le corps, et il 



1. ayr^\m. 

2. Litt. : « comme Dieu. » 

3. Le sens demande peut-être d'écrire : « s'il était demeuré [sic V) dans sa na- 
ture divine (sans être uni à la nature humaine), il était nécessaire que l'âme rai- 
sonnable pût observer les commandements (pour que la rédemption ne vînt pas 
de Dieu seul). » 

4. Ou : « il n'a pas été uni [Sic F), à l'aide de choses qui formassent entre elles 
une sorte de combinaison. » 

5. Litt. : « violence. » 



I, 2. LA QUESTION DES JUGES; LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 8l 

aurait enduré les souHrances corporelles dans sa propre nature, lors- 
qu'il fut tourmenté parla faim, la soif et les autres attaches natu- 
relles du corps lorsque, dans sa (propre) nature, il en était complète- 
ment exempt; il désirait et éprouvait de la colère [125], il craignait 
et souffrait, et il supportait naturellement toutes les souffrances 
du corps et de l'âme, parce qu'il était uni en (une seule) nature. 
Celui en effet qui est composé en (une) nature, adhère nécessaire- 
ment par sa nature à toutes les propriétés de cette nature, soit 
de l'homme, soit de Dieu, soit de toute autre nature à laquelle 
il est naturellement uni et combiné. — Et de quelque façon que 
quelqu'un voudrait dire qu'il ne diffère de moi en rien, cepen- 
dant ceux qui sont combinés en (une) nature supportent néces- 
sairement les propriétés de cette nature, et ils les possèdent natu- 
rellement et non volontairement, tandis que pour Dieu le Verbe 
c'est volontaire et non forcé: J^ ai le pouvoir de donner ma çie^ et 
fai le poui^oir de la reprendre. Par conséquent les paroles des Li- 
vres divins ne peuvent convenir au Christ d'aucune autre ma- 
nière ^ en dehors de celle-là; mais, comme nous l'avons examiné 
et trouvé, toutes (les paroles) s'appliquent non à l'union de 
la nature, mais au prosôpon naturel et hypostatique. 

[I, 2. La question des juges ; les accusations de Cyrille '^]. 

[126] Sur la foi. 

SoPHRONius dit: Parce que donc beaucoup admettent la foi des 
trois cent dix-huit qui a été définie à Nicée, même (parmi) ceux qui 
croient autrement et qui (comprennent) aussi de diverses manières 
les Livres divins et autres, et entendent aussi dans divers sens 
ceci : « il fut incarné et fait homme ; » qu'il plaise donc à ta 
Modestie * de passer (en revue) leurs pensées et leurs opinions; 
écris et fais-moi connaître ce qu'il t'en semble et ce que tu as 
reconnu bon, et tu ne donneras pas prise à ceux qui cherchent 
un motif de te calomnier. 

Nestorius. L Les uns disent que l'Incarnation de Notre-Sei- 

1. Litt. : « j'ai le pouvoir, certes, sur mon âme, de la poser.» Jean, x, 18. 

2. Litt. : « parole. » 

3. Ici semble commencer la seconde partie du premier livre. Nous ajoutons le 
titre indiqué plus haut par le traducteur, cf. p. 3 à ^. 

4. Litt. : « ta Pureté. » 

Nestorius — 6 



82 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

gneur le Christ a eu lieu par opinion et apparence ^ pour qu'il 
apparût aux hommes, qu'il instruisît et qu'il donnât la grâce de 
l'Évangile à tous. Et, de même qu'il apparaissait à chacun des 
saints, ainsi, aux derniers temps, il apparut à tous les hommes. 
IL D'autres disent que l'essence divine devint chair, en sorte 
que, dans sa propre essence, l'essence de la chair se trouvât en place 
de la nature humaine pour vivre, souffrir et délivrer notre nature ; 
car celui qui n'est pas devenu homme par sa propre essence, mais en 
.apparence, ne nous a pas délivrés, mais nous a trompés, puisqu'il 
n'a été vu qu'en apparence ^ et qu'il a paru souffrir pour nous sans 
souffrir. 

[127] m. D'autres encore professent que Dieu s'incarna dans la 
chair, comme un complément de la nature en place d'âme. Il 
s'incarna naturellement dans la chair pour agir et souffrir ,et il souf- 
frit naturellement toutes les souffrances naturelles du corps. Par 
nature il était impassible, et, par l'incarnation naturelle ^, pas- 
sible, de même que l'âme, qui, par sa nature, ne souffre pas les 
souffrances du corps, ne pâtit pas et n'a pas faim, souffre ce- 
pendant les passions du corps par une économie naturelle, puis- 
qu'elle lui est unie naturellement ^,pour se conduire et souffrir pour 
nous naturellement. Ce n'est pas par apparence, ou par forme *, 
ou par une autre nature, mais par la sienne propre, qu'il nous a 
délivrés de la mort et de la corruption. 

IV. D'autres confessent qu'il s'est incarné en corps et en âme 
pour compléter la nature, et que Dieu le Verbe tint lieu de l'in- 
telligence, au point de tenir lieu d'intelligence à la nature dans 
le corps et dans l'âme, pour se conduire et souffrir pour nous dans 
la nature des hommes. Il était venu en effet pour détruire cette 
intelligence qui transgressa l'ordre et n'obéit pas à Dieu, et pour 
remplacer l'intelligence dans l'âme et dans le corps, et non dans 
une forme * sans hypostase, ni dans une autre nature, ni encore 
dans un corps sans âme. 

V. D'autres (confessent), au sujet de cette chair dans laquelle 
s'incarna Dieu le Verbe, qu'il s'est fait chair animée d'une âme qui 
ne sentait pas dans sa nature [128] et n'était pas rendue intelli- 

1. T/jifi-a. — On trouve d'abord un résumé des opinions discutées dans la pre- 
mière partie. 

2. C'est-à-dire : « par l'incarnation en une seule nature. » 
.3. C'est-à-dire : « en une nature. >■> 

4. Txr,[Ji.a. 



I, 2. LA QUESTION DES JUGES; LES ACCUSAtlONS DE CYRILLE 83 

gente par l'âme, mais comprenait et sentait par l'opération de 
Dieu le Verbe. C'est en Dieu le Verbe que cette âme sentait et 
comprenait, et le corps était un instrument naturel. Ils ne par- 
tagent pas le Christ en instrument et en ouvrier, parce que 
l'instrument et l'ouvrier agissent ensemble. 

VI. D'autres confessent deux natures dans le Christ avant 
l'union, et que chacune des natures doit être considérée dans sa 
nature : Dieu le Verbe dans le Père et dans le Saint-Esprit et 
l'homme dans la chair; mais, après l'union, on ne considère plus les 
deux natures, parce qu'elles se sont unies en essence; les deux (es- 
sences) deviennent une. Ils changent les natures de l'une en l'au- 
tre, de sorte que le même soit proprement homme et Dieu, et que 
Dieu se conduise comme un homme, qu'il meure pour nous comme 
Dieu et qu'il ressuscite par sa propre puissance. 

VII. ^ D'autres disent de l'incarnation de Notre-Seigneur (qu'il 
s'unit) une chair animée par une âme intelligente et rationnelle, 
complète dans sa nature, dans sa force et dans ses opérations 
naturelles, non en apparence, ni par changement d'essence, ni 
pour un complément naturel de la nature du corps, de l'âme ou 
de l'intelligence; il n'y a pas mélange des deux natures en une, 
elles ne se sont pas changées l'une en l'autre, ni [129] pour complé- 
ter les opérations naturelles, en sorte que la chair n'agisse pas dans 
sa propre nature; mais (elles s'unissent) en un prosôpon des deux 
natures qui conservent chacune ses propriétés. L'essence de la divi- 
nité subsiste et ne souffre pas quand elle est dans l'essence de la 
chair; de même la chair demeure dans l'essence de la chair, quand 
elle est dans la nature et le /^rosopon de la divinité; le corps est un, 
et les deux natures (sont) un fils. Ce n'est pas un autre qui est appelé 
Dieu le Verbe dans la chair, en dehors de celui qui est dans notre 
chair; et il n'y a pas de chair (isolée), mais elle est dans le Fils, 
dans Dieu le Verbe, pour se conduire complètement dans la 
nature des hommes puisqu'il est homme, et ressusciter comme 
Dieu puisqu'il est Dieu par nature, afin que Celui qui était sans 
péché après avoir observé (les préceptes), fut livré à la mort pour 
notre salut, afin de sauver l'image de son effigie ^. Pour en venir 
là, il n'a pas pris pour sa forme un nom supérieur à tous les 
noms ^, pour exalter la nature de l'homme; car à l'essence qui 

1. C'est ici la théorie de Nestorius. 

2. « L'élévation de son effigie » V. — Cf. Gen., i, 26. 

3. Cf. Philip., II, 9. 



84 NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

n'est plus de l'homme, mais de Dieu le Verbe, il ne lui a pas 
été donné honneur et exaltation ^. Notre nature est honorée dans 
une autre nature et non dans notre nature. Car l'élévation de notre 
nature jusqu'au nom qui est supérieur à tous les noms, appar- 
tient en commun à la nature de celui qui est l'élévation même, 
de celui qui subsiste dans sa propre essence, et qui peut être ce 
que celui-ci [130] est dans l'essence de Dieu le Verbe; voilà bien 
l'élévation à proprement parler, telle qu'il n'y en a pas d'autre. Le 
changement d'une essence en une (autre) essence est la destruction 
de cette essence qui doit être exaltée et de l'élévation elle-même; il 
n'y a même plus d'abaissement pour Dieu le Verbe, puisqu'il serait 
changé en l'essence de la chair; car (son essence) ne serait pas la na- 
ture qui s'abaisse, mais celle qui est abaissée ; de même un roi : s'il 
devient l'un des serviteurs, on dit qu'il s'est humilié, bien qu'il 
soit roi en vérité et, à cause des vêtements des serviteurs qu'il 
a revêtus, on dit qu'il s'est humilié, parce qu'il a échangé ses (ha- 
bits), pour l'extérieur^, contre ceux-là; en sorte que, comme ceux- 
là étaient sous la loi des chefs ^, ainsi il sera par sa volonté sous 
la loi, bien qu'il soit le roi des chefs et leur seigneur. Ce n'est pas 
non plus une élévation **, s'il a été exalté jusqu'à sa propre nature, 
mais (c'en serait une) de lui donner ce qu'il n'avait pas, et non de 
lui enlever ce qu'il avait. Si l'exaltation et l'humiliation appartien- 
nent' à ce qui était et qui était le premier, l'humiliation doit être 
attribuée à cette naturejqui était et qui était la première. De qui 
est donc l'exaltation ? Il mentionna d'abord l'essence qui est 
exaltée et ensuite ce nom dans lequel elle est exaltée, [131] qui 
est au-dessus de tous les noms ^ Si tu enlèves les essences qui subis- 
sent l'humiliation et l'exaltation, il n'y a plus d'essence qui soit 
humiliée; c'est pourquoi (en disant) qu'i7 s'humilia lui-même, il a 
désigné l'union volontaire, l'Incarnation et le genre d'humiliation 
qu'il a montré lorsqu il a pris la forme du serçiteur; et (il dit) en- 
core que ce qui eut lieu fut (une union) volontaire et non naturelle : 
« en apparence » il fut trouçé comme un homme ^ et non « par es- 



1. C'est-à-dire : « ce n'est pas l'essence humaine, bien qu'unie au Verbe, qui 
est exaltée. » 

2. èv (7y-fi\).(xri. , 

3. Mieux vaut lire Dobourê. 

4. 'J'htOGlÇ. 

5. Philip., II, 9. 

6. Philip., II, 7. 



I, 2. LA QUESTION DES JUGES; LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 85 

sence » ; car dans la forme de Dieu (était) la forme de l'esclave. La 
forme de Dieu était en apparence comme un homme, car Dieu est 
venu dans sa propre essence ; de sorte que ce lui était compté comme 
une humiliation d'avoir pris la forme du serviteur et que c'était 
une élévation pour la forme du serviteur d'avoir reçu un nom supé- 
rieur à tous les noms ^. L'union n'est pas conçue comme un chan- 
gement d'essence, ou en une essence ou en un composé naturel 
d'une nature, mais elle est volontaire dans l'abaissement et dans 
l'exaltation; car une (union) naturelle est passible et variable, 
c'est une nature créée et faite, et non incréée, ni qui n'a pas 
été faite, ni immuable ni invariable. 

C'est pourquoi celui-là (Cyrille), dans l'incarnation, n'attribue 
rien à la conduite de l'homme, mais (tout) à Dieu le Verbe, en 
sorte qu'il s'est servi de la nature humaine pour sa propre con- 
duite. C'est ainsi qu'Arius, Eunomius et Apollinaire disent en 
paroles que le Christ est Dieu, mais en réalité le dépouillent de 
la divinité, [432] parce qu'ils attribuent ses (actes) humains en 
nature à son essence (du Verbe) ; ils rendent vaine la généalo- 
gie du Christ et les promesses faites aux patriarches : que de 
leur race le Christ viendrait dans la chair 2. C'est pour cela que 
les Evangélistes mentionnent toutes les choses qui montrent en 
vérité la nature de l'homme, de crainte que, (partant) de la 
divinité, on ne voulût pas croire qu'il est encore homme et, de 
plus, que c'est lui qui a été affirmé par les promesses. C'est pour- 
quoi la bienheureuse Marie est mentionnée comme une femme 
qui était fiancée à un homme, dont le nom, la parenté et même 
le métier et la résidence sont écrits, afin que rien ne fît hésiter 
à croire qu'elle est une femme. C'est pour cela (qu'on lit) aussi 
son abaissement et, avec tout cela, l'annonciation de sa con- 
ception, sa naissance et la crèche, pour faire connaître celui 
qui naquit et celle qui l'enfanta, et pour établir qu'il est vraiment 
homme : le repos dans la crèche, l'emmaillotement dans les langes 
qui sont propres aux enfants, les offrandes qui furent faites pour 
lui, ses progrès, l'accroissement de sa stature et de sa sagesse 
devant Dieu et devant les hommes, sa conduite dans le monde, 
ses observances, son obéissance, les prières qu'il faisait, tout 



1. Philip., II, 9. 

2. Le patriarche nestorien Georges rappelle les promesses aux patriarches 
et les prédictions des prophètes. Synodicon orientale, p. 496-49i). Cf. Rom., ix, 5. 



86 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

l'accomplissement de la loi, le baptême, la parole qui lui fut dite 
qu'il était [133] fils, lui qui est fils depuis le sein (de sa mère) par 
l'union, le témoignage de l'observance des préceptes, la parole 
du Père, l'apparition du Saint-Esprit, sa conduite pleine de sollici- 
tude à notre égard, non par fantôme ni dans une forme humaine, 
mais dans la nature humaine (formée) d'un corps humain et d'une 
âme raisonnable qui pense et réfléchit dans la nature des hommes, 
afin qu'il aie tout ce qui est (dans) la nature humaine, sans être 
privé de l'union avec Dieu le Verbe. 

Car l'union des natures n'a pas abouti à (une) nature ou à une 
confusion ou à un changement, ou à une mutation de l'essence 
de la divinité en l'humanité ou de l'humanité en la divinité, ou 
au mélange des natures ou à la composition d'une seule nature, 
les natures ainsi réunies étant mélangées et souffrant ensemble 
dans leurs opérations naturelles. 

Ils détruisent tout cela par l'union naturelle et personnelle, ils 
prennent tout ce qui est dans sa nature (humaine) et l'attribuent 
en nature à Dieu le Verbe : la crainte humaine, la trahison, les 
questions, les réponses, les soufflets sur les joues, la condamnation 
à la croix, le chemin (du calvaire), l'imposition de la croix sur 
l'épaule, le port de la croix, la décharge (de la croix) pour la placer 
sur un autre, la couronne d'épines, les habits de pourpre, [134] 
l'élévation de la croix, la crucifixion, l'enfoncement des clous, le 
fiel qui lui fut offert, les autres souffrances, la remise de son esprit 
au Père, l'inclinaison de sa tête, la descente de son corps de la 
croix, son embaumement, sa sépulture, la résurrection le troisième 
jour, son apparition dans son corps, ses discours et son enseigne- 
ment, pour ne pas laisser croire qu'il était un fantôme de corps 
mais en vérité un corps, qui avait les chairs (réelles). Parce qu'il 
n'a pas été un corps et une âme par fantôme et par tromperie, 
mais qu'il a été tout cela en vérité par nature, rien n'a été caché ^. 

Toutes les choses humaines, qu'on rougit maintenant de lui 
attribuer, les évangélistes n'ont pas rougi de les énoncer, celles que 
ceux-là attribuent sans vergogne à la nature divine à cause de 
son union en hypostase naturelle : Dieu souffrant les souffrances 
du corps, parce qu'il est uni naturellement selon la nature, souf- 
frant la soif, la faim, la pauvreté, les soucis; songeant et priant 
pour vaincre ainsi les choses humaines qu'il souffre naturellement, 

1 . Cette dernière phrase se rattache peut-être à la suite. 



I, 2. LA QUESTION DES JUGES; LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 87 

et pour lutter contre la nature des hommes, (tout cela) pour 
détruire notre gloire et notre rédemption. Ils suppriment les pro- 
priétés divines et les rendent humaines ; il aurait agi naturellement 
dans la nature et souffert par une sensibilité naturelle, recevant 
les souffrances dans son essence naturellement, comme le corps de 
l'âme et l'âme du corps [135]. Il est redoutable et terrible, d'oser 
penser et de dire aux hommes, quelque idée qu'ils aient sur le 
Fils, qu'il est une œuvre et une créature, qu'il a été changé 
d'impassible en passible, d'immortel en mortel, d'immuable en 
muable. Quand même quelqu'un lui donnerait l'essence impassible 
des anges et dirait qu'il n'agissait pas par sa nature, son opération 
active et sa vertu, mais par sa nouvelle condition, éviterait-il avec 
cela d'endurer des souffrances ? Il n'est pas possible que celui 
qui est uni naturellement les évite : car s'il n'endurait pas naturelle- 
ment les souffrances du corps, il les endurait comme l'âme en place 
de l'âme, puisqu'il remplaçait l'âme qui ne comprenait pas en 
tant qu'entendement, et qu'il lui tenait lieu d'intelligence. Il 
n'était qu'en apparence et il trompait sous l'apparence ^ de 
l'homme, comme s'il avait les propriétés de l'âme, du corps et 
de l'intelligence, et que ceux-ci aient été privés de l'opération 
selon leurs natures. 

Il y en a, de ceux qui passent pour orthodoxes, qui disent qu'il 
est de la nature impassible, indépendante, immuable et invariable 
du Père, mais ensuite, de même que les Juifs le bafouaient en 
l'appelant Christ et en l'attachant à la croix, [136] de même ceux- 
ci lui donnent, en paroles, une nature immuable, impassible et in- 
dépendante, (puis) ils lui attribuent toutes les souffrances et toute 
l'indigence du corps, et ils rapportent à Dieu le Verbe toutes les 
choses de l'âme et du corps, en vertu de l'union hypostatique. Et 
comme ceux qui le changent de nature, tantôt ils le disent impas- 
sible, immortel et immuable et (tantôt) ils empêchent de le dire 
immortel, impassible et immuable, puisqu'ils se fâchent contre 
celui qui dit souvent que Dieu le Verbe est impassible. — Tu 
l'as déjà entendu une fois, cela te sufïit donc. — Ils disent deux 
natures complètes de la divinité et de l'humanité, et ils prônent 
un changement des natures par l'union, n'attribuant rien (en pro- 
pre) à l'humanité ni à la divinité, mais reportant les actes de l'hu- 
manité sur la nature (unique) et ceux de la divinité sur cette na- 

1. (TX^fia. 



88 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

ture. Ils ne conservent même pas les choses qui sont de la divinité 
par nature, puisqu'ils constituent Dieu le Verbe en nature à l'aide 
de deux essences, et qu'ils cachent l'homme et tout ce qui est à lui, 
bien que ce soit pour lui et en lui que l' Incarnation a eu lieu, et que 
nous ayons été délivrés par lui de la captivité de la mort. De nom, 
ils se disent orthodoxes; mais en réalité ils sont ariens. De cette 
manière ils portent atteinte à l'intégrité de Dieu le Verbe, à cause 
de toutes les choses humaines qu'ils lui attribuent par nature, 
d'après l'union en (une) hypostase naturelle, pour vivre et souffrir 
dans toutes les choses humaines [137] naturellement. Il s'est servi de 
l'humanité non pour qu'elle agît et souffrît pour nous, mais pour 
que Dieu le Verbe (pût) agir, non pour s'en servir dans le prosôpon 
mais dans la nature, car l'union en prosôpon est impassible, c'est 
l'opinion des orthodoxes; mais celle qui est passible (union de 
nature), c'est l'opinion des hérétiques contre la nature du Fils 
unique. Chacun choisira, mais on en viendra nécessairement à 
l'opinion des orthodoxes, et non au blasphème des hérétiques. 
Il (Cyrille) a écrit sans vergogne, dans ses chapitres, tout ce qu'il 
a voulu envers l'union hypostatique, et beaucoup ont beaucoup 
écrit à ce sujet. Il ne nous convient pas de rendre aussi notre 
livre interminable en nous occupant des choses évidentes, mais 
plutôt de découvrir à chacun le progrès d'une telle impiété petit 
à petit. Je l'avais prévu; malgré cela aussi je ne me suis pas 
écarté, de la rectitude des orthodoxes et je ne m'en écarterai pas 
jusqu'à la mort. Bien que par ignorance tous luttent contre moi, 
même les orthodoxes, et qu'ils ne veuillent pas entendre et ap- 
prendre quelque chose de moi, il viendra des temps où ils ap- 
prendront des hérétiques même, en luttant contre eux, comme 

ils ont lutté contre celui qui a combattu pour eux 

1 

tu as méchamment séparé une partie ^, et il n'y avait personne 
pour discuter [147] contre moi, tu as pris d'autorité les signatures 
en mon nom d'un (grand) nombre d'évêques, chacun est resté 
comme sourd et muet. 

1. Il y a ici une lacune (le sens l'indique et l'édition porte trois points), puis les 
manuscrits syriaques portent un fragment ([138] à [146]) suivi d'une autre la- 
cune. Ce fragment n'était pas à sa place, car il suppose que la discussion de la 
lettre de Nestorius est terminée et il porte le premier texte des « cahiers » de 
Nestorius lus à Éphèse. Nous l'avons donc porté en tête de ces« cahiers», p. [271]. 

2. Sans doute des cvêques. C'est ici la « question des juges f^, supra, p. 4, lisr. 1. 



1,2. LA QUESTION DES JUGES; LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 89 

Tu as réuni une troupe de moines et de ceux qui étaient appelés 
évêques pour le malheur et le trouble de l'Église. Aucun des chefs 
n'a arrêté et empêché cela. C'est une troupe de ce genre qui a été 
envoyée et qui était venue, et ils semblaient monter la garde contre 
moi dans le palais de l'Etat. Tu avais toute la force de l'empire, 
et moi je n'avais que le nom de l'empereur, ni pour me fortifier, 
ni pour me garder, ni pour m'aider, n": surtout pour m'obéir. C'est 
pour ne pas m'être servi de la force de l'Église, ni de la force des 
chefs, ni de la force de l'empire que j'en suis arrivé à cette extré- 
mité. Moi qui avais pour moi les chefs, l'empereur et l'épiscopat 
de Constantinople, moi qui avais été patient envers les hérétiques i, 
j'avais la douleur d'être expulsé par toi. Tu étais évêque d'Alexan- 
drie, et tu mettais la main sur l'Église de Constantinople, chose 
que n'aurait supportée l'évêque d'aucune autre ville, (même) si 
on avait voulu le poursuivre par jugement et non par violence. 
Pour moi j'ai tout supporté, en usant de persuasion et non de 
violence, [148] pour persuader les ignorants. J'attendais aussi des 
auxiliaires, mais non ceux qui luttent à main armée^ et qui ne peu- 
vent pas être convaincus. 

Vous aviez encore avec vous contre moi une femme belliqueuse ^, 
une reine, jeune fille vierge, laquelle combattait contre moi parce 
que je ne voulais pas accueillir sa demande de comparer à l'épouse 
du Christ (une personne) corrompue par les hommes. 

Je l'ai fait, parce que j'avais pitié de son âme et pour ne pas 
faire des victimes de ceux qu'elle choisissait criminellement. Je 
ne fais qu'indiquer ceci, car elle m'aimait ; aussi je passe sous silence 
le reste de sa faiblesse d'esprit de jeune fille et je le tais; c'est pour 
cela qu'elle a lutté contre moi. Ici elle a prévalu contre moi, mais 
non devant le tribunal* du Christ, où tout paraîtra nu et en évidence 
devant ses yeux, devant qui viendra notre jugement et le leur aux 
jours qu'il a fixés ^ 



1. Socrate apporte des preuves du contraire, Hist. eccl., vu, 31. 

2, Litt. : « dans la guerre ou dans le combat. » 

3. Litt. : « une fille des combats. » 

4, [jr,!xa. 

5. Comparer cette allusion un peu obscure à une autre du même genre, p. 
[520]. Il peut s'agir ici de Pulchérie, car deux ans plus tard Épiphane, archidiacre 
et syncelle de Cyrille, écrivait à Maximianus, évêque de Constantinople : Fe- 
sLina igilur et iu ipse, sanciissime, supplicare Dominœ ancillœ Dci, PuJcherise 
Augustœ, ul iterum ponatanimam suampro Domino Christo. Pulo enim quod nunc 



90 NESTORIUS. LIVRE D HÉRACLIDE 

Mais j'en reviens à... (je) rencontre Apollinaire et sa doctrine. 
Ce qu'il tenait, tu ne le sais pas, mais je vais le dire aux ignorants : 
il confesse le (Fils) consubstantiel au Père, et par là il a l'illusion 
d'être d'accord avec les saints Livres ; on ne pouvait pas voir exac- 
tement sa doctrine. En ce que le Fils est consubstantiel à Dieu le 
Père, il combat en effet [149] les anoméens ^, et il ne voit pas com- 
ment il combat de nouveau les orthodoxes, en ce que (le Fils) n'est 
pas en réalité consubstantiel (au Père). Cela lui provient d'ici : 
Puisqu'il dit qu'il y a union de la nature de Dieu le Verbe et de la 
chair, selop qu'il l'a reçu des ariens, il adhère par là même à ce que 
disent les ariens, à savoir que le Fils n'est pas semblable en nature 
au Père, puisqu'il confesse qu'il endurait les souffrances du corps 
dans une sensibilité naturelle; le même ne peut pas être passible 
et impassible en nature, quand bien même ils joindraient au 
corps une âme sans entendement, car il est uni à la nature dans le 
corps aussi bien que dans l'âme, et il souffre dans la nature elle- 
même les souffrances naturelles de la nature; qu'ils parlent de 
mélange, ou de changement, ou de composition, ou de complément 
de nature, ils sont toujours entraînés nécessairement à cela. Car celui 
qui souffre dans une union naturelle n'est pas lui-même dans l'es- 
sence de celui qui n'admet pas de souffrances; en effet, par suite de 
l'union naturelle, il tombe aussi sous les souffrances : à savoir 
la nature dans laquelle il est par union naturelle. Il combat Paul 
(de Samosate)et Photin, en ce que (le Christ) est le Verbe en nature 
et en hypostase et est éternel; mais il s'est trompé en transportant 
à Dieu le Verbe, dans la nature, les choses du corps dans une 
union naturelle. Parce qu'il combattait les anoméens, (en disant) 
que le Fils est consubstantiel au Père, et aussi Photin et Paul [150] 
(en disant) qu'il est par la nature et par l'hypostase consubstantiel ^ 
au Père, parce qu'il n'était pas connu ^, on le regardait comme 



non satis curet pro sanctissimo vestro fratre Cyrillo... ut scrihat increpatwe Joanni 
quo nec memoria illius impii (Nestorii) fiât... Festinetautem sanctitas tua rogare 
Dominam Pulcheriam, ut faciat Dominum Lausum intrare et prœpositum fieri, 
ut Chrysoretis potentia dissoluatur et sic Dogma nostrum rohoretur. C. Lupus, 
Variorum Patrum epistolœ, Louvain, 1682, c. cciii, n. 292, p. 419-420. Voir 
dans l'Appendice I, p. 363-364, les griefs de Pulchérie contre Nestorius. 

1. Le syriaque donne le mot à mot : non assimilantes. 

2. ô[jLOouaio:. 

3. Le texte porte : quoniam nesciebat; on peut traduire « parce qu'il était igno- 
rant. » 



I, 2. LA QUESTION DES JUGES; LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 91 

orthodoxe, tandis qu'il détruisait ce qu'il était censé construire 
sur la foi, parce qu'il n'ajouta pas ce qui convenait, mais, comme 
un ennemi, il détruisit même ce qui avait été bien dit. 

Il (Apollinaire) combat sur ces deux points ceux qui pensent 
bien, comme s'il conduisait la troupe des orthodoxes, et il s'efforce 
d'introduire son erreur dans l'Eglise. Il a introduit la discorde. 

Cette controverse n'avait pas lieu en Orient, et depuis longtemps 
elle avait disparu de l'église que j'ai trouvée à Constantinople; 
elle ne commença pas de mon temps, ni à Constantinople ni en 
Orient; car je n'étais pas encore en vie lorsqu'il y eut à ces sujets 
controverse et solution. A Constantinople ce n'est pas encore 
dans mes discours que cette question a commencé, mais au temps 
de ceux qui m'ont précédé. 

Pourquoi donc me calomnies-tu en disant : « C'est lui qui a 
lancé cette question,» pourquoi m'appelles-tu «inventeur de nou- 
veautés » et «cause de tumulte et de guerre», moi qui n'ai jamais 
lancé une telle question, mais qui l'ai trouvée à Antioche? Dans 
cette ville j'ai enseigné et parlé sur ces matières et personne ne m'a 
blâmé, [151] et je pensais que ce dogme était déjà rejeté. A Cons- 
tantinople, comme je trouvais qu'ils cherchaient et avaient besoin 
d'apprendre, je me rendis à leur demande comme la vérité l'exigeait. 
Les factions du peuple qui combattaient à ce sujet vinrent ensem- 
ble au palais épiscopal; ils avaient besoin de la solution de leur dis- 
pute et d'arriver à la concorde ^. Ils appelaient manichéens ceux 
qui donnaient le nom de Mère de Dieu à la bienheureuse Marie, 
et Photiniens ceux qui l'appelaient Mère de l'homme. Lorsque 
je les interrogeai, les premiers ne niaient pas l'humanité ni les 
seconds la divinité, ils confessaient ces deux points de la même 
manière, et n'étaient divisés que par les noms.Les partisans d'Apol- 
linaire acceptaient « Mère de Dieu», et, ceux de Photin, « Mère de 
l'homme», mais, lorsque j'ai su qu'ils ne se disputaient pas selon le 
sens des hérétiques, j'ai dit que ceux-ci n'étaient pas hérétiques ni 
ceux-là non plus, parce que (les premiers) ne connaissaient pas 
Apollinaire et son dogme, ni les autres le dogme de Photin ni de 
Paul. Je les ai ramenés de cette controverse et de cette dispute 
en disant : « Si, de manière indivisible, sans suppression ni néga- 
tion de la divinité et de l'humanité, on accepte ce qui est dit par (les 

1. Nestorius résume ceci dans sa lettre à Jean d'Antioche. Loofs, op. cit. ^ 
p. 185, 312. 



92 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

deux partis) [152] on ne pèche pas; sinon servons -nous de ce qui 
est le plus sûr, par exemple de la parole de l'Évangile : le Christ 
est né ^, et du Lipre de la génération de Jésus-Christ ^. Par des (paro- 
les) analogues, nous confessons que le Christ est Dieu et homme, et 
que d^eux^ est né^dans la chair, le Christ qui esîDieu sur ioui. Lorsque 
vous l'appelez « Mère du Christ » dans l'union et sans diviser, vous 
désignez celui-ci et celui-là dans la filiation. Servez-vous de ce 
qui n'est pas condamné par l'Évangile et bannissez cette contro- 
verse d'entre vous, en vous servant de paroles qui puissent recueil- 
lir l'unanimité. » Quand ils entendirent ces paroles ils dirent : « No- 
tre question a été résolue devant Dieu *; » ils me quittèrent avec 
exultation et louange et demeurèrent dans la concorde jusqu'au 
jour où ils tombèrent dans le piège de ceux qui recherchaient l'épis- 
copat. 

Les clercs d'Alexandrie, qui étaient pour ses affaires ^ (de Cyrille), 
conseillaient (à ceux de Constantinople),pour les tromper, de ne 
pas admettre la locution : « Mère du Christ »; ils intriguaient, 
troublaient, couraient partout, et se recommandaient en toute 
chose de cet auxiliaire, car ses clercs le tenaient au courant, de sorte 
qu'il était leur auxiliaire [153] en tout. Déjà auparavant il avait été 
blessé par moi et il ne cherchait qu'un prétexte, parce qu'il n'avait 
pas reçu * de ce qu'on appelle « bénédictions » '; et il était froissé 
parce que je n'aidais pas ses clercs. Le bruit courut sur moi et se 
fortifia — ce que je n'étais pas — que je négligeais celui qui était 
opprimé. Si ce bruit est vrai ou faux. Dieu le sait ! Cependant le 
bruit poussa ceux qui accusaient (Cyrille) et les encouragea 
à dire sur lui devant l'empereur des choses vraies ou fausses ^ 
dont ils demandaient 9 que je fusse juge. 

Parce qu'ils me furent renvoyés et que je n'avais aucun motif de 

1. Cf Matth., I, 16. 

2. Matth., I, 1. 

3. Des patriarches, cf. Rom., ix, 5. 

4. C'est-à-dire « vraiment résolue ». 

5. Le patriarche d'Alexandrie avait des représentants [ou chargés d'affaires) 
à Constantinople. C'est à eux en particuher que Cyrille écrit. Labbe, op. cit., 
t. iij, col. 331. Voir aussi sa lettre à Théognoste, Charmosyne et Léonce» 
P. G., t. Lxxvii, col. 167. 

(■». Litt. : non auxiliatus est. 

7. z-S/.rr.;ia, présents ou dîmes. 

8. Litt. : dicihilia et indicibilia. 

9. Litt. : « eii disant et me demandant. » 



I, 2. LA QUESTION DES JUGES; LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 93 

refuser, j'envoyai chercher les clercs (de Cyrille) et je leur deman- 
dai de m'apprendre quelle était cette affaire. Mais ils se fâchèrent 
et me dirent : « Comment ! Tu admets toute accusation contre 
le patriarche d'Alexandrie^ et tu ne condamnes pas aussitôt sans 
examen les accusateurs comme des calomniateurs ! Il est facile à 
ceux-ci d'accuser ^ ... (les clercs) d'Alexandrie, ce n'est pas sans né- 
cessité que nous t'avons enlevé un tel pouvoir, car ce ne serait autre 
chose qu'un dangereux encouragement aux accusations, tandis 
qu'il t'est avantageux de te le garder (Cyrille) comme un bon ami, 
et ne pas t'en faire [154] un ennemi, lui qui est renommé par (sa) 
grandeur et qui est ^ parmi les grands. » Alors je leur répondis: 
« Je n'ai pas besoin d'une amitié qui me rendrait coupable d'ini- 
quité, mais seulement de celle qui opère sans acception de per- 
sonne les œuvres de Dieu. » Je dis ces (paroles) et ils me ré- 
pondirent : « Nous l'annoncerons donc au patriarche *. » Depuis 
lors il fut mon ennemi sans réconciliation, et il était prêt à tout. Et 
il fit naître d'abord une cause d'inimitié, afin de pouvoir me récu- 
ser comme un ennemi, et d'user de fraude selon sa coutume 
contre ses accusateurs et de couvrir les accusations portées con- 
tre lui. Voilà ce que faisait celui qui demandait ^ que le juge- 
ment fût confié à d'autres. Vous verrez que ce que je vous dis 
est la vérité et non de la fantaisie, d'après la lettre qu'il écrivit 
à ses clercs, qui se mêlaient de mes affaires, à Constantinople, 
comme chacun le sait. 



Lettre de Cyrille à ses clercs de Constantinople ^. 

J'ai reçu et j'ai lu la requête que vous avez envoyée, qu'il faudrait 
remettre à l'empereur et que vous n'avez pas voulu remettre sans mon 

1. Litt. : « contre le pape (d'Alexandrie). » 

2. Une phrase manque. 

3. Lire Ithaouhî. 

4. Litt. : « au pape. » 

5. Litt. : « présentait une supplique. » — Cyrille dit en effet que Nestorius 
ne doit pas espérer devenir son juge, sinon il en appellerait de son jugement. 
Labbe, loc. cit., col. 335 6. 

6. C'est la fin de la lettre. Labbe, loc. cit., col. 335 d : Tb ôé ye (jx^ôàpiov ■zr^ç 
oz-f^nita; t'o irap' *j;xo)V aTTOcrTaXî'v, (h: ô^sTaov £7nSo6r|Vat [xàv pacriXsï, oûx avsu oï yvojfXY); 
•JfJLwv. Xaêà)v àvéyvcov, ineiùr^ oï tcoàXyjv £'.x£ xaraSpofXYjv xaxà toû iv.eî(Ti r^ àSeXcpou, v^ ti&ç 
àv £t7rot[JLt, Téc); ÈTTSO-yov, l'va [j-t] èTrépxotTO -/ifjLÏv ).£y(»)v' /.aTYiyopViaaTé (xou àîTl -où 'fixaiXi- 



94 NESTORIUS. LIVRE DHÉRACLIDE 

consentement [155]. Comme elle renferme beaucoup d'accusations contre 
celui qui est là (Nestorius), si c'est un frère et s'il mérite que nous lui 
donnions ce nom i, ne la remettez pas encore, de crainte qu'il ne s'élève 
contre vous et ne m'accuse comme hérétique devant l'empereur 2. S'il en 
est autrement, en même temps que vous récuserez son jugement, vous direz 
aussi le genre de son inimitié, et s'ils veulent absolument pousser au juge- 
ment, vous le donnerez à d'autres autorités. » 

Nestorius. Voilà pourquoi il est devenu mon ennemi. Ecoutez 
encore le reste de sa lettre, pour voir qu'il n'agissait pas pour Dieu, 
ni pour la religion, ni pour la foi; au contraire, alors qu'il con- 
naissait la foi, il passait par-dessus à cause de son inimitié contre 
moi. Il troublait et agitait tout, afin que (durant ce temps) ses 
propres hérésies fussent perdues et dispersées (oubliées). 

Reste de la lettre de Cyrille ^. 

Lisez donc l'écrit et [remettez -le s'il en est] ^ besoin; et si vous voyez 
qu'il continue à nous tendre des embûches, en vérité il en dresse de tout 
genre contre nous, faites-les nous connaître soigneusement, car je choisirai 
certains évêques pieux [156] et des moines ^, et je les enverrai au premier 
moment. Car je n accorderai pas le sommeil à mes j/eua:, comme il est écrit ^, 
ni V assoupissement à mes paupières, ni le repos à mes tempes, avant d'avoir 
combattu le combat pour le salut de tous. 

(oç, (<)ç a,îp£Ttx.oij' •juriYOf-s'Jcrafj.sv 6e iréçjMÇ, jj.s-à 70\j y.al Trapai-rstffOat Tr,v auTO-j xpt'aiv, 
sÎTtôvTe; xal tfjç k'y^Opaç tov TpoTrov. -/.al T-fjV Stxr,y [ji£Taa-7rà(7ac, el èvio-xavrai oXwç èxcivot, 
Etç ârepo-jç y.ç/y/jyxoi.i. Cf. jP. G., t. LXXVII, Col. 68. 

1. Litt. : « ou de quelque façon qu'il convienne que nous l'appelions. » 
*2. Le grec porte : « disant : vous m'avez accusé comme hérétique devant l 'em- 
pereur. » Le syriaque pourrait porter Qatâgrounonî ou Qatâgronouni {y erhe tiré 
de x.aTayop£j(»)) et serait alors une traduction fidèle du grec : « de crainte qu'il 
ne s'élève contre vous et ne dise : Ils m'ont accusé comme hérétique devant 
l'empereur. » 

3. 'Avayv6vT£; Toîvuv xo ax^ôàptov, èniooxe, et ■/.a>.éa£i£ y^pzia', xav l'ôoiTe ôti imëoM- 
Xeûwv è{ji.[ji,év£i, xal àX-riOwç Tràvxa xiveï rpoTiov rbv xa6 'yifxôv ôpoivra, aTCO'jSat'toç •^pâ.<h(xre, 
xal èTctX£|à[JL£voç avopa; eùXaêeïç xal çpovîfxo^ç, ÈTrio-xoTco-jç ts xal [xovàî^ovTaç, è^airoaTEXtô 
TipwTO) xatpto. où yàp [xtq ôwaw utuvov, xarà rb yeypaij.fjLSvov, toÏç ôçôaXtxoTç [jlou, xal xoïç 
P^Eçapoiç (j,ou vjaTay(j,bv, xal àvàTiauatv rot; xpoTOtcpot: [jlo-j, ëio; où àywvt(TW(xai tov inzep 
TTiÇ àTrâvTwv (7(<)TY)ptaç àyo)va. Labbe, Conciles, t. m, col. 335-338. 

4. Les mss. C, S omettent deux mots illisibles ; V les restitue mal. 

5. Le grec porte : « choisissant des hommes pieux et sages : des évêques et des 
moines. » 

6 Ps.. cxxxi, 4. 



I, 2. LA QUESTION DES JUGES) LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 95 

Nestorius. Vous avez entendu ce qu'il a confessé clairement 
sans aucun voile : Il pense que c'est lui faire tort que de faire une 
enquête contre lui; si je ne l'attaque pas pour lui nuire, lui non 
plus ne m'attaquera pas ; et il « lutte dans le combat pour le 
salut de tous !» je suis, selon lui, « ami, pieux et pur en tout, » 
mais si je ne détourne pas les yeux de tes torts, à cause du juge- 
ment juste, tu t'indignes alors et tu m'appelles méchant et héré- 
tique. Tu convoques des troupes de moines et d'évêques, et tu les 
envoies contre moi près de l'empereur pour m'accuser, et toi tu 
combats pour ton salut et non « pour le combat de tous, » mais 
plutôt « pour le combat contre le salut de tous. » Tu as tout 
troublé, confondu et égaré, et ainsi tu les as amenés à te servir 
d'instrument pour le mal, afin qu'ils ne voient pas, n'entendent 
pas et n'écoutent pas, quand même on (le) leur dirait des milliers 
de fois, que ce n'était pas « pour le salut de tous » que tu t'ap- 
pliquais à faire cela, mais pour fuir devant tes accusateurs. 
Quelle inimitié avais-je en effet contre toi, pour que tu penses [157] 
que j'agissais ainsi pour te causer du tort ? Je n'ai eu de dis- 
cussion avec toi pour rien : ni pour les affaires, ni pour les biens, 
ni pour la justice, ni pour (une) rivalité, ni pour une autre raison, 
ni avant que je fusse évêque de Constantinople ni depuis; mais 
nous étions éloignés en toute chose, autant qu'Alexandrie est 
éloignée de Constantinople, et que diffèrent les intérêts de 
celle-ci et de celle-là. Il y avait cependant une cause ; lui- 
même la proclamait clairement — c'est que je ne t'ai pas aidé 
à résister à tes accusateurs, qu'ils aient raison ou non. Puisque 
tu avais si peur et que tu as pris tant de précautions, ou a vu que 
les accusateurs avaient raison. On peut du moins apprendre de là 
à connaître son inimitié qui était prête à tout, mais (on le voit) 
encore par la lettre qu'il m'écrivit : 

Lettre de Cyrille à Nestorius. 

A notre religieux et aimé de Dieu collègue Nestorius, Cyrille, salut dans 
le Seigneur. Des hommes amis et dignes de foi sont venus à Alexandrie, et 
nous ont annoncé que ta sainteté était très enflammée contre nous et 
mettait en mouvement tout ce qui paraissait bon pour nous affliger. [158] 
Lorsque j'ai voulu connaître le chagrin de Votre Piété, on m'a dit : Une 
lettre est venue près des saints moines, et des hommes d'Alexandrie la 
colportent, c'est la cause de cette haine et de ce chagrin. J'ai donc été étonné 
que Votre Piété n'ait pas réfléchi plutôt, que ce n'est pas la lettre écrite 



9G NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

par nous qui a précédé le trouble qui a lieu dans la foi,mais bien des choses 
dites ou non dites, nous n'en savons rien, par Votre Piété; du moins il y a 
des écrits de doctrine que certains colportent, et nous avons travaillé en 
cherchant à redresser les choses de travers ^. 

Nestorius. Telle est la première lettre d'amitié qui m'a été 
écrite ; jugez par là de ce qu'il avait écrit auparavant contre moi. 
Dis-nous le motif pour lequel tu as écrit : Un tel trouble avait été ex- 
cité par mes enseignements (au point) qu'ils agitaient tout Alexan- 
drie oii on les lisait et même tous les moines de l'Egypte, j'omets 
et Rome et les villes qui en dépendent, je mettais en mouvement, 
tout l'Orient ensemble ^, de sorte que tu as été obligé de faire 
la lettre aux moines et de là de me transmettre aussi ta lettre pour 
que j'en sois affligé, car tu as su que j'en étais affligé. Pourquoi 
donc n'as-tu pas commencé par m'écrire une lettre d'amitié [159] 
qui m'aurait renseigné sur le trouble, sur la cause du trouble et 
sur la manière de le faire cesser, comme un ami à son ami^, 
ou comme à un évêque, ou comme à un frère, ou à cause du scan- 
dale de l'Église, ou parce que tu étais persuadé que les ensei- 
gnements étaient de moi, ou parce que tu ne le savais pas et que 
tu voulais l'apprendre pour délivrer ton âme du blasphème et 
du mal, ou pour me conseiller ce qu'il convenait de faire ? Mais 
tes lettres contre nous ont été répandues dans Alexandrie et ont 
troublé les moines, elles sont parvenues même à Constantinople, 
tu as rempli de trouble contre moi toutes les églises et tous les 
monastères, au point que même les insensibles se sont émus ; 
voudrais-tu donc que je ne me sois pas ému ! Et pourquoi tout 
cela ? sinon parce que tu faisais et préparais avec grand soin une 
œuvre d'inimitié ; tu m'as écrit une lettre d'ennemi *qui montrait 



1. "Avopeç alôé(7t[j.ot /.al Titareci); à'^toi Tuapayeyôvaatv âv 'AXc^avôpsi'a. elra [xeréSûa-av 
(ioaavcl xal zr\z (tt|Ç ôsoo-eêetaç àyavaxToûffriÇ cnpoôpa, xal Tvàvra y.âXcov xivo*Jo-iriç etç xb X-j- 
Tceiv i[t.é. PouXo{Ji.£va) ô^ (xot tt)ç (T-?i; ôeoaeêetaç Tr^v X'jttviv àva[xa6et"v, eçaaav ôrt ty)v Tupbç 
(;.ovaaTàç àytouç y£vo[jl£vyiv imcTolr^v Tzepi(pépo-j cri Ttvsç xàiv àub tt,; 'AXe^avôpsi'aç, xat yj 
Tou [Ataouç àcpop[XYi xal ttjç àriSîaç auxv) yEyovE.TeôaTjfjLaxa toivjv ei [jly) èxsïvo [xôcXXov r, (tyi 
beofjiêcia. xa8' éaUTYjv èXoyt(7aTo; où yàp Trpdxepov èfjLfjç ypa(p£tcrr,ç èuicrToXTÎç 6 eut t?) ttio-tei 
yéyove 66puooç, àXX' r, eiprifxévwv xivàiv Trapà T-rj; a-?)? ôeoaeêetaç, r] xal [xyj ; 7rXf,v x'^pziMv, 
Yjyouv è^fjyr,(T£wv 7rep'.ç£po[A£V(ov, y.(X[ivo\j.ewr^\iv.;, èTcavopôouv OéXovT£ç toÙç ûi£o-Tpa[X[X£voyç. 
Labbe, op. cit., t. m, col. 314 6. 

2. Toutes ces inculpations figurent dans la lettre de Cyrille. Labbe, loc. cit. 314 d. 

3. Cyrille proteste de son amitié pour Nestorius. Labbe, loc. cit., coL 331 a. 

4. Le texte porte le pluriel. 



I 



I, 2. LA QUESTION DES JUGES; LES ACCUSATIONS t)E CYRILLE 97 

que Lu es mon ennemi et non seulement à moi, mais à tous ceux 
qui se complaisent dans le trouble, tu les as séparés et éloignés 
de moi. Tu en as encore écarté d'autres de moi, par manque de 
sens ou d'intelligence ou à cause de leur simplicité incapable de 
discernement, et tu les as troublés [160] afin que — sous prétexte de 
leurs âmes, dont tu t'occupais pour les diriger parce que tu les 
aimais — ou bien je cesse d'écouter tes accusateurs et ceux qui 
devaient t'accuser et qui étaient déjà armés contre toi, puis, lors- 
que tu aurais obtenu cela, il te serait facile de faire tout ce que tu 
voudrais au sujet des biens; ou sinon, en m'opprimant, tu fasses 
croire que c'est pour la religion ^ que tu es mon ennemi, et, que 
pour cette raison je sois récusé de ma charge de juge. Cela n'est pas 
caché, mais connu de tous et a été propagé partout, d'après cette 
inimitié que tu as préparée, parce que tu voulais que tous en 
soient témoins ; bien que je ne dise rien et que je ne blâme rien 
de ce que tu préparais, chacun peut s'en rendre compte. De plus 
lorsque tu t'élevais contre moi comme contre un impie, et que tu 
excitais tous les troubles et tous les scandales, tu regardais tout 
cela comme rien et tu indiquais une solution facile en disant ^ : 
que « nous fassions la grâce de dire cette parole pour laquelle 
l'Église était scandalisée, à savoir, de dire Mère de Dieu à la bien- 
heureuse Marie. » Il ne dit pas : « tu dois, » mais : « tu feras la 
grâce. » Non pas pour la chose elle-même, mais pour ceux ([ui, 
« à cause de leur faiblesse, ne peuvent examiner les choses dites 
par toi et qui sont scandalisés ^ 

'■■ ■ ' {Ici un cahier a été arraché au manuscrit.) 

[161] disant *. 

SoPHRONius. Mais nous étions fatigués d'attendre : beaucoup 
étaient morts ou étaient malades et manquaient de beaucoup 



1. Le ms. V porte : « à cause de la mère de Dieu. » 

2. àTravopOoûaÔco xaïç inKjyii'hzai, xai Xé^iv y^O(.piaa.<yQoi.i zoXç (TxavôaXt^o[X£vot^' xaTaltwaov, 
OeoTÔxov 6vo|J-à^a)v ttjv àyîav TrapOsvov, tva ôspaTie-jaavTs; roù; XeÀUTtYjiJiévouç... èTriTeXôifiev. 
Labbe, op. cit., t. m, col. 315 a. 

3. Il manque sans doute la fin de la première lettre de Cyrille; sa seconde lettre 
sera discutée plus loin (I, 3). 

4. Nestorius demande certainement pourquoi on n'a pas attendu le patriar- 
che d'Antioche et ses évêques avant d'ouvrir le concile d'Éphèse. C'est « la 
question des juges » dont parle le sommaire, supra, p. 4. 

Nestorius — 7 



98 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

de choses ; c'est pour cela que nous avons été obligés de nous 
réunir et de porter une définition ^. 

Nestorius. Jusqu'à quand, dis-tu, (avez-vous attendu) ? Jusqu'à 
ce que vous ayez fait les choses qui vous préoccupaient et vous 
tracassaient : Vous craigniez que tout le concile ne fût réuni et 
que votre cause ne fût instruite ? Jusqu'alors vous étiez malades, 
vous vous mouriez et vous ne pouviez pas prendre de nourriture. 
Mais quand vous avez eu fait cela, comment êtes-vous demeurés 
si longtemps sans souffrir d'aucun de ces ( inconvénients) ^, 
si ce n'est parce que vous étiez délivrés d'inquiétude à ce 
sujet ? aussi vous avez dédaigné et méprisé Candidianus qui vou- 
lait empêcher la tenue d'un concile partiel. Vous aviez la force 
de faire cela, ne vous laissant pas convaincre par ce qui vous sert 
d'ordinaire pour convaincre même les infidèles : Vous avez regardé 
comme rien les promesses et les serments, devant Dieu et devant 
l'empereur, par lesquels vous aviez juré de ne rien faire, mais 
d'attendre le concile oriental [162] qui était à la porte ^. Il y en 
avait qui persuadaient l'empereur, et vous n'avez pas observé 
la parole de Dieu. Et, avant l'ordre de Candidianus, vous aviez 
entendu la protestation que vous ont adressée les évêques qui ne 
se sont pas joints à votre concile partiel ; ils étaient au nombre de 
soixante-huit, non des moindres ni des inconnus, mais c'étaient 
des métropolitains. Candidianus était allé avec eux et leur avait 
appris les choses faites récemment. 

Protestation des évêques qui ne s' associèrent pas à Cyrille *. 

La foi de la vraie piété est connue d'abord par la prédication des Livres 
saints et bénis, ensuite par la réunion à Nicée des saints Pères qui, selon 
leur nombre ^, portaient sur leurs membres les cicatrices des souffrances. 
A l'occasion de diverses questions et controverses, l'empereur fidèle et 

1. tjttoç. Sophroriius se donne donc comme l'un des évêques d'Éphèse hos- 
tiles à Nestorius. 

2. Les évêques qui ont déposé Nestorius le 22 juin 431, parce qu'ils ne pou- 
vaient pas attendre durant quatre jours l'arrivée de Jean d'Antioche, n'ont 
tenu leur septième session que le 31 juillet, et Cyrille n'est rentré à Alexan- 
drie que le30 octobre. 

3. Cf. infra, p. 99, n. 2. 

4. La traduction latine de la présente lettre se trouve dans Lupus, Variorum 
patrum ppistoîœ, c. vu, p. 26. Le même sujet est repris et développé dans la 

ettre aux empereurs. Labbe, op. cit., t. m, col. 564-568, ou Loofs, op. cit., p. 186. 

5. C'est-à-dire : « tous ». 



Ij 2. LA QUESTION PES JUGES; LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 99 

craignant le Christ ^, convoqua par lettres à Éphèse le corps sacerdotal des 
orthodoxes de tout lieu; ici, comme d'habitude, il était guidé par son zèje 
pour la vérité. ]\ous nous sommes réunis tous par la grâce de Dieu, mais 
à notre réunion manque le saint et pieux Jean, évêque d'Antioche, [163] 
— son arrivée est à la porte (prochaine), comme nous l'ont fait connaître 
ses lettres qui viennent de nous être écrites ^, ainsi que l'officier et les hip- 
parques ^ que nous avons envoyés près de lui — avec d'autres pieux évêques 
de l'Occident *. Votre Révérence ^ nous a fait savoir que vous vous ennuyez 
d'attendre ici et que vous avez hâte de faire l'examen demandé par l'em- 
pereur, même avant l'arrivée des évêques pieux dont nous venons de parler; 
c'est pourquoi nous avons envoyé cet écrit à Votre Révérence, pour que vous 
attendiez l'arrivée des excellents évêques nos collègues, et pour que vous 
ne receviez pas témérairement ceux qui ont été anathématisés, ni ceux 
qui sont privés de leur épiscopat depuis longtei^ips ou depuis peu ; on sait 
ce que les saints canons commandent à ce sujet, et ceux qui les transgressent 
ne tombent pas sous une petite peine, laquelle ne peut être enfreinte en 
aucune manière par le saint concile. Que Votre Révérence sache encore que 
tout ce (jui se ferait par l'audace des gens téméraires se trouverait retourné 
contre votre audace par le Christ, maître de tout, et par les saints canons. 

[164] Signatures des éuêques ®. 

Nestorius. Lisez aussi l'admonition faite par l'illustre Can- 
didianus, comte des domestiques ', et vous verrez encore par là 
la violence qu'ils firent sans vergogne et sans pudeur, et qu'il ne 
trompe pas maintenant. Mais après le témoignage des évêques qui 
avaient pris ce prétexte, à savoir qu'ils étaient fatigués — parce 
que l'évêque d'Antioche avec les évêques orientaux approchaient 



1. Piissimus et amicus Christi, Lupus, loc. cit., Le grec portait sans doute 
eÙTeêso-ToiTOç xal ©cXô/ptato;. 

2. Jean écrivait sqxl yo'jv km O-jpat;. Labbe, op. cit., t. m, col. 446 a. 

3. Le syriaque transcrit les mots grecs f^ayi^-rptavciç et Juâpytitot. Le latin 
porte : Praefectianos atque magistrianos. Le magistrianus, d'après Du Gange, 
est « le ministre du maître des offices ». 

4. xal ôiAÀoi àx TY^ç ôûaew; ÔeocptXsaTaToi âTTtV/coTicit, Labbe, loc. cit.. col. 565 b. On 
dit au même endroit que les évêques d'Italie et de Sicile n'étaient pas arrivés. 

5. Litt' : « V0tï?e Pureté », Le latin porte i^estra Revftrentia. 

6. Le latin porte les noms de soixante-huit évêques qui peuvent donc être re- 
gardés comme favorables à Nestorius, même avant l'arrivée de Jean d'Antiophs 
et de ses sufïragants. Si ceux-ci étaient arrivés à temps, Nestorius aurait dp.nc 
été soutenu par une centaine d'évêques et le concile aurait été partagé en deux 
parties presque égales.Mais Nestorius racontera plus loin p. [367-368] [373] com- 
ment on s'y prit pour diminuer le nombre de ses partisans. 

7. Kavûtôijcvb; xotxY)^ twv Sojj.eff-ri/.cov, Labbe, op. cit., t. m, col. 442 e. ' 



iOO NÉSTORIÙS. LIVRE d'hÊRACLIDÉ 

des portes, comme l'apprirent les lettres de Jean et le rappor- 
tèrent les officiers qui avaient été envoyés dans leurs préfectures ^ ; 
alors, lorsqu'ils entendirent cela — comme d'un accord commun, ils 
firent du bruit, ils se mirent à crier, à vociférer et à injurier, pour 
faire sortir les évêques qui avaient été envoyés près d'eux et pour 
les chasser, au point que les coups qu'ils leur portaient furent 
entendus du comte Candidianus. Après les avoir ainsi honteu- 
sement expulsés, ils se retournèrent contre le (comte), pour le cap- 
tiver : ils soutenaient de leurs mains ceux qui, à cause de la faim 
et des msfladies, ne pouvaient se tenir debout et ils n'écoutèrent 
pas ce qu'il leur disait ni les lettres que l'empereur envoya à tous. 
[165] Celui-là leur ordonnait de ne pas tenir un concile pai?tiel, 
mais, en commun, de décréter aux voix ce qui se ferait au con- 
cile. Mais, comme un sage au milieu des fous, il semblait insensé 
en disant cela parce qu'ils ne voulaient pas l'entendre. Il ordonna 
donc de lire devant eux l'ordre impérial, qui ne devait pas être 
lu avant que tous les évêques ne fussent réunis. Quand il eut 
fait cela, on n'en tint aucun compte ^. 

Extrait du contenu de la lettre qui portait ^ : 

Nous avons ordonné à Candidianus, comte illustre, de venir à votre 
saint concile, sans prendre part en rien aux discussions* que vous ferez; 
car nous avons pensé que celui qui n'est pas compté au nombre des évêques, 
ne doit pas se mêler à la discussion des ordres ^ecclésiastiques et à l'investi- 
gation de la foi. 

Il ne lui était pas dit de ne pas prendre part au concile, mais« à 
l'investigation de la foi. ))(I1 avait ordre) de ne pas permettre qu'il 
y eût un concile partiel, avant que n'eût lieu la réunion de tous 
les évêques. Parce qu'il avait été obligé de lire cela — il ne fallait 
pas le lire avant l'arrivée de tous les évêques — lui qui venait 
de ce côté (de chez les adversaires), [166] ils l'expulsèrent avec de 

1. {iTiapytai:, peut-être : « qui avaient été envoyés en ambassade par eux. » 
Ceci répond au latin prsefectiani et magistriani de la lettre précédente. Le der- 
nier mot est seul resté dans le grec, cf. Loofs, op. cit., p. 187, lig. 35. D'après le 
latin, ces officiers étaient envoyés « par Jean » et non pas « près de Jean » . 

2. Cf. Lupus, op. cit., c. ix-xi, p. 33-37, et infra, p. 102-104. 

3. Labbe, op. cit., t. m, col. 442 e. 

4. Le grec porte : « aux discussions qui concernent les dogmes. » 

5. Ta^t;. Le grec porte : (ixeu(x«. 



I, 2. LA QUESTION DES JUGES; LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 101 

nombreux cris, des coups de sifflets et des menaces de mort ^ 
s'il prenait part à l'examen commun au concile. Et dorénavant 
ils se nommèrent d'autorité « concile général » , parce que ceux qui 
étaient présents étaient nombreux ; tandis que ceux qui n'avaient 
pas pris part à la discussion les conjuraient en leur disant : « Il 
nous faut attendre ceux dont l'arrivée est à la porte, » c'est-à- 
dire le chef du concile. Et pour ne pas laisser parmi eux le comte 
qui était chargé de veiller à leur bon ordre, ils disaient : « Qu'il 
n'assiste pas à la discussion de la foi et à l'examen des affai- 
res ecclésiastiques. » Mais ils agissaient en tout par leur auto- 
rité et n'obéissaient pas à l'ordre impérial qui leur montrait clai- 
rement qu'il (le comte) avait été envoyé pour empocher les trou- 
bles et les schismes qui avaient lieu. Écoutez en effet les écrits 
de l'empereur qui furent envoyés par Candidianus : 

De la lettre ^ de V empereur ^. 

Afin que votre Piété se réunisse dans la ville des Ephésiens, nous avons 
écrit d'avance ce qu'il fallait; mais, comme il faut encore prendre soin du 
bon ordre des délibérations, qui auront lieu dans votre concile sur la ques- 
tion pour laquelle vous vous êtes réunis [167J nous n'avons pas négligé non 
plus ce (point), mais nous vous avons avertis d'être sans trouble en tout. 
Nous sommes persuadé que votre Piété n'a pas besoin de secours extérieurs 
pour que vous vous appliquiez à la paix ; mais il nous appartenait de ne 
pas négliger notre sollicitude pour la cause ^ de la vérité. 

C'est pourquoi nous avons envoyé le comte Candidianus à votre concile 
sans qu'il prenne part en rien aux choses que vous étudierez. Car nous avons 
pensé qu'il ne faut pas que celui qui n'est pas compté au nombre des 
évêques se mêle à la discussion des ordres ^ ecclésiastiques et à l'examen 
de la foi, mais il chassera de la ville les séculiers et les moines qui s'y sont 
réunis à cause de cela et qui sont avec vous, parce qu'il ne convient pas à 
de tels hommes de se trouver dans votre réunion, de crainte qu'ils n'excitent 
des troubles et que, parla, ils n'entravent ce que vous examinez comme il 
convient et ce que vous faites comme il faut. Il prendra soin que personne 
n'introduise de division pour cause de discorde, de crainte que pour ce 
motif votre examen ne soit empêché ainsi que la sincérité de la vraie 

1. Nihil eorum, qua? a me dicta sunt, servatum est, sed a vobis injuriose ac 
violenter expulsas sum, cf. Lupus, op. cit., c. ix, p. 34, infra, p. 104. 

2. ©siov vpâ(x[xa; en latin : sacra. 

3. Labbe, op. cit., t. m, col. 442 d. 

4. Litt. : « question ». 

5. T 7. ^r. Mieux vaut « affaires » comme le grec. . _ „ 



^ 



102 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

consultation qui a lieu entre vous. Chacun écoutera avec patience ce qui 
est dit, quelqu'un sera aussi prêt à répondre, ou plusieurs y répondront, 
et ainsi par demandes, par réponses et par solutions, la question sur la 
vraie foi sera jugée sans contestation et, par l'investigation commune de 
votre Sainteté, elle prendra une heureuse fin sans querelle. 

[168] Nestorius. Ils ne laissèrent pas lire cela, et ils ne vou- 
laient pas écouter celui qui leur disait « de prendre soin que per- 
sonne n'introduisît de division pour cause de discorde, de crainte 
que pour ce motif la recherche de la vraie foi ne fût empêchée ainsi 
que la sincère consultation entre vous. Chacun écoutera avec 
patience ce qui est dit, quelqu'un sera aussi prêt à répondre ou 
plusieurs y répondront ^, et ainsi par demandes, par réponses 
et par solutions, la recherche sur la vraie foi sera jugée sans 
aucune dispute, et l'investigation commune de votre Sainteté 
prendra une heureuse fin sans querelle. » Parce qu'ils savaient 
ces choses, ils ne permettaient pas qu'on les lût, ils cachaient cette 
parole qui, semblable à une prophétie divine, montrait clairement 
ce qui.se faisait par eux, ou bien, d'après l'indice de ce qui avait 
été fait par lui (Cyrille), l'empereur devinait ce qu'il était capable 
de faire et il l'indiquait par avance dans ses écrits. Car de petits 
indices suffisent pour donner une petite indication des habitudes 
de l'âme, bien que ces choses ou de semblables ne fussent pas en- 
core arrivées, et aussi que celles d'après lesquelles il (Cyrille) aurait 
pu êtrç connu, ne fussent pas encore devenues publiques. Cependant 
Dieu révéla tout ce qui le concernait pour qu'ils devinssent ^ pour 
eux-mêmes les juges des choses [169] qui devaient arriver ; qu'ils 
ne pussent penser qu'ils avaient agi sans connaissance, et qu'ils 
ne connaissaient pas le mode de la discussion et de l'examen; ils 
ont dit, dans leur transgression ^, des choses qui contredisent les 
paroles de l'empereur. Est-ce donc par division et par un prétexte 
de dispute qu'une sincère controverse est résolue par ceux qui 
cherchent sincèrement ? N'est-ce pas avec impartialité et patien- 
ce pour les choses qui sont dites, de la part de ceux qui écoutent ? 
Est-ce en proposant seulement toutes les choses sur lesquelles 
il y a controverse ? ou n'est-ce pas en les opposant les unes aux 
autres et en les examinant par demande et par réponse, jus- 

1. Lire nachfkon, comme plus haut. 

2. Sic S, C ; li que ces choses devinssent » V. 

3. Litt. : obiier. 



I, 2. LA QUESTION DES JUGES; LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 103 

qu'à ce que la question étudiée subsiste sans controverse ^ ? 
Est-ce avec hâte ou sans hâte, quand on recevra une demande, 
qu'on donnera la solution et la réponse qui lui convient ? Qu'y a- 
t-il là qui n'ait pas été dit avec vérité ? Mais cet ordre ne t'a pas 
plu, parce que tu voulais vaincre et non trouver la vérité. 

Que ferai-je maintenant ? Accuserai-je Candidianus de ne pas 
avoir gardé les lettres impériales et d'avoir fait une telle sédition 
d'évêques contre les évêques leurs collègues et aussi contre lui 
qui avait ordre de veiller à leur garde et à leur bon ordre ? Mais il 
cherchait à persuader à l'aide de paroles ceux qui n'étaient pas 
portés à écouter des paroles, eux qui avaient besoin de quelqu'un 
pour les conduire malgré eux, selon l'ordre de l'empereur, qui 
était proclamé juste par tous ; il ne lui convenait pas d'ailleurs 
d'être autre chose qu'un [170] porte-parole, il parlait et on lui 
répondait par question et réponse. Cependant ce qui était fait 
pour tromper était regardé par eux comme un jeu. Je n'ai rien 
non plus à dire ; car il les conjurait, d'après ses ordres, de ne rien 
faire avant que tous ne fussent réunis, selon l'ordre impérial, 
mais ils ne voulurent même pas entendre l'ordre impérial. Écoutez 
donc aussi son admonition : 

Admonition faite par Villustre comte Candidianus, pour quHls 
ne se réunissent pas avant que tous les évêques ne fussent arrivés'^. 

A saint Cyrille, évêque d'Alexandrie et métropolitain, et aux évêques 
qui se réunirent avec lui : Flavius Candidianus, grand et illustre comte 
des très saints domestiques ^. 

Depuis que je suis venu à la ville d'Éphèse, je n'ai rien demandé d'autre à 
votre concile saint, que de terminer, dans la paix et la concorde, les affaires 
de la foi orthodoxe, comme le fidèle victorieux (empereur) l'a ordonné; 
Votre Piété le sait. Il me suffît du témoignage de la vérité, que je ne me 
suis occupé de rien autre plus que de cela. Lorsque j'ai appris que vous 
alliez vous réunir dans la sainte église contre la volonté des autres évêques, 
avant l'arrivée de Jean, évêque d'Antioche, et [171] des évêques qui 
l'accompagnent, je n'ai pas cessé, depuis la veille du jour où vous étiez 
prêts à faire cela, de prier et de conjurer chacun de vous de ne pas penser 
à faire un concile partiel. 

Encore le jour suivant, lorsque vous étiez assemblés dans la sainte 

1. L'auteur reprenait sans doute ici la dernière phrase de l'empereur. 

2. Se trouve dans C. Lupus, Variorum patrum epistolœ, Louvain. 1682, c. ix, 
p. 33. 

3. xa6a)(7ico!J.6va)v 6o[J.£CTTr/.(ov. 



104 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

église même, je n'ai pas hésité à venir en hâte près de vous et à vous faire 
connaître ce que voulait l'empereur fidèle, bien que ceci fût superflu, 
puisque vous l'aviez déjà appris par les lettres qui vous avaient été adres- 
sées par sa Puissance. Quoi qu'il en soit, je vous ai instruits de la volonté 
de notre pieux empereur en vous disant que sa volonté est celle-ci : que 
votre foi fût établie sans discorde ni trouble, par tous avec concorde, 
et qu'il ne veut pas que le concile eût lieu par parties, parce que la foi de 
notre orthodoxie ^ serait conduite par là à la discorde et au schisme. De plus, 
lorsque votre Révérence nous a demandé que la lettre ^ du fidèle et pieux 
empereur, qui avait été envoyée au saint concile, fût lue, je fis d'abord 
difficulté de le faire — je ne refuse pas de le dire — parce que ceux qui avaient 
reçu ordre d'être au saint concile, n'étaient pas encore venus et réunis. 

Mais lorsque votre Piété m'a dit qu'elle ne savait pas ce que l'empereur vou- 
lait et ordonnait qui fût, il me parut [172] nécessaire, bien que tous les évê- 
ques ne fussent pas présents, de vous présenter sa lettre adorable et auguste. 

De nouveau, après que vous avez connu la volonté de sa Domination, 
je n'ai pas cessé de vous donner les mêmes exhortations, demandant à 
vos Révérences et vous suppliant de ne rien innover avant que tous les 
saints évêques ne fussent réunis au concile, mais d'attendre durant seule- 
ment quatre jours, saint Jean, évêque d'Antioche, métropolitain, et ceux 
qui l'accompagnent, et ceux encore qui sont avec le saint et pieux Nesto- 
rius, évêque de Constantinople, afin — lorsque vous serez ensemble et que 
tout le saint concile sera réuni en un — que vous puissiez étudier, réunis en- 
semble, s'il y a quelque chose à examiner ou quelque chose à discuter, ce à 
quoi nous sommes superflus. Alors, par le consentement unanime de vous 
tous, on reconnaîtra celui qui se trouve croire comme il n'est pas permis 
et en dehors des canons, {on saura) si vous professez tous l'orthodoxie et 
si vous révérez la foi des saints Pères. Ces choses donc, non seulement je 
vous les ai conseillées souvent, mais je vous ai suppliés à leur sujet. 

Parce que vous n'avez rien accepté de ce qui a été dit par moi, mais 
que j'ai été violemment expulsé par vous, [173j j'ai cru nécessaire de vous 
faire connaître par cette protestation et de vous enjoindre par cet édit ^ 
de ne rien innover, mais d'attendre l'arrivée de tous nos saints Pères les 
évêques, et, lorsque vous serez d'un avis commun, de juger ce qui appartient 
à la sainte Eglise catholique. Si quelqu'un, sous l'impulsion de sa propre 
autorité, veut changer quelque chose à ce qui a paru (bon) à la Principauté 
pure, immortelle *, qu'il sache que c'est à lui-même qu'il fera tort et qu'il 
ne nuira à personne. 

1 . ou : « notre foi orthodoxe. » 

2. Sacra. 

3. fv'.âTaY!j.a. 

^\. « à l'empereur. » L'ancienne version latine porte : qupe nh immnruiU et 
optimo Vertice jussa surit. 



I, 2. LA QUESTION DES JUGES; LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 105 

Je ne crains pas de vous le répéter encore : Que votre Sainteté soit per- 
suadée et sache que voici ce que veut notre empereur pieux : c'est qu'en pré- 
sence de tous les saints évêques qui ont été convoqués par sa Puissance, 
tout ce qui est controversé soit tranché et la vraie foi mise en évidence. 
C'est pourquoi j'ai mis en tête de cette protestation ^ la lettre (sacrée) qui a 
été envoyée à votre saint concile ainsi que les lettres qui m'ont été écrites 
par sa Principauté ^ afin que par tout ceci, lorsque vous aurez connu sa 
volonté, vous cessiez ce que vous avez présumé de faire. [174] Sachez en- 
core qu'un exemplaire de cette lettre a été envoyé à notre maître le pieux 
empereur ^. 

Nestorius. Lorsque ces choses furent exposées et lues devant 
eux, est-ce que cette impétuosité qui leur enlevait la raison dimi- 
nua? Eurent-ils honte de quelque chose ? Craignirent-ils les blâ- 
mes et les témoignages? Respectèrent-ils leurs chefs et l'empereur 
lui-même et ceux qui les jugeraient d'après les lois divines et les 
canons des Pères ? Ils méprisèrent tout ; ils avaient en effet les 
choses qui leur étaient transmises par le Pouvoir et toutes celles qui 
étaient contre moi, ils les regardèrent comme un jeu. A mon avis, 
Candidianus le savait, et il était effrayé par eux, il les arrêtait 
seulement par des paroles et n'osait pas en arriver aux actes et 
contrister ceux qui faisaient de telles choses. Sur quoi as-tu comp- 
té (Cyrille) pour faire ce que les barbares eux-mêmes n'osèrent 
jamais faire ? Admettons que tu n'étais pas mon ennemi, ni mon 
accusateur ; du moins tu étais juge, comme tu t'étais établi avec 
le reste des autres, je dis même que tu étais plus. Le temps du 
jugement arriva aussi, auquel il fallait que nous fussions jugés ; 
ceux qui jugeaient avec toi ne vinrent pas et vous [175] avez 
été obligés de les appeler. Tu voulais amener à ton sentiment 
tous ceux qui étaient présents. Pour moi qui demandais qu'il 
y eût un jugement, je protestais à tous qu'on ne devait pas me 
juger avant que fussent assemblés tous ceux qui avaient été ap- 
pelés pour juger. 

Ton jugement avait une base excellente si tu n'avais pas 
jugé comme tu as été appelé *. — Mais (diras-tu) cela t'était 

1. ôcafxaoT-jpi'a . 

2. Ici et plus haut l'ancienne traduction latine porte Dwinitas. 

3. Le latin ajoute : Propositum estdecimo kalendas julii, in Ephe.sinn cwitate 
(22 juin 431). 

4. V porte : « comme tu as été établi (pour juger ). » Le sens doit être : « tu 
aurais bien fait de ne pas accepter le rôle de juge que l'on t'offrait. » 



106 NESTORIUS. LIVRE o'hÉRACLIDE 

difficile. — Tu avais le pouvoir de t'en aller et de faire comme si tu 
ne pouvais pas juger dans ta cause. — Ce n'est pas que je ne suis 
pas venu, mais je ne pouvais pas (m'en) aller ^. — Il te fallait donc 
le faire savoir à celui qui avait le pouvoir, et il aurait désigné la 
présidence ; car, personne ne croyait que tu choisirais la prési- 
dence pour toi-même ; c'est ainsi (cependant) que les choses se 
passèrent; n'est-ce pas Dieu qui vous a forcés à écrire ces choses-là, 
lorsque vous vous excusiez et que vous accusiez Candidianus et 
Jean et Irénée, homme qui vivait pour Dieu et qui le servait dans 
ses biens, dans son âme et dans son corps. Parce que ce qu'ils ont 
fait ne lui a pas plu, ils se sont mis à le calomnier, — afin que vous 
appreniez d'eux-mêmes leur audace barbare et sauvage et impie. 
Lorsque (le bruit) arriva ^ à l'empereur de ce qu'ils avaient osé 
contre la loi portée pour eux par Candidianus et de ce qu'ils 
avaient fait contre eux ^ il leur répondit clairement à tous ; [176] 
il convient que vous l'entendiez, afin que par là vous appreniez 
tous en même temps comment Dieu les a tous condamnés* de leur 
bouche dans le tribunal même. 

Des lettres impériales qui furent envoyées par Vofflcier ^ Pallade. 

Notre Pouvoir ^ a appris par les lettres de Candidianus, l'illustre comte 
des très saints domestiques, que ce qui s'est passé à Ephèse, métropole, 
a eu lieu dans le tumulte et non comme il convenait. Car tous les pieux 
évêques auxquels j'avais fait dire de se réunir ne s'étaient pas encore 
réunis et l'arrivée de saint Jean, évêque d'Antioche, avec d'autres métro- 
politains, était très prochaine; de plus même les évêques qui étaient pré- 
sents ne se concertèrent pas et ne s'accordèrent pas ensemble ; de plus il 
n'y eut pas d'investigation de la foi comme il fallait, ou selon les lettres qui 
avaient toujours été envoyées par nous. Mais l'inimitié de certains pour 
certains est évidente et, à cause de cela, ils se sont appliqués à agir selon 
leur opinion, sans pouvoir même user d'un voile, ni faire croire à quelqu'un 
qu'ils ont fait avec réflexion ce qu'ils ont fait. En conséquence, il a paru 
(bon) [177] à notre Empire ' qu'il n'y eût aucune place pour l'audace 

1. Peut-être : « je ne pouvais ni ne pas venir, ni m'en aller. » 

2. Nous lisons ce verbe au féminin, sinon il faudrait traduire : « lorsqu'ils 
allèrent trouver l'empereur, ceux qui... » 

3. C'est-à-dire : contre Candidianus, Jean et Irénée-. 

4. Le texte ajoute : « pour moi. » 

5. jj-ayiaT^iavô:. Cette lettre se trouve dans Labbe, op. cit., t. m, col. 704. 

6. Ou : « notre Empire. » Le grec porte : « notre Piété. » 

7. Le grec porte ici Oc'.otr,-.i. 



1,2. LA QUESTION DES JUGES; LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 107 

de personne, et que tout ce qui a été fait par eux contre ce qui conve- 
nait fût annulé. Que l'on commence par étudier les paroles touchant 
la foi, comme il nous a paru bon et selon la décision et le bon plaisir de tout 
le concile, pour être observées désormais. Notre Pouvoir n'admet pas ce 
qui a été fait avec ruse par anticipation. 

Ce sont les paroles de l'empereur. 

Écoutez encore le rapport ^ que ceux-là envoyèrent à l'empereur ; 
ils y accusaient Candidianus de leur avoir menti par amitié pour 
moi et de n'avoir pas dit la vérité à l'empereur; ils défendaient aussi 
ce qu'ils avaient fait contre moi. Par là surtout vous apprendrez 
leur effronterie et aussi leur puérilité : ils jouaient comme avec 
un enfant et dédaignaient de se défendre devant lui ^. Voici ce 
qu'on leur reprochait : « Pourquoi, avant que tout le concile ne 
fût réuni, avez-vous fait un concile partiel ? Vous avez montré 
par là que ce n'est pas par piété, mais par inimitié personnelle, 
que vous avez tout fait et que vous n'avez pas attendu, avec une 
conscience pure, que tout le concile fût réuni. )) Ils n'ont donné 
aucune réponse à cela et l'accusation demeure telle quelle. 

Du rapport^ [178] que Cyrille ençoyaà V empereur contre le rapport 
ençoyé par Candidianus ^. 

Nous montrons par là qu'aucune * inimitié contre Nestorius ne nous a 
poussés, mais nous avons défini la doctrine de la piété et. lorsque nous l'avons 
comparée à celle de Nestorius, il est apparu que celle-ci méritait des 
reproches, et d'après les lettres écrites par Nestorius et d'après les homélies ^ 
qu'il a faites, nous avons porté la sentence en public, le saint Évangile 
étant placé au milieu, et rious montrant ^ que le Christ, maître de l'univers, 
était présent (parmi nous) ! 

Nestorius. C'est comme ceux qui étaient accusés d'avoir trans- 
gressé les serments et qui déclaraient par serments ne les avoir 
pas transgressés, mais ne répondaient pas sur leurs actes. Voici 
en effet l'accusation : « Pourquoi avez-vous transgressé l'ordre 
général, et n'avez-vous pas attendu tout le concile, comme vous 

1. àvacpopà. 

2. C'est-à-dire : « ils ne prenaient pas ses accusations au sérieux et ils n'y ré- 
pondaient pas. » 

3. Labbe, op, cit., t. m, col. 748 h. , 

4. Le syriaque donne le mot à mot de oùSefAÎa, « pas une ». 

5. Le grec porte SiàXe^iç. 

6. Sic le grec. Lire mekhavio lan, xal SstxvjvTO' ^5Ti'^- 



108 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

aviez été appelés tous ensemble ? » Ils n'ont donné aucune ré- 
ponse à cela '; et (encore) :« Pourquoi, en sus de cela, les évêques 
qui étaient présents n'ont-ils pas tenu conseil en commun avec 
leurs collègues [179] qui étaient près d'eux ^, (pour savoir) s'il 
fallait que vous attendiez tous ? » Ils n'ont pas même répondu 
à cela. « Pourquoi n'avez-vous pas fait cela d'un accord commun, 
mais avez-vous séparé et divisé, dans un (seul) concile d'évê- 
ques, ceux qui étaient présents de ceux qui allaient venir, au 
lieu que, après un examen (fait) avec eux, la décision de la foi 
fût prononcée?» Ils n'ont pas encore répondu à cela, mais par une 
hâte sans discrétion, et par l'attachement à ce qui leur plaisait, 
ne voulant pas que (les absents) fussent juges avec eux, ils en 
ont fait pour eux des étrangers à la foi ^. Tu n'as pas abdiqué ton 
effronterie, que tu méditais depuis le commencement, et pour la- 
quelle tu as attiré l'évêque de Rome aussi à la défection et tu as 
rendu vain le concile universel. En face de tout cela ils étaient 
sourds et sans voix. Comment n'avez-vous pas entendu ceci : 
(( Avant que tous les évêques ne soient réunis, vous ne ferez pas de 
concile partiel ? » Pourquoi, (lorsque) le comte qui fut envoyé vous 
retenait et vous demandait d'attendre les évêques qui étaient pré- 
sents et ceux qui n'étaient pas loin, ne les avez-vous pas attendus? » 
Vous n'avez répondu à aucune de ces choses. Est-ce que si le Christ 
avait été présent et si vous aviez été persuadés qu'il siégeait avec 
vous, vous auriez fait ces choses? Auriez -vous associé à votre crime 
le Christ [180] que vous fouliez ainsi aux pieds, comme s'il ne pou- 
vait pas vous reprendre, lui qui vous avait dévoilés si clairement. 
Par où pensiez-vous en effet que votre volonté coupable et cachée 
serait révélée, vous qui commenciez par instruire les évêques sur 
votre méchanceté, et aussi le comte chargé de vous, sur les choses 
qu'il a consignées en vérité dans (son) rapport ^, pour renseigner 
l'empereur ? 



1. Ce n'est pas absolument exact. Ils reprochent à Jean d'avoir tenu le concile 
en suspens vingt et un jours après la date fixée et d'avoir montré déjà par cette 
mauvaise volonté qu'il prenait parti pour Nestorius soit par amitié, soit parce 
qu'il partageait ses erreurs, ce que la suite, disent-ils, a confirmé, Labbe, op. 
cit., t. m, col. 748. 

2. Il s'agit ici de Nestorius et de ses dix évêques, Labbe, op. cit., t. m, col. 568, 
ou mên?e des 68 évêques, Lupus, op. cit., c. vu, p. 27-29, qui avaient demandé 
d'attendre Jean d'Antioche. 

3. àvacpopâ. 




I, 2. LA QUESTION DES JUGÉS; LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 109 

Pour tous ceux qui cherchent à connaître votre conduite, 
par les lettres impériales ou par vos relations 2, toutes ces choses 
leur confirmeront qu'il est vrai, sans doute possible, que vous 
ne vous êtes pas associés au sentiment de ceux qui étaient pré- 
sents et que vous vous êtes séparés des évêques qui étaient loin 
et de ceux qui étaient présents, parce que vous n'avez pas voulu 
attendre quatorze jours au plus. Pour moi, j'étais assis sans rien 
dire ni faire, et « au milieu de vous siégeait le Christ, » lui qui vous 
a contraints tous à parler et à agir ainsi à ma place. 

« Aucune inimitié contre Nestorius ne nous a poussés. » Lors- 
que je n'étais pas présent, mon ennemi a jugé mes paroles, il 
les a comparées à celles qu'il a voulues et comme il a voulu, et j'ad- 
mettrais qu'ils ne gardaient aucune inimitié contre moi !Qui osera le 
dire [181] en voyant toutes les iniquités et toutes les impudences 
dont ils m'ont accablé? Cela ne paraîtra-t-il pas plutôt une plaisan- 
terie ? Vous dites ces choses, à celui qui vous reprochait cela et 
(aussi) d'avoir agi avec inimitié contre moi, comme ceux qui 
frappent un homme et le couvrent méchamment d'opprobres, 
puis disent à. celui qui leur reproche leur jeu : « Nous avons plai- 
santé. Ce n'est pas par inimitié, mais par amitié, que nous fai- 
sons cela »; et ils le renvoient dépouillé et blessé. Ils ont agi ainsi 
envers moi lorsqu'ils sont accusés et qu'ils accusent. Mais le juge 
de l'univers ne fera pas une telle plaisanterie. Bien que je n'aie pas 
eu en tout cela de tribunal humain, j'ai celui du Christ. 

Nous demandons donc à Votre Puissance^ qu'aucun homme de ceux 
qui mettent l'amitié d'un homme au-dessus de la piété ne soit jugé 
digne d'être reçu. Nous avons senti que le Révérend ^ Jean, évêque d'Antio- 
che, est dans une telle disposition, qu'il cherche à rendre service à l'amitié 
plutôt qu'à considérer ce qui est utile à la foi. Aussi, sans craindre la 
colère de Votre Puissance, et sans être ému du zèle de la foi qui nous est 
confiée d'en haut, il (Jean) a retardé le saint concile de vingt et un jours 
après [182] le terme ^ qui nous avait été fixé par Votre Puissance, et nous 
avons été contraints, nous tous *, les orthodoxes du saint concile — nous 
qui n'aimons que la foi — de rechercher les choses qui concernent la religion. 

Nestorius. N'ont-ils pas fait connaître ainsi clairement leur 
volonté sans aucun voile, (en disant) que ce n'est pas parce qu'ils 

1. Suite de la relation de Cyrille. Labbe, op. cit., t. m, col. 748 c. 

2. Litt. : « pur. » Le grec porte Gcoç-iXiaTa-ro;, et le latin Reverendissimus. 

3. TrpoOîo-fxi'a. 

4. Sic le grec. Lire koulan au lieu de men. 



110 NESTQRIUS, LIVRE d'hÉRACLIDE 

étaient épuisés, en proie à la maladie, à la mox?talité et à la disette ^ 
(qu'ils) ne sont pas venus au jugement ; mais que c'est parce 
qu'ils craignaient un jugement fait par tous et devant tous, qu'ils 
ont porté le jugement avant l'arrivée de l'évêque d'Antioche ? 
A quoi me servait donc un retard de vingt jours, et à quoi pou- 
vait-il vous être utile ? Car ce qui aurait été fait après trente 
jours, pouvait être fait avant tous ces (jours) aussi bien qu'après. 

A plus forte raison, s'il me portait amitié, devait-il pouvoir 
d'abord me rejoindre ; il aurait persuadé beaucoup de ceux qui 
s'écartaient de moi, et il ne vous aurait pas laissé faire ce que vous 
avez fait,* parce que vous en auriez été empêchés par lui. Afin 
qu'il n'y eût pas d'examen, tu as usé de tous les moyens pour vicier 
le jugement. Admettons cela ; il fallait d'autant plus l'attendre, 
pour qu'il y eût un examen (de la foi) et pour ne pas me donner 
prétexte de fuite; mais rien de tout cela n'est vrai. Supposons que 
je vous concède que [183] vous avez attendu qu'il y eût un juge- 
ment, pourquoi dans ce cas n'avez-vous pas agi selon l'ordre de 
l'empereur ? Car vous auriez montré ainsi que vous n'agissie?: 
pas pour cela (par crainte de la discussion) ; mais vous n'ayez 
pas attendu, aussi on voit dans tout cela votre préoccupation dès 
le commencement : il (Cyrille) agissait ainsi parce qu'il craignait de 
venir en examen et jugement; c'est parce qu'il était en cela dans 
l'embarras qu'il cherchait à disposer toutes ces choses. Situ avais 
eu confiance dans ce que tu as écrit et si tu avais eu pour toi 
ceux que tu invoquais, c'est-à-dire les Pères et les saints Livres, 
tu m'aurais repris d'avoir fait ce que j'ai fait, par inimitié et 
non en vérité, et tu m'aurais blâmé d'avoir troublé le monde 
pour rieuj lorsque j'ai lancé la question des hérétiques et des or- 
thodoxes. Il te fallait écrire cela à l'empereur avec toutes les au- 
tres choses, si c'est pour cela que tu penses que tu as agi comme 
tu Tas fait, à savoir que je fuyais le jugement parce que je n'a- 
vais pas confiance dans ce que j'avais écrit. 

Mais ils ont conduit cette affaire comme par inimitié et non en 
vérité : ils ont fui le jugement. Ils ont menti en disant 
qu'il y a eu jugement et examen, lorsque rien de cela n'a eu lieu. 
Qu'il vienne; qu'il soit jugé; qu'il réponde sur ce qu'on lui reproche 
et qu'il écoute la réponse aux choses qu'il blâme; que le jugement 
des deux soit prononcé sans obstacle. [184] Oui, devant la trinité 

1. Litt. : et hrevitati i^itarum vestrarum. 



I, 2. LA QUESTION DES JUGES; LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 111 

pour laquelle j'ai fait toute diligence, pourquoi donc d'autres se- 
raient-ils offensés par les choses dans lesquelles je mets pour mon 
compte ma confiance ? Ces choses ont paralysé ta puissance, car tu 
savais qu'elles étaient vraies et qu'elles pouvaient convaincre, mais 
tu n'as pas eu la confiance de dire, et tu n'as même pas fait sem- 
blant de dire cette parole redoutable et terrible : « il y aura un juge- 
ment, on rendra raison et on répondra par question et réponse, » car 
ta parole était captive de ta (mauvaise) conscience. Mais pourquoi? 

Nous ^ supplions et conjurons Votre Puissance, afin qu'elle connaisse 
le travail du concile qui est selon le zèle divin — de faire venir le très grand ^ 
Candidianus et cinq (évêques) du saint concile pour exposer devant Votre 
Piété ce qui a été fait. Car ceux qui pensent des choses étrangères à la 
foi orthodoxe sont rusés pour cacher le sens de leur erreur, au point que 
certains des saints évêques, parce que Nestorius cachait son erreur, avaient 
été trompés, s'étaient joints à lui et (lui) avaient donné leur signature. Mais 
lorsqu'ils eurent interrogé avec soin et eurent trouvé qu'il dévoilait son 
blasphème, ils s'éloignèrent de lui et se joignirent au saint concile. 

Nestorius. N'est-ce pas parce qu'il (Cyrille) a fui devant le con- 
cile, que vous avez évidemment besoin que l'empereur fasse venir 
cinq [185] évêques pour exposer ce qui a été fait ? Mais vous dites 
« avec Candidianus » et non « avec des évêques leurs collègues )) 
qui vous blâmeraient comme (vos) égaux; et (vous demandez) cinq 
contre un, et cet un est un séculier, afin qu'ils sortent le saint 
Evangile et qu'ils jurent sur lui, eux qui sont cinq, et évêques, et 
qu'ils soient tenus pour véridiques contre un séculier, car vous 
vous êtes beaucoup occupés de creuser cette question. En effet, 
lorsque Candidianus viendra (près de l'empereur), qu'aura-t-il à dire 
de plus ou de moins que ce dont vous avez témoigné auparavant 
et ce qu'il a envoyé à l'empereur ? Que diront ces cinq en sus de 
ce que vous avez écrit sur lui (Candidianus) ? (à savoir) qu'il avait 
de l'amitié pour Nestorius, et qu'à cause de cela il a rapporté des 
choses menteuses à l'empereur ? C'est parée qu'il fallait que 
vous juriez sur votre pensée ^ que vous avez éerit « Candidicinus 
et cinq évêques », et que vous n'avez pas demandé que Nestorius 
et Cyrille viennent (à Constantinople ). Ils étaient causes du con- 
flit, il convenait donc qu'ils pussent se répondre l'un à l'autre, mais 

1. Suite de la relation de Cyrille, Labbe, op. cit., t. m, col. 748 e. 

2. ij.îvaAOTrpcTTc'crTaTo:. 

1. C'est-à-dire : « c'est parce que vous ne pouviez apporter qu'une affirma- 
tion sans discussion. » Le texte porte des points d'interrogation. 



112 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLÎDR 

tu n'as pas eu confiance parce qu'il n'y avait pas dans ton discours 
matière de vérité. Il n'y avait pas en effet d'autre motif pour toi de 
craindre mes paroles plus que la vérité ! 

Admettons que Candidianus vienne et dise que vous n'avez 
pas attendu tout le concile, lorsque vous saviez [186] que (d'autres) 
étaient présents, qu'il vous conjura d'avance, qu'il lut devant vous 
les lettres de l'empereur, qu'il vous pria et que vous ne l'avez pas 
écouté; est-ce qu'il disait autre chose ? En quoi donc le blâmiez- 
vous? Vous le blâmiez comme s'il avait menti sur votre compte par 
ce qu'il m'avait gratifié de son amitié. N'était-ce pas ainsi ? n'avez- 
vous pas'fait cela? Mais si vous avez agi ainsi, qu'ils viennent et 
qu'il y ait jugement quand bien même Candidianus aurait menti. 

Mais dans vos actes ^, vous indiquez la cause pour laquelle vous 
n'avez pas attendu que tout le concile fût réuni : « Nous étions 
affligés ^ », comme si vous aviez été seuls là ! Dans la relation ^ que 
vous avez envoyée à l'empereur, vous avez dit : « Nous avons 
remarqué * que le Révérend Jean, évêque d'Antioche, a dessein 
de céder à l'amitié plutôt ^, » et pour cela vous avez été obli- 
gés de ne pas attendre. De sorte que si vous aviez su qu'il était 
de votre avis vous l'auriez attendu, et vous n'auriez pas « été 
affligés par l'endroit. » 

Dans vos actes ^ que vous avez faits contre moi, vous avez dit 
que je suis demeuré dans les idées que j'ai écrites et dites dès le com- 
mencement, et que je t'avais aussi écrit en évidence ^, mais dans 
cette relation ^que vous avez écrite à l'empereur, Vous écrivez au 
contraire « qu'il cache la méchanceté qu'il a. » « Car '^ ceux qui 
pensent des choses étrangères [187] à la foi orthodoxe sont rusés 
pour cacher leur pensée, au point que certains des saints évêques, 
parce que Nestorius cachait son erreur, ont été trompés, se sont 
joints à lui et ont signé ce qui a été fait par lui. « 

Comment donc ce qui me concerne pouvait-il être caché puisque 
vous avez encore dit clairement : Nestorius a contesté; lorsque nous 
avons trouvé avec évidence qu'il pensait autrement (que nous), 

1. uuo[jLvyi[xaTa. 

2. Cf. Labbe, op. cit., t. m, col. 568 e. 

3. àvacpopà. 

4. Labbe, op. cit., t. m, col. 748 c. , 

5. a)ç [3o"jÀo;jivo-j :pcAra /apc'rscrÔai [xàXÀov. . 

6. Cf. Labbe, op. cit., t. m, col. 569 e. 

7. Ihid., 748 e. 



I, 2. LA QUESTION DES JUGËS; LES ACCLSATIOiNS DE CYR1I,LE 113 

nous l'avons déposé. Car dans la métropole d'Ephèse il n'a pas ca- 
ché sa pensée et n'a pas eu besoin d'autres accusateurs, car il pro- 
clamait chaque jour, lorsqu'il prêchait sa doctrine devant beaucoup, 
ce qui était étranger à. la foi. Nous avons mis chacune de ces cho- 
ses dans les actes qui ont été faits peu à peu, pour qu'elles fussent 
connues de votre Piété ^. » 

Nestorius. A^u même endroit ils disent le contraire. Celui qui re- 
cevait (tout) cela, c'est-à-dire l'empereur, savait donc qu'ils avaient 
agi contre son ordre, et aussi que ce qu'ils disaient contre (moi) 
était une pure histoire absurde, car ils ne lui ont pas répondu à ce 
qu'il leur reprochait : « Pourquoi, avant la réunion des évêques 
de tout le concile, osez-vous faire un concile partiel contre l'ordre 
que vous avez reçu ? » Ils ne disent rien autre [188] sinon : « cela 
nous a plu;)) bien qu'ils ne le disent pas (si) clairement, à cause de 
l'indignation que causerait cette'parole à ceux qui la liraient. « Pour- 
quoi n'avez-vous pas attendu l'arrivée de Jean, évêque d'Antio- 
che, puisque vous saviez que son entrée était prochaine ? )) Ils ne 
peuvent rien dire autre sinon : « Nous ne voulions pas examiner 
avec lui, )) surtout parce qu'ils savaient qu'il n'était pas de leur 
avis. — Songe que si Jean devait être jugé pour avoir tardé et 
n'être pas arrivé à temps, ce n'est pas par toi qu'il devait être jugé, 
mais par l'empereur qui avait pouvoir sur lui. D'ailleurs il te fallait 
punir d'abord les évêques de Rome qui ne sont pas venus lorsqu'ils 
ont été convoqués ; pourquoi donc leur adhères-tu ? Comme tu 
as traité ceux-ci, tu devais aussi traiter Jean. Mais tu demandes à 
Jean de faire le possible et l'impossible, lorsqu'il a, de son retard, 
une cause qui est acceptée par tous, excepté par toi qui es étran- 
ger à toute philanthropie et à toutes les souffrances de la nature 
humaine. Tu ne te blâmes pas toi-même, pas même lorsque tu es 
réprimandé par l'empereur. Tu n'as pas honte, lorsqu'il te suffi- 
sait d'attendre quatre jours au plus pour que le concile eût lieu 
sans récrimination, de n'avoir pas écouté, mais d'avoir préféré 
introduire le trouble, comme ce genre [189] de poissons que Ton 
appelle seiches 2, qui vont des eaux pures dans les eaux troubles 
pour ne pas être capturés ; tu as agi de la même manière. C'est 
une plaisanterie (aux yeux de ) ceux ^ qui ont un peu d'intelli- 



1. Le sens de ce passage se trouve dans Labbe, op. cit., t. m, col. 569-572. 

2. ar,7ria. 

3. Litt. : « ces affaires méritent le rire de ceux. » 

Nestorius — 8 



114 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

gence, et ils ne s'y trompent pas lorsqu'ils te demandent raison. 
C'est ainsi que les hommes lorsqu'ils jouent avec de petits enfants 
qui luttent avec eux, semblent lutter et font semblant d'être 
vaincus par eux. Ces paroles ne sont pas de quelqu'un qui s'ex- 
cuse mais plutôt de quelqu'un qui plaisante ; cependant l'em- 
pereur n'avait pas l'air de plaisanter avec toi, et tu n'as pas per- 
suadé celui qui te réprimandait avec raison, ni (répondu) aux 
choses qu'il te reprochait. Sa* puissance est faible, parce qu'il y 
avait de l'or. 

Mais ils disent : « Nous qui nous sommes réunis et qui avons 
porté canoniquement à l'unanimité une sentence de déposition ^ 
contre l'hérétique Nestorius : nous étions plus de deux cents évê- 
ques, réunis de tout l'univers avec l'adhésion de tout l'Occident ^. « 
Qu'est-ce que cela fait ? Vous étiez plus de deux cents évêques, 
qui étaient d'accord avec toi en tout ce que tu demandais. Et tu 
leur demandais de ne dire aucunement la vérité. Car dans la 
relation ^ des évêques qui sont avec moi, il y a la signature d'évê- 
ques dont les villes sont connues sans conteste, combien d'entre 
elles [1^0] as-tu vérifiées ? Admettons que nous étions, comme tu 
le dis, trente évêques ^, ou, si tu le veux, dix, ou autant que tu 
veux; est-ce le nombre qui constitue la vérité des orthodoxes 
et le concile de vérité, ou est-ce de faire et d'observer ce qui con- 
vient ? 

Pourquoi en effet l'empereur te réprimande-t-il et te blâ- 
me-t-il ? 

« Nous avons réuni un concile général, afin que tous ensemble 
et d'un consentement unanime vous confirmiez la question de la 
foi aux yeux de tous. Tu as connu notre projet et tu as voulu diviser 
le concile pour qu'il n'y eût pas d'examen commun et pour que la foi 
ne fût pas affermie aux yeux de tous avec clarté et exactitude par 
le consentement général de tous. Maintenant tous les pieux évê- 
ques, auxquels j'avais fait dire de se réunir, ne s'étaient pas réunis, 
et l'arrivée de Jean, évêque de la grande ville d'Antioche, et 
d'autres métropolitains, était très prochaine. De plus, même 

1. xaôatpsatç. 

2. Labbe, op. cit., t. m, 749 d. 

3. àva;pop7. 

4. Trente-sept évêques, Labbe, op. cit., t. m, col. 749 a, sont déclarés schisma- 
tiques, mais soixante-huit avant l'arrivée de Jean d'Antioche et de ses sufîra- 
gants, avaient demandé de proroger l'ouverture du concile. Cf. supra, p. 99, n. 6. 



I, 2. LA QUESTION DES JUGES; LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 115 

les évêques qui étaient présents, n'ont pas tenu conseil avec 
eux et n'ont pas été du, même avis ; enfin il n'y a même pas eu 
l'étude de la foi qui convenait, d'après les lettres que nous avions 
envoyées en tout temps ^. » 

Vous lui avez écrit comme à quelqu'un qui se tromperait beau- 
coup, ou à la manière de ceux qui plaisantent, ou comme à quel- 
qu'un qui plaisanterait avec vous, puisque, dans ce que vous lui avez 
dit, vous ne lui dites rien [191] qui diffère de ce qu'il vous a dit 
de son propre mouvement, (à savoir) : d'avoir tout fait sans atten- 
dre ceux qui étaient loin, et sans avoir tenu conseil avec ceux qui 
étaient présents ; mais vous vous êtes séparés de ceux qui étaient 
avec vous et vous avez examiné (la foi) à part; vous vous êtes 
séparés de ceux qui allaient venir pour discuter ensemble. Vous 
n'avez pas non plus étudié de la manière qui convenait les choses 
de la foi : en posant des questions sur les points en discussion et en 
donnant la solution; ainsi vous vous seriez disculpés vous-mêmes 
devant tous. Or si vous n'avez pas fait cela, vous deviez à bon 
droit vous en excuser dans la relation ^ à l'empereur ; mais si 
vous ne niez pas les choses qu'il vous reproche d'avoir fait avec 
iniquité, et que vous alliez jusqu'à les mettre dans votre réponse, 
qu'en penser autre chose, sinon ce qu'on penserait d'un bavard, ou 
comme si on racontait des fables avec des compagnons d'amuse- 
ments et si on avait l'audace de les écrire ? Vous nommez con- 
cile général celui qui s'est séparé des évêques qui attendaient jus- 
qu'à ce que tout le concile fût réuni, (vous le faites) devant 
celui-là même (l'empereur) qui vous blâme à cause de cela. Tu 
demandais encore de donner tout pouvoir à ceux qui, vu leur 
multitude, ont transgressé la justice, contre ceux qui ont observé 
[192] les (préceptes) de l'empereur, de la vérité et de tout le concile. 
sans autre motif sinon que, par leur nombre, ils surpassent ceux 
qui ont gardé les préceptes. Mais vous n'osiez dire cela qu'à ceux 
qui prenaient part à vos plaisanteries pour une cause quelconque. 

J'en arrive aux choses présentes. Quelqu'un dira peut-être : 
Ne te préoccupe pas davantage de cela : mais montre-nous com- 
ment on t'a injustement déposé, d'après ce qui a été écrit 
par toi et par Cyrille. Car si on a examiné tout ce qu'il 
fallait examiner, quel avantage trouves-tu à être condamné par 

1. La sens de ce passage se trouve dans Labbe, op. cit., t. m, col. 704-705. 

2. àvaçopi. 



116 NESTORIUS, LIVRE d'hÉRACLIDE 

ceux-ci ou par tous ? Cherchons par-dessus tout ce que nous de- 
vons penser justement, et ne nous écartons pas de l'orthodoxie 
ni par prévention pour celui-ci ni par sympathie pour toi. Mais 
moi je ne voulais pas non plus raconter et dire ce qui me con- 
cerne ni accuser les autres, surtout quand on parle du concile, 
si, à mon occasion, la foi elle-même n'était pas viciée et calom- 
niée, au point que, par le jugement et l'examen du concile, 
celle des hérétiques a été fortifiée. Il nous faut donc montrer com- 
ment se fit leur réunion et leur jugement, et faire voir à tous, à 
l'aide des écrits que chacun admet, qu'il n'y eut ni jugement ni 
examen, pour qu'on ne se croie [193] pas enchaîné par un juge- 
ment de concile, (à l'aide) des choses que Dieu n'a pas permis 
qu'elles fussent cachées, mais qu'il a dévoilées par la main de 
ceux qui ont fait et qui ont écrit les choses qui ont eu lieu; nous 
écrivons nous-mêmes ces choses et nous les expliquons pour ceux 
qui s'élèvent et luttent contre nous (pour faire voir) qu'il en est 
ainsi; afin que si l'on tombe sur les écrits du concile rédigés par 
eux, on apprenne qu'il en est ainsi et non autrement, que l'on 
connaisse la calomnie du concile contre les orthodoxes, choses 
qui ont été rejetées par ceux qui étaient vraiment orthodoxes 
comme l'ont été celles qui furent dirigées contre Athanase, Eus- 
tathe et les milliers d'autres. Voyons donc dans leur ordre com- 
ment leurs actes ont été faits contre moi. 

Des actes ^ qui ont été faits contre moi à Ephèse. 

Pierre, prêtre d'Alexandrie et chef des notaires ^, dit : Lorsque jadis le 
religieux ^ Nestorius reçut la consécration pour être évêque de la sainte 
église de Constantinople et que quelques jours se furent passés, des ho- 
mélies faites par lui, qui scandalisaient les lecteurs, furent apportées de 
Constantinople par certains, de sorte qu'il [194] en résulta un grand 
trouble dans la sainte Église. Lorsque Cyrille, le reHgieux * évêque d'Alexan- 
drie, l'apprit, il écrivit une lettre et une deuxième à sa Révérence, pleines de 
conseils et d'avertissements.En réponse, il (Nestorius) écrivit qu'il n'écoutait 
pas; il s'endurcissait 5 et résistait à ce qui était écrit. De plus, lorsque le 
rehgieux ^ évêque Cyrille apprit que (Nestorius) avait envoyé jusqu'à Rome 

1. ÛTrofxvrjîxaTa. 

2. Tr,otfxfxixï^pto; votaptwv. Labbe, op. cit., t. m, col. 451. 

3. Litt : « pur »; sÙAaé'hcnaxoç, religiosissimus. 

4. sOaîéiTtaToç. 

5. Litt. : « il devenait fort. » ^ . 



m 



I, 2. LA. QUESTION DES JUGES; LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 117 

ses écrits et ses livres d'homélies, il écrivit lui aussi au pieux évêque de 
l'Eglise de Rome, Célestin, par l'intermédiaire du diacre Poseidonius, à 
qui il ordonna : Si tu trouves que ses livres d'homélies et ses lettres ont été 
remis, tu donneras aussi ce que j'ai écrit, sinon rapporte-les ici sans les re- 
mettre maintenant. Comme il trouva que les lettres et les homélies avaient 
été remises, il fut donc obligé d'en faire autant. Les choses convenables, 
contenant une règle claire ^, furent écrites par le pieux (et) saint évêque de 
l'Église de Rome, Célestin. Puisque, sur l'indication du pieux empereur, 
votre saint concile s'est réuni ici, nous devons (vous) apprendre que 
nous avons reçu entre nos mains les papiers relatifs à ces choses, pour 
en faire ce qui plaira à votre Piété. 

[195] Nestorius. Cyrille est donc le persécuteur et l'accusa- 
teur et moi le persécuté; est-ce le concile quia entendu mes paro- 
les et qui a jugé et est-ce l'empereur qui l'a réuni, si celui-ci était 
au nombre ^ des juges ? Que dis-je au nombre des juges ! — celui-ci 
constituait tout le tribunal, car tout ce qu'il disait, tous le disaient 
en même temps et, sans aucun doute, sa personne (prosôpon) leur 
tenait lieu de tribunal ^. Si tous les juges avaient été réunis et 
que les accusateurs se soient tenus dans leur rôle et les accusés 
dans le leur, tous auraient eu la même assurance *, au lieu que 
celui-ci se trouve en tout : (il est) l'accusateur, l'empereur et le 
juge. Il faisait tout avec autorité (arbitraire), après avoir exclu 
de cette autorité celui (Jean ?) qui en avait été chargé par 
l'empereur, et s'être élevé lui-même. Il a réuni ceux qui lui plai- 
saient : les éloignés et les proches, et il s'est constitué tribunal. Je 
fus (ensuite) convoqué par Cyrille qui a réuni le concile ; par Cy- 
rille qui en était le chef. Qui était juge ? Cyrille. Quel était l'ac- 
cusateur ? Cyrille. Qui était évêque de Rome ? Cyrille. Cyrille 
était tout. Cyrille était évêque d'Alexandrie et il tenait la place 
du saint et vénérable évêque de Rome, Célestin. 

[196] Qui croirait que tout s'est passé ainsi, si Dieu ne les 
avait pas obligés à le dire, à l'écrire et à l'envoyer à tout l'univers? 
Tous ceux de son parti lisent ces choses et ne croient pas qu'elles 
aient eu lieu ; ils doutent d'eux-mêmes, car ils croiraient plutôt 
aux choses qui ont lieu en songe qu'à celles-ci, si elles ont eu lieu 
comme elles ont eu lieu. Qu'était-il besoin d'un concile, puisque 

1. T'jTTOv ^avepôv. Ibid. 

2. Tot^::. 

3. Litt. : « sans doute il leur était sûr que sa personne était tribunal. » 

4. TiappriTca. 



118 NESTORIUS. LIVRE D*HÉRACLIDE 

celui-là (Cyrille) était tout ? Qu'il en ait été ainsi, vous l'appre- 
nez par ce qui eut lieu à Éphèse : car Memnon disait ^ : 

Depuis le terme ^ fixé dans les lettres de l'empereur pieux, aimant le 
Christ ^, seize jours se sont écoulés. 

et lui, comme s'il était le maître du concile, décrétait * : 

Cyrille, évêque d'Alexandrie dit ^ :« Ce grand et saint concile a eu assez 
de patience ^ en attendant l'arrivée des évêques amis de Dieu dont on 
espérait la venue. » 

Nestorius. N'est-il pas évident, même pour les inintelligents, 
qu'il était tout '^ ? C'est donc par lui, qui était tout'', que j'ai été 
convoqué. Et devant quel tribunal ? Pour quel jugement ? Pour 
quelle question ? Dis-le moi : — « Ce grand et saint concile a eu 
assez de patience en attendant [197] seize jours. » Tu as eu 
« assez de patience », dis-tu, et vous n'avez pas rougi d'écrire 
cela comme une raison excellente qui vous empêchait d'attendre 
les évêques éloignés qui devaient nécessairement venir, dont l'ar- 
rivée avait été retardée par un motif urgent, et qui demandaient 
de les attendre, eux qui étaient proches et dont l'arrivée n'était pas 
une affaire de peu d'importance. C'est de toute nécessité qu'ils 
avaient eu ce retard de (seize) jours, sinon plus, pour se reposer de 
leur fatigue du voyage, de la route et du navire, pour le repos, pour 
les nécessités, pour visiter ceux qui étaient malades et avaient be- 
soin de ce (délai), surtout à cause de ces personnes (prosôpon) 
qui tenaient la place de ceux qui étaient éloignés du concile, pour ce 
dont ils avaient besoin ^. Bien que ce fût le jour fixé auquel devait 
avoir lieu la convocation, s'il arrivait quelque cause pour attendre 
on ajoutait volontiers un autre jour; c'est ainsi que chez les hom- 
mes il y a beaucoup de causes qui leur sont nécessaires et qui ne 
sont pas faites selon la rigueur du terme fixé ^. Mais ce n'était pas 



1. Labbe, op. cit., t. m, col. 454, a. 

2. TTpOÔSCTfJLta. 

3. èv Tfj) s'jrreêsî y.at ÔsocpcXsï ypa[xtj,art. 

4. Litt. : utebatur secando ou deciswe. 

5. Ihid. 

6. Litt. : « suffisamment a patienté », àpxojvrwç oisxapTipriaev. 

7. Litt. : «que lui était en toute chose.» 

8. Sans doute « se faire connaître », nous dirions : « faire vérifier leurs pou- 
voirs. » 

9. Tipoôsap-ta. 



I 



I, 2. LA QUESTION DES JUGES; LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 119 

le jour de l'ouverture, mais celui de l'arrivée, car le jour de l'ou- 
verture devait être fixé par l'autorité du comte. Tu as pris (cette 
autorité) pour toi-même, dans ton audace insensée, parce que tu 
avais confiance dans ceux qui te justifieraient plus tard ^. Car 
tu aimes à faire croire, [198] c'est là ton genre, que tu négliges 
ceux qui sont présents, que tu réclames les absents, que tu 
renvoies ceux qui sont présents pour le concile et que tu at- 
tends les éloignés ; puis tu tiens le concile sans que ceux qui 
sont éloignés soient arrivés. 

Il a fait un concile à lui seul, avant le concile général, et il a 
appelé ceux qui ne lui adhéraient pas, pour qu'il y eût un concile 
avant le concile de tous les évêques. On le conjurait de ne passe 
lier à ce concile auquel il m'appelait moi aussi, même en usant 
de violence: d'une violence et d'une contrainte telle qu'on ne la 
croirait pas quand on la raconte; mais elle est manifestée par ceux 
qui ont écrit : Les séditieux ont rempli la ville d'hommes oisifs et 
de paysans ^, réunis par Memnon, évêque d'Ephèse ; il était à leur 
tête et il les faisait courir en armes par la ville en sorte que chacun 
de nous dut fuir et se cacher, user de prudence et échapper avec 
peine à une grande crainte. 11 est facile de le voir aussi par le lan- 
gage de ceux qui furent envoyés ; ils étaient venus soi-disant pour 
m'appeler au concile afin qu'il fût montré que nous n'étions pas 
de ceux qui ne reconnaissent pas le concile avant l'arrivée de tous 
les évêques ; mais en réalité ils étaient venus pour m'emmener 
par violence et par force et pour dire de moi : « il a totalement 
péri [199] et sa bouche a été fermée sur ses blasphèmes » ou on 
m'aurait déposé après m'avoir interrogé. 

Quant à ce qui a été dit, apprenez-le encore par la parole de 
Juvénal : 

Juvénal, évêque de Jérusalem, dit ^ : « Parce qu'une troupe de Romains * 
entourait sa maison, et parce que les pieux évêques sont venus et ont dit : 
Ne laissez personne approcher de là, il est évident que ce n'est pas avec 
une bonne conscience qu'il refusait de venir près du saint concile. » 

Nestorius. Vous avez vu de quelle tyrannie j'usais et à quelle 
accusation me voilà sujet parce que, pour sauver ma vie des con- 

1. Litt. : « Qui te redresseraient à-rebours. » 

2. Cf. Labbe, op. cit., t. m, col. 596 a. 

3. Labbe, loc. cit,, col. 459 d. 

4. On «de soldats» : ajaT/,[j.a orpaTifDrwv. 



120 NESTORIUS. LITRE d'hÉRACLIDE 

jurés ^ qui s'étaient levés contre moi, j'ai eu besoin d'entourer ma 
demeure de soldats pour me garder, afin qu'ils ne vinssent pas 
vers moi avec violence et ne me perdissent pas. Tu m'accuses de ce 
que des soldats entouraient ma demeure : ce n'était pas pour vous 
faire quelque mal, mais pour vous empêcher d'opérer des maux 
contre moi. De ce que vous nous reprochez qu'une troupe nous en- 
tourait, il s'ensuit que si ceux-là n'avaient pas commencé à 
nous entourer et à me servir de mur je périssais du fait des vio- 
lents. Pourquoi en effet appeliez-vous [200] ceux qui vous avaient 
conjurés d'avance qu'il n'y eût pas de concile d'iniquité ? Est-ce 
que vous vous êtes réunis tels que vous aviez été convoqués ? 
Vous avez fait le concile pour vous et non pour nous ; vous avez 
chassé ceux-là du concile, et vous avez fait en particulier entre 
vous ce que vous avez voulu.. Vous n'avez pas écouté ceux qui 
vous criaient de ne pas faire de concile, mais d'attendre les évê- 
ques qui avaient été convoqués avec vous et qui étaient sur le point 
d'arriver. Maintenant donc pourquoi nous avez-vous appelé après 
toute cette violence ? Qui se défendra de pleurer en se rappelant les 
maux qui ont été faits à Éphèse ? Pûlt à Dieu que cela eût eu lieu 
contre moi et contre ma vie et non pour l'impiété ! Je n'aurais 
pas eu besoin de ces paroles envers un homme qui pouvait se faire 
justice 2, mais seulement envers notre Sauveur Jésus-Christ qui 
est le juste juge et pour qui j'ai accepté aussi de souffrir patiem- 
ment pour que tout le corps du Christ ne soit pas accusé. Main- 
tenant ils inventent (des histoires) contre moi, parce que je n'ai 
pas pu me taire lorsque j'étais calomnié- au sujet de l'Incarna- 
tion ^, au point que je suis obligé de répondre et de persuader 
tous les hommes qui disent : « C'est lui qui a été cause de tout ce 
tumulte et de ce bouleversement,)) et je me montre sincère, parce 
que j'ai été poussé par celui-là (Cyrille), et par ceux qui ont écrit 
contre moi. Car c'est toi, [201] qui es assis le premier au milieu des 
juges et parce qu'il n'y avait pas d'accusateurs - — puisqu'ils 
étaient juges — ils suscitèrent pour m'accuser Théodote, 
évêque d'Ancyre de Galatie, et Acace, éyêque de Mélitène, qui 
était le questionneur. 

Théodote. Théodote le premier raconta qu'il avait parlé avec 



1. Litt. : « des fils dxi serment, » 

2. Litt. : « qui par erat ad retrihutionem. 
8. Litt. : « l'économie pour nous. « 




I, 2. LA QUESTION DES JUGES; LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 121 

moi, mais il ne lui dit pas (à Cyrille) cette conversation, et celui-là 
(Cyrille) ne lui demanda pas : « Sur quoi a-t-il parlé ? » afin 
d'apprécier en juge les deux paroles; puis de recevoir l'un et de 
rejeter l'autre, comme tombé évidemment dans l'impiété. Il lui 
suffisait de l'accusation. 

Théodote, évêque d'Ancyre, dit ^ : « Je souffre certes pour l'ami, mais la 
religion m'est plus chère que toute amitié. Il m'est donc nécessaire ^^ bien 
qu'avec une grande tristesse, de dire la vérité sur les choses qui me 
sont demandées; je ne pense pas cependant que notre témoignage soit 
nécessaire, puisque son sentiment s'est manifesté dans les lettres à ta 
Piété : Car les choses qu'il a dites, en cet endroit, ne pouvoir être attribuées 
à Dieu, c'est-à-dire au Fils unique, lui refusant les choses humaines, il les 
dit encore dans cette conversation, (à savoir) qu'il ne convient pas dédire 
de Dieu qu'il a sucé le lait, ni qu'il est né [202] d'une vierge; de même, ici 
encore, il a dit souvent : Je ne dis pas que Dieu est âgé de deux mois ou 
de trois ^. » 

Nestorius. Ils n'ont pas examiné ces choses comme des ju- 
ges, et lui-même (Théodote) ne parlait pas non plus comme de- 
vant des examinateurs et des juges, mais il siégeait comme le 
témoin du juge accusateur. 

Théodote. Les choses ^ qu'il a réprouvées en cet endroit comme ne pou- 
vant pas être dites de Dieu, c'est-à-dire du Fils unique, comme lui re- 
fusant les choses humaines, il les dit encore dans cette conversation: qu'il 
ne faut pas dire de Dieu qu'il a sucé le lait, ni qu'il est né d'une vierge; de 
même il dit encore ici : je ne le dis pas âgé de deux mois ou de trois. 

Nestorius. Et (Cyrille) accepta cela sans examen, comme un 
juge accusateur, sans lui rien demander, ni :« De quoi te parlait- 
il lorsqu'il t'a dit cela ?» ni : « Qu'as-tu répondu à cela dans ce 
qui te paraissait dirigé contre toi ? Attends, parle devant nous 
afin que nous sachions dans quel sens il a condamné ces choses, 
afin que nous n'accueillions pas sans raison les accusations contre 
celui qui est éloigné, et que nous ne portions pas contre lui une 

1. Labbe, loc. cit., col. 503-506. 

2. àvây/.r,. 

3. ...TaOta xal ÈvTauOa ôiaX£y6!j.£voç sçy)' Mr oeTv Tcspi ©soù Xsysiv '^(xka.x-zuTÇOfçia.-^, 
[i.v)Ô£ Ysvviriaiv TYjv ex TrapÔî'vou. outo) xai èvrauOa TCoXXàxtç ï^t], SifjLYjvatov r, Tpijxrivatov 

(j,r, 3£Ïv )>éy£<T6at ©sov. 

4. Répétition de la fm de la citation précédente. Le texte grec devait être le 
même. Les différences de ponctuation et même de texte nous donnent la me- 
sure de ce qui est dû au traducteur et aux copistes. 



122 NESTORIUS. LIVRE D*HÉRACLIDB 

sentence ^ sans examen et sans recherche devant ceux qui ont 
besoin d'apprendre exactement pourquoi il a été condamné. Ainsi 
l'accusé ne pourra pas nier et il n'aura pas motif [203] de m'ac- 
cuser de partialité. Dis donc, ô Théodote, toi qui as parlé avec 
lui, si tu as bien compris sa pensée lorsque tu l'as interrogé et 
qu'il t'a répondu : « Je ne dis pas que Dieu est âgé de deux mois 
ou de trois. » Semblait-il dire que le Christ n'est pas Dieu et que 
c'est lui qui est âgé de deux mois ou de trois, ou bien confesse- 
t-il que le Christ est Dieu et qu'en tant que Dieu il n'est pas né 
et n'a pas été âgé de deux mois ou de trois ^ ? Confesse donc que 
Dieu est né d'une femme, et qu'il est âgé de deux mois ou de trois, 
comme si sa propre essence s'était changée en l'essence de l'hom- 
me, s'il était né et s'il était devenu âgé de deux mois et de trois; 
ou comme s'il avait été changé dans sa similitude et dans sa 
forme ^ en la similitude et la forme ^ de l'homme par le moyen 
de l'essence, et que le Christ soit conçu dans la seule essence de 
Dieu et non dans deux essences? Si c'est dans deux, comment 
de la seule essence de Dieu le Verbe y en a-t-il deux ? ou (est-il) 
formé* de deux essences séparées et non semblables et est-il né 
dans les deux ? ou bien est-il né dans l'une * de ces essences et 
a-t-elle été âgée de deux mois et de trois, de sorte qu'avant d'être 
née et d'être âgée de deux mois et de trois, elle n'était pas ? ou bien 
était-elle éternelle, et l'essence n'a-t-elle pas eu de commence- 
ment pour naître et être âgée de deux mois ou de trois, lui(le Verbe) 
n'ayarit pas par essence ce [204] qu'ont par nécessité ceux qui 
naissent ? ou bien est-il né de la naissance de la chair par l'appro- 
priation ^ de l'essence ? » 

S'il avait été interrogé ainsi, il aurait confessé nécessairement 
ce qu'il a dit devant les évêques orientaux, lorsqu'il fut interrogé 
par écrit, (à savoir) que le Fils unique de Dieu a créé et a été créé, 
le même, mais pas au même point de vue ; le Fils de Dieu a souffert 
et n'a pas souffert, le même, mais pas au même point de vue; une 
partie de ces choses se trouve dans la nature de la divinité, et 
une partie dans la nature de l'humanité. Il a subi toutes les cho- 



1. àTuoçaTt;. 

2. Toute la question est là en effet. 

3. cryfjij.a. 

4. Lire : hakhdô, 

5. Nous traduisons comme otxsuodcc. 



I, 2. LA QUESTION DES JUGES; LES ACCUSATIONS DE CYRILLE 123 

ses humaines dans Thumanité et toutes les choses divines dans la 
divinité : naître d'une femme est une chose humaine, mais naître 
du Père est [une chose divine, car l'un est] ^ sans commencement, 
tandis que l'autre a un commencement, l'une est éternelle, l'autre 
est temporelle. 

Comme la vérité le suffoquait (Cyrille), il ne pouvait pas cacher 
son sentiment, lui qui, par la suite de la discussion, fut obligé 
de le mettre par écrit. De même qu'un chien, qui est attaché de 
force, cache ses mauvaises habitudes, puis dès qu'il échappe à 
ses liens, court à sa niche près de ses compagnons, jappe contre 
ceux qui l'ont pris et n'ose plus sortir dehors ni combattre à dé- 
couvert, mais, restant à l'intérieur, baisse les oreilles et porte la 
queue entre les cuisses ; de même celui-là n'a pas osé leur pro- 
mettre de parler et de vaincre en réprimandant, ni rien d'analogue, 
comme agiraient à bon droit ceux qui ont confiance dans leur cause ; 
je veux dire en luttant et en obtenant la victoire à l'aide des 
Livres [205] divins, des traditions et des enseignements des Saints 
Pères. 

Mais écoutez bien ceci, non comme venant de moi : Il n'ose 
pas dire ouvertement ce qu'il dit ni établir d'après les Livres 
divins et les Pères ce qu'ils ont dit et la manière dont ils l'ont dit. 
Il (Théodote) n'a pas été contraint non plus de faire connaître ce 
qu'il avait dit ni de le mettre par écrit. Il fallait dire ce que je 
regardais comme la vérité et celui-là (Cyrille) a été le premier à 
l'en empêcher pour que (les évêques) ne connussent pas toute 
la conversation et toute la discussion que nous avions eue, en rap- 
portant des choses auxquelles ils n'avaient rien pu répondre. C'est 
pourquoi ils ne les ont pas écrites, pas même dans les Actes ^, 
mais seulement « qu'il ne fallait pas dire de Dieu qu'il suça le 
lait, ni qu'il naquit de la Vierge à la manière ordinaire. » Ils 
enquêtaient (seulement) jusqu'où cela leur plaisait. Mais nous 
parlerons de cela un peu plus tard. 

Après celui-là vint Acace, et il leur raconta une conversation 
qu'il avait eue avec moi et qui leur parut (renfermer) des choses 
impossibles. Il raconta sa demande en m'accusant, non en me 
réprimandant, ni en démontrant les choses ^ sur lesquelles il s'ap- 

1. M. Béthune-Baker, p. 74, complète ainsi le sens, par l'adjonction des mots 
entre crochets. 

3. Lire : Chourorâ de. 



124 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

puyait; mais ils acceptèrent ses questions comme des accusations. 
Pour que vous ne croyiez pas [206] que j'invente ^ cela, écoutez 
leurs actes ^ : 

Récit d'Acace, évêque de Mélitène ^. 

Aussitôt que j'arrivai à Ephèse, j'eus une discussion avec cet homme 
dont on vient de parler; lorsque je reconnus qu'il ne pensait pas correcte- 
ment, je m'efforçai par tout moyen de le corriger et de l'éloigner de ses 
idées; et je voyais qu'il confessait des lèvres s'éloigner d'une telle opinion. 
Après avoir attendu dix ou douze jours, à l'occasion encore d'une conver- 
sation qui 's'engagea entre nous, je commençai à parler en faveur delà foi 
orthodoxe et je voyais qu'il lui était opposé; j'avais senti qu'il tombait 
dans deux maux (différents) : d'abord (une) question qui était inop- 
portune : il imposait la nécessité * à ceux qui lui répondaient ou de nier 
absolument que la divinité du Fils unique se fût incarnée, ou de confes- 
ser, ce qui est une impiété, que la divinité du Père et du Saint Esprit 
s'incarnât avec le Verbe ^. » 

Nestorius. Ce sont eux qui ont interrogé, ce sont eux qui ont 
répondu que ces choses étaient absurdes et impies; ils le confessent 
et ils admettent la parole [207] que je leur ai reprochée et ils seront 
convaincus comme impies d'après leur confession. Pensera-t-on que 
c'est une calomnie, lorsqu'ils l'ont écrit dans les actes et qu'ils amè- 
nent tout le monde à témoigner contre eux-mêmes ? Admettons en 
effet que ma question était absurde; il te fallait ne pas l'accepter 
mais mettre en relief l'absurdité de cette question, afin qu'en 
rectifiant cette question, tu ne tombes pas dans la voie de l'im- 
piété et de l'absurdité: Mais si tu as accepté une « question absurde 
pour la religion, et si tu es arrivé ensuite ^ à la méchanceté de con- 
fesser, ou que Dieu le Verbe fils de Dieu ne s'est pas incarné, ou 
que le Père et le Fils se sont aussi incarnés ; » ce que tu admet- 
tais quand on t'a interrogé, il te fallait [l'établir, et ce que tu n'ad- 



1. Lire : Bodê, ou traduire «que je crée ». 

2. "JTtO[XVY)[JLaTa. 

:1 Labbe, loc. cit., t. m, col. 506 b. 

4. àvàyxv). 

5. ••• y.cà l'j(j d-TÔTTocç xaià to aCxb âytvwCTxov TrcpiTriTiTeiv. Trpôrepov [xèv yàp ex Tf,ç 
auToù à7repa)Tifî(T£a)!; àTÔTTOv) ouar,; àvày/t.y)V èTrercOet toïç àTToxpivoîxevotç, y^ TràvTY) àpviri(Ta(7- 
6ai -z-tyj Tou (xovoYSVoOç ôsorriTa £vr|v8pa)7rY)X£vai, v^ Ô{JLoXoy£Îv, Ô7r£p yjv àcTEêéç, ômtEp xal 
r\ TOU Trarpbç xal yj to'j -uïoîj, xal v) toû TivEu^atoç ÔEÔtrj; auv£<Tapxw6yi tw 0£w Xô^f.). 

6. s'ira. 



2. LA QUESTION DES JUGES; LES ACCUSATIONS DTi CYRILLE 12 



mettais pas, il te fallait] le faire cesser. — Bien que, comme cet 
autre (Cyrille) tu ne l'aies pas réfutée, admettons que tu ne sois 
pas tombé dans cette absurdité, ni volontairement ni involontai- 
rement, pourquoi ne dis-tu pas cette question absurde, pour la- 
quelle vous voulez me condamner ? mais tu ne la dis pas et les 
juges ne la demandent pas. Si elle était si absurde, comment a-t- 
elle été laissée sans réprimande au point de ne pas être répriman- 
dée par tout votre concile? Si tous vous la laissez sans réprimande, 
et s'il n'y a chez vous personne capable de la réfuter, dites du 
moins cette question absurde, étudiez-la, bien que vous ne soyez 
des juges que pour la forme ^, et écrivez cette question pour 
la forme ^ à ceux [208] qui ont de l'intelligence, et ils pourront 
ensuite apprécier votre jugement. Mais, à cause de votre insuf- 
fisance, vous êtes demeurés dans les ténèbres et n'avez même pas 
pu voir les choses visibles. Dieu vous a surtout aidés, par vo- 
tre dejnande, à écrire toutes ces choses, pour qu'il soit évident 
à tous que c'était de l'inimitié sans cause. 

Mais, comment peut-on démontrer cela ? A l'aide des choses 
qu'ils ont mises dans les écrits trompeurs, dans le jugement sans 
condamnation. Ecoutez dès maintenant les choses qu'ils ont 
mises dans le symbole de la foi de nos Pères réunis à Nicée. Nous 
nous prévaudrons des deux comme de témoignages qui ne sont 
pas récusés par lui; nous les utiliserons contre eux de deux ma- 
nières : ou bien en les examinant, ou bien à la manière de ceux qui 
les reçoivent sans examen ; car ils sont à la fois juges et accusés, 
à la manière de ceux qui se donnent pour juges dans les fables et 
les contes. 

Foi des {trois cent dix-huit) Pères de Nicée. 

Nous croyons en un Dieu, Père tout puissant, créateur de toutes les 
choses visibles et invisibles, et en un seigneur Jésus-Christ, Fils unique 
de Dieu, qui est né du Père, [^209] c'est-à-dire de l'essence du Père ^... 

1. T/r.f^a. 

2. Ici un certain nombre de feuilles sont tombées. 



126 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

[J, 3. Réponse et comparaison des lettres ^.] 

... Plaçant ^ d'abord les noms des deux natures qui indiquent les pro- 
priétés communes, sans que la Filiation ou la Domination soit scindée 
et sans que les natures, dans l'union de Filiation, viennent en péril ^ de 
corruption et de confusion *. 

Voyez donc d'abord qui retranche et enlève au symbole qui a 
été porté par les Pères, et qui ajoute ce que celui-là (Cyrille) a enlevé 
et ne l'a pas laissé lui prendre quoi que ce soit. Celui-ci ne dit 
même pas le commencement, mais il le fuit et il fuit un commence- 
ment que' ceux-là n'ont pas placé. Voilà pourquoi il a omis le 
commencement 5 et n'a pas voulu commencer par là; tandis que 
moi j'ai établi ce que les Pères ont dit avec justice, et j'ai dit : « C'est 
ici que nous commencerons, » en montrant aussi la raison pour 
laquelle ils ont d'abord placé les noms qui sont communs à la 
divinité et à l'humanité, puis ils bâtissent là-dessus la tradition de 
l'Incarnation, des souffrances et de la résurrection,» après avoir 
placé jd'abord les noms des deux natures qui indiquent les pro- 
priétés communes, sans que la Filiation et la Domination soient 
scindées, et sans que les natures, dans l'union de Filiation, viennent 
en péril de corruption et de confusion. » Pourquoi donc [210] as-tu 
omis ces choses comme superflues comme s'il ne convenait pas 
de les dire ? Est-ce parce que tu as pensé que c'était la même 
chose ,et qu'il ne convenait pas que (ces paroles) soient dites, 
mais qu'il leur suffisait de commencer là où tu as commencé 
toi-même; et tu as fait un commencement et tu les as corrigés. 
Mais ceux-là anathématisent ceux qui ajoutent ou retranchent; 
mais ils n'ont pas agi comme il fallait ni selon le sentiment des 
Pères. Mais il interprétait dans un sens opposé, lorsque je lui 

1. Nous rétablissons ce titre d'après le sommaire donné par le traducteur, p. 4. 

2. iXestorius reproche à Cyrille d'avoir tronqué le symbole de Nicée qu'il cite; 
Labbe, loc. cit., col. 318 c. Le concile, après la récitation du symbole, a passé 
à l'examen des secondes lettres de Cyrille et de Nestorius, Labbe, loc. cit., col. 
459 e. Nestorius suit ici le même ordre. Le commencement manque. 

3. xtvSuvoç. 

4. Lettre de Nestorius. Labbe, loc. cit., col. 323 a. Cf. infra, p. 149. 

5. Saint Cyrille, Labbe, loc. cit., t. m, col. 318 c, commence par : « le saint 
Concile a dit qu'il est Fils unique né, selon la nature, de Dieu le Père. » Nesto- 
rius, 323 a, commence par : «Nous croyons en Notre-Seigneur Jésus-Christ, son 
fils unique. » 



I, 3. RÉPONSE ET COMPARAISON DES LETTRES 127 

disais : « C'est là le commencement, et il faut que nous commen- 
cions surtout ici : à l'endroit où je t'ai repris. » Il me cherchait 
querelle comme s'il instruisait tout le monde dans sa sagesse, 
de peur que dans leur ignorance ils n'évitassent cette impiété. 
Pourquoi donc lorsque tu as écrit la foi, n'as-tu pas commencé toi 
aussi là où les autres ont commencé sur ce qui était en question ? 
Nous cherchions en effet comment il convenait de comprendre 
et de dire naturellement ces propriétés de la chair et de l'âme 
raisonnable et les propriétés de Dieu le Verbe ; comme si toutes 
deux appartenaient à Dieu le Verbe dans la nature, ou bien au 
Christ, de sorte que les deux natures ont été unies par l'union 
en un seul prosôpon.Four moi je disais et j'affirmais que l'union est 
dans un seul prosôpon du Christ ; j'indiquais nécessairement Dieu le 
Verbe qui s'est incarné, et Dieu le Verbe était en même temps dans 
l'humanité, [211] parce que le Christ s'est incarné en elle. C'est 
pourquoi lorsque les Pères nous apprirent quel est le Christ au sujet 
duquel ils se disputaient, ils placèrent d'abord les (natures) 
qui constituent le Christ. Toi tu fais le contraire, parce que tu 
veux que, dans les deux natures, Dieu le Verbe soit le prosôpon 
d'union. Tu supprimes ces (premières paroles) comme superflues 
et tu les passes ^ pour commencer après elles. Tu transportes de 
l'un à l'autre (du Christ au Verbe) toutes les choses dont le Christ 
est naturellement formé et dit. Que le Christ des Pères soit le 
contraire du tien, tu as refusé de le reconnaître, et tu dis avec 
moi malgré toi, que le Christ est en deux natures, mais que Dieu 
le Verbe n'est pas dans les deux natures. 

Ecoutez (un extrait) de ce qu'il m'a écrit, afin que vous sachiez 
qu'il n'y a rien de juste (en lui), mais qu'il cherche de toute ma- 
nière à ce qu'il n'y ait pas de jugement ni d'examen qui fasse con- 
naître son inimitié contre moi, laquelle n'avait pas la foi pour 
cause. (( Diverses ^ sont les natures qui sont venues à une véri- 
table union, (mais) avec les deux (il est résulté) un Christ et 
Fils, non parce que la différence des natures a été enlevée à 
cause de l'union; mais parce qu'elles nous ont constitué plutôt 
un Seigneur, et Christ et Fils. » Ce n'est pas comme par un chan- 
gement des natures que l'essence de Dieu le Verbe a été complé- 
tée, car ce dernier demeure éternellement tel qu'il est et il 

1. 'obar. 

2. Labbe, op. cit., t. m, col, 318 e. 



128 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

n'admet ni accroissement ni diminution. [212] Mais du concours 
de l'union de la divinité et de l'humanité, il y eut un Christ et non 
Dieu le Verbe, car celui-ci était éternel. C'est donc le Christ qui 
est le prosôpon de l'union, Dieu le Verbe n'est pas celui de l'union, 
mais de sa nature, et ce n'est pas la même chose de le dire et de 
le comprendre ^. C'est pourquoi, ô admirable, les Pères aussi, 
suivant les saints Livres, ont dit « un Seigneur Jésus-Christ, fils 
unique » du prosôpon de l'union, puis ils enseignent, dans ceux 
qui se sont unis, quels ils sont et dans quel but (ils se sont unis). 
Qui est le Fils unique né du Père ? Notre-Seigneur Jésus-Christ. 
« Fils unique de Dieu )), c'est-à-dire de l'essence de Dieu le Père. 
(( Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, né 
et non fait, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait dans le 
ciel et sur la terre. » De qui parlez-vous, ô Pères ? De quelqu'un 
autre, ou de Celui dont vous parliez auparavant : « un sei- 
gneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu » ? Quel est celui-là 
et de qui vient-il ? Du Père; «vrai Dieu de vrai Dieu, né et non 
fait, consubstantiel au Père, par qui tout a été (fait), qui est 
descendu pour nous autres, hommes, et pour notre salut. » Quel 
est celui-ci ? Dites-le moi, ô Pères, et à celui-ci, et à tous. Quel 
est-il ? Un autre [213] ou le Fils unique ? C'est celui-ci que nous 
vous enseignons et non un autre, celui qui « pour nous autres 
hommes, et pour notre salut est descendu et s'est incarné du Saint- 
Esprit et de la vierge Marie, et s'est aussi fait homme. )) Jusqu'à 
ceci : «il est descendu, s'est incarné et s'est fait homme, » ils nous 
ont instruits sur la divinité du Christ, et par « il s'est incarné », sur 
son union avec la chair, le reste est sur la chair dans laquelle il s'est 
incarné : « un Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu. » Ceci : 
« (il s'est incarné) du Saint-Esprit et de la vierge Marie» ne nous 
renseigne -t-il pas sur la naissance de la chair ? « Un Seigneur Jésus- 
Christ, Fils unique de Dieu.» Qu'est-ce que sa nature? Ce qu'était 
aussi sa mère dont la chair souffrante est née. « Il a souffert et il est 
ressuscité le troisième jour et il est monté aux cieux, etil viendra 
juger les vivants et les morts ; » quel est celui-ci? Un Seigneur Jésus- 
Christ, Fils unique de Dieu. Ils le disent en deux (manières) : con- 
substantiel au Père et consubstantiel à la mère, un Seigneur Jé- 
sus-Christ. Ce n'est pas Dieu le Verbe qui est des deux (manières) 
par nature, mais « un Seigneur Jésus-Christ, fils unique de Dieu. » 

1. C'est-à-dire « de prendre l'un pour l'autre. » 



I, 3. RÉPONSE ET COMPARAISON DES LETTRES 129 

L'union est en efîet dansle prosôpon, et non dans la nature ni dans 
l'essence, mais il y a union des essences, l'essence de Dieu le Verbe 
et l'essence de la chair qui sont unies non en une seule essence — 
car Dieu le Verbe et la chair ne sont pas devenus une seule es- 
sence, et les deux essences ne sont pas chair — mais c'est Dieu le 
Verbe et la chair (qui sont unis). Tu confesses tout cela [214] avec 
moi, lorsque tu dis que les natures de la divinité et de l'huma- 
nité sont différentes, et que les deux natures demeurent dans leur 
propre essence, et que leurs différences ne sont pas supprimées par 
leur union; car les deux natures ont complété un Christ^ et non 
un Dieu. 

Que me reproches-tu donc ? Parle devant tous ceux qui lisent 
nos discours, car j'en dis autant, et même toi, lorsque tu as parlé et 
confessé (ainsi), je t'ai loué de ce que tu as dis, parce que dans ton 
discours « tu as fait la distinction de la divinité et de l'humanité 
et tu les as unies ^ en un prosôpon^. » Et encore de ce que tu 
as dit * : « que Dieu le Verbe n'avait pas besoin d'une seconde 
naissance d'une femme, et que la divinité n'admet pas les 
souffrances »; tu l'as dit fidèlement. Ces (paroles) sont de ceux 
qui sont corrects dans leur foi ^, et sont opposées à la foi mauvaise 
de toutes les hérésies sur les natures du Seigneur ^. 

Où donc ai-je dit du Christ qu'il était un simple homme, ou deux 
Christs, et qu'il n'y avait pas un Seigneur Jésus-Christ, Fils unique 
de Dieu : de l'union des deux natures résulte un prosôpon ? Même 
à toi je t'ai dit comme un frère à son frère que nous ne divisons 
pas l'union, ni le prosôpon (qui résulte) de l'union. Nous ne partons 
pas encore de Dieu le Verbe, comme d'un prosôpon d'union, mais 
de celui d'où sont partis les Pères, qui étaient plus sages que toi 
et qui étaient bien au courant des Livres divins. Remarque que 
toutes [215] les choses qui impliquent changement, ils les arrachent 
comme jusqu'à la racine et les rejettent. Car si tu transportes 
toutes les propriétés de la chair à Dieu le Verbe, veille à ce que 
en « volant « les propriétés des natures, selon ta locution, tu ne dises 

1. Labbe, op. cit., t. m, col. 318 e. 

2. ffjvâçcia, litt. : « pour l'adhésion. » 

3. Labbe, loc. cit., col. 323 c. 

4. Lire ainsi avec C et non « de ce que j'ai dit », car ce passage figure bien dans 
la lettre de Nestorius. Labbe, loc. cit., col. 323 d. 

* 5. Le grec porte ôpOôSo^a yàp cô; àXYjôwç xà Toia-jxa. Ibid. 

6. Tiapl -.à; ScTTcoTtxà; <p-j(xii:. Ibid. Le syriaque porte le singulier. 

Nestorius — 9 



130 NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

ce que les trois cent dix-huit Pères ont rejeté d'une seule voix, d'une 
seule bouche et d'un seul esprit, (à savoir) qu'il y avait un moment 
où Dieu le Verbe n'était pas, c'est-à-dire : lorsque sa chair n'était 
pas, Dieu le Verbe n'était pas alors, c'est-à-dire : avant que sa 
chair ne fût née, il n'était pas. Puisque tu dis qu'il s'est attribué 
toutes les propriétés, (il s'ensuit) que Dieu le Verbe est né de ce 
qui n'était pas, parce que sa chair provenait de ce qui n'était pas; 
à moins que tu n'oses dire que la chair a toujours exislé et que 
Dieu le Verbe est d'une autre hypostase et d'une autre essence, non 
de celle du Père, mais de celle dont provient la chair; et Dieu le 
Verbe sera sujet au changement et à la corruption, par suite de la 
chair qui y est soumise. Or les Pères anathématisent ceux qui disent 
cela de Dieu le Verbe. Car Dieu le Verbe n'est pas par essence formé 
de deux. Dieu le Verbe n'est pas non plus dans la chair, et Dieu le 
Verbe n'est pas de deux, et Dieu le Verbe n'est pas deux natures. 
[216] C'est en cela seulement ^ que Dieu le Verbe est considéré 
consubstantiel au Père. Car il s'incarna et apparut dans la chair; 
mais s'il s'incarna dans la chair, il est évident (que c'est) dans 
la chair créée, et celui qui s'incarna dans la (chair) créée n'a pas 
fait chair sa propre essence, en sorte qu'il fasse siennes les pro- 
priétés de la nature de l'essence de la chair, mais il a opéré, pour 
(se) manifester, toutes les choses de son prosôpon (de la chair). 
Il se servit en effet de la forme et du prosôpon du serviteur, non 
de l'essence ni de la nature, de manière qu'il fût par nature en 
deux. Comme le Christ. 

Pourquoi donc s'arrogeait-il de faire une autre voie et un com- 
mencement autre que celui fait par les Pères, au point d'en arriver 
à anathématiser tout ce qui avait été dit par eux et de dire néces- 
sairement tout ce qui a été anathématisé par eux ? Il commence 
par placer les paroles des Pères, comme s'il voulait démontrer à 
leur aide, dire ce qu'ils avaient dit et m'accuser ensuite de 
n'avoir pas dit la même chose. Lorsqu'il eut trouvé que je soutenais 
la même chose et que je fortifiais leurs (théories), il commença à 
promulguer des règles (anathématismes?), à changer des noms 
que ceux-ci n'avaient pas dits et à les introduire dans la foi, en 
persuadant qu'il fallait prendre ceux-ci au lieu de ceux-là. C'est 
ce qu'il fit pour Dieu le Verbe, lorsqu'il dit [217] qu'il était avant 
les siècles, qu'il était né du Père, et qu'il est né, selon la chair, 
d'une femme. , 

1. Litt. : ineo nam tantum consideralur 



I, 3. RÉPONSE ET COMPARAISON DES LETTRES 131 

Où les Pères ont-ils dit que Dieu le Verbe est né, selon la chair, 
d'une femme ? Exigez (de lui) les définitions ^ des Pères, qu'ils ont 
placées pour tous ^ et auxquelles nous devons aussi adhérer en 
paroles et par la foi. Tu as bien parlé ; si donc tu observes ta pro- 
messe par les actes, c'est bien; car celui qui ne parle pas comme 
ont parlé les Pères est coupable. Montre donc que les Pères ont 
dit cette parole, puis frappez-moi d'anathème comme celui qui 
transgresse les Livres et la tradition des Pères, bien que des 
milliers de fois j'aie témoigné et dit que je n'ai pas pensé autre- 
ment (que les Pères) dans ma pensée. Sinon quiconque corrompt 
ce qu'ont dit les Pères, avec l'expression fixée par eux, ne le laissez 
pas. Car les noms employés par les Pères doivent être conservés 
de toute manière, même si nous avons souvent négligé de les 
expliquer, car si quelqu'un s'en sert autrement qu'ils sont, ce ne 
doit pas être pour supprimer, changer ou modifier, mais pour 
conserver dans les mêmes choses, avec moi, le sentiment qui est or- 
thodoxe, je veux dire celui des Pères. 

Qu'as-tu donc à démontrer? Je me suis mal servi de la parole 
qui est dans la profession de foi des Pères, et il me faut prier 
qu'on me l'explique ? Montre-moi que Dieu le Verbe est né, [218] 
selon la chair, d'une femme; explique ensuite comment tu entends 
qu'il est né. 

Si tu le présupposes (le commencement du symbole), et si tu 
expliques encore ce que tu as mis (ajouté), tu n'es pas approuvé 
par ceux qui reçoivent les paroles des Pères, qui sont sans 
diminution, et qui n'admettent donc ni accroissement, ni dimi- 
nution, ni changement. Celui qui explique en effet doit confirmer ce 
qui est écrit, sans le détruire. Si je me suis mal servi des paro- 
les des Pères, « moi qui persuadais par paroles de ne pas donner 
à la sainte Vierge le nom de Mère de Dieu, ni au Christ celui de 
Dieu, et tu as été obligé de venir contre moi, )) montre-moi 
d'abord que j'ai dit cela devant des hommes qui ont eu avec 
nous une discussion convenable, et non devant ceux qui inclinent 
à ta suite (tes partisans), car devant ceux-ci tu as vaincu et tu en 
as usé comme devant des hommes qui n'ont ni parole ni âme. 
Ce n'est pas comme devant des hommes que tu as présenté ma 
lettre dans laquelle je discutais contre toi, pour que tu n'embrouilles 



1. Ou « le symbole. « 

2, Sans doute les textes lus à ÉpLèse, Labbe, loc. cil., col. 507-519. 



132 NESTORIUS. LIVRE D HÉRACLIDE 

pas les paroles des Pères, mais que tu confesses un Seigneur Jésus- 
Christ, consubstantiel au Père, non un autre, mais un et même 
(Seigneur) et qu'il y a un prosôpon de deux natures : de la divinité 
et de l'humanité, Seigneur et Christ; et cela tu l'as confessé aussi. 
Ce n'est donc pas parce que je ne reconnais pas le Christ pour Dieu 
(que tu m'attaques), car il est Dieu aussi et il n'est autre que Dieu 
le Verbe [219] consubstantiel, mais c'est parce que je confesse qu'il 
est homme aussi. Si cela était vrai, et si je ne confessais pas ainsi, 
j'aurais ajouté en enseignant : que le Christ est Dieu et con- 
substantiel au Père, et de même encore homme consubstantiel 
à nous. Je n'aurais pas passé rapidement sur le prosôpon de l'union 
et j'aurais commencé par l'essence de la divinité comme prosôpon 
commun de la divinité et de l'humanité; comme d'une seule essence 
de Dieu le Verbe qu'elles étaient toutes deux. Toutes ses proprié- 
tés et celles qui concernent sa chair, je les lui aurais attribuées 
naturellement, puisqu'il est les deux (essences) par essence. 

Pourquoi donc imputes-tu mensongèrement aux Pères ce qu'ils 
ne disent pas ? Comment exiges-tu de ceux qui ne veulent rien 
recevoir en dehors de la profession de foi des Pères, de recevoir 
ce qui est tien, de préférence à ce qui est aux Pères ? Rentre en 
toi-même, lis, apprends et vois qu'ils n'ont pas dit cela; et nous 
n'avons pas transgressé (leurs paroles) comme des ignorants ou 
comme des méchants ; mais toi tu ne peux pas trouver que ceux qui 
ont écrit pour toi, ont dit que celui qui est né du Père soit né, 
selon là chair, de la femme, (en cherchant) s'ils mentionnent en 
aucune manière la naissance (venant) de la femme. Comment dis- 
tu donc, ô calomniateur ^ : « Nous avons trouvé que les saints 
Pères pensaient ainsi, et ils n'hésitèrent pas à donner à la 
sainte Vierge le nom de Mère de Dieu », c'est ainsi que nous 
disons [220] qu'il souffrit et qu'il ressuscita. Commence par nous 
montrer que les Pères l'appellent Mère de Dieu, ou que Dieu le 
Verbe naquit dans la chair, ou même qu'il naquit de quelque 
manière; de même encore qu'il souffrit, qu'il mourut et qu'il 
ressuscita. Comment disent-ils que Dieu souffrit et mourut, ex- 
plique-le nous. Si tu as inventé et calomnié, comment quelqu'un 
admettra-t-il les autres choses sans hésitation? car tu as jeté 
le doute partout, parce que tu n'as pas dit ce qu'ont dit les Pères, 
mais que tu as changé jusqu'à l'expression. Quand bien même tu 

1. Dans la seconde lettre à Nestorius. Labbe, loc. cit., col. 322 a. 



I, 3. RÉPONSE ET COMPARAISON DES LETTRES 133 

penserais exactement ce qu'ils enseignent, et qu'il n'y aurait pas de 
différence entre le « Seigneur et Jésus-Christ » et « Dieu le Verbe» 
et que par un nom ou par l'autre tu confesserais la même 
chose, il ne te serait pas permis de changer, mais il te faut 
interpréter et éclaircir, et te servir des mots qui ont été em- 
ployés par les Pères. Mais tu ne pouvais pas, avec ces locutions, 
montrer que Dieu le Verbe est passible et mortel; c'est pourquoi 
tu emploies cette locution par laquelle tu peux attirer ceux 
qui ne connaissent pas la signification de chacune de ces (expres- 
sions). 

Nous comprenons aussi dans le même sens le (mot) « il mourut » . Car 
le Verbe Dieu est immortel dans sa nature et incorruptible, vivant et vivi- 
fiant. Mais parce que son corps, par la grâce de Dieu, comme dit Paul, a 
goûté la mort pour tout homme i, on dit qu'il a supporté la mort pour 
nous 2. 

Qui [221] l'a dit ? Toi ou les Pères ? Dis-le, ne trompe pas 
tes auditeurs à l'aide des Pères, en disant que tu adhères à leurs 
paroles et à leurs enseignements. Lis donc où ils ont dit que 
« Dieu le Verbe a souffert )). Et si tu dis que le Livre divin a 
dit que Dieu le Verbe a souffert, lis-le et ne le cache pas. Si tu 
ne le lis pas, pourquoi calomnies-tu les Pères? Pourquoi prends- 
tu la foi des Pères comme pour tromper par avance ceux qui 
croient simplement et qui n'examinent pas ? Tu te moques 
donc de tes lecteurs comme (d'hommes) qui ne réfléchissent 
pas ? Ou bien (prétends-tu) corriger la foi des Pères, qui n'au- 
raient pas écrit ce qu'il leur fallait écrire? Tu la places d'abord, 
et tu dis : Il nous faut y adhérer par les paroles et par la foi, 
mais toi tu n'y adhères aucunement, tu n'as pas conservé l'ordre 
du discours, tu n'as pas commencé où les Pères ont commencé, 
et ensuite tu as attribué (à Dieu le Verbe) tout ce qui avait été 
dit par eux. Tu n'as pas pensé à te servir non plus des mêmes 
noms et tu n'as pas suivi leur enseignement. Car « créé, fait, 
passible et mortel » et toutes les choses de ce genre que les Pères 
rejettent, tu les dis de l'essence de Dieu le Verbe, qui est et auquel 
on attribue tout ce qui est au Père dans son essence. Tu prétends 
que nous parlons comme ceux-là ne l'ont pas fait ; tu inter- 

1. Hébr., II, 9. , v ^ 

2. Labbe, op. cit., t. m, 819 ft 



134 NESTORIUS. LIVRE D*HÉRACLIDE 

prêtes en effet, [222] non pour éviter que Dieu le Verbe soit dit 
passible et mortel, mais pour persuader de dire ce que les Pères 
ont défendu de dire. « De même, certes, nous confessons un 
Christ» seigneur ^, qui a pris son nom, à la naissance, de la bienheu- 
reuse Marie ; mais il est aussi homme, et dans la mort, et dans 
la résurrection, et dans l'ascension, et encore dans sa venue 
du ciel; tu le prives de tout maintenant. 

« Ainsi, as-tu dit, confessons un Christ et Seigneur 2; )> comment 
le dis-tu ? Or nous confesserons ce qui n'a pas été confessé : « Non 
que nous adorions l'homme a^ec le Verbe, pour ne pas intro- 
duire une* apparence de scission parce que nous avons dit « avec», 
mais nous l'adorons comme un et le même, parce que son corps 
ne lui est pas étranger, avec lequel il siège avec le Père ^. » 
Ou bien il l'a dit par aveuglement d'esprit *, ou bien il a été forcé 
par une nécessité divine de tomber dans ce qu'il reproche aux 
autres et sous le même blâme. 

Car il a doublé le mot avec, lorsqu'il a dit : « ai^ec celui qui 
est assis a^^ec le Père. » Ce n'est pas pour un seul qu'on emploie le 
mot «avec» mais avec un autre, et celui-là qui est aç^ec celui qui 
siège avec le Père, comment n'introduirait-il pas une apparence 
de scission? Il a dit «le corps» et « son corps» et « qu'il siège avec 
lui » et il n'introduirait pas une apparence de scission ! « Un et 
le même pour Dieu le Verbe » comprend aussi son corps. Ainsi 
[223] il comprend le corps et encore le corps n'est pas compris; 
on comprend que son corps est avec lui et on ne comprend pas 
que son corps est avec lui et on ne comprend que lui seulement; 
on comprend qu'il siège avec lui (le corps) avec le Père et en- 
core on ne comprend pas qu'il siège avec le Père, mais on ne com- 
prend que lui. Qui pourrait exposer sa sagesse ineffable ! 

Mais]lui l'a pris (l'homme) pour lui, «non comme si deux fils 
siégeaient, mais un seul, grâce à l'union avec sa chair ^ » 

Et tu as dit encore: «tu introduis une apparence de scission, 
lorsque toi tu donnes à entendre un autre avec un autre »; mais 
(c'est) dans l'union. De qui ? Du Christ ? Dans ce cas, le prosôpon 



1. Sic V, cf. infra. 

2. Seconde lettre à Nestorius. Labbe, loc. cit., col. 319 c. 

3. Ibid., col. 319 d. 

4. Litt. : « aveuglement de sa science. « 

5. Labbe,^op. cit., t. m, col. 319 rf. 



I, 3. RÉPONSE ET COMPARAISON DES LETTRES 135 

d'union est le Christ, mais tu dis qu'il a pris pour lui (le corps) 
avec lequel il siège avec le Père . . . Tu lui as donné un prosôpon à lui- 
même (au corps), pourquoi donc le rejettes-tu, comme si on avait eu 
tort de dire qu'il siège aussi avec lui avec le Père? Ou comme si par 
cet « avec », tu avais été forcé de comprendre qu'il en est ainsi et 
qu'il est possible que tu comprennes ou que tu considères ceci cor- 
rectement, non en confessant que deux fils sont assis, mais un seul, 
grâce à l'union avec sa chair. Tu rejettes cet « avec» pour qu'on ne 
comprenne pas « deux». Mais si ce que tuas dit est mal, retourne 
encore à ce chapitre (le commencement ?) que tu as omis, car c'est 
son but. Qu'as-tu écrit en effet ? N'as-tu pas montré ^ avec évidence 
qu'il ne convient pas d'écrire « avec», et toi n'as-tu pas écrit :« qui 
siège avec lui [224] avec le Père ? » Celui qui dit cela, dit que deux 
fils siègent. Mais tu défends de dire ceci : « il n'est pas permis 
de penser qu'il y a deux fils qui siègent 2. » Ainsi, dans ton symbole 
tu laisses ce qui signifie deux fils, et tu dis qu'il ne faut pas que 
nous pensions deux fils, mais ils sont nécessairement pensés 
deux, à ce que semble ton opinion. Mais on doit définir et dire 
de manière différente, sans penser deux fils. Pourquoi m'accu- 
ses-tu, moi qui dis que deux s'unissent en un fils, dans lequel 
j'ai voulu montrer l'inconfusion des natures dans l'union, en me 
servant des propriétés des natures ? Je ne cherche pas à faire deux 
fils ni à briser l'unité, mais j'utilise un prosôpon d'union comme 
(formé) de deux essences, selon le témoignage du Livre divin. 

Mais par « une essence », tu indiques deux essences. Si je 
disais ce que tu dis, cela te paraîtrait une impiété. Si toi tu as eu 
l'audace de scruter les choses qui ne peuvent être examinées 
en elles mêmes que par la piété, tu les as scrutées pour toi et non 
pour ceux-ci. Tu as fui encore devant un examen fait par tout 
le concile, parce que tu jugeais qu'il n'y avait pas pour ces (théo- 
ries) d'apologie exacte. Comme je n'y étais pas, [225] ce que tu di- 
sais de bien tu le disais pour moi et lorsque tu as parlé mal contre 
toi, de cette manière encore c'était pour moi. Car si ce mot 
«avec» empêche qu'il n'y ait un seul fils, (que dire de) : «avec sa 
chair il siège avec le Père ; » ce n'est pas parce qu'il est adoré avec 
lui (le corps et le Verbe) qu'il y a deux adorations pour un Fils, 
puisque celui qui siège avec(le corps)qui est étranger est adoré dans 

1. Litt. : « aboli. » 

2. Labbe, op. cit., t. m, 319 d. 



136 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

une adoration ; car il y a union dans les natures, tu le confesses 
aussi avec moi, mais la distinction des natures n'est certes pas 
abolie à cause de l'union. Les choses qui sont bien dites, il m'a 
été beau souvent de les dire; puis tu es étonné, lorsque tu entends 
ce qui est mien dans ce qui est tien : qu'il n'y a pas d'union qui ne 
montre diversité, comme l'adoration adressée à (celui qui est) 
assis ^. Mais toi tu prends pour point de départ de ton histoire 
le créateur des natures et non le prosôpon d'union. Ou bien évite 
de dire deux natures unies sans confusion, ou bien confesse et 
dis-les, et il ne te paraîtra pas impossible de dire dans l'union 
un autre et un autre en ce qui concerne l'essence et non en ce 
qui concerne l'unité du prosôpon... 

Si nous repoussons runion hypostatique ou comme incompréhensible 
ou comme peu convenable, nous en arrivons à dire deux fils; car il faut 
séparer et dire de l'homme |226] à part qu'il est honoré du nom de 
fils, et du Verbe de Dieu à part qu'il possède le nom et la réalité ^ de la 
filiation naturellement. Il ne faut donc pas séparer en deux Fils l'unique 
Seigneur Jésus-Christ^. 

Je t'ai dit aussi, dans la lettre *, que je ne comprends pas ce que 
tu dis. En apparence tu as semblé te repentir, tu n'as pas caché 
les bonnes choses que tu te préparais à dire. Lorsqu'il te fallait 
répondre à ce sujet, écrire, persuader, reprendre en public les calom- 
niateurs, tu t'es levé contre toi-même et contre moi et tu as aban- 
donné les Pères et les saints Livres. Pourquoi veux-tu qu'il y ait 
union hypostatique, elle qui ne nous fait pas comprendre qu'il 
y a (en Jésus-Christ) l'essence de l'homme, ni un homme par 
nature, mais Dieu le Verbe par nature, c'est-à-dire Dieu qui n'est 
plus par nature ce qu'il est par sa nature, à cause de l'union hypo- 
statique, qui ne supporte pas les distinctions et les définitions des 
autres (des natures composantes). C'est pourquoi cette union 
aussi est l'union des choses qui sont définies par le terme d'essence. 
Si (toute différence) est supprimée, ce n'est plus une union; 

1. Litt. : in sessione. 

2. Syr. : « les actes )>; grec : ovQjLà -z /.xl xpr|fj.a. 

3. Seconde lettre à Nestorius, Labbe. loc. cit., col. 319 d. 

'\. Sans doute dans la seconde lettre à Cyrille, Labbe, loc. cit., col. 323 d, 
où on lit : « Pour la suite, si elle éveille quelque sagesse cachée et incompréhen- 
sible dans les esprits des lecteurs, c'est à ton habileté d'en jngor. Pou 
elle me semble renverser ce qui précède. » 



iir moi 



, I, 3. RÉPONSE ET COMPARAISON DES LETTRES 137 

c'est le (résultat)d'une union et non une union.Si toute délimitation 
des natures est supprimée, comment l'union ne supprimerait-elle 
]ias les différences des natures ? Si ces natures ne sont conçues 
ni dans la nature ni dans l'union, comment dis-tu qu'il a 
fait [227] sienne la propriété de la chair, puisque tu dis qu'il est 
dans l'une (nature) par nature et dans l'autre par l'union? Avoir 
souffert dans la nature (humaine) et être mort, toutes ces cho- 
ses lui appartiennent, parce qu'il les a faites siennes. 

Comment as-tu songé à établir l'union hypostatique? Quelle 
est cette union hypostatique inintelligible ^ ? Comment l'accep- 
terons-nous sans la comprendre? Comment toi-même l'as-tu 
comprise? Comment est-elle élevée et incompréhensible? Comment 
est-elle encore laide ^ ? Instruis-nous. Mais tu ne veux pas m'ins- 
truire. Figure-toi que des juges te disent et te prient d'instruire et 
nous et ceux qui nous ressemblent, parce que nous ne savons pas. 
Sinon, instruis tout le concile. Car ni toi ni le concile ne pouvez 
comprendre le mot union. Parce que moi aussi je dis union, tu 
n'acceptes pas ce que je dis, parce que « je divise l'unité. » Si je parle 
des choses qui ont été unies, à savoir le corps par essence et l'incor- 
porel par essence, (je dis qu') ils sont distincts l'un de l'autre : l'un 
comme créé, l'autre comme incréé; l'un comme mortel, l'autre 
comme immortel; l'un éternel avec le Père, l'autre créé à la fin 
des temps; celui-là consubstantiel au Père, et celui-ci consubstan- 
tiel à nous, car l'union ne supprime pas les essences qui s'unissent 
au point qu'elles ne puissent pas être reconnues. 

[228] Tu me dis : « tu divises »; mais toi certes aussi; jusque 
dans les paroles auxquelles tuas recours pour m'accuser, tu dis : 
« Diverses sont les natures qui sont venues à une véritable union ; 
des deux provient un seul Christ et Fils, non que la différence des na- 
tures ait été enlevée à cause de l'union^. » Tu nous donnes donc 
à penser cela, même avec l'union hypostatique? Ou ne sem- 
ble-t-il pas que tu divises en disant que, d'après leurs différen- 
ces, les natures qui se sont unies seront différentes, et que tu 
te précipites vers ta confession pour « que tu n'introduises pas une 
apparence de scission ^. » Que dis-je de : « que tu n'introduises pas 

1. àviï'./.Tov, inaccessible, seconde lettre de Cyrille, Labbe, /of. fï7., col. 319 d. 

2. àxaAAc'r. Ibid. 

3. Sic S, V. 

4. Seconde lettre de Cyrille. Labbe, loc. cit., col. 318 e. 

5. '.'va ;jr, toij./,: ■oot.v-Oiai.oi. 7tap£t<Txptvr,Ta: , Ibid., col, 319 d 



138 NESTORIUS. LIVRE D*HÉRACLIDE 

une apparence de scission»? Que dis- je aussi «de l'apparence» ? Tu 
comprends la division des natures comme nom (divers) des natures 
et comme non confusion ; car il n'y a dans ton esprit aucun soup- 
çon de la définition des natures qui te fasse comprendre comment 
elles se sont unies sans confusion. Ainsi étaient unis le feu dans 
le buisson et le buisson dans le feu, et ils étaient sans confusion. 
Toi tu les montres sans définition et sans séparation; nioi (je 
les montre) définies et séparées l'une de l'autre. Si donc tu parles 
de l'union hypostatique, dis-le clairement. Car je confesse n'avoir 
pas compris ni alors ni maintenant; il faut que tu m'instruises 
pour que je sois de ton avis. Si je n'admets pas ton opinion, 
dis que je ne l'admets pas; et si les juges l'acceptent de toi, [229] 
qu'ils me persuadent, ou bien qu'ils me condamnent, comme 
celui qui ne varie pas dans sa malice. 

Dis donc (ce qu'est) «l'union hypostatique ». Veux-tu donc que 
nous regardions le prosôpon comme une hypostase, comme nous di- 
sons une essence de la divinité et trois hypostases, et que, par hypo- 
stases,nous entendions les prosôpons? Alors tu appelles hypostatique 
l'union-quant au prosôpon. Ce n'est pas des prosôpons mais des na- 
tures qu'il y a union. Car « diverses sont les natures qui sont venues à 
une véritable union, des deux provient un Christ ^. » Entends-tu par 
là le prosôpon du Christ, ou l'hypostase de l'essence et de la nature 
comme la figure de son hypostase ^, et par union hypostatique, dis- 
tu union des natures? Cela c'est moi qui le dis; je t'ai loué d'avoir 
dit et fait « la distinction des natures, selon la divinité et l'huma- 
nité, et leur cohésion en un seul prosôpon ^ ». N'as-tu pas dit : « des 
distinctions sans confusion » et que « (l'union) demeurait sans 
différence qui pût la scinder ?» Situ n'admets pas une distinction/, 
du moins une distinction des natures, tu introduis sans le savoir 
une scission naturelle. Mais la distinction ne porte pas sur 
l'union, puisque les choses qui sont unies par elle demeurent 
sans confusion, comme le buisson dans le feu et le feu dans le 
buisson; mais il n'apparait pas que tu dises cela, et tu me repro- 
ches de ne pas admettre l'union hypostatique. Je ne connais pas 
une autre union [230] hypostatique avec des natures différen- 
tes, ni quelqu'autre chose qui convienne pour l'union des na- 

1. Labbe, op. cit., t. m, col. 318 e. 

2. Cf. Hébr., I, 3. 

3. Labbe, loc. cit., col. 323 c. 



I, 3. RÉPONSE ET COMPARAISON DES LETTRES 139 

tures différentes, sinon un seul prosôpon, par lequel et dans lequel 
les deux natures sont connues, en attribuant leurs (propriétés) 
au prosôpon. 

Que le corps ait été le temple de la divinité de Dieu le Verbe, 
et que le temple ait été uni par une adhésion supérieure de la 
divinité, au point de s'attribuer ce qui lui est propre par la liai- 
son de la nature de la divinité, c'est beau à confesser et conforme 
à la tradition des Evangiles ; mais non qu'il le prît pour son essence. 
Quelle est donc cette autre union hypostatique que tu veux 
m'enseigner, qui consiste en « une union sublime, divine et ineffa- 
ble »? Je n'en sais rien, à moins que ce ne soit d'un prosôpon où 
celui-ci est celui-là et celui-là est celui-ci. C'est pourquoi je crie 
avec insistance en tout lieu que ce n'est pas à la nature, mais 
au prosôpon qu'il faut rapporter ce qu'on dit sur la divinité ou 
sur l'humanité; de crainte, si les deux (natures) étaient unies par 
l'essence, qu'il n'y ait imagination ^ pour les choses humaines. 
On ne lui attribue pas en tant qu'essence tout ce qui appartenait 
à l'essence, mais toutes les choses qui désignent le prosôpon. On 
reconnaît que Dieu le Verbe est dit être devenu chair et fils de 
l'homme, d'après la forme et le prosôpon delà chair et de l'homme 
dont il se servait pour se faire connaître au monde. Toutes les 
choses qui naturellement [231] sont dites de la chair, ne peuvent 
pas être dites du Verbe, (par exemple) : qu'il soit lorsqu'il n'était 
pas, ou qu'il provienne de ce qui n'était pas, ou tout ce que la chair 
est dite, avant que d'être, lorsqu'elle était et après qu'elle était, 
dans les vicissitudes de l'accroissement et des corruptions, en un 
mot notre consubstantiel (fils de notre nature). Car il est notre 
consubstantiel en tout; tout ce qui est dit de l'essence, n'est 
pas dit d'autre chose, mais seulement de l'essence, et il est dit 
(notre) consubstantiel; dans les choses qui sont dites du prosô- 
pon et de la forme de la nature, il est dit (être) ce qui le fait con- 
naître, comme le prosôpon (fait connaître) l'essence. Ce qui est 
naturellement n'est pas dit (du Verbe), parce que l'union n'a 
pas lieu selon l'essence et selon la nature, mais selon le prosôpon. 

De même pour la chair, on ne peut pas lui attribuer tout ce que 
Dieu le Verbe est par nature : elle n'est pas sans commence- 
ment, ni incréée, ni incorporelle, ni invisible, ni consubstantielle 
au Père et à l'Esprit Saint; bien que celui qui est dit Fils, Seigneur 

1. tpavraTta,* illusion ». 



140 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

et Dieu soit dit aussi chair, de cette manière, par l'union; parce 
que l'union a eu lieu au prosôpon du Fils de Dieu et non à l'essence 
ni à la nature, mais (à l'aide) des natures. Ce n'est pas à la nature 
mais au prosôpon que (la chair) a toutes les choses du prosôpon, 
excepté l'essence du prosôpon. 

[232] Quelle est donc cette autre union hypostatique quewje 
n'admets pas, comme tu le dis, ou comme incompréhensible 
ou comme peu convenable et, à cause de cela, j'arrive à dire deux 
Christs : un homme qui est honoré par l'appellation de Fils, et 
à part encore le Verbe de Dieu, qui a naturellement le nom et 
la réalité d*e la filiation ^P» Celui qui dit dans l'union un Fils, un 
Christ, un Seigneur, comment peut-il diviser et dire à part un 
Fils Dieu et un autre (la chair), et ainsi (dire) deux fils ? Cela ne se- 
rait pas dit une union, mais chacune des natures resterait dans 
son essence. 

On ne dit pas que Dieu le Verbe est devenu chair dans son essence, 
mais par l'union avec la chair; de même la chair n'est pas dite 
fils, en dehors de l'union du Fils de Dieu. C'est pourquoi il y a une 
seule chair dans les deux et un seul fils dans les deux. Celui qui, 
dans l'union, a (le droit) d'être et d'être appelé, n'est pas et ne peut 
pas être appelé dans la distinction et la séparation mutuelle. 
Ainsi Dieu le Verbe dans sa nature est Dieu incorporel, mais dans 
l'union ^vec la chair il est dit chair. De même la chair qui par sa 
nature est corps et qui est corps par essence, est Dieu et Fils par 
l'union avec Dieu le Verbe Fils de Dieu. On ne dit pas qu'ils 
sont deux chairs ni deux fils ; ceux qui sont différents par nature 
et qui sont (unis) par l'union des natures. 

Chez [233] les hommes, beaucoup qui sont fils (le) sont dits 
par la distinction et la division des natures, s'ils le sont par la 
grâce et l'adoption 2 seulement (qui) a été donnée à chacun 
d'eux; comme l'empereur honore chacun des princes. Ce qui est 
seulement par son hypostase, cela appartient aussi à plusieurs, 
comme par la grâce. (La chair) est dans son hypostase, et il la fit 
l'image de son image, ni par ordre,ni par honneur,ni simplement par 
une égalité de grâce, mais il la fit son image à son image naturelle, de 
sorte qu'elle n'est pas une autre,mais celle-là même qu'il a prise pour 
son prosôpon, pour que celui-ci fût celui-là et celui-là celui-ci; un 

1. C'est le sens des reproches contenus dans la seconde lettre de Cyrille. 

2. Litt. : domesticitas. 



I, 3. KÉPO^'SE ET COMPARAISON DES LETTRES 141 

et le même en deux essences; prosôponiormé par la chair et qui 
informe la chair à l'image de sa filiation en deux natures, et une 
chair dans les deux natures, celui-ci figuré par celui-là et celui- 
là par celui-ci; une seule et même image de prosôpon. 

Je ne sais pas dans quel sens tu parles de l'union hypostatique, 
pour qu'elle soit « incompréhensible ou peu convenable », afin 
que je l'admette ou que je ne l'admette pas. A cause de cela il est 
défini et« dit homme à part dans l'appellation ou l'honneur de 
Fils; puis à part encore (il est dit) le Verbe de Dieu, qui possède 
naturellement la filiation, le nom et l'appellation ^ » Le mot «à 
part» 2, comment le dis-tu? [234] Dis clairement la profession de foi 
des Pères et mets ce qu'il convient de dire et pour moi et pour 
chacun, car tu n'as pas exposé clairement ce que nous devons 
penser et dire. Comment dis-tu que la nature humaine ne peut 
pas être conçue à part, surtout en dehors de l'essence de Dieu le 
Verbe, qui est Fils non par nature, mais par l'union? Mais tu dis 
qu'il y a aussi des diversités dans les natures qui ont été réunies pour 
constituer l'union d'un fils. Mais la diversité des natures n'a pas été 
supprimée par l'union des natures; ce n'est pas comme si la diver- 
sité des natures était supprimée par l'union. Si donc la diversité 
des natures n'est pas enlevée, la nature de la chair appartient 
seulement à la nature de l'humanité. Celui qui est Fils, consub- 
stantiel à Dieu le Père et au Saint Esprit, appartient seulement 
et uniquement à la divinité, car, par l'union, la chair est fils et 
Dieu le Verbe est chair. C'est pourquoi celui qui parle ainsi, ne dit 
pas deux fils ni deux chairs, il ne dit pas deux chairs dans la 
nature, ni la chair dans l'un, la filiation dans l'autre, mais ils se 
servent des prosôpons naturels de l'une et de l'autre (nature) 
dans ce qui leur est propre ^. Comme le feu était dans le buisson 
et le buisson était feu et le feu était buisson ^, et chacun d'eux 
était buisson et feu, et il n'y avait pas deux buissons ni deux 
feux. Car [235] tous deux étaient dans le feu et tous deux dans 
le buisson, non comme séparés mais comme unis. Des deux 
natures proviennent des prosôpons naturels. Ou ne dis pas que 



1. Labbe, op. cit., t. m, col. 319_^d. ' 

2. îor/.o)ç. Ibid. 

3. Litt. : eadem usi sunt in personis [prosôpons] naturalibus utrorumque in pro- 
priis. 

4. Exode, III. 



142 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

les natures sont séparées, lorsqu'elles conservent les différences 
des natures et qu'elles ne sont pas supprimées. Ou bien dis que 
les natures ont conservé leurs différences, puis réunis-les dans une 
union inséparable ^, sans que les diversités des natures soient 
supprimées par l'union ^... 

Si tu les entends uniquement non dans les natures, mais dans 
leur différence l'une de l'autre, en quoi suis-je coupable, moi qui 
confesse l'union inséparable des deux natures en un prosôpon? 
Je te parle comme à quelqu'un qui n'est pas fixé sur ce sujet. 
Est-ce que tu ne donnes qu'une nature à l'union hypostatique 
au point qu'après l'union les natures ne conservent pas leurs 
propriétés ? Tu corriges ce que tu avais dit d'abord, tu le fais 
disparaître surtout dans ta discussion contre moi, lorsque tu veux 
dire le contraire de ce que je dis. Parce que tu n*as pas voulu 
chercher la cause de la division pour trouver la vérité, mais 
par opposition, comme un ennemi. Cette (union) fait évanouir 
les natures et je ne l'accepte pas. [236] Car, par opposition contre 
moi, tu as médité des définitions avec des paroles violentes (les 
anathématismes), comme font les voleurs, pour cacher ta pen- 
sée et pour n'être pas connu. Tu dis ceci, cela et tout, mais tu 
ne parles pas de l'union hypostatique pour supprimer les natures, 
mais pour (établir) l'union naturelle qui(provient) de la composition 
en une nature. De même que l'âme et le corps (concourent) en une 
nature de l'homme, ainsi Dieu le Verbe s'est uni à l'humanité 3, et 
c'est cela que tu appelles union hypostatique. Mais quand bien 
même les natures subsisteraient, il y aurait union pour former une 
nature passible, faite et créée, car l'union naturelle est une seconde 
création. Ce qu'elles n'ont pas par leur nature, elles le reçoivent dans 
leur nature par l'union naturelle. Mais les choses qui sont unies 
d'une union naturelle, sont unies avec la passivité naturelle de 
Tautre, et ne souffrent pas volontairement leurs souffrances mu- 
tuelles; comme l'âme et le corps, qui ne reçoivent pas dans leur 
nature leurs propriétés mutuelles, mais par l'union naturelle, 
participent l'un à l'autre et donnent et reçoivent les souffrances 



1. Litt. : Vel die quod manserunt in di<^ersitate naiurarum et ut differentia 
naturarum, ponis eos in unitate quse non scinditur. 

2. Lacune. 

3. Comparaison fréquente chez saint Cyrille. Cf. Labbe, op. cit., t. m, col. 
403 c.d, 1147 c. 



I, 3. RÉPONSE ET COMPARAISON DES LETTRES 143 

de l'un et de l'autre par nécessité naturelle, et dans le mélange 
naturel, au point que celui qui n'aurait pas souffert par lui-même, 
souffrira. Car dans l'union, ce n'est pas l'âme en particulier qui 
souftVe de la faim et de la soif, ou qui se plaint d'une coupure, 
d'une brûlure ou d'un coup. De même ce n'est pas le corps sans 
âme qui sentirait ces choses. Par l'union [237] naturelle des 
natures diverses, elles souffrent passivement les souffrances 
les unes des autres et elles y participent par la nécessité de 
l'union. 

Si donc tu places l'union hypostatique dans la nature, tu dis, 
comme les ariens, qu'elle est naturelle et non volontaire (et) 
qu'il a souffert avec la passivité naturelle. Il a souffert par l'u- 
nion naturelle, car les passions de l'âme, dans le composé na- 
turel, sont les souffrances du corps. Ce n'est pas pour souffrir 
que celui qui n'a pas été fait, celui qui est incréé par sa nature, 
a été composé (avec son corps) comme ce qui est créé et fait. Ce 
n'est pas par la manière dont l'âme est dans le corps et le corps dans 
l'âme qu'on peut montrer l'union en une nature ; car l'âme ne 
produit pas nécessairement l'union dans tout corps qui a une 
âme, et elle ne peut pas toujours vivifier son corps; mais elle ne 
le peut que par une composition, telle qu'elle a été formée en 
une nature par le Créateur, enfermée et prise involontairement 
dans une limite naturelle, fixée et infranchissable. (Les deux 
parties) sont séparées ou enchaînées par une création dans l'union 
de la nature. Si donc l'union de Dieu le Verbe avec l'humanité était 
en une nature, quand même ces natures demeureraient sans confu- 
sion, cependant par l'union naturelle, le Créateur et le créé seraient 
formés avec changement volontairement ou involontairement, 
parce qu'ils sont ainsi appelés et que (leur composé) est fait et créé. 
Celui qui peut tout créer, c'est-à-dire Dieu, sera la nature de 
l'union; et ce ne sera pas l'hypostase de l'humanité qui montrera 
la nature animale; comme le corps [238] sans l'âme n'est pas 
animal par son hypostase, mais bien par la création de l'union na- 
turelle. S'il en est ainsi, l'homme aussi doit à Dieu d'être animal, il 
ne l'a pas de son hypostase et de sa nature, mais de l'union hypo- 
statique qui établit une (seule) nature. 

Il refuse de dire que l'homme est homme, et (qu'il est) animal 
dans son hypostase et dans sa nature, et que Dieu le Verbe est 
Dieu le Verbe dans son hypostase, afin de maintenir, dans l'union, 
sa nature (du Verbe), pour qu'il ne soit pas animal d'après l'union. 



144 NESTORIUS. LIVRE D HÉRACLIDE 

11 dut d'être homme à Tacte de la création du Père, du Fils et 
du Saint-Esprit. Il dut d'être Fils unique à son union avec Dieu le 
Verbe, non d'après sa nature, ni dans une union naturelle et hypo- 
statique. Car ce qui lui provient de l'union naturelle ne lui provient 
pas d'un autre ; mais de la constitution naturelle ; par exemple d'être 
un seul animal ne provient pas du corps ni de l'âme ni des deux, 
mais de la constitution naturelle. Cette (union) est sujette à 
la corruption et à la souffrance, mais l'union qui a lieu par le 
prosôpon des natures est impassible et incorruptible, car elle a 
lieu par une relation volontaire ^ ; cette union n'est pas involon- 
taire, par abaissement et par élévation, par commandement 
et par obéissance. Une telle (union) n'est ni pour abolir, ni pour 
[239] détruire, ni pour déraciner une nature ou les propriétés 
des deux natures, mais les propriétés particulières, dans les choses 
naturelles, diffèrent par l'esprit et la volonté, selon la distinction des 
natures dans une liaison, tandis que dans l'union des natures, c'est 
la même volonté et intelligence, pour que toutes deux veuillent 
ou ne veuillent pas la même chose. Et la volonté ^ est celle des 
deux ^ parce que le prosôpon de l'une est aussi celui de l'autre, et ré- 
ciproquement, de l'une vient l'autre et inversement. Quand il parle 
comme par son prosôpon, il parle par le prosôpon unique qui résulte 
de l'union des natures et non par une hypostase ou nature. Car 
la divinité n'est pas limitée par le corps, comme chacune 
des natures qui sont unies en hypostase. Ceux-là sont limités 
par la nature lorsqu'elle les limite dans leur être et qu'ils n'exis- 
tent pas à part; comme l'âme et le corps qui sont liés par leur 
être et qui n'existent pas à part *. 

Si tu dis donc ainsi que Dieu le Verbe est uni à la chair en hypo- 
stase et que tu appelles cela union « incompréhensible et peu 
convenable)), je ne refuse pas de dire clairement : «Ce sont les 
impies qui disent de telles choses, et cette pensée n'est pas des 
orthodoxes.)) Si le Fils impassible était venu à la nécessité ^ d'une 
nature passible, afin de souffrir d'une manière sensible ; cela montre- 
rait que son essence n'est pas impassible, [240] mais est une nature 



1. domesticitas. 

2. « et la volonté » figure deux fois dans le texte. 

3. « est mutuelle. » 

4. Litt. : « En dehors d'eux-mêmes. « 

5. àvâyy.r,. 




I, 3. RÉPONSE ET COMPARAISON DES LETTRES 145 

passible dont il a été composé dans runion hypostatique pour y 
souffrir. Celui qui ne peut p^s souffrir par nature, ne souffrira aussi 
en aucune manière dans son hypostase, s'il est impassible ; car celui 
qui souffre en quelque chose, n'est pas impassible dans son hypo- 
stase. Mais il n'est impassible qu'à la manière de tous ceux qui 
souffrent dans la nature; ils ne souffrent pas de toute manière, 
mais seulement de la manière dont leur nature peut souffrir. Tous 
(les êtres) ne souffrent pas de la même manière : ni la lumière, 
ni l'air, ni le feu, ni les animaux de la mer, ni ceux de la terre, ni les 
oiseaux, ni les corps, ni les âmes, ni les anges, ni les démons, mais 
ils sont passibles dans l'essence et dans l'hypostase. Ils souffrent 
selon que leur nature est disposée pour souffrir, ou par eux-mêm^s 
ou par un autre. 

Mais tu ne parles ni de confusion, ni de changement d'essence, 
ni de corruption, ni encore (de changement) par nature pour en 
arriver à une union hypostatique. Tu parles alors de cette (union) 
volontaire, dans laquelle on conçoit une union sans confusion et 
sans souffrance des natures en un seul prosôpon, et non d'une union 
naturelle. Car le prosôpon qui se trouve dans une union naturelle 
est dit des deux natures qui se sont unies, de même que l'homme 
n'est ni le corps, ni l'âme (à part). Ces choses (corps et âme) 
s'unissent en (une) nature et en prosôpon naturel. Dieu [241] 
prit pour lui la forme du serviteur et non d'un autre, pour son 
prosôpon et sa filiation; ainsi sont ceux qui sont unis en une 
nature. // prit la forme du serviteur-, ce n'est pas l'essence de 
l'homme qui était la forme du serviteur; mais celui qui la prit 
en fit son image et son prosôpon. Il est devenu la forme des hommes ^ 
mais non la nature des hommes, bien que ce fût la nature hu- 
maine qu'il prit, celui qui la prit devint la forme de l'homme. 
De plus celui qui prit et- non celui qui fut pris fut trouvé homme 
par son aspect ^. Car celui qui fut pris avait l'essence et la nature 
de l'homme; mais celui qui prit fut trouvé homme par son aspect 
sans avoir la nature de l'homme. Car il ne prit pas la nature, mais 
la forme; la forme et l'apparence de l'homme, dans tout ce que 
le prosôpon comporte, (l'Apôtre) racontant l'humilité de son 
aspect : Il s'humilia, jusquà la mort, et la mort de la croix par 
laquelle il s' est anéanti ^ a fin de montrer dans la nature l'humilité 

1, in similitudinem hominum faclus. 

2. Philipp., II, 7, 8. 

Nestorius — 10 



146 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

de la forme du serviteur et de supporter l'opprobre chez les 
hommes. Car ils le méprisèrent, lui qui était dans un abaissement 
sans bornes. Il a aussi fait connaître la cause pour laquelle il 
prit la forme du serviteur, lorsque sous la forme des hommes il 
fut trouvé, en apparence, comme un homme ; il s^ humilia jus qu à 
la mort, la mort de la croix ^. Ce n'est pas dans sa nature qu'il 
souffrit [242] cela, mais il se servit de celui qui souffre naturelle- 
ment, dans sa forme et dans son prosôpon, afin de lui donner 
par grâce dans son prosôpon un nom supérieur à tous les noms, 
devant qui tout genou pliera dans le ciel et sur la terre et en dessous 
de la terre. Et toute langue le confessera ^ afin que, par sa similitude 
avec Dieu, et selon la grandeur de Dieu, il soit reconnu comme 
fils celui qui prit la forme du serviteur, qui fut dans la forme de 
Vhomme, et qui fut trouvé en apparence comme un homme et qui 
s^humilia jusquà la mort et la mort de la croix, et qui fut exalté parce 
quil lui fut donné un nom supérieur à tous les noms, sous l'appa- 
rence de la forme du serviteur qui fut prise pour l'union. Celui- 
là est la forme du serviteur, non en apparence mais par essence 
et elle fut prise pour la forme et l'apparence et l'humiliation 
jusqu'à la mort de la croix. C'est pourquoi elle fut exaltée jus- 
qu'à prendre un nom supérieur à tous les noms. 

Pour comprendre la forme du serviteur comme essence, il avait 
mis le* Christ pour le (faire) comprendre. Car le Christ est les deux 
(Dieu le Verbe et l'homme) par nature ^. C'est pourquoi les propri- 
étés des deux natures conviennent aussi à un prosôpon, non celui 
de l'essence de Dieu le Verbe. Le prosôpon ne se trouve pas dans 
l'essence, il n'est pas (par exemple) dans l'essence de Dieu le 
Verbe qui n'est pas le prosôpon d'union des natures qui se sont 
unies; de manière à unir les deux essences dans un prosôpon de 
Dieu le Verbe [243] car il n'est pas les deux par essence. Ce n'est 
pas que Dieu le Christ soit en dehors de Dieu le Verbe, mais il dé- 
signe l'union des deux essences : de Dieu le Verbe et de l'homme. 
Car Dieu et l'homme constituent le Christ, comme tu le dis aussi. 
Les diversités des natures ne périssent pas à cause de l'union, 
mais nous complètent surtout un Seigneur et Christ et Fils, 
par un concours ineffable et incompréhensible de la divinité 

1. Philipp., II, 7, 8. 

2. Ibid., 9-11. 

3. On interprétera ce passage d'après la lettre de Nestorius, Labbe, op. cit., 
t. III, col. 323 b, c, où l'on trouve le commentaire du même texte. 



I, 3. RÉPONSE ET COMPARAISON DES LETTRES 147 

et de l'humanité vers l'union ^. » (Voilà ce qu'on lit) au moins 
dans ce que tu as dit de bien, où tu parais te repentir. Ce n'est 
pas l'essence de Dieu le Verbe qui a été complétée par la divinité 
et l'humanité, parce que ce n'est pas l'union qui lui donne d'être 
Dieu le Verbe, comme le Christ qui est (formé) de la divinité et 
de l'humanité. Car l'incarnation (entière) indique l'humanité, 
et le (mot) « il devint hom.me » s'applique non seulement à la 
divinité, mais aussi à l'incarnation qui s'opéra. 

C'est pourquoi l'apôtre place d'abord le prosôpon de l'union 
et ensuite les choses dont résulte l'union. Il dit d'abord « la 
forme de Dieu )) qui est la similitude de Dieu et ensuite « elle 
prit la forme du serviteur, » ni pour l'essence, ni pour la nature, 
mais pour la similitude et le prosôpon, pour participer à la forme 
du serviteur et pour que la forme du serviteur participât aussi à la 
forme de Dieu, afin [244] qu'il y eût nécessairement un seul pro«o- 
pon avec les deux natures. Car la forme est le prosôpon ; de sorte 
qu'il est l'un par l'essence, et l'autre par l'union, au point de 
vue de l'humiliation et de l'exaltation. Comment nous ordonnes- 
tu de comprendre, dans l'union, les différences de ces natures ? 
Car l'union n'a pas enlevé les différences des natures, (il n'y a 
pas de raison) pour que nous ne comprenions pas ces différences 
de nouveau. « Celui qui prit la forme du serviteur, » c'est la propriété 
seulement de la forme de Dieu. Ce qui fut pris (concerne) unique- 
ment la forme du serviteur; mais l'une appartient à l'autre et 
l'autre à rune,-grâce à l'union de prosôpon et non d'essence ; de sorte 
que, où une forme est par essence, l'autre y est par l'union, et non 
une autre. Celle qui est par essence la forme de Dieu est la consubs- 
tantielle de cette essence, parce qu'elle est une forme naturelle, mais 
par l'union, la forme de Dieu prit la forme du serviteur, et la 
forme de Dieu, qui est naturellement de Dieu, devint en apparence ^ 
la forme du serviteur. La forme du serviteur, qui est naturelle- 
ment la forme du serViteur et, dans l'union, la forme de Dieu, 
n'est pas naturellement la forme de Dieu. De sorte que les pro- 
priétés de chacune des natures sont conçues à part, et aussi les diffé- 
rences naturelles dans chacune des natures. Les (propriétés) 
de l'union sont conçues comme particulières à l'union et non 
à l'essence. 



1. Labbe, loc. cit., col. 318 e (seconde lettre de Cyrille). 

2. '77r,(j.a. 



148 NESÏORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

Comment donc nous ordonnes-tu de ne plus rien imaginer à part, 
au sujet des [245] différences des natures, lorsque tu as dit qu'elles ne 
périssaient pas à cause de l'union ^?Mais tu ne peux pas me répon- 
dre ni me reprendre dans les choses dont tu m'accuses ; mais 
tu t'accuses toi-même dans les choses que tu veux me repro- 
cher et que tu énonces en réalité contre toi. 

Vous donc, ô justes juges, qu'avez-vous examiné de tout cela? 
ou des questions que nous avons posées, ou des choses que nous 
avions dites; d'après les choses que j'ai confessées et d'après 
celles que j'ai nié avoir pensées, réprimandez l'égaré ou instruisez 
l'ignorant. Ce n'est pas d'après les choses qu'un homme nie qu'il 
sera condamné comme hérétique, mais d'après celles qu'il con- 
fesse. Ainsi Arius, ainsi Eunomius, ainsi Macedonius, ainsi cha- 
cun des hérétiques furent condamnés par les Pères d'après ce 
qu'ils confessèrent d'opposé (à la foi), ce qu'ils disputèrent, et 
ce (sur quoi) ils furent examinés. Et vous maintenant qui imitez 
les (Pères), pour quelle chose, que j'aurais confessée et discutée 
à-leur encontre, me condamnez-vous ^ comme hérétique? Qu'avez- 
vous trouvé dans ma lettre qui soit contraire à la profession de 
foi des Pères ? Si je l'ai dit et si je ne l'ai pas dit, dites-le. 

Celui-là (Cyrille) a dit que tout ce que les Livres divins attri- 
buent au Christ, doit être attribué à Dieu le Verbe : la nais- 
sance d'une femme, la croix, la mort, l'ensevelissement, la résur- 
rection, l'ascension, la seconde venue lorsqu'il viendra de nouveau. 
Ce n'est pas là [246] des choses que les Pères ont commencé (à 
dire) . . . 

Pour moi, j'ai dit à cela : Parce que les Pères n'ont pas dit ces 
choses, aussi il ne convient pas de commencer (à les dire) main- 
tenant^. J'en ai donné la raison : ils ne pensaient pas à montrer 
que Dieu le Verbe est passible, mortel, fait et créé, ni qu'il 
provenait des choses qui n'étaient pas. Ces choses sont le fait 
de ceux qui commencent de là (du milieu) ; cependant les Pères 
ont dit tout à fait l'opposé de ce qu' Arius dit et enseigna. 
C'est pourquoi ils firent commencer leur doctrine à l'union du 
prosôpon du Christ, pour accepter comme il fallait avec ordre 



1. Cf. Labbe, op. cit., t. m, col. 318 e. 

2. Litt. : « m'ont-ils condamné. » 

3. ou : « de commencer par ces (paroles : Il est le Fils unique, né de Dieu 
le Père selon la nature). » Cf. Labbe, op. cit., t. m, col. 322 d et e. 



I 



I, 3. RÉPONSE ET COMPARAISON DES LETTRES 149 

les choses de la divinité et celles de l'humanité, sans qu'il y eût 
confusion ou suppression des natures. Ils combattaient contre 
toutes les hérésies et ils étaient confirmés fermement dans l'ortho- 
doxie ^ lorsqu'ils répondaient et disaient ces paroles : 

«Je crois en un seigneur Jésus-Christ, fils unique.» Examine, lui ai-je 
dit 2j comment ils ont placé d'abord : seigneur, Jésus-Christ, (Fils) unique 
et Fils, noms communs de la divinité et de l'humanité, comme fondement, 
puis ils ont bâti là-dessus la tradition de l'incarnation, des souffrances et 
de la résurrection, afin qu'en plaçant d'abord les noms des deux natures, 
qui indiquent les propriétés communes, celles de la filiation et de la domi- 
nation ne fussent pas séparées et que celles des natures, dans l'union de 
filiation, [247] ne vinssent pas en danger ^ de corruption et de confusion *. 



Que vous en semble-t-il, ô justes juges ? Parce que lui a écrit la 
pensée qui lui a plu, que moi aussi j'ai écrit ma pensée de la même 
manière et que nous vous avons ensuite choisis pour juges ; que pen- 
sez-vous de cela ? Quelle idée avez-vous à ce sujet? Quel est le juste, 
ou quel est l'impie ? Quelle pensée avez-vous examinée ? Dites- 
nous vos idées; écrivez-nous comme de justes juges. Ai-je donc 
menti et transgressé la foi des Pères parce que je lui ai dit (à 
Cyrille) : C'est ici qu'ils ont commencé, ce n'est pas à « Dieu le 
Verbe », mais à « un seigneur Jésus-Christ Fils de Dieu ? » Vous 
me condamnez comme celui qui ajoute à cela et vous acquittez 
celui-là qui n'a jamais conservé leur foi, mais qui a supposé qu'ils ont 
employé ces noms simplement ^ et sans ordre. Moi j'ai, dit que 
ce n'est pas simplement ^ qu'ils ont commencé par là, mais par 
un dessein divin. Si j'ai péché en cela, montrez-le moi; sinon pour- 
quoi condamnez-vous comme une impiété la phrase que je lui 
ai dite : « ils ont commencé d'ici pour les propriétés communes 
de la divinité et de l'humanité, comme l'indiquent les noms, et, 
pour une doctrine [248] complète et exacte, ils ont voulu commen- 
cer par ces noms comme si le nom de Christ était vraiment des 
deux natures : homme et Dieu. » Mais, si c'est pour cela, il vous faut 



1. ôpOoooHfa. 

2. Seconde lettre à Cyrille. Labbe, loc. cit., col. 323 a. 

3. y.cvS'jvoç. 

4. D'après le scribe il y a ici six lignes blanches dans le manuscrit. Elles pou- 
vaient être réservées à la suite du texte de la lettre de Nestorius, ou à un titre. 

5. C'est-à-dire : « au hasard. » 



150 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

le condamner aussi, car il a dit : « Diverses sont les natures qui se 
sont unies pour concourir à l'union, mais des deux (résulte) un 
Christ 1. » Ce n'est pas un Dieu le Verbe qui résulte des deux, 
car la différence des natures n'est pas enlevée à cause de l'union. 
C'est donc au Christ qu'appartiennent les deux natures, et non à 
Dieu le Verbe. Ou bien condamnez mes paroles avec les siennes, ou 
bien, d'après les siennes, déclarez-moi aussi innocent, puisque 
je confesse tout cela. Sinon, montrez, ou vous ou lui, comment 
il confesse que Dieu le Verbe est en deux essences ; de quelle 
divinité et humanité réunies Dieu le Verbe a-t-il été formé ? Il 
a parlé en effet d'un Christ qui est (formé) de natures diverses, de la 
divinité et de l'humanité, et qui fut complété ineffablement par la 
réunion des natures. De quelles natures ? Et de quelles essences ? 
De quelle divinité et de quelle humanité fut complété Dieu le 
Verbe, pour que Dieu le Verbe fût dans les deux natures? Ou vous 
ou lui, dites-nous aussi maintenant, bien que vous ne l'ayez pas 
dit auparavant, dites : Dieu le Verbe est par essence en deux 
(parties), comme vous confessez que le Christ est par essence en 
deux, (tiré) de natures diverses; lés natures étant diverses, l'union 
n'a certes pas aboli [249] la différence des natures ^, mais vous dites 
que Dieu le Verbe a des natures différentes. Si d'une essence il 
est résulté deux essences, de la divinité ef de l'humanité, il y a eu 
scission et non union ; mais il a dit que le Christ était dans 
l'union, et était en deux natures. Dieu le Verbe est devenu chair par 
l'union et non par essence; comment professe-t-il donc que cela 
ne fait qu'un : celui qui est deux dans l'union et celui qui est 
la nature? Est-ce la même chose que la nature et l'union, et 
(avoir lieu)dans la nature et dans l'union, et le prosôpon et l'essence? 
Bien que le prosôpon n'existe pas sans essence, cependant l'essence 
et le prosôpon ne sont pas la même chose. 

Comment donc nous avez-vous jugé, ô sages juges? Que pensez- 
vous des (paroles) des Pères ? Sont-elles conformes aux saints 
Livres pour les noms et pour la signification des noms; ont-ils 
employé ces noms avec diligence et clarté? C'est par là et non d'un 
autre côté qu'ils ont pu avec précaution commencer dans leur 
enseignement. Mais s'ils (ont commencé) à l'endroit où le Saint- 
Esprit les a conduits afin que rien ne manquât, qu'il n'y eût 

1. Labbe, loc. cit., col. 318 e. 

2. Même idée, p. 356, lig. 11 du texte. 



I, 3. RÉPONSE ET COMPARAISON DES LETTRES 151 

rien de trop, rien d'inutile, ils n*ont rien fait au hasard, mais 
tout avec examen ; en sorte que tout ce qui apparaît dans le 
Christ — toutes les propriétés de Dieu le Verbe : qui a une nature 
impassible, immortelle et éternelle; et toutes celles de l'humanité : 
[250] une nature mortelle passible et créée; et celles de l'union et 
de l'incarnation, depuis le sein et l'incarnation — s'applique 
.à un prosôpon, à ce prosôpon de Notre Seigneur Jésus-Christ qui est 
commun, par lequel les Pères ont commencé. Alors, par la dis- 
tinction du Verbe, ils nous ont renseignés sur la divinité : « il est 
(le Verbe) de Dieu le Père consubstantiel au Père, lumière de 
lumière, par qui tout a été fait, les choses qui sont sur la terre 
comme celles qui sont dans le ciel. » Puis, (au sujet de) l'incarnation 
de Dieu le Verbe et de l'humanité, ils ont dit : « Pour nous hommes, 
et pour notre salut, il est descendu et il s'est incarné. » Alors ils ont 
parlé des choses de la chair, de la naissance et de la formation, 
«il s'incarna», ils ont dit en enseignant : « il s'incarna du Saint- 
Esprit et de la vierge Marie; » ils ont fait connaître cette union 
pour laquelle « il s'incarna et se fit homme. » Jusqu'à son incarna- 
tion, ils nous apprenaient tout en parlant de Dieu le Verbe. Après 
qu'il se fut incarné, ils parlent sur l'union : « provenant du Saint- 
Esprit et de la vierge Marie ; » sur la naissance de la chair qui s'in- 
carna, ils disent la souffrance, la mort, la résurrection, l'ascension et 
les actions qui ont fait connaître que le corps lui était uni, 
étant animé et doué de connaissance, afin qu'on pensât que 
l'union était sans confusion, sans changement d'essence et de natu- 
re, sans [251] mélange ni composition naturelle, comme pour abou- 
tir à la formation d'un animal, mais en un prosôpon d'après l'écono- 
mie pour nous, au point de s'associer à nous par l'humiliation 
jusqu'à la mort et la mort de la croix ^. Nous participerons donc 
à lui 2 dans le nom qui est supérieur à tous les noms, auquel tout 
genou se pliera dans le ciel sur la terre et en dessous de la terre et toute 
langue le confessera ^. 

L'âme n'était pas sans volonté et sans intelligence dans la nature 
humaine; et le corps n'était pas privé de sens, du sens animal 
de son être, d'après l'union naturelle du corps et de l'âme. Toutes 
les choses naturelles sont l'œuvre de la nature et de la puis- 



1. Philipp., II, 8. 

2. Litt. : « unissons-nous à lui. » 

3. Ibid., 10-11. 



152 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

sance sans défaut, actives et passives. Ce n'est pas en nature 
qu'a eu lieu l'union de Dieu le Verbe avec l'humanité, de sorte 
que l'intellect de l'humanité fût sans opération et qu'il pensât 
avec l'intellect de Dieu le Verbe et non avec l'intellect de l'huma- 
nité; qu'il sentît, non dans l'union del'âme vivante, mais ^ dans 
l'union de la divinité ; qu'il vécût et sentît, non par l'opération du 
sens de l'âme, mais par la puissance de la divinité, car une telle 
union est passible. De même que l'âme donne naturellement le 
sentiment au corps, de même, par ce sentiment, la sensation des 
souffrances du corps est donnée à l'âme; [252] de sorte que la 
sensation des souffrances du corps est donnée par l'âme et à l'âme ; 
car (cette union) est passible. C'est pourquoi l'union a lieu pour le 
prosôpon et non pour la nature. Nous ne disons pas union des prosô- 
pons, mais des natures. Car, dans l'union, il n'y a qu'un seul prosô- 
pon; mais dans les natures, un autre et un autre; de sorte que le 
prosôpon soit reconnu sur l'ensemble ; c'est pour son prosôpon qu'il a 
pris la chair, la forme du serviteur; c'est avec lui qu'il parlait quand 
il enseignait, qu'il agissait, qu'il opérait. Il donna sa propre forme à 
la forme du serviteur, et c'est de cette forme qu'il parlait comme de 
son prosôpon et de la divinité. Le prosôpon (en effet) est commun, 
unique et le même. La forme du serviteur appartient à la divinité et 
celle de la divinité à l'humanité. Un et le même (est le) prosôpon, 
mais (il n'en est pas de même pour) l'essence. Car l'essence de la 
forme de Dieu et l'essence de la forme du serviteur demeurent 
dans leurs hypostases. 

L'union des natures n'était pas sans volonté et sans intelli- 
gence, comme l'ont dit Arius et Apollinaire, mais (elle aboutissait) 
au prosôpon et à l'économie (de l'incarnation) pour nous, et à 
l'union de son image et de sa forme qui est dans notre nature de 
l'âme et du corps, rien ne lui manquait à l'exception seulement des 
péchés. Ce n'est pas pour la divinité qu'il s'est incarné ^, mais 
pour que celle-ci le fît combattre contre le péché, en accomplis- 
sant tous les préceptes de la loi [253] et les observances principales, 
afin de paraître sans faute dans le choix et dans l'observance des 
préceptes, et que lui, qui était sans péché, fût livré pour nous à 
la mort : le juste pour les méchants. Quelle est donc cette défaite? 
Quelle est cette victoire? Quelle est cette égalité de rémunération 



1. Le texte ajoute : « qu'il vécût. 

2. Litt. : '( qu'il s'est conduit.» 



I, 3. RÉPONSE ET COMPARAISON DES LETTRES 153 

pour les actes de Dieu et de l'homme? car c'est le dirigeant qui 
s'unit en hypostase, en sorte qu'il participe à la vie et aux actes 
et qu'il est saisi par la mort; aussi les actions, la mort et la résur- 
rection sont de celui qui dirige et de celui qui est dirigé. Ou bien 
Dieu demeura, dans sa nature, tel qu'il était par nature, sans péchés, 
ou bien les actions du Christ eurent lieu par tromperie, puisque 
Dieu le Verbe se conduisait comme un homme. Car les deux 
étaient conduits et tirés l'un par l'autre, par la nature et par 
la volonté, et lui aussi (le Verbe?) était tiré. L'acte résulte d'un 
ordre; il ne provient pas de la nature immuable, unique et sans 
maître, qui n'est pas entraînée par la volonté et l'intelligence d'un 
autre. S'il y a en vérité conduite et action humaine, la conduite 
de Dieu le Verbe était dans la nature ; il se conduisait dans les choses 
de la nature et s'y tenait; parce qu'il a pris la nature pour lui et 
il est devenu changeant et variable. Dorénavant ce n'est plus 
la conduite de Dieu qu'il pratique, mais (celle) de la nature dans 
laquelle il se conduit. 

Qu'avez-vous donc trouvé dans ma lettre qui me rende coupa- 
ble, [254] puisque vous m'avez condamné et que vous avez 
regardé celui-là comme un homme pieux? J'ai commencé par 
le réprimander ^, comme mentant au sujet des Pères et enlevant 
tout le commencement de la foi. Il se fait un commencement à 
lui, là où il fait nécessairement Dieu le Verbe passible. Dieu le 
Verbe (d'une part) et le Christ (d'autre part) ne désignent pas 
la même chose, ni dans les Livres divins, ni comme il l'a dit ; 
bien que le Christ ne soit pas en dehors de Dieu le Verbe. Je 
ne lui ai pas ^ enseigné le mode des Livres divins et ne lui ai 
pas ^ montré ce qui découlait de l'emploi de tel ou tel nom. Je 
l'ai loué de ce qu'il disait de bien : de ce qu'il conservait sans 
confusion les natures et leurs propriétés, de sorte que Dieu 
le Verbe fut impassible même dans l'union ; il fait siennes les 
propriétés de la chair, mais je lui ai montré qu'elles remon- 
taient non à sa propre essence mais à son prosôpon; entant que 
son prosôponest à lui et que tout désigne son prosôpon. Tout ce 
qui appartient au prosôpon n'appartient pas (par là même) 
à l'essence : car Dieu le Verbe n'est pas dit dans toutes les choses 



1. Résiimi- de la seconde lettre de Nestorius. Labbe, loc. cit., col. 322-327. 

2. Il semble que la nég^atioii soit en trop. Il peut s'agir du texte de saint Paul 
cité et commenté par Nestorius. Ibid., col. 323 h. 



154 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

de l'essence de la chair et la chair n'est pas dite non plus dans 
toutes les choses qui appartiennent par essence à Dieu le Verbe, 
mais dans toutes les choses qui indiquent le prosôpon et qui lui 
appartiennent ; de sorte que l'union sans confusion soit conser- 
vée aussi dans la différence des natures [255] et que le prosôpon 
d'union des natures ne soit pas divisé. Ce que je n'ai pas compris 
et que je n'admettais pas, je le lui ai dit et je ne l'ai pas caché. 
Je lui (en) ai indiqué la cause ainsi que le doute qui était né en 
moi, pour ne plus rien lui laisser dire de ce qu'il disait auparavant. 

Pourquoi donc m'avez-vous condamné? Parce que jelui ai repro- 
ché de ne pas adhérer aux paroles des Pères, et, à l'encontre de 
leur sentiment, d'avoir fait Dieu le Verbe passible et créé et 
fait et (provenant) de ce qui n'était pas; puis de commencer 
par celui-ci (Dieu le Verbe), et de lui attribuer toutes les propriétés; 
je lui ai tout enseigné; est-ce pour cela que vous vous indignez ? 
Est-ce parce que je lui ai reproché d'avoir menti au sujet des 
Pères, parce qu'il disait que les Pères ont appelé la sainte Vierge 
Mjère de Dieu, lorsqu'ils ne font même pas mention de la 
nativité? Est-ce pour cela que vous m'avez exclu ? Il ne faut faire 
grâce à personne. Si cette parole (Mère de Dieu) a été utilisée, 
dans la discussion de la foi, par les Pères de Nicée, à l'aide desquels 
il combat contre moi, lisez-la, ou si elle a été dite par un autre con- 
cile des orthodoxes. Car elle vient des hérétiques : de tous ceux 
qui combattent la divinité du Christ; mais elle n'a pas été dite 
par ceux qui ont adhéré, dans leur foi, aux orthodoxes. Car si on 
montrait qu'elle a été dite par un concile des orthodoxes, alors 
moi aussi je confesserais [256] que j'ai été condamné comme un ad- 
versaire ;mais si personne n'a employé cette expression, tu t'es élevé 
contre tous dans ton audace, pour introduire dans la foi une parole 
qui n'était pas admise. C'est pour cela que je te le demandais (de 
prouver le dogme) pour te montrer que (cette expression) n'avait 
pas été employée par les Pères. 

Qu'on l'admette ou non, c'est au concile d'en juger; il a été 
réuni pour cela et non pour autre chose. Car ce n'est pas en somme 
pour qu'ils m'obéissent, mais c'est pour que j'adhère à ce qu'ils 
examinent, jugent et veulent faire accepter. Je vous ai appelés 
juges, et je vous ai faits tous juges d'un juste jugement, mais, ce 
qui revenait au concile, je ne l'ai pas donné à un (seul) homme, qui 
a conduit par la violence et poussé tout le concile à prendre la 
foi qui lui plaisait. 



I, 3. RÉPONSE ET COMPARAISON DES LETTRES 155 

Qu'avez-vous donc fait des choses pour lesquelles vous étiez 
assemblés? Vous n'avez pas- résolu ce qu'il fallait, vous vous êtes 
séparés du concile; vous n'avez pas attendu ceux qui étaient 
loin et vous n'avez pas observé ce qu'il convenait envers ceux 
qui avaient été appelés au concile; vous ne vous êtes pas réunis 
comme vous aviez été convoqués, mais, comme l'a voulu l'accusé, 
ainsi furent les juges. Au lieu d'être accusé, vous en avez fait ^ 
le juge de son adversaire. Comment l'appeler juge ! [257] Vous 
l'avez établi en tête du concile ! que dis-je, de ceux qui étaient 
présents, de ceux qui étaient loin et de ceux qui n'étaient pas 
encore venus. Vous lui avez donné pouvoir sur tous : sur ceux 
qui étaient là et sur ceux qui étaient loin, sur ceux qui vivaient 
et sur ceux qui étaient morts. Qui pourra le croire, de ceux qui 
n'ont pas rencontré le livre qu'ils ont écrit sur le concile d'Ephèse? 
Est-ce que d'un tel concile pouvait procéder un juste jugement? 
Mais si l'on pensait ^ que je le dis parce que j'ai souffert, et que 
je ne scrute pas ces choses avec une intelligence juste ^; que 
personne ne croie mes paroles ; je ne cherche pas à m'attirer 
quelque secours, des hommes : car voici que j'ai été immolé et 
que le temps approche où je vais me dissoudre et être avec le 
Christ * pour lequel celui-là a combattu contre moi ; (je le fais) 
pour que les hommes ne s'écartent pas de la foi droite à cause 
du nom du «jugement du concile »; voilà pourquoi je l'ai dit. Ce- 
pendant j'ai dit peu de choses de ce que ceux-ci ont écrit; mais 
d'après ceux qui m'ont condamné, apprenez d'eux qu'il n'y a pas 
eu de jugement et que je n'ai pas été condamné en jugement. 

Je disais donc les paroles des Pères et celles des saints Livres, je 
commençais par considérer [258] les préparatifs qui se faisaient con- 
tre la foi, et je prédisais que c'était la confirmation de la croyance 
des Ariens, à cause de l'union hypostatique, que cela ressemblait 
aussi aux manichéens, parce qu'il aurait souffert tout en étant im- 
passible, et qu'Apollinaire y adhérait aussi des deux mains. Il était 
entraîné vers toutes les hérésies, parce qu'il défendait de dire les 
propriétés de chacune des natures dans l'union et qu'il les trans- 
portait toutes à Dieu le Verbe, même celles de la chair. Vous 



1. Litt. : « ils l'ont établi pour être. » 

2. Litt. : « quand même je serais réputé. » 

3. Ou : « avec sincérité. » 

4. II Tim., IV, 6; Phil., i, 23. 



156 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

exposez ainsi les orthodoxes à s'entendre dire par les hérétiques 
qu'ils n'ont aucune raison dont ils puissent se prévaloir contre 
eux. Car vous leur avez livré vos bouches, vous avez lié vos 
mains et vos pieds et vous vous êtes livrés à eux. Ou bien vous 
tomberez de votre faute (vous vous repentirez?) ou bien vous 
souffrirez des maux sans excuse, pour avoir, sans pudeur, donné 
la victoire aux hérésies contre les orthodoxes. Qu'il (Cyrille) soit 
trouvé arien, il vous en prend à témoin contre ceux qui se sont 
l^éunis à Nicée, comme s'ils s'étaient élevés ouvertement avec 
impudence contre Arius, pour dire ce qu'il ne faut pas ; à savoir : 
de dire que celui qui est passible, mortel et créé, est consubstan- 
tiel à celui qui est impassible, immortel, auteur de toutes les créa- 
tures. Qu'il soit manichéen, vous lui en rendez témoignage; en ce 
qu'il (le Christ) a souffert sans être passible; il n'a (donc) souffert 
qu'en apparence. [259] Car celui qui ne souffrait pas lorsqu'on 
pensait qu'il souffrait, souffre sans souffrir; en effet, celui qui n'était 
pas (homme) par nature, celui-là n'est même pas mort. A peine 
avez-vous confessé la vérité; vous avez blâmé les trois cent dix- 
huit, qui n'ont pas dit la vérité par acception de personne. Si 
avec cela vous vous appliquez encore à dire : Nous ne disons pas 
que Dieu le Verbe est mort dans la nature, parce que la nature 
divine est immortelle et impassible, ni dans l'apparence de la 
chair, mais dans la nature de la chair, qui est passible et mortelle; 
et ce qu'est devenu Dieu le Verbe, c'est (la) chair ; un païen accepte- 
rait cette parole, il l'accepterait par le changement de forme. Tu 
dis que l'incarnation a eu lieu par changement d'essence, sans que 
son essence et sa forme aient été changées ; quand il a souffert dans 
la nature passible, ce n'est pas avant qu'il fût dans l'essence. Pour- 
quoi donc ne parlez-vous pas comme nous, lorsqu'il est question 
de 1 l'incarnation; mais nous trompe-t-il avec la naissance d'une 
chair matérielle, avec laquelle Dieu le Verbe serait façonné, et 
(pourquoi) des fables sans crédit et qui ne méritent pas d'être 
crues ont-elles été imaginées ? 

Et si tu dis contre cela que l'incarnation de celui qui devint 
chair et homme n'a pas eu lieu par changement d'essence et de 
forme; mais que c'est cet homme qui a été pris — celui qui est né 
[260] d'une femme, qui a souffert, qui est mort et qui est ressus- 
cité, et qui viendra juger les vivants et les morts — qui a été 

1. Litt. : ubi est auditus verhi de. 



I, 3. RÉPONSE ET COMPARAISON DES LETTRES 157 

changé en l'essence de Dieu, il n'est plus ensuite regardé comme 
homme si ce n'est de nom, et tu dis par là que Dieu est mort et est 
ressuscité. De nouveau le païen s'accorde avec toi, lui dont la 
religion admet le changement des hommes en la divinité et qui 
vénère et honore (l'homme) comme Dieu. Comment dites-vous 
(cela)? Vous avez donc la croyance des païens !Vous vous trompez, 
vpus qui me combattiez en cela jusque maintenant; et vous 
trompiez en cela les hommes. Si tu dis que l'incarnation de Dieu le 
Verbe n'a pas eu lieu par un changement d'essence ni par un chan- 
gement de la divinité, et que le corps est demeuré dans son essence 
sans changement, mais que (le Verbe) est devenu homme pour 
aboutir à une union hypostatique et naturelle, Arius cette fois 
accepte cette profession de foi, lui qui méprise les trois cent 
dix-huit. Vous l'admettez et vous n'en êtes pas scandalisés ; 
vous adhérez des pieds et des mains à Arius qui a vraiment 
dit et soutenu que (le Verbe) est devenu homme par une hypo- 
stase naturelle et qu'il était naturellement uni en hypostase, souf- 
frant naturellement par la sensibilité les souffrances du corps; 
et tu oses l'appeler consubstantiel, celui qui endure les dou- 
leurs. 

Si vous n'admettez pas cela, — comme s'il ne confessait pas 
l'âme 'et le corps parmi les choses dont le Verbe est formé en 
hypostase naturelle, et s'il a souffert, après qu'il est devenu pas- 
sible, dans une nature qui endurait les souffrances naturelles — 
alors [261] il crie la doctrine d'Arius et d'Apollinaire : car Arius 
dit : Que te sert que Dieu soit une nature passible par l'union 
hypostatique de l'âme, pour souffrir naturellement dans son 
corps et dans son âme les souffrances naturelles? Est-ce qu'il le 
fait consubstantiel de la nature impassible, celui qui endure ces 
souffrances ? Apollinaire condamne ceux qui parlent ainsi et 
confessent comme ceux qui adhèrent à sa profession de foi. Il 
leur ordonne de s'écarter de ceux qui disent ces choses, d'être 
ses partisans et d'anathématiser tous ceux qui se sont séparés de 
lui. • 

Si celui-ci aussi est encore rejeté comme ne confessant ni l'intel- 
ligence ni la volonté; parce qu'il ne confesse pas que le Verbe, dans 
l'union naturelle et complète, ait été dans la chair, l'âme et l'in- 
telligence, vous ne le recevez pas, parce qu'il a dit toutes les (pa- 
roles d'Arius). Admettons que (le Verbe) soit uni à l'âme, au 
corps et à l'intelligence; si c'est une union hypostatique et na- 



158 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

turelle, tu ajoutes (aux propositions d'Arius) et tu ne retran- 
ches rien. Vous refusez de diminuer les souffrances du corps, 
de manière à faire endurer de nombreuses souffrances à celui 
qui est consubstantiel avec celui qui est impassible — c'est une 
grande infirmité pour ceux qui pensent cela. — Car vous lui 
donnez tout ce qui rend sujet à la souffrance, à cause de l'union 
hypostatique, puisqu'il est uni dans une composition de nature, 
pour endurer involontairement les souffrances du corps, de l'âme 
et de l'intelligence et qu'il est uni en essence et en nature, comme 
l'âme dans le corps [262] souffre nécessairement les souffrances 
de l'âme et du corps. 

Mais tu ne le dis pas passible. Dans ce cas il n'y a pas union 
hypostatique et naturelle, mais volontaire, avec le corps et avec 
l'âme rationnelle et douée de connaissance, qui sont unis hypo- 
statiquement et naturellement en la nature de l'homme. L'union 
de Dieu le Verbe avec ceux-ci n'est pas hypostatique ni naturelle, 
mais volontaire ; comme par volonté propre et non par nature. 
Car les choses qui sont unies par hypostase naturelle ont la pro- 
priété naturelle et non volontaire. Il a pris la forme du serviteur 
pour son prosôpon et non pour sa nature ou par changement d'es- 
sence : de l'essence (delà divinité) en la nature de l'humanité ou de 
l'humanité en la nature de la divinité ; ou bien(ressence divine) a été 
unie et mélangée avec confusion à la nature humaine, ou bien par 
une composition naturelle et par un changement de l'opération de la 
nature; car cette attribution est changeante et variable. L'union 
volontaire est impassible et immuable ; elle ne souffre pas in- 
volontairement dans son essence (divine) les souffrances de l'âme 
et du corps qui sont unis naturellement et qui souffrent par es- 
sence l'un avec l'autre, se transmettant leurs souffrances natu- 
rellement et non volontairement. Car bien qu'il ait accepté 
les souffrances par sa volonté, cependant lorsqu'il les reçoit et 
les souffre, il les souffre naturellement, parce qu'il les endure par 
une propriété naturelle et par la sensibilité. 

[263]Si vous dites ces choses ainsi, vous avez bronché tous et vous 
êtes devenus apostats en disant ce que lui (Cyrille) a dit, ce qu'il a 
dit avec une audace sans pudeur, cependant celui ( Arius) qui a dit 
cela, on l'a anathématisé, on l'a accablé d'une condamnation 
sans rémission, on l'a chassé de l'Église et même de la terre 
habitée, comme si la terre sur laquelle il marche était souillée. 
Comment dites-vous cela (parlez-vous comme lui) ? 



I, 3. RÉPONSE ET COMPARAISON DES LETTRES 159 

S'il (Cyrille) dit de moi^ : « il divise et scinde les natures en 
parties, et il les sépare l'une de l'autre; non qu'il le dise clairement, 
mais parce qu'il les sépare en partie l'une de l'autre; et il dit : 
un fils de la nature et un fils de la grâce, comme s'il y avait deux 
fils; et il les sépare lorsqu'il dit : je sépare la nature et j'unis 
l'adoration. Pour celui qui l'a revêtu, j'adore le vêtement ;» 
tout le monde vous dira que vous abreuvez les hommes avec des 
mandragores. 

Comprenez-vous aussi le Père avec ce que vous dites? Comment 
dites-vous aussi de celui qui n'est pas séparé, même par une parole, 
qu'il a pris et qu'il a été pris, qu'il fit sien et qu'il fut sien, et com- 
ment le dites-vous homme et Dieu? Toutes ces choses sont de ceux 
dont les natures sont séparées dans leur notion et non de ceux qui 
disent qu'il n'y a qu'une essence. Car l'union ne fait pas disparaître 
la diversité des natures, et si les diversités des natures subsistent 
[264] dans l'union, elles seront séparées par les différences des 
natures, en tant qu'elles sont distinctes; comment dites-vous 
donc de moi que -je divise l'union comme par un éloignement local 
parce que j'ai dit : à cause de celui qui est revêtu, j'adore le vête- 
ment? Car le vêtement n'est pas en dehors de (autre que) celui qui 
le revêt, ni celui qui est revêtu en dehors du vêtement, mais il 
est conçu de la même manière. En conséquence on ne peut pas 
adorer celui qui est revêtu en dehors du costume qu'il a avec 
lui, et sous lequel il siège avec le Père; car il ne siège pas avec lui 
sans être revêtu, et celui qui siège avec lui reçoit aussi l'adoration 
avec lui. Quand il siège avec lui il est adoré nécessairement, non 
pour lui-même, mais à cause de celui qui l'a revêtu. 

Nous fuyons donc nécessairement ceux qui placent l'incarnation 
en dehors d'une union : ou par un changement de forme, ce qui est 
des païens, ou dans des hallucinations, ou dans une forme sans 
hypostase qui souffrit sans être passible, ou en attribuant des souf- 
frances naturelles à Dieu le Verbe, soit qu'il fût par hypostase 
dans l'union, soit en chair dans la chair, avec une âme irrationnelle 
ou rationnelle; ou (en disant) absolument que l'union aboutit à 
l'hypostase de la nature et non au prosôpon volontaire ;afin que nous 
n'exposions pas l'union de Dieu le Verbe à la corruption et au chan- 
gement, et que nous ne la disions pas passible et nécessaire, mais 
une union volontaire en prosôpon [265] et non en nature. Ou 

1. Cf Labbe, op. cit., t. m, col. 1123 a, 523 c. 



160 NESÏORIUS. LIVRE D*HÉRACLIDE 

bien ils récuseront mes paroles en admettant que l'incarnation 
a lieu en (une) nature, et ils feront l'union passible et changeante 
comme Arius, ou bien (ils l'admettront) impassible comme les 
Pères. 

De quel côté vous rangez-vous ? Cela dépend de vous : ou 
du côté des hérétiques, ou du côté des Pères orthodoxes, ou du 
côté de ceux qui le disent impassible et incorruptible, ou de ceux 
qui rapportent l'union à l'hypostase ou de ceux qui la rappor- 
.tent au prosôpon. Pour moi je dis que l'union de Dieu le Verbe 
est impassible, immortelle et immuable. C'est pourquoi que 
celui qui (veut) m'anathématiser le'fasse ! Moi j'ai gardé sans tache 
la foi des trois cent dix-huit Pères qui se réunirent à Nicée, en 
disant que Dieu le Verbe est immuable, immortel, qu'il est cons- 
tamment ce qu'il est dans l'éternité du Père. Il n'a pas été 
(engendré) des choses qui n'étaient pas, ni d'une autre hypo- 
stase, il n'y eut pas de temps où il n'était pas. Le Père est éternel, 
le Fils est éternel, le Saint-Esprit est éternel. Mais la chair qui s'est 
faite chair, celle qui (fut) du Saint-Esprit et de la vierge Marie n'est 
pas éternelle, mais il y eut un temps où elle n'était pas, elle est d'une 
autre essence, d'une autre nature et d'une autre hypostase,(à savoir) 
de celle des hommes — et non de l'essence de Dieu le Père — 
.changeante, mortelle, passible, corruptible. Non [266] que l'essence 
de Dieu le Verbe se fût changée en l'essence de la chair, mais 
,(il avait) une chair essentielle et une chair naturelle qui n'était 
pas une modification de son essence. Il ne fut pas non plus modi- 
fié dans sa forme (pour passer) de l'essence de Dieu à l'essence 
de la chair, ce n'est pas en forme et en apparence de chair qu'il fut 
chair, mais dans l'essence de la chair, de l'essence de la chair. 
L'essence de la chair ne fut pas changée en l'essence de la divinité 
et divinisée ; il s'incarna et se fit homme ; ni dans la confusion ni 
dans le mélange, et il ne fut pas composé en une essence simple 
et unique dans son genre, non plus en un composé naturel, en une 
espèce d'animal. Ce n'est pas non plus par l'union naturelle qu'il 
fut uni naturellement en hypostase, qu'il souffrit et qu'il fut dans 
une union naturelle, (les natures) participant aux mêmes choses 
à cause de la participation naturelle des souffrances. 

Car tout composé naturel où se trouvent fortement unies 
(d'une part) une nature passible et changeante, et où les natures 
(d'autre part) sont complétées par la nature de Dieu le Verbe, 
ne peut consister dans un changement naturel, mais a lieu volon- 



1, o. liÉPONSE ET COMPARAISON t)teS LETTtîES l6l 

tairement; de sorte que l'union des natures aie lieu à son prosôpon 
et non à sa nature; mais les natures subsistent dans leurs propriétés 
et il y a un prosôpon sans scission et sans distinction, qui fait sien- 
nes les (propriétés) pour le prosôpon. La divinité a pris forme 
par l'essence de l'humanité [267] et l'humanité a pris forme par 
l'essence de la divinité; de sorte qu'il y ait un seul prosôpon de l'u- 
nion, et que les (propriétés) de l'humanité appartiennent à Dieu le 
Verbe et celles de la divinité à l'humanité dans laquelle il s'incar- 
na, pour être unies étroitement à un seul et au même pour l'écono- 
mie (de l'incarnation) pour nous. Car on avait besoin de la divi- 
nité adhérente pour nous rénover ainsi que notre matière de nou- 
veau et (refaire) « la forme de l'image» qui avait été détruite par 
nous ; (on avait besoin) aussi de l'humanité qui fut renouvelée et qui 
reprit sa forme; l'humanité était nécessaire pour observer l'ordre 
qui avait existé. Celui (Adam) qui fut honoré de l'honneur qu'il 
(Dieu)lui accorda et qui ne lui rendit pas son honneur pour l'honneur 
qu'il en a reçu, montra qu'il avait perdu cet honneur dont il fut 
honoré. L'un fut honoré comme l'autre^. Lui (Adam) ne l'admit 
pas pour lui (n'obéit pas) mais le regarda comme un ennemi. 
Lorsque celui-ci (le Christ) fut dans ces (conditions), il se garda, 
en se servant de ce qui appartenait à l'autre comme si c'était à 
lui; celui-ci garda en vérité l'image de Dieu et la fit sienne; c'est 
l'image et le prosôpon. 

C'est pourquoi il était besoin de la divinité, pour renouveler, 
créer et lui donner la forme (divine) afin (de passer) de son type ^ 
(divin) à la forme du serviteur. Il était besoin aussi de l'huma- 
nité pour que la forme du serviteur prise devînt la forme de Dieu, et 
que Dieu (devînt) la forme du serviteur ; et que celui-ci devînt celui- 
là, et celui-là celui-ci [268] en prosôpon, celui-ci et celui-là demeu- 
rant dans leurs natures ; il conserve l'obéissance sans péchés à 
cause de son obéissance sublime, et à cause de cela il a été livré à 
la mort pour le salut de tout le monde. 

Arius et Apollinaire au contraire ^ avaient la sottise de dire que 
Dieu le Verbe, dans sa bonté, accepta une manière de vivre terres- 
tre et une obéissance jusqu'à la mort dans son incarnation. 
C'est pourquoi l'incarnation eut lieu dans la nature de l'homme 

1. Litt. : « car l'autre aussi (Adam) a été honoré comme celui-ci (le Christ).» 

2. tÛttoç. 

3. Litt. : « non comme Arius et ApolHnaire, eux qui. » 

Nestorius — 11 



162 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

par une union naturelle, au point que la divinité s'incarna naturel- 
lement en place de l'âme et qu'elle se conduisit et souffrit vrai- 
ment dans le sens naturel, afin d'être livrée à la mort pour tous 
et que (le Verbe) souffrît naturellement la mort (à cause) de la 
partie sensible de l'âme, dans l'union de l'hypostase naturelle, 
entraîné par force. Aussi ceux-ci ont fait de l'incarnation de Dieu le 
Verbe une seule nature de l'homme par une composition naturelle 
et un homme incomplet où l'essence de Dieu le Verbe tient lieu des 
choses qui manquent à la chair pour compléter la nature de l'hom- 
me, recevant des ordres et faisant tout ce qui lui est commandé, et 
souffrant malgré lui toute la conduite ^ humaine en vérité dans les 
observances pénibles, affligeantes et douloureuses; ne faisant 
pas ce qui lui plaît, de crainte de trangresser le précepte; ayant 
soif, faim et craignant d'une crainte humaine, voulant [269] 
d'une volonté humaine. Il est dans le corps, dans toutes les opé- 
rations de l'âme, le faisant grandir d'après la formation et le ca- 
ractère de la sensibilité, apprenant, s'instruisant, se perfectionnant 
dans la chair, dans la nature de l'âme, par l'union naturelle et 
hypostatique. Quant à l'union volontaire en vue du prosôpon des 
natures, ils la détruisent, en maintenant une propriété naturelle 
et non volontaire, de sorte que Dieu le Verbe participe aux 
souffrances de l'âme et du corps : l'union 2 par force et non par 
volonté, mais naturelle par l'hypostase, (est) l'union de l'hypo- 
stase naturelle naturellement, afin qu'il devienne une nature 
qui souffre. Il faut donc ne pas être ariens ni encore manichéens, 
(pour lesquels) l'incarnation aurait eu lieu en apparence ou en 
la nature de Dieu le Verbe et qui lui rapportent tout dans leur 
discours : la vie, les souffrances et la mort. Ce n'est pas la nature 
de Dieu le Verbe qui a péché et transgressé le commandement; 
car il appartient à Dieu de se conduire en observant tous les pré- 
ceptes et, comme tel, il est mort pour nous s'étant trouvé sans 
péché à cause de ses vertus. C^est par Vhomme que vint la mort et 
c'est par Vhomme que i^int la résurrection ^. C'est pour cela qu'il 
était besoin d'un homme complet pour l'incarnation de Dieu 
le Verbe, complet en corps et en âme, qui se conduisît dans la 
nature des hommes et observât l'obéissance et les actions de la 



1 . les actions de la vie. 

2. Syr. : « la propriété. 

3. / Cor., XV, 21. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 16? 

nature humaine. Ils désirent beaucoup et proclament ^ le nom de 
Mère de Dieu pour qu'ils (puissent) dire que Dieu est mort. 
Quant aux Pères [270] qui ont résisté jusqu'à la mort auxhéi:'él:i- 
ques, qui auraient dit Mère de Dieu, en réalité ils n'emploient ces 
mots en aucun endroit, et ils ne les ont pas insérés dans les écrits 
du concile, Est-ce parce qu'ils ne les connaissaient pas? Est-cp 
parce qu'ils haïssaient cette (locution)? Peut-être avaient-ils 
une locution dans leur esprit à l'aide de laquelle ils adhéraient 
à l'enseignement divin; ils ne prêtèrent pas attention aux vaines 
paroles des adversaires et ne donnèrent pas un point de départ 
pour diminuer la divinité en la faisant passible et mortelle. Ce 
n'est pas celui qui est théologien de nom qui s'appelle théologien, 
mais celui qui l'est en œuvre et en parole et qui ne laisse pas ceux 
qui ont hâte d'en faire un être fait et créé. Ce n'est pas lui qui donne 
matière au blasphème et il n'admet pas ensuite que Dieu le Verbe 
est vraiment sorti de la vierge Marie puisqu'il est et qu'il ét^it 
auparavant, et il récuse cette doctrine d'après laquelle il est 
né homme de CQlle-ci comme s'il n'existait pas auparavant et 
qu'il fût (ensuite). Dis-tu ^ donc que Dieu le Verbe est en deux 
natures : Dieu et l'homme, et que l'homme, lorsqu'il naquit, 
passa en la nature de Dieu le Verbe; ou bien qu'il s'est changé en 
une autre essence humaine, et est-ce ainsi que tu dis qu'il est né? 
Certes (dans ce cgis) il ne serait pas de l'homme m^is de Dieu le 
Verbe, et il sp serait servi en quelque sorte de l'apparence hu- 
maine et non de l'essence de l'homme ^ 

[II , 1. Réfutation des accusations ] 

Mais quelqu'un dira peut-être : tu n'as lu que la lelLrc ^, [138] 
lis donc anssi tes blasphèmes qui sont dans tes instructions; car 
tu as peut-être écrit ta lettre avec attention et circonspection, puis- 

j. Sic F. 

2. Lire ainsi, ajouter Ani. 

3. l^e texte syriaqi^e ii'indique jci aiicuiie lacune et passe de [270] à [271] 
mais nous avons cru devoir insérer ici la partie transposée plus haut [137]à[146]. 

4. Ce passage figure dans le texte syriaquic (comme dans les mauiiscrits) au bas 
de la page [137]. La première ligne suppose que l'on passe de la discussion de la 
lettre à celle des hpm^élies, et on trouve en effet aussitôt la prennière citation 
(cahier 17) faite à Éphèse. Labbe, op. ci^., t. m, col. 519. Nous avons donc porté 
ce fragment à peu près à sa place, vers la fui de Iqi discussion de la lettre et avant 
les citations des homélies. 



164 NËSTORIUS. LIVRE d'hÉRACLXDE 

qu'elle était écrite à celui-là (Cyrille), tandis que tes instructions qui 
étaient dites librement dévoilent clairement ta pensée. A cause 
de cela la lettre ne nous a pas suffi, mais nous avons examiné 
encore tes instructions, afin de nous instruire exactement par 
elles toutes à ton sujet^. Malgré cela nous n'avons pas prétendu 
prendre autorité et audace, mais nous avons placé devant nous 
les enseignements des Pères ^ et nous les avons comparés (avec 
les tiens) et, après avoir fait ainsi notre examen avec beaucoup 
de soin, nous avons prononcé notre sentence en utilisant aussi 
(le témoignage) des Pères auxquels tu as résisté. Puisque tu 
as été convoqué et que tu n'as pas obéi ^, nous avons fait tout 
cela en justice : nous avons condamné ta lettre, nous avons exa- 
miné tes instructions, nous avons pris aussi les enseignements 
des Pères pour loi. Que nous fallait-il donc faire que nous n'ayons 
pas fait? Lui (Cyrille) qui était présent, a dit ce qu'il convenait 
de dire et a enseigné ; toi alors tu as refusé (de venir) et maintenant 
tu nous blâmes et tu (nous) calomnies. Pourquoi ne t'accuses-tu 
pas toi-même plutôt que nous?. Notre jugement ne porte pas sur 
des choses invisibles mais visibles : si nous avons omis et si 
nous avons agi par ignorance, dis maintenant s'il en est ainsi. 
Si [139] nous nous sommes élevés injustement contre toi, il fallait 
le dire alors et non maintenant. 

J'aurais beaucoup à leur reprocher, au sujet de nombreuses 
choses qu'ils ont faites et omises; mais je le passe sous silence 
maintenant, de crainte que l'on ne dise, « il nous parle maintenant 
inutilement.^ » Parmi les choses qu'ils ont faites contre moi, je leur 
reproche de m'avoir condamné injustement, car ils ont menti, 
ils en ont trompé plusieurs, pour ne m'avoir pas repris ^ selon 
(les règles de) l'examen, mais selon ce que celui-là (Cyrille) a voulu. 
Or, celui-là voulait que nous ne fissions pas une recherche complète. 



1. Les citations des homélies de Nestorius lues à Êphèse, Labbe, loc. cit.j 
col. 519-530, vont être reprises et expliquées par lui. 

2. Ces témoignages lus à Éphèse figurent dans Labbe, op. cit., t. m, col. 
507-519. 

3. /ftic?., col. 454-459, on trouve le témoignage de nombreux évêques, envoyés 
par trois fois pour citer Nestorius. Il répondit aux premiers qu'il réfléchirait 
et ferait ensuite ce qu'il jugerait bon. Il fit ensuite garder sa porte par des soldats, 
pour qu'aucun envoyé du concile ne pût pénétrer jusqu'à lui. 

4. Litt. : « d'après son insuffisance. » 

5. Sic S. — V, C portent : « pour n'avoir pas réprimandé. » 



II 



1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 165 



pour qu'il ne fût pas condamné; il (les) persuadait tous comme 
Dieu, comme Celui qui connaît les secrets des coeurs^. Ses partisans 
le présentèrent à tous comme le vengeur de Dieu, c'est-à-dire 
du Christ, et il ne me permit pas de dire autrement. Partant 
de là, il les entraîna tous avec lui contre moi, et ils ne voulurent 
entendre de moi aucune parole; comme si — lorsque je réfutais 
complètement que « le Christ n'est pas un homme» — je disais que 
« le Christ est homme par essence, et Dieu (seulement) par égalité 
d'honneur 2. » Il usait de prévention contre moi, et me reprochait 
de faire de Dieu un homme. Pour lui [140] il ne voyait dans le 
Christ que Dieu le Verbe, j'avais donc dû lui dire qu'il est aussi 
homme et le lui montrer à l'aide des Livres divins et des enseigne- 
ments des Pères. Il se servait alors de cela contre moi comme si 
je disais que le Christ est seulement homme. Par ce qu'on lui 
demandait de confesser et dont il ne voulait pas convenir, il 
cachait ce que je disais et confessais. Je ne lui reprochais pas de 
ne pas reconnaître que le Christ est Dieu, mais de ne pas l'avoir 
dit homme parfait en nature et en actes, et que Dieu le Verbe 
ne fût pas la nature de l'homme, mais dans la nature de l'homme 
et dans les actes, de sorte que Dieu le Verbe soit tous les deux 
en nature. Je montrerai cela par ce qui a été écrit quand il a pris 
dans mes instructions et ^ dans ses instructions — soit qu'elles 
eussent été ainsi dès le principe, soit même, par inimitié pour moi, 
qu'il les eût transformées en sens contraire dans les inventions 
des hérétiques, en réalité d'Arius. — Lorsqu'il parlait contre l'es- 
sence de Dieu, il attribuait toutes lés choses humaines à la nature 
de Dieu le Verbe par l'union hypostatique, de sorte qu'il souffrait 
toutes les souffrances humaines d'une sensation naturelle. 

[141] Du LIVRE DE NeSTORIUS, DU DIX-SEPTIEME CAHIER QUI 



Duquel de mes livres, et de quel dix-septième cahier avez-vous 
pris ce que vous alléguez, puisqu'il n'y avait personne pour vous 
contredire? Mais je ne m'occuperai pas beaucoup de ces choses, 

1. Cf. Ps. VII, 10. 

2. Cyrille lui reproche d'unir rhomme à Dieu a/s-rixtoç, /.axà [j.ôv7|v Tf,v t(70TtîJ.''av, 
r,YOjv aùÔsvTÎav, Labbe, op. cit., t. m, col. 1123 b. 

3. Lire v pour d. 

4. Le grec, Labbe, loc. cit., col. 519 b, porte: sî; ôôy!Ji.a, 



166 NESTORIUS. LIVRE D HÉRACLIDE 

qu'elles soient claires ou qu'elles aient besoin d'examen. Je veux 
cependant vous instruire au sujet des choses à l'aide desquelles 
il a trompé beaucoup d'hommes et les a écartés de la foi comme 
s'il y avait eu examen dans les actes (du concile) ; au sujet des 
choses dont ils m'ont accusé par préjugé et sans examen, qu'ils 
ont reçues de lui et de moi sans contrôle ^... 

Lorsque le Livre divin veut nous annoncer la naissance du Christ de 
la Vierge Marie ou sa mort, on ne trouve aucun endroit où il porte « Dieu », 
mais ou « le Christ », ou« le Fils», ou « le Seigneur », parce que ces trois 
mots indiquent les deux natures, tantôt celle-ci, tantôt celle-là et tantôt 
l'une et l'autre. 

Par exemple, lorsque le Livre nous raconte la naissance (provenant) 
de la Vierge, que dit-il ? Dieu envoya son Fils ^. Il ne dit pas : Dieu 
envoya « Dieu le Verbe », mais il prend un nom qui indique les deux natures, 
car le Fils est (à la fois) homme et Dieu. Il dit : Dieu a envoyé son Fils et il 
est né d'une femme 2, [afin qu'en entendant ceci : qui est né d'une femme ^], 
tu voies avec cela le nom employé (auparavant), qui indique les deux 
natures. Tu appelleras « Fils » la progéniture de la bienheureuse Vierge, car 
la Vierge, mère du Christ * a enfanté le fils [142] de Dieu. Mais, parce que 
le Fils de Dieu est double par ses natures, elle n'a pas enfanté le Fils de 
Dieu, mais elle a enfanté l'humanité qui est (aussi) le Fils, à cause du Fils 
qui lui est uni ^. 



1. Il ne semble rien manquer, car la citation du 17^ cahier, lue au concile 
d'Éphèse, suit aussitôt. Cf. Labbe, loc. cit., col. 519 h. Le titre d'ailleurs vient 
d'être donné plus haut, 

2. Gai., IV, 4. 

3. Le crochet manque, par une faute d'homoiotéleutie, dans le syriaque. Nous 
le rétablissons d'après le grec. 

4. XpKJTOTÔXOÇ. 

5. 'Ex TO'J [itQvt'ou TOÙ NedTopio'J, TcTpdtSiov i^', eîçôôyfjLa. ôrav ouv y) ôec'a ypa^Yj \t.ù- 
)vYl Xsyetv T^ Y£vvr,(7tv toû Xpiarou tyiv ex ttiÇ [xaxapraç Tiapôevou r, ôàvaTov, oùôa[j,ou çatvs- 
rat TiOeTca to « Oeôç », àW r[ «XpicrToç » v^ « -uioç » v^ « xuptoç », èTTStÔYj xauta xà xpt'a to)v 
S'jo ç'ûaewv èorl (Tr,[jLavTixà, Troxe [xàv TaÛTYjç, ttotè ôe èxetvYjç, iroTÈ 8è Taûxr,? xàx£cvr,ç. 
oîôv XI Xeyo)* ô'rav t(\v èx TcapOsvou yévvr^<jiv YjfxTv y) ypaç-r) ôiYiyTjTat, tt Xeyst ; i^oLTcémeù.ev 
ô 6cb; Tov uiov a-jToO. oùx eiTiev* â^aTréaTeiXev ô Oeb; tov 6ebv X6yov' àXXà Xafxêàvet to ovo- 
jxa TO (XTivûov Taç ç-Jaetç tÀcç 6tjo. ÈTiecSY) yàp 6 uJ6ç avOptoTubç è<TTt xai 6e6ç, Xéyec* à^aTuecr- 
TetXsv ô Oebç tov uîbv aÙToO, ysvvwfxevov èx yuvaixbç, ?va, OTav àxouo-Yjç to « yevvtojxevov 
èx yjvatxôç » slxa ï^r^ç to ovo[Ji.a Tipox.eî[j-£vov to [JLr,v"jov zaç (pvaeiç tolç ôûo, iva tyiv yev- 
VTiO-iv TYIV èx TYi? [xaxaptaç Tiapôsvou uîou [xèv xaXr^ç — ytbv yàp èysvvYio-e ôeoO xai r, Xpt- 
<7tot6xo; TrapÔsvo; — , àXX' è7reiÔY,7r£p ô utbç tou 6eoO ôittXouç èo-xcTàç qpycrstç, (oùx) iyéyvr^az 
[lev TOV uîbv TO-j 6£0-j, àXX' èy£vvr,(T£ tyjv àv6p(07r6Tr,Ta, fjTtç èTTtv -jcbç 5cà tov T'jvrifJ-fJ-svov 
•jîôv... Loofs, Zoc. cit., p. 273-274. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 167 

Je VOUS demande donc de considérer ces choses attentivement 
car je passe sur ce qu'ils ont omis, et évidemment ils n'ont même 
pas conservé la suite (des phrases). C'est pour cela qu'il m'accuse, 
comme si je divisais (le Christ) en parties : la divinité à part 
et l'humanité à part, et si j'employais les mots « honneur » et 
«égalité d'un seul », comme pour rapprocher par l'amour, et non 
par les essences, des choses qui sont éloignées. C'est ainsi qu'il 
m'accuse, et sur la divinité et sur l'humanité, que Dieu le Verbe 
est à la vérité chair et homme, mais que l'humanité ne serait Fils, 
seigneur et Dieu que par amour et par adhésion. C'est là sa 
principale calomnie, au point qu'il vous faut toujours considérer 
— puisque vous êtes juges en cela — que si vous me trouvez ce 
sentiment, condamnez-moi, et moi-même je me condamne. Je 
vous prie aussi d'accepter par tradition ma condamnation qui est 
juste, quand même j'aurais combattu des milliers de fois et appor- 
té des preuves pour établir que je ne (dois) pas me servir d'cc es- 
sence» » mais simplement d' « amour », [143] et que par là il 
est dit seigneur et Christ et Fils. Mais si j'ai dit le contraire, qu'ils 
prouvent que l'union s'est faite de la nature et que l'union 
appartient à la nature. Mais moi, au lieu de l'union dans la na- 
ture, je dis un prosôpon, une égalité, un honneur, une puis- 
sance, une domination ; en un mot, dans toutes les choses où le pro- 
sôpon de celui-ci et de celui-là est par nature, il y a aussi union 
par un prosôpon, car le prosôpon des natures n'est pas une na- 
ture; il est dans la nature, et n'est pas une nature. Le Fils de 
Dieu le Père est par nature consubstantiel au Père, et ce que le 
Père est dans sa nature, le Fils l'est aussi, mais ce qu'est le 
prosôpon (qui est) Fils par nature, n'est pas aussi Père, car celui 
qui est Fils par nature n'est pas Père, ni le Père Fils. Celui 
qui est dans la nature du Père et celui qui est Fils par nature 
diffèrent par le prosôpon. 

Ils ne sont pas autre chose et autre chose, mais une seule en 
essence et en nature, sans division, sans scission, sans séparation 
en tout ce qui, par nature, appartient au prosôpon, mais (le 
Fils) est différent par le prosôpon. 

Il n'en est pas de même pour l'union de la divinité et de l'hu- 
manité : En tout ce que le prosôpon est par sa nature, dans toutes 
ces choses il y a union comme d'un prosôpon, même pour l'au- 
tre essence, car il a pris (l'homme ^) pour le prosôpon, mais non 

1. Le texte porte le masculin. Cela signifie que l'essence de l'humanité est 



168 NESTORIUS. LIVRE D HÉRACLIDE 

pas pour l'essence, ni [444] pour la nature, au point d'être con- 
substantiel du Père, ou un autre fils, qu'il n'y eût plus un seul et 
même fils. Car le prosôpon de la divinité c'est l'humanité, et le 
prosopon de l'humanité c'est la divinité; il est autre dans la na- 
ture et autre dans l'union. Examinez donc et voyez ce que ^ 
celui-là a écrit : « Celui qui dit que le Fils a deux natures et qui 
a mis chacune d'elles à part, comme par un éloignement de dis- 
tinction, celle de Dieu à part et l'homme à part 2. « Si j'avais dit 
simplement Dieu et l'homme, et non « deux natures, un Christ », 
vous auriez lieu de me reprocher d'avoir fait de l'homme un 
Dieu et un homme. Parce que j'ai dit deux natures : l'homme et 
Dieu, je n'ai pas donné deux natures à l'homme, bien qu'il soit 
dit Dieu à cause de l'union, ni deux natures à Dieu, bien qu'il 
soit dit aussi chair dans l'union. 

Tu n'as pas de motif de blâme, pas même un, de ce que j'ai dit 
qu'un Christ et Fils « indique deux natures », car j'ai dit que 
« le Fils est Dieu et homme » — j'ai commencé par dire que le 
nom de Christ et de Fils indique deux natures — et j'arrive 
aussitôt à dire aussi les natures; car puisque le Fils est Dieu et 
homme, il n'est pas dit [145] à part, mais il est deux natures. 
Mais tu t'irrites contre moi parce que je n'ai pas dit que 
Dieu le Verbe est deux natures dans le changement d'essence ; 
on ne peut cependant pas penser autre chose, sinon, comme je 
l'ai dit, qu'il était dans la nature de l'humanité et que « le Fils 
était homme dans l'union» et non dans la nature. Cela vous a-t-il 
troublés, ce que j'ai dit et lui aussi : que lorsque la chair est née 
on dit qu'il est né? Car la naissance de sa chair lui est évidemment 
attribuée; lui aussi (Cyrille) a dit : La chair est née et il la fit sien- 
ne^. Qu'ai-je donc dit de nouveau : que, lorsqu'il est né, il est 
dit que c'est l'homme qui est né, le Fils de Dieu, de la vierge Marie? 
Car cette humanité est dite le Fils de Dieu par l'union avec le 
Fils et non par la nature. Car, par cette union, Dieu le Verbe a fait 
siennes les propriétés de la chair, non que la divinité soit née 

unie à la divinité par le prosàpon, ruais qu'elle n'est pas unie à l'essence ou à la 
nature de la divinité. 

1. Litt. : « quoi et quelles choses. » 

2. Cyrille écrit de Nestorius : o-Jo fjiv ôvo[j.ir£t cp-jastç, à^oSiaipel (Variante : 
àT.rjou(7-r^(7'.) oe àXXïiXoov aùtàç, ©sbv îûtaTiôslç, y.at 6[jloûo; avOpwuov àvà [XEpoç. Labbe, 
loc. cit., col. 1123 a. 

3. Ci Labbe, op. cit., t. m, col. 319 h. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 169 

de la naissance de la chair, ni que la chair soit née naturel- 
lement dans la naissance de la divinité; mais, par son union avec 
la chair. Dieu est dit chair, et la chair, par son union avec le Fils 
de Dieu Verbe, est dite Fils. Ou bien il ne serait pas uni, et nous 
le calomnierions. Qui vous a trompés ? Car cette adhésion est 
celle d'hommes trompés. Il y a en effet accord sur les deux natures, 
car le mot « Fils » indique les deux natures; il en est de même 
de {( Christ «et «Seigneur». « Les natures réunies dans une véritable 
union sont différentes, mais le Fils est un avecles deux ^; «les natu- 
res demeurant sans [146] confusion dans l'union; « les différences 
des natures ne sont pas abolies à cause de l'union 2. » Enfin, c'est 
par l'union que la chair est Fils et non par nature ^... « (Le corps) 
ne lui est pas étranger avec lequel il (le Verbe) siège près du Père*. )) 
Ambroise aussi a dit : 

Un seul ^ Fils de Dieu parle par les deux (essences), parce qu'en lui sont 
les deux natures; c'est (toujours) lui qui parle, mais il ne parle pas toujours 
de la même manière. Voyez-le ®, tantôt dans la gloire (de Dieu) '^ et tantôt 
dans les souffrances de l'homme. En tant que Dieu, en effet, il enseigne les 
choses divines, parce qu'il est le Verbe ; mais, en tant qu'homme, il parle des 
choses humaines, parce qu'il parle dans notre essence. C'est lui qui est 
le pain vwant descendu du ciel; ce pain est le corps ^ comme il l'a dit : 
Ce pain que je cous donne est mon corps ^. C'est lui qui est descendu, 
c'est lui que le Père a sanctifié et envoyé au monde. L'Écriture ne 
vous ^ apprend-elle pas que la divinité n'a pas besoin de sanctification, 
mais la chair ^o p 

Comment avez-vous cité (ces paroles) et m'avez-vous (ensuite) 
anathématisé car je n'ai rien dit autre chose. 

D'ici douze feuillets du manuscrit ont été arrachés et détruits 



1. Lettre de Cyrille. Labbe, op. cit., t. m, col. 318 e. 

2. Ibid. 

3. Lacune. 

4. Lettre de Cyrille. Labbe, ibid., col. 319 d. 

5. Le syriaque porte « lorsque », kad pour chad. 

6. Les mss. V, S et le grec portent le singulier nrjrjfyyi: v/ aùro). 

7. Ces deux mots, qui figurent dans le grec, manquent dans le syriaque. 

8. Le grec et le latin portent « chair ». Jean, iv, 51, 52. 

9. Le grec et le latin portent : « nous. » 

10. Labbe, loc. cit., col. 514. 



170 NESTORIUS, LIVRE d'hÉRACLIDE 

par les troupes de Bader Khan Beg, lorsqu'elles ont rai^agé le pays 
de Das Van 2154 des Grecs (1843). {Note du copiste ^,) 

(Nestorius étudie sucessivement toutes les citations de ses homé- 
lies qui ont été lues à Éphèse, en suivant l'ordre dans lequel elles 
ont été lues, il est donc certain que la lacune comprenait le texte 
et le commentaire de l'extrait du cahier XXI qui suit le cahier 
XVII. Cf. Labbe, Conci/., t. III, col. 519. J'ajoute donc sa traduc- 
tion 2: ) 

[Semblablement, du même, du cahier vingt et un] 

Vois ce qui arrive, ô hérétique : Je ne refuse pas un nom ^ à la vierge 
mère du Christ, car je sais qu'elle est vénérable, celle qui a reçu Dieu, 
par laquelle le maître de l'univers s'est produit, par laquelle le soleil de 
justice a brillé. Mais ces applaudissements me sont à nouveau suspects. 
Comment entendez-vous ce mot « s'est produit »? Je n'emploie pas « s'est 
produit » au lieu de « est né», car je n'oublie pas si vite ce qui m'est propre; 
la divine Écriture m'a appris en effet que Dieu le Verbe s'est produit 
par la Vierge mère du Christ, mais je n'ai appris nulle part que Dieu 
est né d'elle. 

Et après d'autres choses: La divine Ecriture ne dit donc nulle part de 
Dieu qu'il soit né de la Vierge mère du Christ, mais bien de Jésus-Christ et 
du Fils et du Seigneur. Nous confessons tout cela; car celui qui n'admet 
pas aussitôt ce que dit la divine Ecriture est un malheureux. « Lève-toi, 
prends l'enfant et sa mère *, » voilà la parole des anges. Les archanges 
connaissaient beaucoup mieux que toi le mystère de la Nativité : « Lève- 
toi, prends l'enfant et sa mère *», l'ange n'a pas dit: «lève-toi, prends le 
Dieu et sa mère ^1... 



1. Nous ne croyons pas que la lacune soit ausssi considérable. L'inter- 
version de ce cahier à pu tromper le scribe. Il ne doit manquer qu'une partie des 
commentaires du cahier XVII qui précède et du cahier XXI que nous rétablissons 
ci-dessous. 

2. Nous allons trouver dans le syriaque un fragment de ce texte. C'est donc 
bien son commentaire qui suit. 

3. Sans doute le nom de mère de Dieu. 

4. Matth., XI, 13. 

5. 'O[xotwç TO\i aÙToO, TSTpaotov xa'. Blim xo i-jfxgaTvov, atpsTtxs- où cpbovG) Tr,ç <pM- 
vr,; T^ XptCTTOTOxo) TcapOÉvo), àXX' ot6a creêaafjLcav tyiv Se^a[jLévr,v 6s6v, St' rjç TrpoYîXôsv ô 
Twv ÔAwv gecTTroTTiç, 6i' f,c àv£Xa[j.'J;£v zf^ç 6txacoCT-jVYjç ô f,Xcoç. udcXcv -JTroTrTSTJco rbv xpÔTOV 
TTÔç TO « TcpofiXôev )> èvoT^aare ; oOx £Ïpr,Tac [xot rb « upo-^XÔev » àvxl toû « syevvviôri » où 
yàp O'JTO) Taxs'wç £7rtXav6àvo[xat twv (ôtwv. to TrposXÔsïv xbv Ôsbv èx Tf,? XpKjTOTOxou irap- 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 171 

[274] Mais Athanase ne te laisse pas, disant ^ : ... 

Ces choses n'avaient pas lieu seulement par apparence ^, loin de nous !... 
comme certains l'ont pensé, mais réellement, en vérité, notre Sauveur étant 
devenu homme, devint le salut pour tout l'homme. S'il avait été dans le 
corps par apparence ^ comme ils le disent, ce qui est dit par apparence est 
une imagination ^, il se trouverait que le salut et la résurrection des hommes 
aurait lieu en imagination ^, comme le dit l'impie Manès,mais notre salut, 
n'est pas une imagination ^ [et notre salut est venu vraiment non pour le 
corps seul, mais pour tout rhomme,pour l'âme et pour le corps ^j. Humain ^ 
donc (en nature) est celui qui provient de Marie, selon les Livres divins, 
et il était vraiment de notre Sauveur... 

Que personne n'accepte de dire que Dieu le Verbe est dans 
le corps par apparence, mais Dieu en tant que Dieu le Verbe, 
qui était auparavant et qui est éternel, est venu dans le corps et 
est aussi dans le corps sans avoir passé de son essence à l'essence 
de la chair, sans avoir subi la naissance de la chair, mais d'après 
notre essence... 

« Car, humaine est cette nature qui provient de Marie, comme 
le disent les Livres divins, et elle était vraiment de notre Sauveur'. » 
C'est au sujet de l'essence de Dieu le Verbe et de l'essence de 
l'homme que je me sépare de vous et non au sujet d'un nom; 
car « je ne refuse pas, ai-je dit, un nom à la Vierge Mère du Christ ^, 
mais je la proclame vénérable, celle qui a reçu Dieu, de 

ôevoy Trapà Tr,; ôsiaç èôiôàx6"r|V ypafpriç, to ôè y£vvr,6r|Vac Osov è^ aÛTr,; oùôafxou âôcôàxÔTiV. 
Kal [xsô' ETspa. OùSafxou rotvjv ■?] 6eia ypaç-r) ôebv àx zf^ç XpicrTOTÔxou Tuapôsvou Xsyst 
Yeysvvr|0-6at, àXXà « 'Ir,(7oûv Xpio-tov » xal « -jtbv » xal « xûpcov ». raûra Tràvrsç ôtxoXoyÔ)- 
[xev. à yàp èôiôaCev r) ôeia ypaçrj, aôXcoç 6 (xyi sOôùç Sexéixevoç.èyspeetç TcapaXaêe to uatôtov 
xai xfjV (xrjTspa aOroO' aurr, tôv àyyeXtov rj cptùvr\. ikyo. 8è [AaXXov <tou xà xarà Tf|V y^vvr,- 
criv Tiôso-av ot àpxàyyeXoi. èyspôslç TiapàXaêe to TiaiStov xal tyiv (jLYjTs'pa auTOÛ, oOx smev 
èyepôslç TrapâXaêe tov 6cov xal tv; ;rr,-£pa a-jTo-j. Loofs, loc. cit., p. 277-278. 

1. Lettre à Épictète. Ce passage a été cité par Cyrille et ses partisans. Labbe, 
loc. cit., col. 510 d. 

2. Le texte grec porte ôsast et la traduction latine : per extrinsecam Verbi 
prœsentiam. Le syriaque signifie littéralement : « par emprunt. » 

3. (çioi.vrxdioL. 

4. ÔOXr|(T£C. 

5. Le crochet, traduit sur le grec, manque dans la version syriaque. 

6. Cj^" portent « corps humain». Le grec: àv6pw7rivov yàp ^j^tsc to ex Mapta;. 

7. Partie de la citation d 'Athanase faite plus haut. 

8. Le syriaque porte : « je ne refuse pas la parole de Vierge mère du Christ. » 
C'est le commencement du cahier XXI rétabli plus haut. Il faut lire Labethoultâ. 



172 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

laquelle est sorti le Seigneur de tout. » Tu n'admets pas cela. 
Comment te laissera-t-on [272] et te croira-t-on, toi qui parais 
dire ainsi que Dieu est né? «Humain donc est Celui qui (naît) 
de la bienheureuse vierge Marie, » quand bien même tu dispu- 
terais mille fois contre Athanase ; Dieu le Verbe était dans le 
corps, dans celui qui prit le commencement de (son) être de la bien- 
heureuse Marie, mais lui ne commença pas à être. « Au commence- 
ment était le Verbe w et Dieu le Verbe était de toute éternité. 
Confesse les natures comme elles sont, confesse comme tu en as 
reçu l'ordre, confesse que Dieu a voulu te sauver par le corps 
et que le corps n'a pas été changé de l'essence de Dieu le Verbe 
en l'essence de la chair ; il fut créé, il prit la forme humaine, il 
grandit et se perfectionna dans la nature des hommes et il 
naquit, mais du corps de notre formation, de la race des hommes. 
Car il était de la race d'Abraham. Pourquoi traites-tu d'halluci- 
nations les choses du corps, supprimes-tu les choses du corps et 
les transportes-tu à Dieu, au point de faire avec ambiguité deux 
générations, puisque tu fais la génération du corps sans commen- 
cement de Dieu le Père. Tu dis que Dieu le Verbe est le corps et 
l'homme, qu'il a un commencement et une fin, et qu'il est né de 
la bienheureuse Vierge parce qu'il est devenu homme. Comment 
dis-tu la naissance du corps? Car tu attribues au Verbe seul de 
naître de Dieu le Père et de la Vierge. Parle clairement et confesse 
« la nature humaine [273] (provenant) de la bienheureuse Marie, 
comme le disent les Livres divins. » Et la question proposée 
est (ainsi) résolue : que l'essence de Dieu n'est pas soumise au 
commencement, à l'accroissement et à la fin, « bien qu'il soit dit 
ainsi d'après sa manifestation qui (s'est faite) peu à peu. » Pourquoi 
abolis-tu les noms qui indiquent l'humanité et veux-tu aussi 
(nous obliger) à les croire de la divinité ?comme si ce n'était pas 
un blasphème que cette (parole) : « la divinité est sortie d'elle ; » 
tu supprimes ce qui montre qu'elle n'a pas pris commencement 
d'elle ; et tu abolis l'humanité qui a été enfantée de la bienheureuse 
Marie : car tu dis qu'elle n'a pas enfanté l'homme, mais — comme 
les démons trompeurs, qui montrent que l'homme n'est pas un 
homme — tu confesses l'homme, mais (c'est) Dieu le Verbe, et 
(ainsi) tu confesses Dieu le Verbe et non l'homme. Tu trompes les 
hommes en séparant les essences des noms : tu dis « homme » 
et tu places l'essence de Dieu le Verbe; et encore tu dis « Dieu 
le Verbe » et tu places l'essence de l'homme, puis tu l'élèves 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 173 

par le nom de Dieu le Verbe ; et ils n'ont rien à dire. « C'est la nature 
humaine qui provient de la bienheureuse Marie », elle est donc 
la mère de l'homme qui a pris commencement d'elle, puis accrois- 
sement et perfectionnement; « il n'est pas Dieu par nature, bien 
qu'il soit dit ainsi à cause de sa manifestation qui se fit peu à peu» 
...Elle est donc par nature Mère de l'homme mais, par la mani- 
festation, Mère de Dieu, si [274] tu dis qu'il est né d'elle par mani- 
festation et non par nature, il sortit donc uni à celui qui naquit 
d'elle dans la chair. Pourquoi accordes-tu en partie, puis suppri- 
mes-tu ces choses, comme les prestidigitateurs qui, des choses visi- 
bles, font des choses invisibles et font en apparence des choses visi- 
bles et invisibles? Le Christianisme est en vérité; ne trompez 
pas... « humain est celui qui est né de la bienheureuse Marie »... 
« celui qui prit un commencement, grandit et se perfectionna, 
n'est pas Dieu par nature, bien qu'il soit dit ainsi à cause de sa 
manifestation qui se fit peu à peu. » 

Croyez-vous que ceux qui ont dit cela sont véridiques ? Croyez- 
vous à ce que vous avez écrit? — car vous avez écrit cela — ou bien 
n'y croyez-vous pas? Ou disent-ils que le Christ est un pur homme, 
parce qu'ils disent cela de lui? Ils disent que Dieu n'est pas dans 
le corps par apparence; ils disent de Dieu qu'il commença et pro- 
gressa par manifestation. Comment les choses qui s'unissent 
peuvent-elles être dites simples? Tu appelles simples les choses 
qui ne sont pas deux par essence : la divinité qui n'est pas l'huma- 
nité, et l'humanité qui n'est pas la divinité; mais ces choses sont 
absurdes, à mon avis, dans la bouche de celui qui a dit que la 
différence des natures n'est pas supprimée par l'union. Tu dis 
alors ce que je dis moi-même, et je t'en félicite : que la divi- 
nité subsiste unie à l'humanité, et que l'humanité subsiste en natu- 
re unie à la divinité [275]. Et tu anathématises ce qui est chez moi ! 
anathématise donc aussi ce qui est chez toi, si toutefois on peut ap- 
peler tien ce dont tu n'as pas confiance que ce soit vrai, puisque tu 
restes opposé aux Pères et aux saints Livres. Admirable et louable 
est cette trouvaille d'hérésie où tu dis ce que personne ne confesse; 
tu as élevé ton dogme, toi seul, contre tout le monde ; tu as imaginé 
que cela serait accepté par tout le monde. Au contraire, parce que 
tu avais conduit tout le monde avec hypocrisie, tu as été haï de 
tout le monde comme hypocrite. 

Pour révéler la vérité qui est prêchée par tout le monde, que 
lu connais certainement, mais que tu n'oses pas dire, il suffira, 



^74 NESTORIUS. LIVRE D HÉRACLIDE 

pour ceux qui veulent connaître ta pensée, de savoir parmi ces 
choses ce dont tu me blâmes : comme si je disais que les essences sont 
séparées d'un éloignement local, réunies en égalité par adhésion ^ 
et par amour et non par ce qu'elles ont naturellement; ce (n'est 
pas) par la parole certes que nous séparons les natures, cav 
autre est la divinité et autre l'humanité. Par l'adhésion de 
celle-ci, il n'y a pas un autre et un autre dans le prosôpon, 

Voilà ce que tu as donné à penser de moi, mais il semble que je 
dis l'inverse de ce que tu allègues contre moi,car j'unis les essences. 
Par l'union [276] des essences, je dis un prosôpon en une égalité 
en tout ce qui forme le prosôpon, auquel appartient une essence 
et une autre essence, non par scission et par éloignement, mais 
dans le même (prosôpon). Cependant passons à d'autres choses 
aussi rapidement que nous le pourrons, afin que les hommes, 
qui y trouvent occasion de blasphème, soient réprimandés par 
celles-ci ou par celles-là... 

[Semblablement, du même, du cahier vingt-quatre ^] 

... « Ce que nous disions ^ : « Ne crains pas de prendre Marie pour ta femme ; 
car, ce qui est né en elle, Vest du Saint-Esprit'^. Si tu dis« qui est né en elle» 
ou « qui est fait en elle » cela ne nuit pas au sens. Celui donc qui est né en 
elle est du Saint-Esprit. Mais si nous disons que Dieu le Verbe [est né dans 
le sein, c'est, autre chose « qu'il était avec celui qui naissait » et autre 
chose « qu'il naîtra », Car celui qui est né en elle est du Saint-Esprit * ; 
c'est-à-dire : le Saint-Esprit a créé ce qui est en elle. Les Pères, comme 
connaisseurs des Livres divins, ont vu que si l'on rapporte « celui qui est 
né » à « celui qui a pris un corps », Dieu le Verbe se trouvera le Fils du 
Saint-Esprit ou aura deux pères. Si nous disons « qu'il fut fait » ,Dieu le Verbe 
se trouve |277] être une créature du Saint-E^sprjt. Évitant la parole de 
naissance, ils ont mis : « il descendit pour nous autres hommes, et pour 
notre salut et il prit un corps ^. » Que signifie ce « il prit un corps » ? 
(sinon) qu'il ne fut pas changé de la divinité en la chair. Car pour ee« qui 
prit un corps du Saint-Esprit », ils obéirent à l'ÉvangéHste : Car l'Évangér 



1. cnjvâ:pîta. 

2. Le ms. porte ici deux lignes en blanc ; le scribe se proposait sans doute d'y 
écrire, à l'encre rouge, le titre que nous venons de rétablir. 

3. C'est la citation du quat. XXIV lue à Éphèse. Labbe, loc. cit., col. 52?. 

4. Matth., I, 20. 

5. Litt. : et incorporatus est. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 175 

liste, en effet, lorsqu'il en arriva à l'incarnation, évita aussi d'attribuer la 
naissance au Verbe, et il écrivit qu'il prit un corps. Comment ? Ecoute : 

Et le Verhe s'est fait chair. Il ne dit pas que le Verbe naquit par la 
chair. Aux endroits où les apôtres et les Evangélistes font mention de la 
naissance, ils placent le Fils qui est né d'une femme... Examine ce qui a 
été dit, je t'en prie : où ils disent le nom de « Fils » et « qui est né d'une 
femme », ils placent le (mot) « qui est né », mais là où ils font mention 
du Verbe, aucun d'eux n'ose dire « naissance par l'humanité. » Ecoute le 
bienheureux Jean, l'évangéliste, lorsqu'il en arriva au Verbe et ^ à son 
incarnation, écoute ce qu'il dit : « Le Verhe s'est fait chair » c'est-à-dire 
prit une chair, « et il habita parmi nous)) c'est-à-dire qu'il revêtit notre 
nature en demeurant parmi nous. « Et nous aidons vu sa gloire la gloire du 
Fils», Il ne dit pas : «Nous avons vu la naissance du Verbe 2.» 

Je vous ai donc dit la cause que je croyais bonne, [278] pour 
laquelle les Pères n'ont pas dit dans leur profession de foi « il 
naquit du Saint-Esprit et de la vierge Marie », mais « il s'incar- 
na », pour ne pas faire du Saint-Esprit le père ou le créateur du 
Fils, mais bien qu'il s'incarna du Saint-Esprit et de la vierge Marie, 
afin d'attribuer à la chair le motw il est devenu», parce qu'il « s'in- 
carna ». Quant à l'histoire de sa formation, comment la racontez- 

1. Le syriaque a changée en d et porte : « au sujet de son incarnation. » 

2. 'O[xot(jo; Toj (xùzov, TETpâôtov xô ' . "Ousp oôv èXsyofxev (xr, 9oêr,8-^ç TrapaXaêstv Ma- 
ptàjji. TY)v yvvatvca cou, to yàp èv auTw ysvvriôèv — stre 6tà toO évbç v &ïtz 8tà xâv 6-Jo, tw 
vorjfjiaTC oOSàv A-jfxatvsxai — <C èx TrveufiiaTÔç è<TTiv àytou, tc av sty] ; >■ to yàp èv aûry] 
« Te/^6èv )) âx nve-jy^azàç ècm àytou, èàv el'Trwfxsv ozi 6 ôebç Xôyoç èyevvT^ÔY] èv yagTpt, aXXo 
yàp ècTTt TO a-jv£[vai r& yey£vvri[jL£va) xal aXXo to ysvvacrôac. to yàp èv aÛTï] cpr\(Ji, « yevr,- 
Qev » èx TrvETjfjiaTûs ècTTiv àytou TOUTsaTi" to Trveufxa to ayiov exTcas to èv aÛTrj. etSov oùv ot 
TraTEpcç o)ç £7rc(7Tr,aov£ç tôv 6£twv ypa^ôv, OTt èàv àvTt toû «o-apxwÔÉvTa » ôôfXcv to « y£v- 
VTiOÉvTa », £"jpco-x£Tac r, moQ uv£U[xaTOç ô %zoç Xoyoç xal ôuo TcaTô'paç 'é'/jj^'^, % 6ià tov évbç 
V £-jp£9ri<7£Tai 6 6£bç Xoyoç XTccrfxa toû 7rveû[;!,aT0ç wv,. çEuyovTgç oSvtyjv tt]? yevvy^io-eu); Xç^tv 
è'Or,xav to «xa6eX86vTa ôt'-^[xàç toÙç àvôpwTiouç xal 8tà ttjv Yi(ji£T£pav (7toTr,ptav crapxwôsvTa)) 
Tt è(TTi « crapxcoÔEVTa »; où TpausvTa aTib ôséTriUOç £tç aàpxa. tô « aapxwôÉvTa èx TcvEup-a- 
Toç àytou » £t7i£tv rixoXoùÔYio-av tw £Ûayy£Xtc7Trj. xal yàp ô £Ùayy£XtaT7iç, èXGcov £tç ttjV 
èvav6pa)7r-ri<7tv, è'^uyE y£Vvr|(Ttv eîtcecv èul tou ôeou Xoyou xal teôeixs càpxcoo-tv. ttotj ; 
axouo-ov xal ô Xôyoç o-àp^ èyÉveTo, oûx eittev, ôtc ô Xdyoç ôtà «rapxbç èyEvvTqôrj. ottov [j,£v 
yàp [j-vr|(ji-ov£'uoua'tv v^ ô àubaToXoç r\ ot £Ûayy£Xi(TTal tou « utou », Tt9£a<Tcv,0Tt k^e^vr^^r^ 
ix yuvatxdç. iz^àa^jt tô XEyofXEvo), uapaxaXca. ôttou [xèv XEyouatTO ovo[xa tou uïou xal OTt 
ÈTE'y^Oïi èx yuvatxoç, TtOÉact Tb « èyEvvv^ôï) » ô'ttou ht [jt,vr|[jLOV£Ùouat tou Xbyou, ouSeIç 
aÙT(t)v èTÔXfjiTQO-EV eiTTEtv y£vv/]atv ôtà xr^ç àvôpwTroTYjTOç. ô yàp fjiaxàptoç 'I(oàvvr,ç ô EÙay- 
y£Ât(TTr,;, èX6à)V £tç tov Xoyov xal de, tïjv èvavôptoTTYicrtv auToO, ocxouctov, olà 9r,CTtV ô Xbyo; 
aàp? èyEVETO, toute^ttiv àvs'XaêE dàpxa, xal- èa-xr,voo(7£v èv ri[Jt.tv, tout£<3-tiv ty]V riiXETEpav 
èvEÔûcraTO qjucrtv xal èva>xtcr£v èv r\\u.v, xal èÔEacràfXEÔa t-^jv Ô6|av auTOU, tou utou. oux 
EtTicV i6Ea(Tà(j(,E0a tyiv y^vvYi<Tiv tou X6you... Loofs, lac. cit., p. 285-287. 



176 NESTOhlUS. LIVRE D*HKRACLlDE 

VOUS? Dites ouvertement. Réprimandez clairement ceux qui ont 
blasphémé (en disant) : « il est né du Saint-Esprit. » S'il est né, 
le Saint-Esprit est le Père du Fils, ou le créateur de Dieu le Verbe, 
choses, ai-je dit, que les Pères n'ont pas dites et que moi non plus 
je ne dis pas. Ai-je blasphémé en disant ces choses? ou bien ai-je 
calomnié les Pères? Si vous pouvez montrer que les Pères ont dit 
cela, dites-le clairement? Laquelle de ces deux (choses) ? Dieu 
le Verbe est-il une créature, ou le fils du Saint-Esprit? S'il n'est 
pas une créature, chair qui est corporelle, il n'est pas non plus une 
créature du Saint-Esprit, parlez clairement. Ceci « il s'est incarné » 
veut dire qu'il est incarné nécessairement dans sa nature; ce n'est 
pas un autre qui s'est incarné, c'est Lui qui est dit s'être 
incarné. Il s'est incarné dans sa propre essence, dans la chair 
qui fut et naquit du Saint-Esprit. Ce « il est né », comme tu le 
dis, est contraire à ce que tu as dit, car lorsqu'il naquit, on dit que 
la chair naquit, comme s'il avait fait la naissance de sa chair. 
Il ne [279] s'incarna pas en propriété, mais dans son essence. 
« Il s'est incarné » ne signifie donc pas la même chose que « il est 
né», et c'est pour cela qu'ils ont écrit» qui est incarné» et non pas 
« qui est né » ; car ils ont transporté à la chair le (mot) « il est deve- 
nu». C'est pour cela que l'évangéliste aussi a dit qu'il « est devenu» 
chair et n'a pas dit qu'il est né, afin que par ce «il est devenu», 
il ne limitât pas Dieu le Verbe, mais la chair qui fut faite, c'était 
sa chair. Dieu le Verbe demeura parmi nous; ce n'est pas Dieu 
le Verbe qui devint, car il était. 

Écoutez-les, car vous ne récuserez pas ces hommes que vous 
avez allégués contre moi pour m'accuser. Parle donc, ô Ambroise, 
n'abandonne pas celui qui est opprimé. Ne sois pas dans la bouche 
des calomniateurs et ne condamne pas le sang innocent avant 
d'avoir entendu : Moi je dis que la chair est (née) de la vierge 
Marie, et non Dieu le Verbe; car je confesse qu'il n'est pas fait, 
ni devenu, ni créé. Tous se lèvent contre moi comme des épées^, et 
ils ne veulent même pas écouter mes paroles jusqu'au bout, et c'est 
sur cela qu'ils te citent comme témoin. Ce n'est pas la mort qui m'a 
fait peur, moi qui ai été ainsi calomnié, mais c'est d'avoir été condam- 
né comme impie en ton nom (prosopon). J'ai parlé d'après Ambroise 
et je ne renie pas ce que j'ai dit, quand bien même ils élèveraient 
le glaive contre moi. [280] J'ai dit ceci : Il voulut ensuite être 

1. Sayfê, ou bien lire sayofê, « bourreaux ». 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 177 

d'une femme, selon eette (parole) «il est devenu)). Tu (Ambroise) 
as défini que ce n'est pas la divinité, mais le corps qui a été pris ^. 
Il est venu d'une femme par le corps qui a été pris : à savoir celui 
qui est descendu, c'est celui-là que le Père a sanctifié et envoyé 
au monde. Le Livre ne vous a-t-il pas appris que « ce n'est pas 
la divinité mais la chair qui a besoin de sanctification ^))? Si donc 
ils ont trompé, ils ont induit en erreur eux-mêmes et non moi. 

Que dis-tu aussi de cela, ô Grégoire le divin? Quelle pensée 
as-tu? Je le demande, non que je l'ignore, mais parce qu'ils veu- 
lent en ton nom opprimer la vérité. Que sais-tu de celui qui est 
du Saint-Esprit et de la vierge Marie, qui a commencé, a progressé, 
s'est perfectionné, je ne dis pas en prosôpon, mais en essence? 
Quoi donc ! aurais-tu donné autre chose que ce que tu leur as donné 
par écrit? (à savoir) que c'est l'homme qui a été pris... « Celui 
qui commence, grandit et se perfectionne, n'est pas Dieu, bien 
qu'il soit dit ainsi à cause de (sa) manifestation qui eut lieu peu 
à peu ^. )) Car« autre et autre étaient ceux dont est formé notre 
Sauveur, car ce n'est pas la même chose de l'invisible et du visi- 
ble, Dieu qui devint homme et l'homme qui devint Dieu*. » 

Parle aussi, ô sage Athanase, car tu as été calomnié aussi de 
beaucoup de calomnies analogues que tu as subies des ariens, 
pour [281] la tradition sur le Fils Dieu le Verbe. Quelle idée as-tu 
sur ce « il est né du Saint-Esprit et de la vierge Marie ? )) Dans la 
nature et non dans le prosôpon qui résulte de l'union? « Nous 
disons qu'il est un le fils qui est né de sainte Marie et non un autre. )) 
Mais cet un et seul qui est né fils. Christ, (est) Dieu le Verbe 
avec sa chair; et il a une chair avec Dieu le Verbe. Mais « en essence 
Dieu le Verbe est de Dieu le Père, et la chair est celle qu'il a prise 
de la Vierge )) pour être. Nous ne disons pas un autre et un autre 
car il n'y a qu'un prosôpon pour les deux natures. Mais celui qui 
par la nature était du Saint-Esprit, quel était-il? et quelle était 



l.Labbe, loc. cit., col. 513. Hune postea factum ex muliere asseruitut factura 
non dwinitatif sed assumptioni corporis adscriberetur ', cité au concile par les par- 
tisans de Cyrille. 

2. Ibid, Hsec ipsa littera nos docet, sanciificatione non dwinitatem eguisse sed 
carnem. 

3. 10 yàp YjpY[X£vov ï^ TrpovcoTTTOv, 7^ TeXeio'jfjLevov, où 6ebç, xàv oià Tr,v xarà (jitxpbv au- 
;yicriv ouTto X£YT,Tat. Cité par les partisans de Cyrille. Labbe, loc. cit., col. 515 d. 

4. aXÀo [xèv xai :(X),o ta à^ a)v ô chùx-(\ç, siTrep (xr) Taùrbv tô àopaTOv t(o ôpatà)... Osov 
fjLÈv âvav9pa)7tr,(TavTo:, àvÔptÔTCou fis ôetottévToç. Labbe, loc. cit., col. 515 &. 

Nestorius — 12 



178 NESTORIUS. LIVRE D HÉRACLIDE 

sa nature? De quelle nature était la Vierge sa mère? Car c'est 
là ce qu'on cherche. Ecoutez tous... J'ai dit que « Humain ^ 
est celui qui (provient) de Marie, selon les Livres divins, et il 
était vraiment de notre Sauveur. » « Si le Verbe était dans le 
corps par apparence 2, comme ils le disent, celui qui est dit par 
apparence est une imagination ^; le salut et la résurrection des 
hommes se trouveraient avoir lieu en imagination, comme l'a 
dit l'impie Manès, mais notre salut n'est pas une imagination, 
ni du corps seulement,mais de tout l'homme : de l'âme et du corps, 
le salut a eu lieu en réalité. Humain donc était celui qui (provient) 
de Marie, comme le disent les Livres divins, et en vérité il était 
de notre Sauveur... » 

[Semblablement, du même, du quinzième cahier, 

SUR le dogme *.] 

[282] «De même certes nous donnons au Christ dans la chair le nom de 
Dieu à cause de son adhésion avec Dieu le Verbe, parce que nous recon- 
naissons pour un homme celui qui est visible. 

Ecoute Paul qui dit les deux choses : Des Juifs certes (proçfient) le 
Christ dans la chair, lui qui est Dieu au-dessus de tout ^. Il confesse l'homme 
d'abord et ensuite à cause de son adhésion avec Dieu le Verbe, il appelle 
Dieu celui qui est visible, pour que personne ne pense que le christia- 
nisme consiste dans l'adoration d'un homme ^. 

Voyez et considérez, pour qu'on ne m'accuse en aucun endroit, 
comme si je l'avais dit un simple homme éloigné de la divinité. 
Je dis : « le Christ qui est dans la chair », comme aussi je dis le 
même dans la divinité. Car je n'ai pas dit que «le Christ était charnel » 



1. Labbe, t. m, col. 510 d, àvÔpcùTcivov. Lire naschayâ, comme plus haut. 

2. Ou« par hypothèse ». Le grec porte Oio-st et le latin : extrinseca prœsentia. 

3. cpavTact'a. 

4. hsibbefloc. cit., 522 e. En place de ce titre le manuscrit portait quatre li- 
gnes en blanc, sans doute pour l'écrire, cf. p. 174, n. 2, et 180, n. 1. 

5. Rom., IX, 5. 

6. O'JTO) xat Tov xarà «rapxa /pt^TOvèx tyi; irpôç ©ebv Xôyov auvaçetaç ©ebv ôvof;,â^o- 
[A£v, çaivofxsvov slSôteç cb; av6pw7rov, axo'jcrov tou IlaûXo'J àaçôt spa xrjpûttovToç ; è| 'lou- 
Satwv, ç)r,(!rlv, ô yptarb:, rb xarà (xâpxa, 6 wv èizl TiàvTwv Osb;. ofjLoXoyet tov avOpwTrov 
upÔTspov, xal TÔT* Ty, Toù 0£o\> 0"jvacp£ta bs-olôyet -cà cpatvô[xevov, iva [XTiêel; àvôpwTcoXaTpe- 
tav TOV xpt^TTtavKTfxbv viTOTiTEÛav]. Labbe, op. cit., t. m, col. 522 e. Cf. Loofs, 
op. cit., p. 248-249. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 179 

mais que « le Christ était dans la chair. » Je parle de « la chair 
du Christ, d'après son adhésion avec Dieu le Verbe », comme étant 
unie et n'étant pas séparée de Dieu le Verbe. Ce n'est pas para égali- 
té qu'elle est unie, mais elle est (unie) à Dieu le Verbe. Celui qui ap- 
paraissait par essence, j'ai dit qu'il était des juifs et qu'il n'était pas 
Dieu le Verbe; car je confesse que l'homme en essence et en nature 
est d'entre les Juifs et n'est pas Dieu le Verbe en nature. Je dis 
que l'homme en nature est en dehors de la nature de Dieu le 
Verbe [283] mais il est Dieu par cette union qui a eu lieu dans le 
prosôpon. Est-ce pour cela que tu te fâches contre moi? 

Mais écoute ce qu'Athanase te crie : « Humain donc est celui 
qui (provient) de Marie, selon les Livres divins, ce n'est pas en 
apparence ni en imagination qu'a eu lieu notre salut, et la résur- 
rection des hommes, comme l'a dit l'impie Manès, non du corps 
seulement, mais de tout l'homme, de l'âme et du corps a eu lieu 
notre salut. )) Humain donc est celui qui (provient) de Marie, 
selon les Livres saints, et en vérité il était de notre Sauveur... 
Pourquoi donc renies-tu notre salut? Bien plus, vous condamnez 
comme impie celui qui ne le nie pas, mais le confesse ! Ou niez 
qu'il soit homme, comme les manichéens, ou, si vous ne le niez 
pas, vous ne pouvez pas condamner celui qui ne le nie pas, mais 
le confesse. Ecoutez Grégoire criant que celui qui a été pris est 
homme. Car « celui qui commence, grandit et se perfectionne 
n'est pas Dieu, bien qu'il fût dit ainsi à cause de sa manifestation 
qui eut lieu peu à peu.» Vois-tu qu'il dit que celui qui a été pris, 
qui commence, grandit et se perfectionne est homme par nature 
et Dieu par manifestation (accroissement)? Quelle obscurité 
est donc étendue devant vos yeux, pour que vous ne voyiez pas 
cela? Si vous condamniez mes opinions, il ne fallait pas leur com- 
parer ces textes (d'Athanase et de Grégoire) qui viennent les 
renforcer. [284] Si vous recevez ces choses et les semblables, 
il ne convenait pas que vous les taxiez d'impies. Pour moi j'ai 
dirigé mes paroles contre ceux qui nient que l'humanité ait été 
prise de nous, et qui sont de l'opinion des manichéens. Je n'ai pas 
fait seulement (cela), mais j'ai défini encore les propriétés des natu- 
res et du prosôpon unique : en certaines choses (comme) deux, en ce 
qui concerne les natures, en d'autres (choses) dans l'union. Et 
toi tu as pris sur toi la personnalité (prosôpon) de ceux-là 
(Athanase et Grégoire), comme si tu étais l'un d'eux, lorsque 
en tout tu es l'ennemi de ceux qui reçoivent mes paroles. Car 



180 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

nous, nous avons puisé chez eux et nous jetons (cela) devant toi 
en criant : Ce n'est pas en imagination qu'a lieu notre salut, ô 
hommes. « Humaine est la nature qui provient de Marie, comme 
le disent les Livres divins »... « Celui qui commence, grandit 
et se perfectionne, n'est pas Dieu bien qu'il fût dit ainsi à cause 
de sa manifestation qui eut lieu peu à peu »... 



[Semblablement, du même, du vingt-septième cahier 



Mais de même que nous appelons Dieu le créateur de l'univers et que 
nous donnons le même nom à Moïse ^, (car il est écrit) Je t'ai établi Dieu 
pour Pharaon ^ (comme nous appelons) Israël, fils de Dieu : Mon fils pre- 
mier-né est Israël * ; et comme nous appelons Saiil un Christ : je ne le 
toucherai pas parce quil est le Christ du Seigneur^, et de même de Cyrus : 
Ainsi parle le Seigneur à son christ Cyrus ^ ; et les Babyloniens étaient 
appelés saints : Moi, certes, [285] /e leur commanderai, ils sont saints et moi 
je les amènerai '^; de la même manière nous appelons notre Seigneur le 
Christ et Dieu et Fils et Saint et Christ ; mais, bien que la participation 
aux noms soit la même ^, l'honneur n'est pas le même ^.)) 

Qu'avez-vous à blâmer à cela, ô calomniateurs et sages? Parce 
que j'ai dit que de même que nous appelons Dieu le créateur 
de l'univers et Dieu Moïse, ainsi nous appelions Notre Seigneur 
le Christ Dieu de l'univers et créateur? Ce n'est pas parce que nous 
donnons le nom de Dieu à Moïse, et aussitôt celui de Dieu le 

1. Trois lignes ont été laissées en blanc dans le ms., sans doute pour écrire le 
présent titre. C'est la citation du quaternio XXVII de Nestorius faite par Cyrille 
àÉphèse. Labbe, lac. cit., col. 522-523. 

2. Litt. : « et Dieu à Moïse, » 

3. Exode, VII, 1. 

4. Exode, IV, 22. 

5. I Rois, XXIV, 7. 

6. Isaïe, XLV. 

7. Isaïe, XIII, 3. 

8. « bien que les noms se ressemblent. » ' 

9. 'O\ioît)iz To-j a-jTO-j TETpâôtov y.^'. 'Aaa' (oajiîf» Asyojxev « 6cbv » tôv TiâvTwv ôr,(xto-jp- 
ybv 7tal 6ebv tov Mwcxsa (Ôsbv yàp <pri(yi Tc6£iy.à ae xou «ï>apaa)) xal « utbv » rbv 'Io-par,À 
Tou 6eoî5 {x)ioç yàp ÇTja-t tzçxotôtov.ôç (jlou 'lo-parjX), xal w(T7r£p Xéyofxsv « Xpcorov w rbv Sa- 
ouX (où [xr] yàp 9r,<n âTitêaXô Tr,v xeîpà \io-j ètt' aùrov, ÔTtXpKjTbç xupt'ou èari) xal K-jpov 
wo-auTtoç (ràôe Xsyst, 9r,<rt, xypioç tïô Xpcarro |xo'j Kûpo)) xal xbv Baê'jXtoviov àyiov (èyo) 
yàp 9r,(n auvrào-uo) aùroï;, r|yiaa(xevoi étal xal èyw ayco aÙTO-jç),ouT(o Xeyofjisv xal tov Sec- 
7rÔTT,v Xpcarbv xal « ôebv » xal « uîbv » xal « aytov » xal « Xptorôv » . àXX' r\ [xkv xoivto- 
véa Tûv 6vc»[xàTa)v 6[xota, oûx r\ aùxYi Se à^ta. Loofs, loc. cit., p. 289. 



4 



II. 



1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 181 



Christ au créateur de l'univers, que nous le disons de la même 
manière de Moïse et du Christ; ou, de ce que Moïse est le Dieu 
de Pharaon, que nous le disions ensuite créateur de l'univers ! 
Loin de nous ! Car ce n'est pas la communauté des noms qui fait 
la communauté d'honneur et l'égalité. Autre en effet est l'honneur 
du créateur de Tunivers et autre celui de Moïse : de l'un comme 
du créateur, de l'autre comme d'une créature qui a reçu l'ordre 
d'être chef. De même, le nom de Fils a été donné à notre Seigneur 
et à Israël, mais la communauté des noms ne fait pas une com- 
munauté d'honneur : celui-là certes est Dieu par nature, consub- 
stantiel au Père, créateur et auteur de tout, mais non celui- 
ci. Il en est de même pour tout le reste. Ce que nous disons de 
Dieu créateur de l'univers, nous le disons de Notre Seigneur 
Jésus-Christ, Dieu, Fils et Christ; car dans chacune de ces choses 
qui sont appelées de ce nom, il y a diversité de la nature créatrice 
[286] de l'univers et des honneurs qui sont accordés largement. 
Car la dignité et l'honneur supérieur à tout est la nature (divine). 
J'ai dit que le nom de Christ et celui de Fils indiquent deux 
natures : — de la divinité et de l'humanité — ce à quoi il n'y a 
rien de comparable dans ce qui a été dit. De sorte qu'il ne faut 
pas (seulement) regarder au nom, mais encore à ce qu'il signifie : 
Le Christ d'une part est Dieu de l'univers et créateur ; Moïse 
d'autre part est aussi dit Dieu, mais il n'est pas dit Dieu de la 
même manière et n'est pas conçu comme Dieu. 

Mais ils pensent m'accabler au sujet de l'humanité. « Si celui 
qui provient de Marie appartient à la nature humaine, selon les 
Livres saints, et s'il est Dieu par manifestation et non par nature, 
tu appelles l'un de ceux-là par la grâce Dieu et Fils et saint. » 
Je vous réponds seulement ceci : Si vous reconnaissez, comme 
Grégoire et Athanase, la nature humaine à celui qui provient de 
Marie, (si vous confessez) qu'il a commencé, a progressé et s'est 
perfectionné, qu'il est Dieu par manifestation et qu'il est distinct 
de tout homme par le sens du nom dont il s'est servi pour le dis- 
tinguer, autant que le créateur l'est de la créature, parce qu'il 
y a un seul prosôpon^ dans ce cas, moi j'en dis autant. Mais si vous 
ne confessez pas la nature humaine qui a commencé, a grandi et 
s'est perfectionnée ^, comme l'ont dit Athanase et Grégoire, [287] 

1. Les mss. S, y ajoutent :«ou qu'elle n'a pas commencé, n'a pas progressé et 
pe s'est pas perfectionnéet, » 



182 NESTORIUS. LIVRE D HÉRACLIDE 

VOUS n'êtes pas réputés ^ orthodoxes, mais levez-vous avec les 
manichéens. Mais Grégoire, Athanase et Ambroise vous deman- 
dent s'il est une chair consubstantielle(à nous) et une âme consub- 
stantielle (à la nôtre) ; tout ce qu'il est, il l'est aussi dans l'essence 
de l'homme; il est donc homme, séparé de nous par l'honneur et 
par la dignité. De même qu'Israël est dit fils et que Moïse est dit 
Dieu, de même aussi le Christ (l'homme ?) n'était pas Dieu par 
nature ni fils de Dieu par nature, c'est d'après lui que Dieu 
se fit homme, mais dans la nature des hommes : il se fit homme 
dans celui qui (provint) de Marie. S'il ne s'était pas fait homme 
dans l'homme (dans la nature humaine), il se serait sauvé lui- 
même, mais non pas nous; mais s'il nous a sauvés, il s'incarna en 
nous et il fut dans la forme des hommes et il fut trouvé en 
apparence comme un homme, et il n'était pas homme lui-même. 
Dites donc clairement ces choses et les analogues. Pourquoi 
faites-vous semblant de ne pas les dire et disputez-vous à leur 
sujet comme si vous les disiez, alors que vous ne les dites pas ? Les 
choses que vous dites, vous les dites en apparence, et vous 
ne voulez pas attribuer la nature humaine à celui qui (provint) 
de Marie, comme il est dit dans les Livres. Celui qui ne lui attribue 
pas la nature humaine, comme l'un des hommes, du corps 
naturel de nos pères, dont nous provenons nous aussi en âme et 
en corps — et il a toutes les propriétés [288] de la partie rationnelle 
de l'âme hormis le péché; — Grégoire accuse celui-là comme 
les manichéens : « Celui qui commence, progresse et se perfectionne, 
n'est pas Dieu, bien qu'il soit dit ainsi à cause de (sa) manifes- 
tation qui eut lieu peu à peu ^. » En ce qui concerne l'humanité 
il n'est pas divin par la nature, mais par la manifestation. Dans 
la nature de la divinité, il a une grande différence avec tous ceux 
qui sont appelés dieux, ou dominateurs, ou christs. Dans l'huma- 
nité, il ressemble à tous. Il y a un seul prosôpon en deux natures. 
Lui est Dieu, lui est Seigneur, lui est Christ, car il ne se sert pas 
d'un prosôpon qui admette division, mais il s'en sert, comme de 
son (propre) prosôpon. Toutes les propriétés de l'essence lui appar- 
tiennent en vertu de l'union, et non par nature. Ne comprenez- 
vous pas que, dans sa divinité, le Christ est Dieu créateur de 
l'univers ; il n'est pas comme Moïse, bien que Moïse soit aussi 



1. Litt. : « vous ne serez Jpas interrogés. 

2. Lahhe 'op. cit., t. m, col. 515 d. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 183 

appelé Dieu. La participation des noms ne fait pas participation 
d'honneur : autre en effet est l'honneur du serviteur et autre 
celui du maître, bien qu'au point de vue du corps, il (ne) diffère 
(pas) des serviteurs. 

Situ disque le corps et la nature du corps avec l'âme douée de 
raison et de connaissance demeurent sans changement et sans modi- 
fication, mais que tu n'admettes pas d'autre part les (propriétés) qui 
caractérisent l'âme et le corps : les unes dans l'union et les autres 
dans la nature, mais que [289] tu transportes tout à une seule nature, 
tu mens à la vérité en faisant le oui non et le non oui. Et c'est 
pour tromper, que tu appelles nature humaine celle qui provient 
de Marie, selon les Livres divins, et que tu ne lui attribues pas 
en nature les propriétés de l'humanité. Par le prosôpon tu l'élèves 
au-dessus de toute l'humanité, à tel point qu'il est un autre 
par essence, celui qui est éternellement comme il est, n'a pas 
commencé, ni grandi, ni été perfectionné, mais il est un autre celui 
qui a commencé, a grandi et a été perfectionné et dans l'union 
et dans la manifestation en un prosôpon, (il est) Dieu qui s'est 
incarné et l'homme qui a été divinisé. Il ne fut pas changé ni 
modifié dans sa divinité, de même que l'humanité du Christ n'é- 
tait pas différente en nature de celle des hommes mais en honneur 
et en prosôpon ; car il est Dieu de l'univers, Seigneur et Fils ; 
dans toutes les choses où la divinité est par essence, dans 
toutes celles-là l'humanité est par honneur; non par un autre 
honneur, mais par l'honneur de celui qui a pris le prosôpon : 
l'humanité utilisant le prosôpon de la divinité et la divinité le 
prosôpon de l'humanité; il (le prosôpon) a été pris pour cela et 
c'est pour cela qu'il l'a pris. Non pour que nous ne confessions 
pas celui qui a été pris, mais pour que nous le confessions. Con- 
fesse-le donc tel que celui qui prend l'a pris, et tel que celui qui 
peut être pris l'a été; en quoi il est autre et autre, en quoi il est 
un et non deux, de la même manière que la Trinité. 



184 > NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

[290] De la même manière, du même, du quinzième cahier\ 

Pensez eni^ous-mêmes ce que Jésus-Christ aussi (pensait) ^, lequel étant dans 
la forme de Dieu s'humilia lui-même e prit la forme du serviteur ^. 

Il ne dit pas : Pensez en vous-mêmes ce que Dieu le Verbe aussi pensait ; 
lequel se trouvant dans la forme de Dieu, prit la forme du serviteur ; mais 
il plaça le nom du Christ qui indique les deux natures sans danger 4, il 
désigne ainsi la forme du serviteur qu'il prit et celle de Dieu et partage 
sans reproche à la dualité des natures, les choses que l'on dit ^. » 

Il convient d'après cela d'étudier le sentiment de chacun et 
d'abord le mien : pour savoir s'il en est comme celui-là (Cyrille) 
a dit : que je dise un autre et un autre et que je sépare la divinité 
à part comme d'un éloignement local; et que je ne confesse pas 
qu'il est un et le même. J'ai dit qu'il donna un nom sans danger 
à la forme du serviteur et à Dieu ; nous n'entendons pas sépa- 
rément ce qui prit et ce qui fut pris ; mais on considère ce qui 
est pris dans ce qui prend, et ce qui prend, dans ce qui est pris ; 
car ce qui prend n'est pas supposé indépendant, ni ce qui est 
pris non plus, (ils n'ont rien) qui ne se trouve dans le prosôpon 
de ce qui prend et de ce qui est pris. 

[291] Ce n'est donc pas pour cela que tu me réprimandes, mais 
c'est parce que je sépare'les propriétés de l'union à chacune des 
natures, de sorte que chacune de celles-ci subsiste dans son hy- 
postase. Je ne dis pas qu'elles remontent à Dieu le Verbe, com- 
me s'il était les deux par essence; ou que les propriétés de la chair 
soient prises sans (leur) hypostase par Dieu, pour qu'il apparaisse 
seulement sous la forme de la chair et qu'il utilise et qu'il souffre 
toutes les choses de la chair ; soit qu'il se change en la nature de 

1. Texte de Nestorius cité par Cyrille au concile d'Éphèse. Labbe, lac. cit., 
col. 523. 

2. Le grec (iv yp I.) a sans doute été modifié par le traducteur pour l'identifier 
avec la Peschito qui omet îv. 

3. Phil., II, 5. 

4. à/.ivSCvo); est rattaché à la suite dans le grec. 

5. f'j\j.oiMç zo-j a-j7ou, retpàSiov te', to-jto qppovetffGco èv -jfxtv o xal èv Xpiarw 'Ir,<70\), 
oç èv \iopz)T, 6cO-j ÛTrâpywv éautov £X£vw<7£,[xop9r,v So-jXo-j IccSmv. oùx eïizz' totjto çpovsi'aôto 
èv ■jij.rj, xal èv r(o Osô) làyto, oç èv [J-op?-^ Ôeo-j CTràpy^v, [xop^V 6o-j)>ou £>>a6£v. àÀ>,à>.a- 
êà>v To « XptaTÔ; », wç t6)V S-jo qî"j.Tea)v Trpoariyopiav Trifj-avTixr.v, àx'tvô-jvo); aOtôv xal 
SoO/o-j !j.opQpr|V, V,v è'Aaêsv, xal Ôîbv ôvofxa^st, to)v Xsroasvfov zl; to zmv çûcrsœv àÀr.Trrwç 
[j.£pt^otjL£voiv otTrXo-jv. Loofs, lac. cit., p 254. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 185 

la chair, ou que (les deux natures) soient mélangées en une seule ; 
ou que les propriétés de la chair montent par confusion ou par 
déplacement jusqu'à l'essence de Dieu ou par une composition 
naturelle, comme complément de la composition naturelle, pour 
qu'il souffre passivement les souffrances du corps, sans que le 
corps remplisse aucune fonction par sa nature dans l'économie 
pour nous (dans la rédemption), et sans qu'il fasse les opérations 
humaines, ni par la volonté de l'âme, ni par l'intelligence humaine, 
ni par le sens du corps, mais par l'intelligence et par la 
volonté de Dieu; c'est encore dans le sens de Dieu qu'il souffrit 
toutes les choses humaines. Il n'a un corps que de nom, sans hy- 
postase et sans opération, c'est pourquoi tu l'appelles homme 
comme chose superflue, par le nom et en paroles seulement, puis- 
que tu n'acceptes pas de reconnaître l'essence et l'opération de 
l'homme, et l'existence» de deux natures dans leurs propriétés, 
dans l'hypostase et dans l'essence de chacune d'elles. 

Mais quelqu'un (me) dira peut-être : c'est parce que tu ne con- 
fesses pas que [292] Dieu le Verbe et le Christ sont la même chose; 
c'est pour cela que tu (Cyrille) reprends ceux qui disent que 
autre est le Christ et autre Dieu le Verbe, en dehors du Christ. 

Si j'avais dit du Christ que autre est Dieu le Verbe en dehors 
du Christ, ou le Christ en dehors de Dieu le Verbe, vous au- 
riez raison; mais si je n'ai pas dit cela et si je ne le dis pas, et si 
au contraire je confesse autrement et si je le dis encore mainte- 
nant, ne change pas ce que je dis et, par là même, tu trouveras la 
différence de ce qui nous occupe ^. 

Or, j'ai dit que le nom de Christ indique les deux natures : de 
Dieu une nature (et de l'homme une autre). Autre est le nom qui 
indique deux (natures ) et autre celui qui en indique une ; ce n'est 
d'ailleurs pas une autre chose. Comme si quelqu'un dit de l'hom- 
me que le nom homme indique une chose et celui d'âme ration- 
nelle une autre chose ; ce n'est pas que l'homme soit une chose 
et l'âme une autre chose en dehors de l'homme. Celui qui dit 
homme ne le dit pas sans âme, parce que, sans âme, ce n'est pas un 
homme; mais le nom d'homme indique l'union des deux natures 
de l'âme et du corps, et l'autre nom (âme) indique une nature, car 
autre est la nature et autre est l'union des natures. Quoi donc ? 
Si Dieu le Verbe n'est pas quBlque chose autre en dehors du 

1. Litt. : « de ce que cela kignifie. » 



186 NESTORIUS. LIVRE D*HÉRACLIDE 

Christ, et le Christ en dehors de Dieu le Verbe, pourquoi ne te 
sers-tu pas indistinctement des deux noms, comme si la même 
chose était indiquée par celui-ci ou [293] par celui-là? Mais tu 
divises, (me dit-on,) parce que je ne dis pas Dieu le Verbe, mais le 
Christ, comme si autre est le Christ et autre Dieu le Verbe. 

Apprends encore de nous : Il n'est pas un autre et un autre. 
Car il serait un autre et un autre, si le Christ était un autre que 
Dieu le Verbe. Cela montre un autre et un autre, lorsque ce n'est 
pas le même en essence : (par exemple) le visible et l'invisible. 
Ceux dont résulte le Christ sont dans leur propre essence, et Dieu 
le Verbe n'est pas les deux par nature. Tu reconnais les natures 
séparées, de la divinité et de l'humanité, et des deux résulte un 
Christ; tu ne dis pas que Dieu le Verbe a des natures différentes 
mais une, car l'une est différente de l'autre : tu dis donc que le 
Christ est autre et autre, puisque tu lui- attribues des natures 
différentes : (celles) de la divinité et de l'humanité; et cepen- 
dant la nature de Dieu le Verbe est une, et il n'est pas des na- 
tures différentes. 

Il n'y a pas un autre et un autre, comme je l'ai dit (plus haut), 
parce que le Christ n'est pas sans Dieu le Verbe, ni Dieu le Verbe 
sans le Christ, mais on reconnaît un autre et un autre, parce que le 
Christ est (formé) dans l'union à l'aide de Dieu le Verbe et de l'hu- 
manité ; car Dieu le Verbe est une seule nature et n'est pas de deux 
natures, et ce n'est pas à l'union qu'il doit d'être Dieu le Verbe. 

[294] Ces paroles que je dis, tu en témoignes toi-même sans le 
vouloir : tu leur rends témoignage lorsque tu dis que les natures 
qui ont été réunies dans l'union sont différentes et que des deux 
(provient) un Christ^Si tu ne confesses pas un autre et un autre, 
pourquoi n'as-tu pas osé dire le premier ce que tu me deman- 
des de dire : que Dieu le Verbe est un de deux ? Mais tu ne 
pouvais pas dire et moi je ne pouvais pas entendre ta méchan- 
ceté (à nu), c'est pourquoi tu l'as passé, sans le faire connaître, 
pour que tu n'en aies pas honte, que tu n'aies pas de refuge et 
que tu ne sois obligé de confesser clairement la vérité. Ceci et 
cela (les deux natures) indiquent un autre et un autre, mais il 
n'est pas un autre et un autre. D'un autre et d'un autre résulte 
notre Sauveur, mais il n'est pas un autre et un autre — Dieu 
nous en garde — comme il en est pour la Trinité. 

1. Lettre de Cyrille. Labbe, op. cit., t. m, col. 318 e. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 187 

Mais toi tu transportes à Dieu le Verbe les choses de la chair 
pour qu'il voie, parle et souffre les choses du corps ; en le faisant 
se servir de la chair, comme le disent les ariens qui donnent les 
opérations et les souffrances (de la chair) à la divinité en nature. 
De même qu'Apollinaire (prétend que le Verbe), en place de l'in- 
telligence, opère naturellement les (opérations) de l'âme et du 
corps, de même celui-ci (Cyrille) se sert de Dieu le Verbe pour tout, 
dans le corps et dans l'âme douée de connaissance, pour qu'il 
endure les souffrances du corps et qu'il fasse les opérations de 
l'âme rationnelle durant la conduite ^ de Dieu le Verbe. Quant 
aux propriétés de son prosôpon, tu les donnes à la nature de Dieu 
le Verbe, [295] et non au prosôpon de l'humanité qui est mû 
par l'humanité, comme la nature de l'homme, mais d'après 
(vous) par Dieu le Verbe. 

Qu'est-ce que l'homme parfait qui n'agit pas et qui n'est pas 
mû selon la nature de l'homme ? Il n'est homme que de nom, 
corps de nom, âme rationnelle de nom, celui qui n'est pas mû 
selon la nature de son être, ni, comme âme, par l'intelligence et 
la volonté, ni, comme corps, par le sens de l'âme; mais Dieu le 
Verbe a été établi, pour être la volonté, l'intelligence et le sens 
dans le corps et dans l'âme, de manière que Dieu le Verbe fasse 
et souffre de manière sensible les choses du corps et celles de l'âme ; 
la colère, la fureur, les voluptés, la crainte, le tremblement, les 
pensées, les actes, le jugement, le choix volontaire ; il fait et 
souffre tout cela en place de l'âme et en place du corps ; de sorte 
que, par la victoire passible et naturelle de Dieu le Verbe, cette 
nature qui avait péché vainquît (aussi), parce qu'il lui donnait 
sa victoire, afin qu'elle vainquît par celui et en celui qui l'avait ad- 
jointe à sa nature et en lui. Toutes ces choses sont étrangères à a 
nature de Dieu le Verbe, puisqu'elles lui sont attribuées naturelle- 
ment pour qu'il les souffre, et que tu lui donnes une nature passible, 
changeante et variable. Celui qui, par sa nature, était impassi- 
ble, et qui est devenu, par une nature passible, la nature de celui-ci, 
est passible, corruptible et changeant; celui qui, par nature, est im- 
passible, [296] invariable et fixe, ne peut d'aucune manière souffrir 
dans la nature humaine. Car il ne lui est pas donné, par sa nature, 
de souffrir. Mais si tu dis que celui-là, dont la nature n'est pas de 
souffrir, a souffert en nature, c'est cependant une sottise de dire 

1. Le texte porte deux mots synonymes. 



188 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

qu'il a souffert dans une autre nature, et celui qui en vient à cette 
sottise trompe et fait, comme les manichéens, que notre salut 
n'a eu lieu que par illusion. 

Que dites-vous ? quel est votre avis ? Quel est le parti des or- 
thodoxes : de ceux qui enseignent que Dieu le Verbe est immuable 
et invariable, ou de ceux qui lui attribuent la nature humaine 
(prise) de Marie ? Ceux qui le regardent comme une âme ration- 
nelle et douée de connaissance et comme un homme complet, 
puis qui nient les propriétés de l'humanité et ne confessent pas 
qu'elles sont, comme elles le sont, dans la nature de l'homme, mais 
attribuent à Dieu le Verbe la naissance, l'éducation, l'accrois- 
sement, l'augmentation de la taille, de la science et de la grâce, 
avec les préceptes, leur observance et leur accomplissement, 
la passion, la croix, la mort et la résurrection, comme s'il était 
changeant et variable ; qu'en dites-vous ? Instruisez les hommes. 
Que doivent-ils penser et croire ? Dieu le Verbe est-il deux essen- 
ces par nature, ou bien penses-tu que c'est l'homme qui est deux 
essences par sa nature, celles de la divinité et de l'humanité ? Ou 
bien Dieu le Verbe est-il une seule essence et son essence n'a-t-elle 
pas reçu d'accroissement [297] comme elle était éternelle, et l'es- 
sence de l'homme est-elle une, de la nature des hommes, et était-il 
et se conduisait-il selon la nature des hommes ? Tu ne confes- 
ses pas cela, et même tu le nies. Dieu le Verbe s'est incarné 
pour faire de l'humanité la forme de Dieu en lui, et pour la re- 
nouveler en lui dans la nature de l'humanité. Ensuite il renou- 
vela ce qu'il avait pétri (l'homme), et il le montra sans péché 
dans les observances des commandements ; parce que lui seul 
pouvait rénover celui qui était tombé en premier lieu par 1î> 
transgression de l'inobservance des préceptes ; et il donna sa 
vie pour lui, pour les observer, parce qu'il ne suffisait pas qu'il 
se conservât sans péché, sinon notre chute serait demeurée sans 
guérison comme le paralytique qui se soigne et qui reste sans 
marcher, mais pour qui le médecin marche, et qui le porte, mais 
qui ne lui dit pas : « Lève-toi (et) marche, car tu as été guéri pour 
marcher. « C'est pourquoi il a pris une forme de serviteur qui 
était sans péché dans sa création, au point de recevoir dans les 
observances des préceptes un nom supérieur à tous les noms, et 
de fortifier, par les. observances et parla vigilance, ce qui était 
dans la rénovation de sa créature. La rénovation de la créature 
eut lieu aussi pour fincarnation, afin de lutter par là contre la 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 189 



défaite. Si ce [298] pourquoi il se fit homme (la chute) ne s'était 
pas accompli, cela (la rénovation) n'aurait même pas eu lieu, 
mais tout serait opinion et inepties, aussi bien le manque 
d'obéissance du premier homme que les choses qui l'ont rendu 
digne de mort ; car celui qui n'avait pas une nature capable 
d'observer (les préceptes) n'aurait pas pu non plus (les) observer; 
c'est pourquoi le second homme (la descendance d'Adam) ne pou- 
vait pas non plus les observer, mais Dieu agit et observa les 
préceptes à sa place, parce qu'il était dans cette nature qui ne 
pèche pas. S'il en est ainsi, qu'avait-il besoin des œuvres de l'hu- 
manité, pour montrer que celui qui était Dieule Verbe a pu obser- 
ver les choses humaines que celui qui était homme n'a pas pu 
observer? C'est aussi pour montrer qu'il ne pouvait pas, lorsqu'il 
le voulait, échapper à la mort, parce que le Père ne le voulait 
pas ^; il se conduisit et se conserva sans péché en place de tous, 
puis il se donna, comme étant sans péché, pour le salut de tous 
les hommes. 

Il appartient aux orthodoxes de confesser une seule essence du 
Père et du Fils, une seule volonté et une seule puissance ; cela 
appartient à tous ceux qui confessent que ce qui concerne le 
Christ n'est pas ineptie et apparence. Il ne fit rien par appa- 
rence : lorsqu'il avait faim et soif, qu'il craignait, qu'il appre- 
nait ce qu'il ne savait pas et dans toutes les choses qui pou- 
vaient prouver qu'il était homme, car [299] il était Dieu en 
nature (et) en vérité, et homme en nature et en vérité. C'est 
pourquoi il était nécessaire que la divinité renouvelât l'homme 
et que l'humanité fût renouvelée et prît la forme de celui qui 
la créa, mais non son essence. Il lui fallait observer attentive- 
ment la conduite de l'homme qui était tombé, parce qu'elle 
(l'humanité) a été créée pour cela, pour se conduire selon la loi 
qui est dans la nature des hommes et pour garder l'image du 
créateur par les observances des préceptes sans faute, la divi- 
nité se servant de son prosôpon dans la forme du serviteur, afin 
que l'humanité vainquît et fortifiât sa victoire à l'aide de ce pro- 
sôpon dans lequel l'humanité combattit. Depuis sa rénovation, 
elle (l'humanité) avait la forme de la filiation de celui qui la 
créa ; elle (la divinité) avait encore besoin d'une compensation 
des observances des préceptes, afin que le prosôpon fût com- 

1. Cf. Matth., XXVI, 39. 



190 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

mun à celui qui donnait la forme et à celui qui la recevait à 
cause de son obéissance ; parce qu'Adam n'avait pas gardé la 
forme qui lui avait été donnée à sa création, elle lui fut enlevée. 
Ne détruis donc pas le dessein de l'incarnation, mais donne les 
propriétés de la divinité et donne les propriétés de l'humanité, 
puis donne un seul prosôpon d'union, (ainsi) tout sera vrai et tou- 
tes choses seront orthodoxes. Si vous voulez entendre, entendez 
les mêmes choses, sur les mêmes sujets, d'après les témoignages 
mêmes que vous avez apportés. 
Moi j'ai dit : 

Eprouvez en ç^ous la même chose que Jésus- [300] Christ : lui qui, se 
troui^ant dans la forme de Dieu ^ s'est anéanti et a pris la forme du serviteur^ . 
II ne dit pas : Eprouvez la même chose que Dieu le Verbe ; lequel, 
se trouvant dans la forme de Dieu, prit la forme de serviteur; mais il em- 
ploya le nom de Christ, comme une appellatio n qui indique les deux natures 
sans péril, et il donna ce nom à la forme du serviteur qu'il prit et à Dieu. ^ 

J'ai dit un seul et unique Christ avec deux natures : « la 
forme du serviteur qu'il prit et Dieu « sans séparation. 

Dites ces paroles de Grégoire : « Il y a deux natures : Dieu 
et l'homme, mais les fils ne sont pas deux ; autre et autre sont 
les choses dont résulte notre Sauveur, mais non un autre et un 
autre, Dieu nous en garde ! mais il est un dans le mélange : Dieu 
qui s'est fait homme et l'homme qui est devenu Dieu. » Et encore : 
« Celui qui commence, grandit et se perfectionne, n'est pas Dieu, 
bien qu'il soit dit ainsi à cause de sa manifestation qui se fit peu 
à peu ^. )) Il n'attribue pas deux natures à Dieu le Verbe et il n'était 
pas (fait) de deux natures; l'homme n'a pas non plus deux natures 
et n'est pas (non plus) de deux natures; mais (le Christ est) deux 
natures : Dieu et l'homme. Car il a pris d'abord l'appellation com- 
mune des natures: Fils et Sauveur, (puis), sans scission, il l'appelle 
Dieu et homme; et il divise ce double en les deux natures dont 
résulte notre Sauveur. Et ce qui était autre (différent) est encore 
dit autre dans l'union *. Ainsi [301] « Dieu qui s'est fait homme et 

1. Phil., II, 5, 

2. Passage de Nestorius cité par Cyrille au concile, Labbe, loc. cit., col. 523; on 
l'a déjà trouvé plus haut. 

3. Labbe, op. cit., t. m, col. 515; cité plusieurs fois. 

4. Nous lisons hwô, au lieu du second kaou, sinon on pourrait traduire : « et 
par l'union, l'un est dit être ce qu'est l'autre. » 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 191 

l'homme qui est devenu Dieu » ne le fut pas parce que sa divi- 
nité fut modifiée : « celui qui commence, grandit et se perfec- 
tionne, n'est pas Dieu, bien qu'il soit ainsi nommé à cause de sa 
manifestation qui eut lieu peu à peu. » Qui donc appelle-t-il 
un? et deux? Qui par essence ? Qui par union? 

Ambroise aussi a dit les mêmes choses, et non des choses étran- 
gères, au sujet de l'union de Dieu et de la chair : « Le Fils de Dieu 
parle par les deux, parce qu'en lui étaient les deux natures ; 
voyez en lui d'une part a gloire de Dieu, d'autre part les souf- 
frances de l'homme ^. » Le même indique encore l'union des deux 
natures, non que deux natures (deviennent) une nature, mais 
que deux natures (s'unissent) dans le seul prosôpon du Fils : « la 
gloire de la divinité, les souffrances de l'humanité. )> Il n'a pas 
appelé l'un fils, et Dieu le Verbe un autre fils, mais il indique au- 
tre chose par (les mots)le prosôpon et l'essence. Il en est du nom 
de Dieu comme du nom de fils, l'un indique les natures et l'au- 
tre le prosôpon du Fils. Le même est Dieu et Fils et il n'y a 
qu'un prosôpon pour les deux natures et non pour une essence; 
c'est pourquoi les deux natures forment un seul fils et elles sont 
en un fils. Ce n'est pas un Dieu le Verbe qui est deux na- 
tures ni une divinité qui est deux natures ; car il n'y a pas eu 
de confusion, ni de mélange, ni de modification des essences 
en une seule nature d'essence, ni de composition naturelle pour 
aboutir à une nature composée. [302] Qu'entendez-vous donc 
d'étrange dans mes paroles pour que vous le condamniez ? Vous 
avez cité ces (mêmes) choses; car celui-là emploie le nom de fils, 
celui-ci de sauveur et Athanase de seigneur 2. Comment ceux 
qui sont appelés chrétiens, ont-ils donc osé diviser si ce Sei- 
gneur, qui est né de Marie, est le Fils de Dieu le Père, par essence 
et par nature, mais est né dans la chair de la race de David ? 
Car la chair (vient) de la vierge Marie. Que ce soit une nature 
humaine, celle qui provient de la vierge Marie, tu le sais aussi. 
Par nature et par essence il est fils de Dieu, dans l'essence et 
dans la nature de Dieu le Père ; mais dans la chair (il est) la na- 
ture humaine de Marie. Il (Athanase) a placé le nom commun 
de Seigneur, qui est entendu de la nature et dans la nature, et 

1. Etç èv ÉxaTÉp*;) Xa/et ô Tou ôsou uîbç, on èv olÙtco r\ éxaTepa çûac; èartv.. Trpocrxsç 
èv ixjxiù vjvl [i,£v ôo^av Oeoù, vjvl oà àv6po)7iOTj TcàOr,. Labbe, loc. cit., col. 514. 

2. f> £7. Mapta; upodôXÔtiov vcû(iio;. Labbe, loc. cit., col. 510. 



192 NESTORIUS. LIVRE d'hÉKACLIDE 

aussi (les noms) qui désignent les propriétés des natures, puis- 
qu'il désigne les deux : la divinité et l'humanité ; l'un (pro- 
venant) de Dieu le Père en nature, l'autre d'une femme en nature 
Quand il parle de cet « humain )) qui provient de Dieu le Père 
il ne dit pas qu'il est de la nature de Dieu le Père. Même par les 
propriétés naturelles il enseigne les deux natures. Il ne fait pas la 
nature humaine sans prosôpon et sans hypostase, ni la nature 
divine. L'incarnation pour nous n'a pas lieu comme quelque 
chose ^ qui n'est pas complet , au point d'attribuer les (proprié- 
tés) humaines à Dieu, comme les ariens disent qu'il souffrit en 
nature nos souffrances, dans sa nature et dans son prosôpon, la 
chair ne lui servant de rien. Mais, comme l'humanité est consi- 
dérée complètement comme la nature de l'homme, [303] elle a 
complètement toutes les (propriétés) des hommes, actives et 
passives, comme a coutume de les avoir la nature des hommes. 

Semblablement, du même, du seizième cahier^. 

Afin quau nom de Jésus tout genou fléchisse, dans le ciel, sur la terre 
et en dessous delà terre, et que toute langue confesse quil est le seigneur Jésus- 
Christ ^. A cause de celui qui revêt, j'honore celui qui est revêtu. A 
cause de celui qui est invisible, j'adore celui qui est visible. Dieu n'est 
pas séparé de celui qui est visible; à cause de cela je ne sépare pas l'hon- 
neur de celui qui n'est pas séparé. Je sépare les natures, mais j'unis 
l'adoration *. 

Je vous demande et vous supplie de veiller soigneusement en 
tout lieu pour qu'il (Cyrille), ne me reproche pas de placer par 
parties et de diviser la divinité et l'humanité, à la manière des 
choses qui sont séparées l'une de l'autre par le lieu; car com- 
ment celui qui revêt un habit en serait-il séparé, et celui qui est 
caché de celui qui est visible ; comme nous l'avons ajouté dans 



1. Le syriaque porte en plus « d'excessif ». 

3. Texte cité par Cyrille au concile d'Éphèse, Labbe, lac. cit., col. 523. 

2. Phil., II, 10. 

4. 'ojxotwç ToO aÙTOTj, Texpàôtov ts"'. î'va èv tm ôvofxaTi 'IrjO-ou Tràv yôvu xâfx^'Vj âuoupa- 
vtwv xat èTciyetcov xal xaTaxôovt'wv xat Tiaaa yXôa-cra è^o[ji,o>vOY^ar,Tat on xûpio; 'Iy^o-ovi; 
Xptatôç. ôtà Tov çopoOvTaxbv çopoufxevov aéêo), Siàrov x£xpy!X[x£vov upoaxuvto tov çat- 
vô[xevov. àxtopcffroç toû çatvofxévou ôedç, 8tà toûto toO (xy] x"P'^°P'-^^°"'^ "^V TtfXYiv ou 
XiopiÇo). x^^?^^^ fàç 9v)<Tei;, àXX' évû tyjv 7tpo<TxûvYi(Ttv. Loofs, lac. cit., p. 261-262. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 193 

nos paroles mêmes : « Dieu n'est pas séparé de celui qui est 
visible. » 

Mais tu me dis que je sépare les natures. Comment donc se- 
raient séparées les natures qui sont inséparables ? Car, dans le 
discours, elles sont connues comme des essences, sans confusion 
et sans mélange ; de sorte que, dans l'union, les deux natures 
sont conservées dans leurs petites choses naturelles, et [304] 
naturellement dans les propriétés de l'essence ; de sorte que la 
nature divine soit conçue dans la nature divine et la nature hu- 
maine dans la nature de l'humanité, dans l'essence. C'est lui qui 
partage en parties, lui qui dit que l'humanité est conçue par na- 
ture dans la divinité, mais que l'humanité n'est pas conçue divi- 
nité, et que Dieu le Verbe n'était pas en deux natures, (mais qu'il 
est) ou en apparence, ou sans substance de chair, ou dans la 
passibilité, ou dans l'opération de la sensibilité et dans la na- 
ture de la chair. Si on ne conçoit pas le (Verbe) ainsi, on ne peut 
pas le concevoir d'une autre manière. Il n'est pas possible (de 
concevoir) autrement que celui qui est sans borne et illimité, soit 
limité par une division. 

Cette idée se trouvait déjà dans ce qu'il disait dans sa lettre : 
« les diversités des natures ne sont pas supprimées à cause de 
l'union^ ; » c'est en effet par les différences naturelles qu'il sépare 
les choses qui sont unies, lorsqu'il sépare inséparablement, car 
il a séparé par le mot d'essence. Autre, en effet, est le mot et l'idée 
de la divinité, et autre pour l'humanité. Ceux-là qui sont sépara- 
bles le sont ; mais je dis deux natures, et autre est celui qui re- 
vêt et autre celui qui est revêtu ; et il y a deux prosôpons : de 
celui qui revêt et de celui qui est revêtu. Mais toi aussi tu confes- 
ses « de deux natures ». Ce n'est pas sans prosôpon et sans hypo- 
stase que chacune d'elles est connue dans les diversités des natures. 
On ne conçoit pas deux prosôpons des fils, ni encore deux prosô- 
pons [305 1 des hommes, mais d'un seul homme, qui est mû de 
la même manière même par l'autre. L'union des prosôpons a eu lieu 
en prosôpon ^,et non en essence ni en nature. On ne doit pas con- 
cevoir une essence sans hypostase, comme si l'union (des essences) 
avait eu lieu en une essence et qu'il y eut un prosôpon d'une seule 



1. oùx ô>Q T-îî; Tôv cpÛTScov Staçopà; àvr,pY)[xévr|Ç ôià Tr,v svcoctiv. Labbe, op. cit. 
t. III, col. 318 e. 

2. « Pour le prosôpon » ou « en faveur du prosôpon » . 

Nestorius — 13 



194 NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

essence. Mais les natures subsistent, dans leurs prosôpons et dans 
leurs natures et dans le prosôpon d'union. Quant au prosôpon natu- 
rel de Tune, l'autre se sert du même en vertu de l'union; ainsi il 
n'y a qu'un prosôpon pour les deux natures. Le prosôpon d'une es- 
sence se sert du prosôpon même de l'autre. Mais quelle essence 
vas-tu faire sans prosôpon ? Celle de la divinité ou celle de 
l'humanité ? Alors tu ne diras plus que Dieu le Verbe est chair, 
et aussi que la chair est Fils. 

Si tu attribues à Dieu le Verbe deux natures : Dieu et l'homme, 
et que l'homme ne soit rien, on ne peut penser de toi rien autre 
(que ce qui suit ): ou bien tu dis seulement le nom et l'apparence 
de l'homme sans nature qui aurait servi à désigner Dieu le Verbe ; 
ou (tu fais)comme si l'humanité a été inutile en nature au prosô- 
pon de l'économie pour nous (de l'incarnation), ou pour que Dieu le 
Verbe pût apparaître et souffrir contre sa volonté les souffrances 
humaines; de sorte que, tandis quel'humanité souffrait sans sensi- 
bilité, Dieu le Verbe endurait les souffrances du corps, [306] les 
souffrances de l'âme et les souffrances de l'intelligence, et agissait 
et endurait : ainsi tu attribues tout à Dieu le Verbe et tu suppri- 
mes l'humanité. Si tu te refuses à confesser les deux natures avec 
moi, par le même raisonnement refuse aussi de dire que Dieu 
le Verbe s'est incarné, (rejette) aussi la chair dans laquelle il s'in- 
carna et se fit homme. Il en va de même et pour l'homme et pour 
Dieu; mais celui qui parle ainsi (comme Nestorius) ne fait pas deux 
Dieux- Verbes ni deux chairs, mais il confesse entièrement et sans 
diminution la divinité et l'humanité dans laquelle elle s'est in- 
carnée, pour que l'humanité ne soit pas réputée une apparence, ni 
non plus que par un changement d'essence et par une modification 
de forme la nature de Dieu le Verbe ait été changée en la na- 
ture de l'homme. Dans ces conditions, il ne peut être conçu ni 
dans un mélange ni dans une confusion, ni dans un changement 
d'essence, ni dans une composition naturelle de l'humanité. Tou- 
tes ces choses sont méprisées et corrompues ; elles conviennent 
au paganisme et aux hérétiques et elles détruisent les propriétés 
de toutes les natures. Mais, ô juges excellents, voulez-vous ap- 
porter un témoignage des Pères qui a été écrit par vous, afin que 
je m'en serve ? afin qu'en me servant de témoins indubita- 
bles, vous appreniez que moi aussi j'ai dit les mêmes choses ; 
et vous m'avez condamné comme si je ne les disais pas et vous 
l'avez fait avec une fureur sauvage et dans les ténèbres. Qu'ai-je 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 195 

dit en effet [307] qui diffère de ce que Grégoire a dit ? « Autre 
chose et autre chose sont celles dont a été formé notre Sauveur, 
si le visible et l'invisible ne sont pas la même chose, ni celui 
qui n'a pas de temps (l'éternel) et celui qui dépend du temps ; 
ce n'est pas cependant un autre et un autre, Dieu nous en garde ! 
car les deux sont un par le mélange ; Dieu qui est devenu 
homme et l'homme qui est devenu Dieu ^. » 

Remarque qu'il dit que l'habit est visible et que celui qui l'a 
revêtu est invisible ; car Dieu et l'homme sont autre chose et autre 
chose; lui (le Christ) n'est pas un autre et un autre, mais il est un 
en prosôpon par l'union; celui de Dieu qui s'est incarné et de l'hom- 
me qui est devenu Dieu. Car c'est par l'homme que Dieu est dit 
s'être incarné, et c'est par Dieu que l'homme est dit être devenu 
Dieu ; non qu'il fut changé de sa divinité, car Dieu resta Dieu 
et s'incarna et l'homme resta homme et devint Dieu. Ils prennent 
le prosôpon l'un de l'autre, et non les natures ; c'est pourquoi ils sont 
autre chose et autre chose, mais (lui) n'est pas un autre et un autre 
en prosôpon. Par cela même que nous disons que l'homme est de- 
venu Dieu, nous lui attribuons nécessairement l'adoration et le 
culte. Dans celui en qui et par qui (l'homme) est devenu Dieu, 
il est adoré dans une seule adoration, bien qu'il soit conçu un 
autre et un avitre dans les natures. Il est sans division dans l'union 
et sous le rapport des natures qui sont distinctes, il est et il est 
conçu autre chose et autre chose. 

Athanase a dit aussi des choses analogues : « Maintenant que 
le Verbe s'est fait homme et a fait siennes les propriétés de la 
chair, |308] celles-ci ne sont plus attribuées au corps à cause du 
Verbe qui est en lui 2. » Il a dit que Dieu le Verbe a été dans le corps 
comme celui qui revêt un vêtement est dans le vêtement et l'in- 
visible dans le visible, non qu'ils soient confondus ou qu'ils soient 
changés, mais en demeurant dans leurs deux natures et en opé- 
rant les propriétés communes ; de celui qui agit et de celui qui 
est dans son essence, et il possède toutes les propriétés qui sont 
faites. Il est évident qu'il dit deux : Dieu le Verbe et le corps dans 
lequel il fut, et dont il a fait siennes (les propriétés), afin que 
les choses de l'un fussent à l'autre et celles de l'autre à l'un. 

1. Labbe, op. cil., t. m, col. 515 b. 

2. Labbe, Zoc. ci/., col. 507 e: NCv os toj /.ôyo-» yîvo;xî'voj à/Op jSttou, "/.al tv-vTr^to..- 
[j,î'vo-j Ta ~'f\; nx^j'/.'');, ojy.izi zixxiTOt. ~o\j Twij.aTOç aTutîTat ôcà TÔv àv aJ-rw Y£vd{ji,svov Osôv 



196 NËSTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

Dieu le Verbe demeurant dans le corps sans souffrir, les souffrances 
de la chair ne l'atteignent pas, parce que Dieu le Verbe qui était 
en lui était né de Dieu et, à cause du Verbe céleste qui était en 
lui, il est devenu céleste, et, à cause de Dieu le Verbe qui était 
en lui, il était adoré avec celui-là qui est adorable. A cause de celui 
qui a revêtu le vêtement j'honore celui-ci, car il a revêtu la forme 
du serviteur ; comme l'a dit Grégoire (de Nysse) : « Le roi des 
rois et le seigneur des seigneurs a revêtu la forme du serviteur ^. » 
Pourquoi donc, puisque vous acceptez cela, accusez-vous mes 
paroles d'impiété et ne condamnez-vous pas aussi celles-là qui 
ont fortifié les miennes? Ou bien ne pensez-vous pas qu'elles sont 
rejetées en même temps que les miennes, puisqu'elles [309] sont les 
mêmes dans la lettre et dans la pensée ? Est-ce que vous allez rejeter 
les unes et les autres pour qu'on ne les dise pas, ou continuerez- 
vous à employer mes paroles après avoir perdu celui qui les a 
dites ? Vous-mêmes, sans le vouloir, vous êtes mes témoins, et vous 
me rendez témoignage par les paroles mêmes à l'aide desquelles 
vous croyez réfuter les miennes ?, puisque vous aussi en adhérant à 
ces paroles, vous vous réfutez vous-mêmes, parce que vous parlez 
contre vous. Si je pouvais avoir des juges qui ne vous ressemblent 
pas, je n'aurais pas de peine à les convaincre que c'est le même 
sentiment, etc.. ^ et je ne pense pas qu'il faille peiner beaucoup. 

Semblablemenï du même, du dix-septième cahier, 



Dieu le Verbe était Fils et Dieu dès avant (son) incarnation, et il était 
avec son Père. Il prit, dans les derniers temps, la forme de serviteur. 
Mais comme il était fils auparavant et qu'il en portait encore le nom après 
avoir pris (la chair), il ne peut pas être appelé fils avec disjonction, pour 
que nous n'introduisions pas deux fils dans notre foi; mais parce qu'il 
adhère à celui qui était fils dès le commencement; celui qui lui a été joint ^ 
ne peut être éloigné par nous de l'honneur de la fifiation, dans l'honneur 

1. ô paatAsù; -dv paat/ôuovTwv, xal ô xûpto; twv xupieuôvTwv tyjv roO 6o-jXo-j [xopçfjv 
•JTtooTjstat. Labbe, op. cit., t. m, eol. 518 a. 

2. Nestorius prend toutes ses citations patristiques dans les textes que l'on a 
lus soi-disant contre lui. 

3. Ou : « (le mien) et celui des autres. » 

4. Labbe, loc. cit., col. 523. 

5. La phrase est coupée autrement dans le grec. 



II. 



1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 197 



I 



de la filiation, dis-je, [310] et non dans la nature. C'est pourquoi le Verbe est 
aussi appelé Christ, parce qu'il a constamment une adhésion avec le Christ i. 

Mais pour ne pas dire les mêmes choses (et) ne pas ennuyer le 
lecteur sur les mêmes sujets, arrivons à leurs témoignages, qu'ils 
ont choisis, du moins ils le croyaient, contre moi, et qu'ils ont 
cités comme il leur plaisait. Par là j'ai montré et je montrerai que 
je n'ai rien dit d'étrange et que j'ai été condamné dans ce juge- 
ment sans examen ? Écoutez ce que Grégoire, évêque de Nazianze, 
dit de ce que ceux-là ont écrit... 

Nous ne (séparons) pas l'homme de la divinité 2, nous disons que 
c'est un et le même ; (nous ne disons) pas d'abord l'homme, mais Dieu 
et le Fils unique antérieur aux siècles, qui n'était pas mélangé au corps 
ni aux choses du corps, et qui. à la fin, prit aussi l'homme. 

Qu'en dites-vous ? Est-ce contre (moi)? Comparez les deux 
ensemble. « Dieu le Verbe, même avant l'incarnation, était Fils 
et Dieu, et il était avec le Père. » Citez ces paroles de Gré- 
goire : « D'abord non pas l'homme, mais Dieu et le Fils seule- 
ment. » Ces paroles vous paraissent opposées; citez celles qui ont 
été dites par moi (pour voir) si elles concordent : « Il prit à la fin 
des temps la forme du serviteur ^. » Mettez en face celles de Gré- 
goire : « A la fin il prit aussi l'homme. » Est-ce que [311] vous les 
regardez comme opposées ? Citez ce que j'ai dit : « Mais il était 
avant celui-ci et il était appelé Fils, mais après qu'il eut pris 
(le corps), il ne peut pas en être scindé ni séparé à part ni être 
appelé Fils *. » Citez Grégoire :« Nous ne séparons pas l'homme 

1. 'Ofxoûo; to-j aÙTO'j, TsrpaStov i^'-'V' 1^'-^'^ T^P ^ 620; /.Ô70: xalupô tt,? èvavÔpwTrriaewç 
•jibç y.al 6cOç xal cj-jvojv to) Trarpt, àvc'/.aéî ce èv OaTc'potç xaipotç rrjv to'j ôo-jÀo-j [xop9r,v. 
àXX' wv TTpo T0-JT0"J uib; xal xaXo-j[i,£voç,[X£Tà -r-r,v àvàXr,'l/iv où ô-jva-raç xaXeïaÔac xeycapicr- 
(jLs'voç •.Jtôç, t'va (/.Y] 5"jo utoù; SoYfxà-rto-wfxsv, àXX' èizEibrfnzp èxetvo) o-jvf,7rTat tm èv àçtyji) 
ovtt -jÎ;') t(o Tcpbç aùrbv T-JvaçÔevTtjOÙ ô-jvarai xarà rb à^twjxa Tfjç •j'iÔTr^zoï; Siatpecriv SsÇa- 
rrOac xarà rb à^uofxot 9r,!xt Tf,ç utOTriTOç, où xarà ràç qs-jcsiç. 6cà to"Jto xal « Xptorbç » 6 
6;b: Aoyo: àvoixài^etat, STcstuep iy^ei t-Àjv cuvà^eiav Tr,v Tipbç -rbv XpcTT-bv 6ir,v£xr|. Loofs, 
loc. cit., p. 275. 

2. oûoè yàp tbv avôptoTTOV y^wpt'^ofxsv tt^ç 6£ÔTr,T0ç, àXX'eva xal xbv aûrbv SoyjjLaTC^Ofxsv. 
TrpÔTspov [JLSV o-jx 'xvôpcoTrov, àXXà0ebv xal "oVov fjLovov xal Ttpoatwviov, à[xiyy| awfxaxoç xal 
T(i)v rJTa o-o){jLaTOç. ÈTrl TsXst Ô£ xxl avOp(i)-ov rrpoTXrloOsvTa ÛTièp Triç •rjtj.àiv TWTYjpiaç, 7ra- 
6r|Tbv aap/l, aTtaO?, C-ôtr-t* Labbe, op. ci7,, t. m, col. 514 e, 

3. Labbe, op. cit., t. m, col. 523 c. 

4. Labbe, loc. cit., col. 524 é?. 



198 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

de la divinité. » Citez mes paroles qui suivent^ (les précédentes) 
et dont tu ne tiens pas compte ^: « pour que nous ne disions 
pas deux Fils ^. » Citez les paroles de Grégoire : « mais nous di- 
sons que c'est un et le même ^. » 

Dites la fin de mes (paroles) : « mais parce qu'il adhère à celui 
qui était Fils dès le commencement ; celui qui lui a été joint ne 
peut pas recevoir séparément l'honneur de la filiation, par l'hon- 
neur, ai-je dit, et non par la nature ^. » Placez les (paroles) de Gré- 
goire : « Il y a deux natures : Dieu et l'homme, de même que l'âme 
et le corps, mais il n'y a pas deux fils ... autre et autre sont les 
choses dont résulte notre Sauveur, mais ils ne sont pas un autre 
et un autre, Dieu nous en garde ! Car les deux sont un dans 
l'union ^. » Il a fait porter la distinction sur les natures et non 
sur les prosôpons puisqu'il dit : « autre chose et autre chose, mais 
un Fils. )) De plus ce qui est par la nature est différent de ce qui 
est par l'union, comme il est dit autre en prosôpon et non en 
nature. Car c'est par la chair que Dieu le Verbe est chair, et c'est 
par la divinité que la chair ou l'homme est dit Fils, en sorte que 
c'est aussi par la chair qui a été prise, que Dieu le Verbe est 
appelé Christ; lis (à ce sujet) mes paroles telles qu'elles sont écri- 
tes : « C'est pourquoi Dieu [342] le Verbe est aussi appelé Christ, 
parce qu'il a constamment une adhésion avec ' le Christ ^. » 
Dites les (paroles) de Grégoire : « Ils sont deux par l'union : 
Dieu qui s'est fait homme et l'homme qui est devenu Dieu ^. » 
Par l'adhésion avec l'homme en efïet Dieu le Verbe est dit s'être 
fait homme ; de même que l'homme est dit être devenu Dieu 
par son union avec Dieu le Verbe. Car il appelle l'union mélange ^^. 



1. Litt. : « le reste. » 

2. Litt. : « que tu as retranchées ayant été écrites comme par moi. » 

3. Labbe, loc. cit., col. 524 d. 

4. Ibid., col. 514 e. 

5. Labbe, loc. cit., col. 524 d. 

6. cpûasiç [xsv yàp ôûo, ôeoçxai àvôpwTioç, ènei xal ^\)yj\ xal o-à)[xa' utol 8s où o-Jo,où8è 
6cOi' oùSè yàp èvTaùOa ôùo avôpwTcoi... aXXo (xèv xal aXÀo rà è| œv ô crtOTrip... oûx aXXoç 
Sa xal aXXoç, (xy) yévotTO, zct. yàp xiJ.-pôzzpoL iv zr, a-jyxpàaôt, S=o\> aèv èvavQptoTTv^o-avTOÇ àv- 
8p'i'»T0J 5s Ô£(.)Ô£VTo:. Labbe, op. cit., t. m, col. 515 b. 

7. Sic le grec et le syriaque à la page 310, 1. 2. Ici lesyriaque porte laou pour lei'ot, 

8. Labbe, op. cit., t. m, col. 523. 

9. Labbe, loc. cit., col. 515. 

10. TjyxpaTtç. Cf. supra, note 6. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 199 

Dis ces paroles d'Ambroise : « Le Livre lui-même ne vous ap- 
prend-il pas que la divinité n'a pas besoin de sanctification, 
mais la chair ^? » C'est donc à cause de la chair qui a été ointe ou 
de l'homme, que Dieu le Verbe est appelé Christ, selon la parole 
d'Ambroise. Mais c'est à cause de la chair qu'il est appelé chair, 
et à cause de l'homme qu'il est appelé homme; comment le 
Christ ne prendrait-il pas son nom de la chair qui fut ointe ? A 
cause de la chair il est appelé chair et cela ne fait pas deux 
chairs, ni deux hommes de ce que Dieu le Verbe est appelé 
(homme). Parce que Dieu est appelé Christ d'après le Christ, 
cela fait-il deux Christs ? Restez d'accord avec vous et avec les 
Pères, au sujet de (ce qui est) dans l'union, dans la nature, dans 
l'essence, et la propriété du prosôpon. Car il nous a donné ce 
qui est à lui et il a pris ce qui est nôtre... 

Et toi tu lui attribues toutes les propriétés de la chair : les souf- 
frances, la croix et la mort, et tu ne permets pas qu'il soit vraiment 
Christ, à cause de l'homme qui fut oint en vérité, sans qu'il y ait 
deux Christs, puisqu'il n'y a pas deux chairs ni deux hommes. [313] 
Ajoutons encore la suite : (il n'y a) ni deux naissances, ni deux pas- 
sions, ni deux croix, ni deux morts, ni deux résurrections d'entre les 
morts, ni le reste, ni toutes les autres choses que tu transportes de la 
chair à Dieu le Verbe. Celui-là (Cyrille) ne le distingue que de nom 
de la chair ^, et transporte tout à Dieu le Verbe naturellement, et 
il réprimande ceux qui disent la vérité comme s'ils faisaient deux 
fils. Mais lorsque tu parles, tu fuis le changement, la conversion, 
l'imagination et l'apparence et tu fais croire que tu dis ces cho- 
ses (condamner le changement, etc.) afin de tromper ; mais lors- 
que moi je dis cela, tu bondis de ta place comme si je disais deux 
fils; de nouveau tu nies et tu fais semblant de ne pas nier. 

C'est en ceci que nous différons : Qu'y a-t-il dans les natures 
et qu'y a-t-il dans l'union ? afin de ne pas nier ce qui est dans les 
natures à cause de ce qui est dit dans l'union, et afin de ne pas 
estimer nature ce qui est dit dans l'union à cause de ce qui est 
dans les natures. Dans les choses que tu ne reconnais pas être 
dites dans l'union, tu réclames comme si elles étaient dans la 
nature et tu ne laisses pas dire union. Mais comme tu ne peux 

1. Labbe, loc. cit., col. 513. Hœc ipya littera nos docet, sanctificatione nondwi- 
nitatem eguisse, sed carnem. Cf. Jean, x, 26. 

2. Litt. : nie igitur mutât illi in nomine e carne. 



200 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

pas ne pas reconnaître (l'union) lorsque tu réponds, alors tu te 
mets à m'accuser et tu me traites d'impie bien que, dans ta ré- 
ponse à ce que je te reproche, tu témoignes que je suis pieux ^, 
[314] les mêmes choses sont réputées impies chez moi et belles 
chez lui. Peut-être proviennent-elles de ta science, pour que tu 
combattes et que tu peines (ainsi) pour elles ! Pour ce que (tu 
admets) par nécessité et par contrainte, à peine l'admets-tu et 
confesses-tu en lui les propriétés humaines. Dans quelles autres 
choses as-tu eu plus confiance en un juste jugement qu'en celles- 
là? Cependant, même d*ins les choses qui suivent, vous apportez 
le même soin à affermir par là même mes (théories). 



Semblablement, du même, du dix-septième cahier; 

SUR LA foi ^. 

Gardons sans confusion l'adhésion des natures. Confesse ^ donc Dieu 
qui 'est dans l'homme. J'adore l'adhésion de la divinité, par laquelle 
l'homme est adoré dans Dieu tout-puissant ■*. 

Pour ne pas user du témoignage d'un autre, il nous est agréable 
d'user de son témoignage en ce qui nous concerne, d'après lequel 
(( nous gardons sans confusion la liaison des natures, parce que la 
différence des natures n'est pas supprimée à cause de l'union ^. » Par 
là il signifie un et le même et il signifie aussi Dieu qui était dans 
l'homme. Dieu certes était impassible, mais dans un corps passible. 
En cela il y a une différence, et cela n'indique pas la même chose. 
[315] Ces paroles : « J'adore l'adhésion de la divinité, parce que 
l'homme est adoré en Dieu tout-puissant, » et celles-ci : « le 
corps ne lui est pas étranger avec lequel il siège lui-même avec 
le Père ; » nous ne te les avons pas dites pour que tu les renies, 
mais pour que tu ne blâmes pas ce que tu as dit de bien. Vous 

1. Labbe, op. cit., t. m, col. 515. Toi sOXaêzTTdttf.) xal Osoçf/.ErrTâT.) tuàÀc'.to-^ovô) 
XsTToj-ia) K'jf/iÀXoç. C'est une formule, 

2. Labbe, loc. cit., col. 523. Le grec porte : « du quinzième cahier. » Le syria- 
que coupe mal les phrases. 

3. Syr. : « tu confesses. » 

4. ôfxotw; zoi) aÙTO-j Tctpàûtov ts', eiç ôôy[j.a. àrr-jyy-jtov toivjv Tr,v to)v ç-jtewv Tr,(>(V)- 
[i.sv o-jvâcpctav ô[xr/Aoyo)fx3v tôv èv àvO(iwTC(;) Oîôv, aiuuvizv -hi r/j fjst'a n-jva.vti'y. tÔ) uavro- 
•/.pâtopt %t(ù '7-j[j.7rpo<Tx-jvo-:[X£vov avOpo)7iov.Loofs, loc. cit., p. 249. 

5. Cf. Labbe, op. cit., t. m, col. 318 e. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 201 

donc, ô juges admirables sans justice, vous n'avez pas compris ces 
choses quand on les a lues devant vous ; ou bien elles n'ont même 
pas été lues, ou bien vous n'avez donc eu que le souci de devan- 
cer ceux qui devaient venir pour la controverse ? 

Je passe les paroles d'Ambroise qui dit que l'union de Dieu 
et de la chair est sans confusion : « Dans les deux parlait le Fils 
de Dieu, parce qu'en lui sont deux natures : l'homme et Dieu ^. » 

Athanase dit aussi : « Si Dieu le Verbe était dans le corps par 
apparence, comme ceux-là le disent, ce qui est dit par apparence 
serait une imagination; le salut et la résurrection des hommes 
serait aussi une imagination ^.)) 

Parlons maintenant de l'adhésion ^ divine, puisque tu fuis 
devant le nom d'adhésion comme devant une impiété. Tu l'emploies 
aussi : « Celui qui dira qu'il lui a été joint comme dans les 
prophètes ou par grâce et qu'il ne lui a pas adhéré par essence *. » 
C'est-à-dire : « qu'il sera adoré avec lui à cause de l'union ^. » Encore 
de Grégoire : « Dieu qui s'incarna, l'homme qui devint Dieu ^. )) 
Ce n'est pas à cause de [316] sa nature qu'il a cette propriété, 
mais à cause de l'union de la divinité ; car c'est lorsqu'on adore 
la divinité qui lui est unie qu'il est adoré avec elle, et non d'une 
adoration propre (à lui). De même ce (mot) « devint Dieu )) ne 
veut pas dire qu'il fut changé en la divinité, ni qu'il devint Dieu 
par sa nature, mais par l'union de la divinité. Car il est adoré 
dans l'adoration de la divinité qui lui est unie et non dans une 
adoration propre. De même encore « il devint Dieu » ne veut pas 
dire qu'il quitta son humanité, ni qu'il fut divinisé par sa na- 
ture, mais par l'union de la divinité. Des choses diverses par 
essence, (qui) sont adorées dans une seule adoration, sont 
dites adorées ensemble; mais lorsqu'on en parle dans l'union du 
prosôpon, puisqu'il n'y a pas de division dans le prosôpon, com- 
ment se peut-il que l'un soit séparé et qu'on dise qu'il est ado- 
ré (à part) ? Quand on parle des essences, à cause de leur diffé- 
rence, on dit « qui est adoré avec lui » parce qu'il est considéré 

1. Labbe, loc. cit., col. 513. 

2. Labbe, loc. cit., col. 510. 

3. T-jvà^eia. 

4. IViTt; <i')ç £v 7rpoç/|Tat: Xi/st /.aTa X'/^iv vrr,Çj\'r^v.'v7.i, àXÀà u.■r^ y.fx-.y. r,-jr:<.o.^i o-jVY,ç6at, 
Grégoire, dans Labbe, op. cit., t. m, col. 515 c. 

5. Labbe, loc. cit., col. 523 e. 

6. Labbe, loc. cit., col. 515. 



202 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

comme en deux essences. De même on dit du Père, du Fils et du 
Saint-Esprit, en tant qu'ils sont un dans la nature de la divinité, 
que « Dieu est adoré»; et, en tant qu'ils différent en prosôpon, — 
bien qu'ils ne soient pas distincts en nature, mais qu'ils restent 
toujours dans leur être — nous disons que «le Fils est adoré avec 
le Père et avec le Saint-Esprit, » pour ne pas faire, à l'imitation 
de Sabellius, les prosôpons sans hypostase et sans essence. Celui 
qui empêche de dire que le Fils est adoré avec le Père [317], empê- 
che aussi que le Fils soit en hypostase. Il en est de même du Christ. 
Lorsque nous parlons du prosôpon, nous disons que le Fils de Dieu 
est adoré, en pensant aussi à la chair qui lui est unie; et quand 
nous parlons des natures et que nous disons deux natures, nous 
disons que l'humanité est adorée avec la divinité qui lui est unie; 
et celui qui empêche de dire deux essences et « qui est adoré avec 
lui )) empêche que l'humanité et la divinité ne soient en essence 
et en hypostase, comme nous l'avons dit de la Trinité, ainsi que 
le dit Grégoire. Nos paroles sont semblables aussi à celles des 
Pères. Considérez donc le jugement qui eut lieu à ce sujet : ils 
passaient sur tout au hasard, parce qu'ils fuyaient la contro- 
verse comme le feu. 



Semblablement, du même, du sixième cahier ^. 

Examine les choses qui suivent aussitôt celles-là : Pour quil soit 
miséricordieux et pontife fidèle dans les choses qui concernent Dieu; en ce 
quil a souffert et a été tenté, il peut aider ceux qui sont tentés 2. Ainsi celui 
qui a souffert c'est le pontife, car le temple est passible, et non (le) Dieu 
impassible, qui a vivifié le temple passible ^. 

Qui peut défendre des blasphèmes comme [318] ceux-ci ! 
J'ai dit que le temple était passible et non Dieu, qui vivifie ce 
temple qui a souffert. C'est pour cela que vous m'avez condamné 
comme des prêtres contre les blasphèmes *, parce que j'ai dit 

1. Labbe, loc. cit., col. 523-526. 

2. Hébr., II, 17. 

3. 0(xotœ; Toîj auTO-j TETpàStov T'. fjy.ônti xat to totjtoiç eu6ùç (TuvaTrTÔfjievov ïva èXer|- 
[xwv, çTiTEv, Y£vr,Tat xat Triarb? àp/tepeù; xà Tipb; rbv 6e6v Iv o) yàp TceTrovOev aùtoç Tuet- 
paa6slç Sûvarat rotç 7retpaCo[j.£votç poribfiaat. oùxouv à Tiaôwv àpy^iepeùç àXev^EJiwv, TraGrirbc 
Ô£ 6 vaéç, oùy ô ^motzoCoz toj TrsTTOveÔToc Ôeôç. Loofs, loc. cit., p. 234. 

4. Allusion sans doute aux prêtres juifs dans la passion de Notre-Seigneur. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 203 

que Dieu est incorruptible, immortel et vivificateur de l'univers. 
Serait-il au contraire corruptible, mortel et manquant de vie? 
« Le Livre ne vous apprend-il pas que la divinité n'avait pas be- 
soin de sanctification mais la chair * ? » Ambroise vous crie tout 
cela et vous ne l'écoutez pas, ou plutôt vous entendez et n'entendez 
pas ; vous voyez et vous ne voyez pas et vous adoptez les choses op- 
posées. Comment donc admettez-vous ce (sentiment)et n'admet- 
tez-vous pas le mien ? Je n'ai rien dit d'étrange et je n'ai rien 
écrit qui soit différent, même dans les moindres termes, de ces 
paroles (de Paul) : Parce qu'il a souffert et a été tenté, il peut aider 
ceux qui sont tentés ^. 

La nature qui a souffert le crie et vous n'aviez pas besoin de 
l'apprendre de moi ou des autres. « Le Livre le crie : Attribuez 
donc la gloire à Dieu et les souffrances à l'homme ^. » Ambroise 
vous le dit à tous. Pourquoi craignez-vous d'admettre les paroles 
d'Ambroise ? En condamnant mes paroles vous anathématisez 
aussi les siennes. Il a dit ces choses et c'est pour ces mêmes 
choses que vous m'avez condamné. Ce n'est donc pas seulement 
moi, mais encore lui (que vous avez condamné). Ce sont ses pa- 
roles que j'ai dites, celles que vous avez citées. Quel est l'homme 
qui les [319] cha^ngera et pourra les regarder comme si elles di- 
saient l'inverse ? Je n'avais pas besoin de longue recherche 
pour établir mes (paroles), s'ils étaient venus à l'examen et au 
jugement. Je les aurais établies, non par une autre voie, mais à 
l'aide de ce que ceux-là ont dit et dont ils se sont servis en témoi- 
gnage. Qui donc avait confiance dans le jugement ? Qui a fui 
devant lui et l'a ravi de force et pourquoi ? C'était évident de 
toute nécessité même pour les inintelligents. 

Tu as dit qu'il était impassible dans un corps passible et tu 
m'accuses comme si je dis une impiété(en déclarant) que le temple 
de Dieu est passible et que ce n'est pas celui qui vivifie le temple 
qui est passible. Si tu dis en vérité que Dieu est impassible dans 
un corps passible, n'emploies-tu pas ce mot « impassible » uni- 
quement pour tromper, afin qu'on te laisse nous dire et ensei- 
gner par tous (moyens) que Dieu est passible et mortel, et m'accuser 
sur ce point, moi qui dis que le temple de Dieu est passible et que ce 

1. Labbe, loc. cit., col. 513. 

2. Hébr., 11,18. 

3. Labbe, loc. cit., col. 514 c. 



204 NESÏORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

n'est pas celui qui a vivifié le corps qui a souffert? Mais vous avez 
appris le jugement des juges, dans quelle mesure il est sage et 
je vous ai fait connaître pourquoi j'ai été jugé. Mais les choses 
qui restent sont aussi bonnes à lire. 

[320] Semblablement, du même, du cahier vingt-sept 1. 

Pour que vous appreniez combien forte était son adhésion avec Dieu, (sa 
chez) que même dans l'enfant apparaissait la chair du Seigneur. Car le même 
était l'enfant et le maître de l'enfant. Vous avez loué ma parole, mais ne 
l'applaudissez pas sans examen; car j'ai dit que c'est le même : l'enfant 
et celui qui habite dans l'enfant ^. 

Admettons que j'aie parlé ainsi, je ne reviens pas là-dessus. 
« C'est le même l'enfant et le maître de l'enfant. » J'ai dit qu'il 
est l'enfant et celui qui habite dans l'enfant, mais j'explique de 
quelle manière l'enfant est le même que le maître de l'enfant, 
pour que tu ne penses pas de moi que j'attribue deux (êtres) 
en essence à Dieu le Verbe, comme s'il était deux dans les essen- 
ces; mais en tant qu'il apparaissait enfant , il appartenait à no- 
tre nature faite et créée, et en tant qu'il était caché, il était le 
Seigneur et le Créateur de l'enfant qui était visible ; car il y a 
un seul prosôpon des deux et non une seule essence : c'est pourquoi 
j'ai dit qu'il était uni dans le prosôpon et qu'il était un autre et 
un autre par les essences; l'enfant et le maître Me l'enfant, car 
« celui qui commence, grandit et se perfectionne, n'est pas 
Dieu, bien que, à cause de sa manifestation qui se fait peu à peu 
[321] il soit appelé ainsi ^. » Grégoire aussi, expliquant que Dieu 
est dit en deux, (et) qu'il est en un seul prosôpon, pour que nous ne 
pensions pas qu'il n'y a qu'une nature, dit :« Celui qui commence, 
grandit et se perfectionne, n'est pas Dieu, bien que, à cause de 
sa manifestation qui se fait peu à peu, il soit dit ainsi. » 

Théophile en dit autant : « Cet ouvrier, supérieur à tout, le 
Verbe de Dieu, vivant et faisant tout, celui qui orna tout avec 

1. Labbe, op. cit., t. m, col. 526. 

2. 'O\ioibiç Tou a-jTO-j, TSTpaSiov Vv!;'. m; (rçôSpa xt; Tf,ç 6£Ôty]toç -jTzr^py^e Tuvaçeta xal 
àv Cipscpct T-?îç Seo-TTOTtxri- xaôopwfxsvr,; capxoç. -^v yàp ô aùroç xal pps'ço; xal tou f^péço-j; 
ÔETTroTTiç. £7nr;ve<7aTS r>)v çwvrjv.àXXà [j-TiOz aOrr|V àSaTavt'a-w; xporeirs. sIttov yàp* 6 aûtbç 
r,v [iJp£>o; xal to-: ppi-^o-jç oîy.r,Ta)p. Loofs, loc. cit., p. 292. 

3. Labbe, loc. cit., col. 515 d. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 205 

convenance et ordre, ne prit pas un corps d'une nature pré- 
cieuse et des (êtres) célestes pour venir près de nous, mais il 
montra dans la boue la grandeur de son art, en réformant 
l'homme qui avait été formé de boue ^. » Il ne cachait pas qu'il 
est créé et qu'il est aussi créateur. Il ne faisait pas le créateur 
créé et le Seigneur esclave dans une même essence, comme tu 
disputes contre nous^ . Car c'est le même : le terrestre et le cé- 
leste, le visible et l'invisible, le limité et l'illimité. Comme Ta dit 
Grégoire : l'enfant et le maître de l'enfant, c'est le même; non 
pas dans la même (essence), mais par le prosôpon -, et l'enfant et 
le maître de l'enfant sont, dans les natures, « autre chose et autre 
chose sont les (éléments) dont est formé le Christ, mais non un au- 
tre et un autre. Dieu nous en garde ! w Que fais-tu des propriétés 
du prosôpon de l'essence et de la naturePTu déchires^ l'essence de 
Dieu [322] en deux essences, et tu exclus notre nature et les pré- 
mices d'entre nous (l'humanité du Christ), lorsque tu ne donnes au- 
cune différence des natures ni à l'enfant ni au seigneur de l'enfant, 
mais tu dis que dans la même essence de Dieu le Verbe se trouve 
l'essence de l'enfant et l'essence du créateur de l'enfant ; comme 
s'il eût créé son essence et que Dieu le Verbe fût de deux essen- 
ces (tirées) de l'unique essence de Dieu le Verbe; ou comme si l'es- 
sence de l'homme se fût changée en l'essence de Dieu le Verbe. Si 
tu recules devant cette locution, pourquoi réprimandes-tu celui 
qui parle clairement, le crois-tu impie et l'accuses-tu d'impiété ? 
Pourquoi donc vous autres, juges, qui étiez dans le délire, la 
tromperie et la violence, n'avez-vous pas examiné les témoignages 
qui ont été écrits par les Pères? Vous lui auriez montré (à Cyrille) 
d'après son propre (témoignage), qu'il confesse deux natures, une 
autre et une autre, d'une essence autre et autre, comme l'ont dit les 
saints Pères. Car tu dis aussi que(( les natures sont différentes et 
qu'un Christ est formé des deux, sans que l'union enlève les diffé- 
rences des natures *. » Il semble que tu as dit cela, et ce que tu as 
dit est la même chose que ceci : « l'enfant et celui qui habitait 

1. oO'twc; ô TràvTOJv àpt<TTOTÊyvr,ç, ô ^àiv xal tVcpyriç to*j 0£oû Xoyoç, xa^etoç àp[;!.ov^a 
Siaxo(7{ji,"i^(Ta; toc «rufATiavra, o-oy^ olà Ttvoç rifxtaç uXtjÇ, oùpavtou Xaêdfxevoç (TwpiaToç, Trpoç 
r|[xâç àcptxTaf àXX' èv izrf'kMTO \).zy(x, Tf^ç éautou ceUvoai tÉ^vyi;, tov èx ttyiXou TrXaoôévxa 
rAop%o-j[LEvoci avOpcouov, Labbe, Concil., t. m, col. 511 c. 

2. Ou : « comme tu nous le reproches. » 

3. Litt. : « tu enlèves. » 

4. Labbe, loc. cit., col. 318 e. 



206 NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

dans l'enfant ^ » Je dis qu'il était impassible dans un corps 
passible; qu'il a une âme rationnelle entant qu'il est enfant, 
car il est homme et aussi enfant. Comment donc, lorsque tu dis 
ces choses et que tu demandes [323] que nous adhérions à la vérité 
de la foi, condamnes-tu celui-ci (Nestorius) pour ces mêmes 
(raisons)? L'iniquité n'est-elle pas visible? Tu dis que dans le 
Christ les natures sont différentes, et celui-ci en dit autant et 
t'approuve de dire ces choses. (Tu dis) qu'il y a un prosôpon pour 
les natures différentes, et celui-ci en confesse autant et il t'approu- 
ve, toi qui confesses cela. Tu dis propriété et affinité par suite de 
l'union, et tu admets qu'autre est ce qui est et ce qui est dit au- 
tre; celui-là aussi dit propriété et affinité, sans que ce soit par une 
propriété alliée et volontaire pour (aboutir à) une nature sans vo- 
lonté, pour qu'elle souffrît les souffrances naturelles. Mais toi tu 
réunis ce qui a été dit, de sorte qu'il ne reste plus ni celui qui s'est 
donné les propriétés ni les choses qui sont devenues siennes, mais 
qu'il est un, non seulement en prosôpon, mais aussi en essence, de 
sorte que tu renverses tout ce que nous confessions ensemble. 

Si tu reconnais que cela est exact et ne s'écarte pas de la vérité, 
il ne convenait pas non plus que vous renversiez ni un prosôpon, 
ni a deux natures ». Vous m'avez condamné pour rien : non que je 
ne confesse pas un seul prosôpon puisque j'ai dit que « l'enfant est le 
même que celui qui habite dans l'enfant. » Car cet « est le même » 
indique un seul et même prosôpon. Ce n'est pas non plus que je ne 
confesse deux natures, car « celui qui habite » [324] indique la na- 
ture, comme s'il était dans l'enfant comme dans le corps, pour que 
l'essence de Dieu ne soit pas regardée comme la même chose que 
l'essence de l'enfant. Si tu ne proclames pas cela ni celui qui a 
écrit ces choses(non plus), il ne convenait pas de m'accuser et de me 
calomnier, comme si je ne confessais pas un seul prosôpon en deux 
natures, ou comme si je plaçais les natures à part, avec sépara- 
tion et division, comme si elles étaient séparées localement et 
éloignées l'une de l'autre. J'ai appelé en effet habitant celui qui ha- 
bite nécessairement dans la nature. L'habitant est celui qui de- 
meure dans celui qui lui sert d'habitation et il a son prosôpon ; et 
celui qui sert d'habitation a le prosôpon de celui qui habite. Par 
l'usage de leurs prosôpons, comme s'ils se servaient d'autorité 
de leurs propriétés (communes), celui-ci est celui-là et celui-!?. 

1. Ceci est de Nestorius, cf. supra, p. 204. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 207 

celui-ci, celui-ci et celui-là demeurant tels qu'ils sont dans leurs 
natures. S'il est vraiment Dieu, nous confessons qu'il est vrai- 
ment dans sa nature et qu'il est complet sans qu'il lui manque 
rien de la nature du Père; et nous confessons que l'homme est 
vraiment homme dans sa nature avec intégrité, sans qu'il lui man- 
que rien de la nature des hommes, ni dans le corps, ni dans 
l'âme, ni en science; il a tout cela à notre image en dehors du pé- 
ché ; il n'est pas sans opération dans sa propre nature. Car quoique 
Dieu se serve en ces choses de son prosôpon, il s'en sert comme 
pour les choses qui relèvent de l'homme, de sorte que [325] 
l'humanité se sert de la divinité dans les choses qui relèvent de la 
divinité. Car elles ont union pour le prosôpon et non pour l'essence. 
C'est pourquoi il faut mettre sous nos yeux et confesser que 
de même qu'il est reconnu Archétype à cause de l'image qu'il a 
reçue, car c'est de là qu'il a d'être dit ce qu'il est; de même quand 
Dieu le Verbe est dit chair, il est confessé chair, et c'est de là qu'il 
est appelé chair, et que la chair est Dieu et Seigneur et Fils de Dieu. 
Le Seigneur est dit dans tout cela grâce à la chair, pour être conçu 
sans confusion, ni changement, ni illusion, dans les (propriétés) 
de la divinité et de l'humanité. Si quelqu'un change les propriétés 
de l'image et les attribue à TArchétype, il est nécessaire qu'il 
pèche contre les deux : contre la divinité et contre l'humanité; 
contre l'humanité en lui donnant la nature delà divinité, et contre 
la divinité, parce qu'il attribue à la nature de l'humanité les pro- 
priétés de la divinité et qu'il change les deux. Mais les choses 
auraient été telles quand elles auraient été étudiées par les juges, 
si (du moins) il y avait eu des juges, s'ils avaient été attentifs 
à ce qui concerne les orthodoxes, sans pencher du côté des héré- 
tiques, et s'ils n'avaient pas laissé agir contre les règles. Mais 
vous n'étiez pas des juges, j'ajoute que vous n'étiez même 
j)as orthodoxes, sinon vous n'auriez pas omis ces choses. Que 
dirai-je? Vous aviez tous un seul et même sentiment ; mais lisez 
encore ce qui suit. 

[326] SeMBLABLEMENT, du MEME, DU PREMIER CAHIER. 

Communes sont ^ les opérations de la sainte Trinité, et elles ne sont 
divisées que selon les personnes {pwsôpons) ^. La glorification du (Fils) 

1. Le grec (Labbe, loc. cit., col. 526; Loofs, loc. cit., p. 225) porte le pluriel. 

2. Le grec porte « hypostases ». 



208 NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

unique est tantôt attribuée au Père : Cest mon Père qui me glorifie i; 
d'autres fois au Saint-Esprit : U Esprit deçérité me glorifiera; d'autres fois 
à la puissance du Christ 2. 

Qu'y a-t-il là qui ait pu tant les émouvoir? Parce que j'ai dit 
que c( l'opération de la Trinité est commune et qu'elle ne diffère 
que selon les hypostases (^noumé)? » ou bien entendez-vous d'une 
autre manière ce que je vous ai dit sur la Trinité ? Que le Fils 
est glorifié par le Père et par le Saint-Esprit, non qu'il ne suf- 
fise pas à sa propre gloire, car j'ai témoigné d'abord et j'ai dit à 
cause de cela que « parfois (il est glorifié) par la puissance du 
Christ» comme étant suffisant à sa gloire et n'ayant besoin (de 
rien) parce qu'il est indépendant. Donc qui vous a trompés ? 
Mais vous pensez peut être que je parle de l'humanité, qui était 
louéepar le Père, par le Saint-Esprit et par Dieu le Verbe lui-même. 

Vous luttez beaucoup et vous ne voulez rien nommer de l'écono- 
mie (l'incarnation). Admettons que j'aie ainsi parlé; car je ne 
récuse pas ce sur quoi vous combattez, mais maintenant j'établis 
ma parole ouvertement. [327] (Toute) votre lutte contre moi en 
toutes ces choses n'est rien autre que ceci : Vous ne confessez 
pas que la chair de l'incarnation ^ est créée et que le second Adam 
est de notre nature et qu'il est créé. Vous n'admettez pas qu'il 
est une création du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et qu'il 
est encore glorifié par le créateur. Pourquoi hésites-tu? Que ferons- 
nous de cet homme ? Ne confessez- vous pas que la chair est créée? 
Ou bien confessez-vous que la chair est créée, mais qu'elle n'est pas 
d'une autre essence, mais de(celle de) Dieu le Verbe? Pour qu'il ne 
soit pas une créature du Père ou du Saint-Esprit, vous en faites le 
créateur de son être (propre). Vous êtes très attachés à cela, et 
vous le faites le créateur de son être; et vous dites qu'il n'a pas 
été fait par un autre, mais de lui-même. Tout cela vous paraît 
beau et juste lorsque c'est dit ainsi; pourquoi ne dites-vous donc 
pas clairement ce que vous pensez être vrai? Mais vous fuyez 
le nom et vous y revenez par vos actes. Vous attribuez à la nature 



1. Jean, vu, 54. 

2. TO-j a-jTo-j. TîTpâôtov a'. Koivat yàp aï Tf,ç Tpiàooç èvépyeiat xai [xovat; •JTrofftàcredt 
TYiv Siaipso-iv é'xouaat. -/lyoûv toO (xovoyevouç'eùSo^t'a tiotè [jl£v tû Tcaxpl 7i:£pcr,TC-rai flo-rc 
yàp ÇYitnv 6 Trarv^p [xou ô So^à^wv ^z), ttotè 6e tw Tcv£Û[xaTt fxb Tcve'jfjia yàp ^r^mv zfiQàlr- 
Oe^aç à[X£ ^o^âazi), noie 8e tt^ toO Xpio-xo-j SuvaTTSia. Loofs, loc, cit., p. 225. 

3. Le texte porte «Trinité.» 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 209 

do Dieu le Verbe naturellement les propriétés de la chair naturelle. 
Gela ne fait pas deux Fils ou deux Christs que deux natures 
soient unies en un seul prosôpon : la différence de chacune des na- 
tures étant conservée. 

[328] Tu connais celui qui a été obligé quelque part de dire 
ces choses. Tu as dit en effet que les différences subsistent et ne 
sont pas supprimées à cause de l'union des natures de la divi- 
nité et de l'humanité. Dis (donc) un seul prosôpon en deux na- 
tures et deux natures en un seul prosôpon, comme Grégoire, comr 
me Ambroise, comme Athanase, comme tous les Pères, comme 
toi aussi tu l'as dit, pour ne pas récrire la même chose. 

Si vous aviez été de justes juges, il n'aurait pas été si arrogant. 
Mais il vous a fait participer tous à l'iniquité, pour que vous vous 
écartiez aussi de l'équité du jugement, parce que vous craigniez 
d'être réprimandés de ce que vous avez fait contre vous-mêmes. 

Voulez-vous que nous étudiions encore les autres choses qu'ils 
ont écrites? Ne vous impatientez pas d'entendre les mêmes choses 
de nombreuses fois, mais vous entendrez encore nécessairement 
la suite ^. 

SeMBLABLEMENT, du même, du SEIZIÈME CAHIER, EN PARLANT 

DU Fils ^. 

C'est celui-ci qui disait : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi rn as-tu aban- 
donné ^ ? C'est celui-ci qui a supporté la mort durant trois jours, et je l'adore 
avec la divinité... Et après d'autres choses : A cause de celui qui revêt le 
vêtement j'adore celui-ci'*; à cause de celui qui est caché, celui qu'on voit, 
(Dieu) n'est pas séparé de celui qui est visible. C'est pourquoi je ne sépare 
pas l'honneur de celui qui n'est pas séparé. [329] Je sépare les natures 
et j'unis l'adoration. Ce n'est pas Dieu à part qui a été formé dans le sein, 
ni encore Dieu à part qui a été créé par le Saint-Esprit, ni Dieu à part qui 
a été enseveli dans le tombeau, car s'il en était ainsi, nous serions évidem- 
ment des adorateurs de l'homme et des adorateurs des morts. Mais parce 
que Dieu est dans celui qui a été pris, ce dernier est aussi appelé Dieu à 
cause de celui qui l'a pris ^. » 

1. Litt. : « mais vous supportez nécessairement la nécessité des choses qui sont 
dites. » 

2. Labbe, lac. cit., col. 526. 

3. Matth., XXVII, 46. 

4. Labbe, loc.cit., col. 526, omet quatre lignes, mais ce passage est bien inséré 
ici à sa place. Cf. Loofs, op. cit., p. 262, et supra p. 191. 

5. 'ojxoc'wç Tou aÙTO'j, -STpâSiov ts"', TTspl /^ptTTO-J XeyovToç. O'jTo; Cl Àeytov' Osé jj-ou, OeS 

Nestorius — 14 



210 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

Il ne faut pas que les lecteurs se fatiguent, comme s'ils n'avaient 
pas besoin de commentaire; mais qu'ils veuillent parcourir dans 
le volume de leurs paroles celles qu'ils ont placées non loin contre 
moi : « Le corps n'est pas à part ; » à ce sujet ils m'ont calomnié 
iniquement comme si je disais un homme simple et comme si je 
le séparais en parties, à la manière des choses qui sont séparées 
localement l'une de l'autre. Ils m'accusent encore à l'encontre 
de cela, (en me disant) pourquoi je ne le dis pas inséparable et 
illimité; lorsqu'ils entendent qu'il « n'est pas à part » pas même 
une heure, mais que Dieu est avec lui dès (le commencement) de 
son existence, parce que Dieu est en lui de toute nécessité ^.« Il est 
impassible dans un corps passible et, à la fin des temps, il prit 
l'homme pour que celui qui prenait l'homme se trouvât de manière 
inséparable dans celui qui était pris. » Ce n'est pas par apparence 
qu'il était dans le corps, mais il était en vérité dans le corps, et il 
[330] n'était pas séparé du corps. « Humaine était la nature qui pro- 
venait de Marie, et notre salut n'eut pas lieu en imagination ^. » 

D'après ce que ceux-là disent, comprenez-vous aussi mes paroles, 
« celui qui a été pris est appelé Dieu d'après celui qui l'a pris;» 
ce n'est pas sa nature qui lui a valu cela. Car celui qui a été 
pris est l'homme passible dans lequel était l'impassible, (c'est) 
la nature humaine dans laquelle Dieu n'était pas en apparence, 
(c'est) la boue dans laquelle l'ouvrier sage avait montré son art ^. 
C'est par l'union avec la divinité qu'il a d'être Fils et d'être Dieu. 
«Celui qui commence, grandit et se perfectionne n'est pas Dieu, 
bien que, à cause de sa manifestation qui se fait peu à peu, il soit 
dit ainsi * » et « celui-ci » est dit ce à quoi Dieu s'unit en nature. 
« Autre chose et autre chose sont ceux dont est formé notre 
Sauveur, mais non un autre et un autre. Dieu nous en garde, 
mais il est un par adhésion : Dieu qui s'est incarné et l'homme qui est 



[xou, tvaTt [j,£ àyxaTÉAiTie; ; outoç ô Tûtr,(ji,£pov zelvj-r^v •J7ro[ji,£tvaç. TTpoTy.-Jvô) oï ctÙv zr, Oô- 
ÔTrjTi ToÙTov 6iç Tf,; 6et'aç auv^yopov ajôsvTc'aç.Loofs, loc. cit., p. 260. Voir p. 192, note 
4, puis: où xaô' éauTo 0ebç to uXacrÔèv inl [j,r,Tpaç, où -/.aô' éaurb ôebç to XTtaÔàv èy. tou 
Tîve-jfi.aTo;, où xa6' éaurb 6ebç xo raçèv èul (xvrjfxaToç — o'jtw yàp àv r,(ji,£v àvôpcoTïoXatpat 
xal vtxpoXàtpat a-a9£Ïç — • ixkV £7r£i6r,7t£p èv tw Xr,cp6£VTt beoç, èx to-j Xaêôvto; ô Ar,ç6£lç 
(.'); TO) Xa^ôvTt auvaçOôl; rj-jy/pr^iiix- C^ei Ôsoç. Loofs, loc. cit., p. 262. 

1 . Litt. : « pour qu'il soit aussi en lui. » 

2. Athanase. Labbe, loc. cit., col. 510 e. 

.'}. Théophile. Labbe, op. cit., t. m, col. 511 c. 
4. Grégoire. Labbe, op. cit., t. m, col. 515 d. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 211 



devenu Dieu ^. » Il est devenu Dieu à cause de son adhésion et 
non par sa nature. Par l'union de la divinité et de la chair il fut 
un fils, car il y a en lui deux natures. Par cela donc que l'homme est 
dit Dieu dans l'union de la divinité et qu'il est dit être fils ^ par 
cette parole (même), il est adoré de l'adoration de la divinité. 
Et il est adoré avec lui (l'homme avec Dieu), et il n'y a pas 
deux adorations, mais une; car, par cette [331] unique adoration 
de cette unique essence, l'autre aussi est adorée. Car il n'est 
pas adoré par une adoration propre, celui qui est adoré avec l'autre, 
mais tous deux le sont ensemble. Dans l'adoration de l'un, l'autre, 
qui est avec celui qui est adoré, l'est aussi; il (lui) est nécessaire- 
ment uni et non séparé. Car celui qu'on adore ne peut pas ne pas 
l'être, ni l'être en dehors de celui dans lequel il est; on ne peut 
pas non plus l'adorer sans que celui dans lequel il reçoit l'ado- 
ration le soit aussi. Car il n'est pas adoré dans son prosôpon, mais 
dans le prosôpon qui lui est uni et qui est commun à cause de l'u- 
nion. C'est dans le prosôpon qu'a eu lieu l'union, de sorte que celui-ci 
soit celui-là, et celui-là celui-c\ A cause donc de celui qui l'a pris 
pour son prosôpon^ celui qui a été pris obtient d'être le prosôpon de 
celui qui l'a pris. C'est pourquoi la chair de Dieu le Verbe est 
nommée avec lui, ce n'est pas d'après la chair que Dieu le Verbe 
est Dieu et Fils et Seigneur; car Dieu le Verbe est nommé Dieu 
et Fils d'après sa nature et non d'après un autre dans ce qui dépend 
de sa nature. Mais la chair a reçu de Dieu le nom qu'elle porte ; 
elle est dite Dieu lorsqu'elle utilise avec lui le nom de Dieu, elle 
ne l'a pas d'après sa nature ; ou bien divise l'union et dis les 
deux choses de lui. 

Réprimande celui qui place le corps à part, et d'après qui ce 
n'est pas à la divinité qui est dans le corps, que celui-ci devrait 
les propriétés de la divinité. [332] Avant tout réprimande-toi 
toi-même pour l'avoir dit; et si tu n'oses pas dire que c'est ^ 
grâce à l'union que la chair a eule prosôpon delà divinité, et situ 
attribues à Dieu le Verbe seul les propriétés de l'humanité et de 
la divinité et, à l'humanité, ni celles de l'humanité ni celles de la 
divinité. Tu caches (l'humanité), lorsque tu nommes Dieu le 
Verbe dans les deux (essences); tu me ressembles lorsque tu as 

1. Grégoire. Labbe, loc. cit., col. 515 b. 

2. Le syr. ajoute :« pour être un fils. » 

3. Syr. : « que ce n'est pas. » ' 



212 NEStORlUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

honte de l'humanité que tu ne crois pas digne du prosôpon. Tu 
renverses l'union que tu confesses en apparence, (d'après laquelle) 
les deux natures sont un seul prosôpon, car tu dis que c'est 
Dieu le Verbe qui est uni à la chair ou à l'homme et qu'il (le Verbe) 
est dit en deux (double), dans la nature de Dieu et homme 
dans l'union, mais un homme qui n'est pas uni à la divinité ou 
même qui n'existe pas. C'est pourquoi l'homme n'est nommé fils 
ni d'après sa nature, ni par l'union avec Dieu le Verbe. Il semble 
que tu établis ainsi Dieu le Verbe dans les deux (dans sa nature et 
dans l'union), et l'homme dans aucun des deux, ni dans la na- 
ture ni dans l'union avec celui qui est uni. « Dieu qui s'est incarné, 
l'homme qui est devenu Dieu. ))...« Celui qui commence, grandit 
et se perfectionne n'est pas Dieu, bien qu'il soit dit ainsi à 
cause de sa manifestation qui a lieu peu à peu ^. » 

Tout ce qui est dit d'après l'union, au sujet des deux [333] (natu- 
res) qui sont unies, est dit du seul prosôpon. Tu dis que l'union des 
natures a lieu en un prosôpon, mais en réalité tu établis de toute 
ta force l'incarnation de Dieu le. Verbe (au sens) des ariens et des 
apollinaristes, et tu établis, pour ceux qui ont des yeux pour 
te regarder, qu'il (le Verbe) s'est servi du corps et de l'âme (de 
l'humanité), comme d'un instrument^ sans âme, sans raison et 
sans volonté, comme pour sa nature, agissant et endurant les 
souffrances du corps devenu son consubstantiel. C'est pourquoi 
tu ne les comptes pas avec lui, et tu transportes à Dieu le Verbe, 
comme à l'ouvrier, toutes les propriétés de l'instrument, mais 
tu ne donnes pas à l'instrument celles de l'ouvrier, car il n'a pas 
été pris pour agir et souffrir volontairement dans sa nature, 
mais pour que Dieu le Verbe souffrît toutes les choses humaines 
et les fît, n'ayant pas de volonté propre, ou de sensibilité, ou 
de souffrance ou d'humanité, mais tu donnes à Dieu le Verbe de sen- 
tir, de vouloir et de souffrir en tout ce qui concerne l'humanité 
dans sa nature. A cause de cela tu refuses de dire que l'humanité a 
retiré quelque chose de son union avec la divinité : en prenant 
part à ce que Dieu le Verbe est en prosôpon, c'est-à-dire Dieu et 
Seigneur et Fils de Dieu ; car, à l'exception de l'essence, elle a toutes 
les propriétés de l'essence à cause de l'union et non par nature. 

La divinité se sert du prosôpon de l'humanité et l'humanité, 

1. Grégoire. Labbe, loc. cit., col. 515- b, d. . i . 



II, 1, RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 213 

de celui de la divinité ; de cette manière [334] nous disons un 
seul prosôpon pour les deux. Ainsi Dieu est montré complet, 
puisque sa nature ne souffre aucun dommage de l'union ; de 
même l'homme est complet et n'est privé, par suite de l'union, 
d'aucune des opérations et des souffrances de sa nature. Car celui 
qui attribue à l'unique prosôpon de Dieu le Verbe les propriétés de 
Dieu le Verbe et celles de l'humanité, et ne donne pas le prosô- 
pon de Dieu le Verbe en compensation à l'humanité, celui-là 
détruit l'union des orthodoxes, et la fait ressembler à celle des 
hérétiques. Vous avez appris des orthodoxes, par les témoigna- 
ges qui ont été cités, qu'ils attribuent les propriétés de l'huma- 
nité à la divinité et celles de la divinité à l'humanité; que l'un est 
dit de l'autre et l'autre de l'un, comme de natures complètes et 
unies ; elles sont unies sans confusion et se servent mutuelle- 
ment de leurs prosôpons respectifs. 

Comment vous a-t-il donc entraînés à tout ce qu'il a voulu, 
ô justes juges? Ou bien réfutez les paroles des Pères que vous 
avez apportées en témoignage, ou bien vous êtes obligés de recevoir 
avec eux celui qui parle selon leur enseignement: « deux «certes en 
nature etw un prosôpon» dans l'union, dans le mélange, dans la mani- 
festation, dans l'adhésion; Dieu qui devint homme, l'homme qui 
devint Dieu ; celui-ci d'après celui-là est dit s'être fait homme, 
et celui-là d'après celui-ci est dit être devenu Dieu. Qu'ai-je donc 
dit, qu'ils n'aient pas dit pour que vous m'ayez condamné ? Ne 
fallait-il pas confesser deux natures? Ne fallait-il pas confesser 
un prosôpon de deux natures, [335] delà divinité et de l'humanité; 
celui (le prosôpon) de la divinité et de l'humanité? Mais quoique 
vous niiez ce que vous avez écrit, vous êtes répréhensibles. Lisez 
donc ce qui suit : 

Semblablement, du même, du troisième cahier, contre les 

HÉRÉTIQUES, SUR LE SaINT-EsPRIT ^. 

Comment serait un serviteur ^ celui qui [travaille avec le Fils et le Père, 
et si quelqu'un cherche au sujet de l'Esprit quelles sont ses œuvres (il 
trouvera) qu'il] est avec le Père et avec le Fils et qu'il ne leur est inférieur en 

1. Labbe, loc. cit.., col. 526 c. 

2. Lire ' Ahdâ. Le syriaque omet ensuite une phrase, sans doute par faute 
d'homoiotéleutie. 'Ahdâ et hadâ. 



214 NESTORIUS. LIVRE D HÉRACLIDE 

rien? Non qu'une seule divinité soit partagée, mais c'est que le Livre divin, 
pour montrer l'égalité de la Trinité \ distribue à chacune des hypostases 
ce qui est d'une seule puissance. Voyez-le de la même manière, d'après 
les œuvres qui ont commencé 2 de temps à autre : Dieu le Verbe devint 
chair et habita parmi nous ^, et il fit habiter avec lui, avec le Père *, l'huma- 
nité qui avait été prise ^. Le Seigneur dit à mon Seigneur : Assieds-toi à 
ma droite ^, à cette forme qui a été prise. Le Saint-Esprit est descendu et 
a montré sa gloire '^. 

Le lecteur n'a plus besoin que nous revenions sur chacune des 
choses qui ont été dites auparavant, et que nous répétions les 
mêmes choses. Mais nous leur dirons : La chair est-elle créée ou 
incréée? Dites-le clairement. — Si tu dis qu'elle est créée, en toute 
manière, tu concèdes nécessairement qu'elle a été faite par le Père, 
le Fils et le Saint-Esprit, car ils ne diffèrent en rien dans l'opération, 
et toutes choses sont faites par une seule et même volonté [336] et 
sagesse. Si tu ne mets pas de séparation en ces choses et que tu ne 
divises pas le Fils du Père et du Saint-Esprit, mais si tu dis qu'il est 
devenu chair en vertu de la chair et qu'il a demeuré parmi nous 
et que toute l'économie à notre égard (l'incarnation) a été adminis- 
trée, comme aussi elle l'a été, par une seule et même volonté, sagesse 
et puissance, je le dis moi-même, avec toute la troupe des ortho- 
doxes, d'après les Livres divins. Si cela mérite accusation, aie 
soin de ne rien omettre sans l'accuser. — Sinonj dis-tu qu'elle 
est incréée ? Dis-le clairement et nie que Dieu le Verbe s'est fait 
chair, mais s'il ne s'est pas fait (chair) comment est-il dit qu'il le 



1. Sic le grec. Syr. : « pour la démonstration et la forme de la Trinité. » 

2. Le grec porte le singulier. 

3. Jean, i, 14. 

4. Sic le syr. — Le grec porte : «le Père fit habiter avec lui » [lam au lieu 
de 'am). 

5. Eph., II, 6. 

6. Ps. cix, 1. * 

7. ôjxota); roO aOro-j, rsTpàSiov y', xaxà aîpsTixôv, uspl to-j 7rv£'j[xaT0ç, XéyovTo;* 
llwç yàp av £tr| 8o"jXov To [xsTa uioO xal Tuarpoç àpyaï^ôfxevov; xàv i^txzoit] tic, ràç toO 

Trvc'jfJLaToç Tipà^st;, sûpricrei twv toO ■uîo'j xal tou TraTpbç xat' oùSàv Xetuofxivaç. oùy^ (»); 
TT^ç [xcâç (xspisO[xévr|Ç ôêôttitoç, àXXà xr^c, Qe((xz ypa^v]? ta tt^ç [xtàç i<y/yo(; xal xa6' é.y.6Lr7triV 
[i.zç)i^o\Lévr\i; Û7t6(TTaaiv êtç aTtéSetSiv tou xf^ç rptàSoç ôfji.oc'ou'xa^ (xoi crxÔTrei to 6\i.ùiov àx twv 
£v epyotç xaipôv àp|à[jL£vov. Oeoç Xôyoç £y£V£TO aàp^ xal èaxi^vtoa-ev èv YjfjiTv, <7'UV£xà6t(T£v 
éauTfo Tï)v àvaXr|96£Ïaav ô TiaTTjp àv6p(07rÔTr|Ta (eote yàp, çYioriv, d xiipioç tw xup^o) (jlou* xà- 
6o-j èx ôf^uov fio-j), rrjv to-j àvaXriÇÔEVxoç to TCVEUixa xaTEXOov o-jvtxpoTriTE 86^av (ôravydcp, 
cpr^fjiv, IXOy) to 7tv£Ci[xa tt,; aAr^beioi.i;, èxEÏvoç è[i.ï So^aTEi). Loofs, toc. cit., p. 226-227. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 215 

devint ? Car ici il n'est pas regardé comme un serviteur ^, œuvre 
du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Il semble par là que tu sois 
obligé de dire que la chair de Dieu le Verbe avait besoin du Père 
et du Saint-Esprit, elle qui, en son essence, ne serait rien autre 
que Dieu le Verbe, et (cependant) elle (la chair) n'est pas Dieu 
le Verbe, lequel n'a pas besoin du Père et du Saint-Esprit. 

Si tu penses ainsi de la chair, tu as eu raison de définir qu'il en 
est ainsi; remarque cependant qu'ils pensent le contraire au 
sujet de la chair, les Pères dont vous avez apporté le témoignage, 
lorsqu'ils disaient : « c'est la nature humaine qui provient de 
Marie ^. » Et encore : « [337] Celui qui commence, grandit et se 
perfectionne n'est pas Dieu, bien qu'on le nomme ainsi à cause 
de sa manifestation qui a lieu peu à peu ^. » Car les deux 
natures dont est formé notre Sauveur sont autre et autre, comme 
toi-même tu en as convenu d'abord en disant la même chose : « Di- 
verses sont les natures qui se sont réunies pour l'union, mais des 
deux (résulte) un seul Christ, non que la différence des natures 
soit supprimée à cause de l'union... Car Dieu (le Verbe) est im- 
passible dans un corps passible... Car son corps ne lui est pas 
étranger, lui qui siège aussi avec lui, avec son Père *. » Qu'y a- 
t-il donc à reprocher à ce que j'ai dit qui confirme ^ les paroles 
de celui-ci et de celui-là? Elles renversent tes (théories), car tu dé- 
truis tout ce que tu as apporté pour témoigner en ta faveur. Voilà 
pourquoi (les juges) n'en sont pas venus à l'examen pour ne pas en- 
tendre ces choses et d'autres semblables et ne pas se condamner 
eux-mêmes. Je citerai encore le reste qui est semblable à cela 
et y passerai, afin que vous voyiez par tout cela la cause pour 
laquelle il (Cyrille) a reculé devant le jugement. 



1. Le syr. : « œuvre» comme en tête de ce chapitre. Litt. : «car ici l'opération 
du Père, du Fils et du Saint-Esprit n'est pas admise comme action. » 

2. Labbe, loc. cit., col. 510 d. 

3. Labbe, loc. cit., col. 515 d. 

4. Labbe, loc. cit., col. 318 e, 319 h, d. 

5. Mieux vaudrait : « qui est confirmé par. » 



21G NESTORIUS. LIVRE D HERACILDE 

Semblablement, du même, du sixième cahier, 

EN PARLANT DU ChRIST ^. 

Il a été envoyé pour prêcher la délivrance aux captifs ^, [et la vue aux 
aveuglesl comme l'apôtre (l'ajoute) et dit ^ : C'est en lui que Dieu s'est 
confié et il a été fait pontife \ Car ,il a été fait et il n'existait pas auparavant 
éternellement. C'est lui qui arriva peu à peu à l'honneur du souverain [338] 
pontificat, ô hérétique. Ecoute la voix qui te crie clairement : Aux jours 
de sa chair ^, il adressait une prière et une supplication ® ai^ec une forte cla- 
meur et avec des larmes [à celui qui pouvait le sauver de la mort ^] et il fut 
exaucé d'après sa justice. Et comme certes il était fils, d'après ce qu'il souffrit, 
il apprit l'obéissance, et il fut élevé à la perfection, et il causa la vie éternelle 
à tous ceux qui lui obéirent ^. Il est rendu parfait et élevé à la perfection, lui 
qui progresse peu à peu, ô hérétique. C'est de lui que Luc criait aussi dans 
l'Évangile : Jésus grandissait en taille et en sagesse^. Faiû aussi disait des 
choses analogues : // fut élevé à la perfection et il causa la vie éternelle à tous 
ceux qui lui obéirent, et il fut appelé par Dieu grand- prêtre selon la forme 
de Melchisédec. Et plus loin : // fut appelé grand-prêtre. Pourquoi donc 
interprètes-tu contre Paul, toi qui mêles Dieu le Verbe impassible à 
une forme terrestre et qui en fais un pontife passible ^^ ?» 



1. Labbe, lac. cit., col. 526. 

2. Cf. Luc, IV, 18. 

3. Sic le grec. 

4. Hébr., II, 17. 

5. Sic le syr. et la Peschito. 

6. Sic le syr. et la Peschito. Les textes grecs portent deux pluriels. 

7. Ici (comme plus haut) les mots entre crochets manquent dans le syria- 
que. C'est une faute de copiste car on les trouve plus loin, p. 219, dern. ligne. 

8. Hébr., V, 7. 

9. Luc, II, 52. 

10. Nestorius reproduit et explique toujours ses textes tels qu'ils ont été cités 
à Ephèse, mais proteste plusieurs fois qu'ils ont été altérés ou tronqués. Le syria- 
que est donc, ici encore, conforme à Labbe, mais nous reproduisons le texte 
original de l'homélie qui en diffère assez : 

H)[xotc»)ç, To-j aÙTo-j, TETpàocov C, TTspl y^piTToO XeyovToç. aTTOCTToXo; 6 YjfjLtv ôfxoouo-to; 
-/.al Xc'yptaOat xr,pu|at aî/jxa/.foTcitç açeatv xal fJcpXoïç àvaêXs'l/tv, àTrôaroXoç ô /e'ywv èv 
'lo-joat'oFç rj!x:pCù:' 7rv£j[j,a x-jpio-j in' è\j.é, où ei'vsxev è'/ptasv [iz, s-JaYysAc'aaT&ai Tcrtoyo:; 
àTTETTaÀxî'v [xe — /pi'srac ôà àvOptoTtOTr,;, oO ÔsÔTr,;, atpstcxs — " o'jto; àmnzoç zm ôew ttî- 
Trotr,[j.c'voç àpyiepsû; — àyc'vsro yàp oOtoç, oùx àïôiwç 7rpof,v — ' o-jto; à xarà [xtxpbv zi: 
àçtyizçiiitiç, aîpsrtXc', Tcpoxô'I/a; à?tto[xa. xal axo-j£ «TaçeatEpac <70t toOto 6taêof.Wr,ç çwvf,;' 
èv raïç Yjtxs'paiç, (pr^uiv, Tr,ç crapxoç aùroù, Sericretç te xal ixerript'aç Trpb; tov ôuvâfjisvov cr;')- 
^eiv aÙTov ex eavârou [XErà xpa-jyr,ç îayupàç xalj(fol. 23 r., col. 1) Saxpûwv Tipodeveyxa: 
xal stoaxouaOslç àTcô rr,; eùXaêstaç, xatTrsp wv ylôç, sixaôsv àcp^ <l)v sTraÔs ttiV UTraxor^v, xa! 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 217 

Je pense donc de vous tous, parce que vous dites constamment 
ces choses et que celui-là les apporte en témoignage pour lui, que 
vous ressemblez à ceux qui se moquent des (hommes) appesantis 
par le sommeil, et répondent d'autres choses pour d'autres choses 
à ceux qui les interrogent en criant. C'est pourquoi, lorsque tu 
détruis tes propres preuves, tu ne le comprends même pas. « Celui 
qui commence, grandit et se perfectionne n'est pas Dieu, bien [339] 
qu'on l'appelle ainsi à cause de sa manifestation qui a eu lieu peu 
à peu, » dit ton témoin Grégoire. Il n'est donc plus ton témoin, 
mais mon avocat, celui qui a mis cela dans ses discours. Pourquoi 
confonds-tu donc les paroles de celui qui a écrit de telles choses*? 
De même pour Ambroise : « Le Livre ne vous apprend-il pas 
que la divinité n'a pas besoin de sanctification, mais la chair? 
Attribue la gloire à Dieu et les souffrances à l'homme. » (Tu le 
cites) en ta faveur, mais tu ne sais pas ce que tu dis. Qu'est-ce 
que celui-là (Nestorius) t'a donc dit d'autre? Car celui qui admet les 
unes ne s'élève pas contre les autres. Si tu accuses celui-ci comme 
s'il disait deux essences, accuse aussi l'autre qui dit deux natures, 
autre et autre. Mais tu dis que celui qui confesse deux natures, 
autre et autre, fait nécessairement deux prosôpons ; car il n'est 
pas possible que deux prosôpons en deviennent un seul. S'il con- 
vient de confesser un seul prosôpon, tu transportes ^ tout sur le seul 
prosôpon de Dieu le Verbe, afin que tout soit dit à^wn prosôpon et 
non de deux ; alors tu dis que c'est lui qui a souffert, puis tu 
le partages sur tes deux doigts et tu fais ta démonstration comme 
sur des choses séparées. Dans cela, tu n'as rien à voir avec moi, 
ô admirable. Celui qui admet, en parole, les Pères et les paroles des 
Pères, admet aussi mes paroles de la même manière. Celui qui dit : 
[340] (( Le Livre lui-même ne vous enseigne-t-il pas que la divinité 



TîActw6ctç èyevETO rot; {/Tiaxo-jouo-tv aÙTà) Tiàcftv alrco; Tforripcaç aîwvto-j. TeAstoCrat ôà 6 
xatà (xixpôv TTpoxôuTOJv, atp£7tx£' Tiepi o'j xal Aouxà; èv toÏç £ÙaYY£)>i'otç ^oâ" 'Ir,ao'j; Se 
7rpo£x07UT£v T;Kiv.i(ji xal (Toçc'a xal yàpttt. otç o-ûfxcpcova xal IlaOXo; 99£Yy6[jL£voç t£/.£C(o6£^ç, 
cpT,<Tiv, iyi\zxo toT; ÛTraxoûoyatv aura) uàatv atrioç (TWTript'aç aîwvt'ou. Tcpo(7ayop£*j6£lç ûtto 
TO"j Ôcoj àpyi£pc*j; xarà tï)v râ^tv M£X-/t(T£Ô£x. oOto; 6 Mtoo"?; xatà tôv Tr,ç TxpaTriyt'a; 
<7-jyxpivô{jL£voc TUTTOv, 6 (7Tr£p[xa To-j 'Aêpaocfx X£xXyi[X£voç, ô xatà TiàvraTOÏç à6£Àç)ocç7i;apa- 
uXr,«Tto;, 6 /pôvo) y£Y£vr,[ji,£voç àpy t£p£'jç, ô otà Tiaô r^xàitov T£X£t(o6£tç, ô èv o) tcettovÔev aû- 
To; 7r£ipa<76£l; ôuvàfxévo; toïç 7r£cpaJ^O[X£VOiç-Por,6fi(7at, ô xarà zr^v xà^iv MEXytaEoàx àpy_t£- 
o£-Jç x£XAr|[j.£voç. Tt ouv àvÔ£p(j,r|V£-J£cç Tw riaTJÀw, Tov aTraÔr, Oeov Xôyov £7riy£u«) xataj^-cy- 
vvç ô(xotôtr,Ti xal 7ra6r-ôv àoyitpioi. Tro.ôW: Loofs, loc. cit., p. 235-236. 
1. Le syriaque donne « transporte» ou « il transporte )> . 



218 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

n'a pas besoin de sanctification, mais la chair ? » dit un prosôpon de 
la chair et de la divinité, et que l'un avait besoin de sanctification, 
tandis que l'autre n'en avait pas besoin. Et «celui qui commence 
grandit et se perfectionne n'est pas Dieu, bien qu'il soit ainsi nom- 
mé à cause de sa manifestation qui a lieu peu à peu, » celui-ci 
(aussi) dit deux : celui qui a commencé et celui qui n'a pas commen- 
cé; celui qui a grandi et s'est perfectionné et de plus celui qui 
était éternellement tel qu'il est ; celui qui n'est pas Dieu par 
nature, bien qu'on l'appelle Dieu à cause de sa manifestation, et celui 
qui l'est par nature. Par les natures tu partages même les prosô- 
pons : l'homme et Dieu. Il n'y a pas deux fils, ni deux hommes, 
mais ne comprends-tu pas comment les Pères confessent un pro- 
sôpon de deux natures? et que les différences des natures, ou de la 
divinité ou de l'humanité ne sont pas supprimées à cause de l'u- 
nion, parce qu'elles se réunissent en un seul prosôpon, qui 
appartient aux natures et aux prosôpons. Les différences sub- 
sistent, car il n'y a ni confusion ni suppression, pour que tu 
attribues la diversité des natures, naturellement, à une nature 
et au prosôpon unique de cette même nature, et que tu suppri- 
mes ce qui est sans prosôpon et sans sa propre essence, c'est-à- 
dire l'humanité, et que tu ne donnes que le (seul) nom de Dieu, 
à Dieu et à l'homme. 

Celui qui attribue ainsi à Dieu le Verbe un prosôpon de deux natu- 
res [341] n'attribue pas encore au prosôpon de l'humanité les proprié- 
tés de la divinité, de manière qu'il y ait un prosôpon de la divinité 
et de l'humanité : le prosôpon de la divinité et celui de l'humanité 
formant un prosôpon; l'un par diminution, l'autre par élévation. 
Ou bien tu confesses la confusion des natures, ou la suppression 
complète (de l'humanité) ; ou bien tu confesses l'union instrumen- 
tale et naturelle des hérétiques : d'après laqueïle il s'est uni à toutes 
les (propriétés) des hommes afin de pouvoir agir et souffrir selon 
la nature humaine. Quant aux (propriétés) de l'humanité, elles 
seraient comme l'instrument pour l'ouvrier; c'est-à-dire, tu les 
transportes à Dieu le Verbe et tu n'attribues pas à l'instrument, 
c'est-à-dire à l'humanité, celles de l'ouvrier; tu attribues à Dieu 
le Verbe les (actes) de l'humanité, comme d'un instrument, mais 
tu ne donnes pas à l'humanité celles de Dieu le Verbe. Tu te 
trompes donc, en te servant de ce que nous disons, en notre 
nom et en notre personne {prosôpon), mais en le détruisant au 
contraire en réalité. Et tu fais Dieu le Verbe passible, en sup- 



II, 



1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 219 



primant la sensibilité et la volonté de l'humanité qui senti- 
rait non dans sa nature, mais bien dans la nature de Dieu 
le Verbe, et qui voudrait non dans sa nature, mais bien 
dans la nature de Dieu le Verbe. Et c'est pourquoi tu n'attribues les 
(actes) de l'humanité ni ^ à la nature ni au prosôpon de l'humanité ; 
mais tu attribues ceux de l'humanité à Dieu et tu ne donnes pas 
ceux de la divinité à l'humanité. Pour nous, dans les natures, 
[342] nous disons un autre et un autre, et, dans l'union, un prosôpon 
pour l'usage de l'un avec l'autre ^ : Dieu qui est devenu homme et 
l'homme qui est devenu Dieu. 

De même qu'en la Trinité il y a une essence de trois prosô- 
pons, trois prosôpons d'une seule essence, (de même) ici il y a un 
prosôpon de deux essences et deux essences d'un prosôpon. Dans 
le premier cas, les prosôpons ne sont pas sans essence et, dans le 
second, l'essence n'est pas sans prosôpon; la nature n'est pas non 
plus sans prosôpon ni le prosôpon sans nature. Car l'autre essence 
se sert de la même manière du prosôpon d'une essence et non d'un 
autre, à cause de l'union. Il a fait siennes toutes nos propriétés, 
en donnant le sien à celui qui possède tout cela entièrement à 
l'exception du péché. Car il est venu pour aider notre nature, non 
pour prendre ce qu'elle a, et pour sauver et renouveler en 
lui notre nature par une obéissance sublime, et non pour l'arra- 
cher à l'obéissance en obéissant à sa place dans toutes les souf- 
frances humaines, tandis qu'elle n'obéirait en rien, et qu'il ne 
participerait pas à la nature humaine des hommes. Il n'était pas 
(l'un) des hommes, (d'après Cyrille) ^, mais il donnait à la divinité 
les propriétés de l'humanité tandis qu'il ne donnait pas celles de la 
divinité à l'humanité qui n'avait été prise que pour servir d'instru- 
ment, ce n'est donc pas volontairement qu'elle observa l'o- 
béissance, comme une [343] nature raisonnable, avec pensée, 
examen et choix du bien et fuite du mal. 

Si tu lui attribues la nature des hommes dans son intégrité, donne- 
lui aussi cette intégrité dans des actes où elle apparaisse, à savoir 
qu'iZ se confia en Dieu et qu'il fut fait grand-prêtre *... et : il adressa 
des demandes^ des prières et des supplications à celui qui pouvait le 



1. Nous ajoutons cette négation. 

2. Ou : « pour leur usage mutuel. » 

3. Le syriaque ajoute : nec iterum ex illis dwinitatis. 

4. Hébr., II, 17. 



220 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

saucer de la mort et le vivifier ^, avec un grand cri et des larmes, et il 
fut exaucé à cause de sa justice. Bien qu il fût Fils, il apprit T obéis- 
sance par ce quil souffrit et il causa la i^ie éternelle à tous ceux qui lui 
obéirent 2. Encore : « Celui qui commence, grandit et se perfectionne 
n'est pas Dieu, bien qu'on l'appelle ainsi à cause de sa manifes- 
tation qui a lieu peu à peu» ^... Et encore : « Le Livre ne vous ap- 
prend-il pas que la divinité n'a pas besoin de sanctification, mais 
la chair * » ? Bien qu'il fût vraiment Fils ^ car, à cause de l'union 
de la divinité et de la chair, le Fils de Dieu parle en deux, parce que 
les deux natures étaient en lui : « tantôt la gloire de Dieu et tan- 
tôt les souffrances de l'homme. » Car lorsque nous disons Dieu et 
que nous le disons en nature, nous ne le concevons pas sans 
l'homme. De même lorsque nous disons l'homme et que nous le 
disons en nature, nous ne le disons pas sans qu'il soit Dieu. Mais 
[344] nous donnons à l'homme le nom de Dieu dans l'union de 
la divinité, bien qu'il soit homme par nature ; inversement ^, 
Dieu le Verbe est Dieu par nature, mais nous donnons à Dieu 
le nom de l'homme à cause de son union dans le prosôpon de 
l'humanité. Les propriétés des natures ne changent donc pas 
l'union ni celles de l'union (ne changent) les natures ; elles ne 
dépouillent pas les natures de leurs propriétés ou de celles qui 
résultent de l'union pour l'économie à notre égard (pour l'in- 
carnation). 

Ecrivons encore d'autres choses pour blâmer la condamnation 
que les juges ont portée contre moi. 

Semblablement, du même, du septième cahier ^. 

D'où, frères saints, qui êtes appelés à la vocation céleste, voyez cet apôtre et 
ce pontife de notre confession, Jésus-Christ, qui est fidèle à celui qui Va fait, 
comme Moïse [le fut) à toute sa maison ®. . . Et plus loin : Puisque vous avez 



1. Cette phrase avait été omise plus haut, p. 216, note 7. 

2. Hébr., V, 7-9. 

3. Labbe, op. cit., t. m, col. 515 d. 

4. Ibid., col. 514. 

5. Hébr., V, 8. 

6. Litt. : « ainsi même de nouveau. » 

7. Labbe, Concil., t. m, col. 527, porte à tort « dix-septième ». Cf. Loofs, 
p. 240. 

8. Hébr., III, 1-2. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 221 

ce pontife qui souffre avec vous, votre parent qui vous alîermit, ne vous 
éloignez pas de la foi. Lui, en effet, d'après la bénédiction qui lui fut 
promise, fut envoyé de la race d'Abraham, afin de s'offrir lui-même en 
sacrifice pour lui et pour sa race ^. Remarque le signe ^ que j'ai confessé, 
que tous avaient besoin de sacrifice, et que j'en ai excepté le Christ comme 
n'en ayant pas besoin, et cependant il s'offrit lui-même en sacrifice pour 
lui-même et pour sa race ^. 

Qui donc est fidèle [345] à celui qu'il a établi souverain pontife? 
Répondez : Dieu le Verbe ? Car c'est de lui que (l'Apôtre) a dit 
qu'il fut établi souverain pontife pour celui qui l'a fait. Quel est 
celui qui le fit souverain pontife * ? Est-ce celui qui lui a été fidèle ? 
S'est-il établi lui-même ou l'a-t-il été par le Père? Mais s'il s'est 
établi lui-même souverain pontife *, si tu dis que cela a eu lieu 
dans l'union, de la même manière que le Verbe est devenu chair, 
tu es obligé de donner à la chair une nature de notre essence, d'après 
laquelle il soit aussi dit chair dans l'union et dans la nature. Il 
est vraiment souverain pontife delui qui nous est consubstantiel 
et fils de notre race, à cause de cela Dieu le Verbe est dit aussi 
souverain pontife. Personne ne dira que celui-ci vient de celui-là 
et il ne reniera pas celui-là dont provient celui-ci. Confesse donc 
d'abord ce qui est dit de celui-ci par nature, et ensuite ce qui est 
dit (de lui) dans l'union; car si l'un n'est pas établi, il n'y a pas 
de place pour l'autre. Chacun des noms de l'essence indique 
d'abord l'essence dont il est le nom. Fais-le connaître à l'auditeur, 
ensuite tu en arriveras aussi aux choses qui sont dites autrement 
et non par essence. C'est pourquoi dans ce qui est dit, on place 
d'abord le nom qui convient à la nature, et ensuite ceux qui con- 
viennent à autre chose, n'importe comment, ou par homonymie, 

1. La phrase suivante, qui figure dans Labbe, manque dans Loofs, lequel y 
voit une addition de Cyrille. 

2. arjjJLSiwréov. 

3. 'fj\Loi(tiç ToO aùrou, TcTpàotov ^'. ô'bsv, àoeXçot àyioi, xAr,a-£(o; £7io"jpavco-j [/.etoxo'. 
xaTavoT,TaT£ xbv ànoazo'kov xai àp)(iepéa ttjÇ 6(JLoXoyt'aç yj(jL(ov 'Iyi<70'jv, Triarov ovra Tfo 
Tioiv^aavTt auTÔv. ovtoç oviv 7j[ji.?v toutou (j-ôvoujcpyjirt'v, xçtyizpéiùç >yj[).TZ(xbo'jç xal G-jyyevouç 
xal pEoatou, Tf,? sic aÙTov \i.y\ uapaTpsTredôe Trc'aTEwç'aÙTOç Yàpf,(xivTYÎ<; £ur,YYeÂ(x£vy]; àçt'/i- 
£p£Ùç eùXoYia; èx (TTCEpfJLaToç 'Aêpaà(x à7r£<TTàXy|, wç UTièp éaUTOu xal tou yévovç tyjv tou 
cro)(xaToç ôuortav (TuveuaYéfxsvo; •<7yj[j,£ia)T£ov, ôtc ô(jLoXoYiocraç 7râvTaàpxt£pea8£ca-6ac Guo-i'aç 
xal "jtce^eXwv TOvXpKTTOv, wç [lY) ôsôfXEvov, £v TOUTOtç Ouèp éauTou ÇYjffc Ttpoo'ÇEpEtv, xal 
Tov a'oyjevox)!:, ÔuTtav. Loofs, loc. cit., p. 240. 

4. Ou « grand-prêtre » , ubique. 



222 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

OU ceux qui ne sont pas nommés par nature; c'est pourquoi ils 
les enveloppent comme des choses cachées et inconnues. Lorsque 
nous parlons donc des choses de l'union, [346] tu dis « et il s'est fait 
homme; » mais tu ne fais pas porter ces mots sur l'union mais 
sur la nature. Tu caches les propriétés de la nature; quant à ceux 
qui les prônent, tu les en empêches comme s'ils disaient des impié- 
tés. Tu ne t'occupes de rien autre que d'appliquer à la nature 
du Verbe les mots« il devint» et» il fut fait»; bien que tu dises des 
milliers de fois (qu'il est) immuable. Confesses-tu que celui qui fit 
a été fait, qu'il est dans sa nature, et qu'il est dit ce qu'il devint; 
ou bien au contraire est-ce par illusion ^ que tu emploies les mots 
qui indiquent les deux natures dont est (formé) le Christ, et des 
natures diverses qui soient (vraiment) des natures diverses. 
Comment pourrait-on parler des natures, autrement qu'en uti- 
lisant le nom des natures, de l'une et de l'autre ? 

Mais ceci est grave, et c'est pour cela que je t'ai dit d'y faire un 
signe (de le remarquer) : à savoir qu'il nous a été envoyé de la 
race d'Abraham à cause de la bénédiction promise, afin qu'il 
offrît son corps en sacrifice pour lui et pour les fils de sa race. 
Place, certes, le signe que j'ai confessé : que tous les pontifes ont 
besoin de sacrifices, et que le Christ qui n'en a pas besoin, s'est 
offert en sacrifice pour lui-même et pour sa race. » Admettons 
que j'aie dit cela, car je ne refuse pas de reprendre les paroles 
modifiées par vous ^ afin qu'on ne croie pas qu'après avoir été 
repris, je (vous) ai accusés (ainsi) pour insuffisance (à répondre). 
Même en ces choses. Dieu ne m'a pas laissé sans [347] défense pour 
ma pensée, qui est claire pour tout homme. Car j'ai dit : « Tout 
pontife a besoin de sacrifices pour ses péchés; mais il n'en est 
pas ainsi du Christ. Pour lui-même et pour sa race, ai-je dit, le 
Christ a offert le sacrifice de sa vie. » Pour sa race, pour la délivrer 
de la condamnation (attirée) par la signature donnée au péché ^. 
Tandis qu'il était libre de (tout) péché (il s'est offert) pour lui-même, 
afin qu'il lui fût donné un nom supérieur à tous les noms, et il 
a obéi jusqu'à la mort et la mort de la croix, lui qui était exempt 



1. ©avtaai'a. 

2. Litt. : « le changement de vos paroles. » M. Loofs voyait ici, avons-nous 
dit, p. 221, note 1, une addition de saint Cyrille et donnait par avance rai- 
son à Nestorius. 

3. Cf. Col., Il, 14. 



II, 



1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 223 



du péché. Celui donc, qui n'avait pas été trouvé dans les péchés 
et qui avait obéi jusqu'à mourir pour nous, avait reçu un nom 
supérieur à tous les noms, celui qu'il avait depuis le commence- 
ment de sa naissance, depuis qu'il était jeune enfant. Bien qu'il fût 
vraiment fils et qu'il n'eût rien de plus ou de moins en puissance 
dans sa filiation, il fut élevé à la perfection pour être un fils parfait. 
De la même manière, l'humanité, qui devait à la naissance d'être 
fils par l'union, et qui n'avait pas la puissance, mais (seulement) 
l'obéissance, fut accomplie dans la puissance par suite de l'obéis- 
sance, et elle reçut un nom supérieur à tous les noms. Après cela, 
il (le Fils) n'était ni passible ni mortel, il participait à la puissance 
et à l'honneur, [348] il était en toutes ces choses; à l'exception de 
l'essence il avait toutes les propriétés de l'essence. C'est un Fils 
qui est par l'union. 

Tout pontife a besoin de sacrifice pour ses péchés, mais le Christ 
n'en avait pas besoin pour ses péchés, mais pour sa race, afin de 
la délivrer des péchés. Il en a été de même pour lui, et c'est à cause 
de son obéissance sans bornes qu'il est mort pour les pécheurs ; 
dans sa volonté et son sentiment, il n'avait rien autre que de 
demander et de vouloir ce que Dieu voulait de lui. A cause de 
cela. Dieu était aussi en lui ce qu'il était lui-même; de sorte que 
ce que Dieu était en lui pour la formation de son être à son image, 
lui aussi l'était en Dieu, (à savoi'^) le prosôpon de Dieu. Et ce que 
l'humanité fut par l'obéissance qu'elle observa, n'était pas pour 
son prosôpon en elle, mais pour le prosôpon de Dieu en Dieu. Ce 
prosôpon serait pour lui et serait aussi Dieu. De sorte qu'en ce 
qu'il est un, puisqu'il n'a pas de division dans le prosôpon, il est 
nécessaire de lui donner une division des natures complètes. Par 
les prosôpons de l'union, l'un est dans l'autre, et cet « un » n'est 
pas conçu par diminution, ni par suppression, ni par confusion, 
mais par l'action de recevoir et de donner, et par l'usage de 
l'union de l'un avec l'autre, les prosôpons recevant et donnant 
l'un et l'autre, mais non les essences. Nous regardons celui-là 
comme celui-ci et celui-ci comme celui-là, tandis que celui-ci 
et celui-là demeurent. Car lorsqu'on dit Dieu le Verbe, Dieu et 
homme, il n'y a pas deux prosôpons de Dieu le Verbe [349] parce 
que les deux ne sont pas dits en essence, mais l'un est dit dans 
l'essence, et l'autre dans l'union, et dans les rapports de l'un 
avec l'autre qui ont lieu à l'aide des deux natures. Mais lui est 
dit dans les deux, dans celui-ci et dans celui-là : dans celui-ci par 



224 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

essence et dans celui-là par l'union. De même lorsque, à cause de 
l'union même, nous donnons à l'humanité d'être dite en deux : 
daas l'essence et dans l'union, nous ne faisons pas nécessairement 
deux prosôpons de l'union, car il n'y en a qu'un pour les deux 
natures : pour la divinité et l'humanité, comme pour l'humanité 
et la divinité. En disant « Dieu qui s'est incarné ^ », il n'a pas 
négligé la compensation, de manière que tu conserves ceci dans 
l'union pour attribuer à Dieu le Verbe l'union avec l'huma- 
nité, de sorte qu'il soit nommé Dieu dans les deux. Ne prive 
pas non plus de compensation l'homme qui est Dieu et homme 
d'après l'union des deux essences; à ce sujet il revient sur sa 
parole « et l'homme qui est devenu Dieu ^ » comme se rapportant 
à l'union qui met en commun les prosôpons et non les natures. 

Ecoute encore ce que dit le même ^ : « Celui qui commence, 
grandit et se perfectionne n'est pas Dieu, bien qu'il soit appelé 
ainsi à cause de la manifestation qui a lieu peu à peu. » Parce qu'il 
est dit Dieu dans la manifestation, on ne doit pas le concevoir 
comme un homme sans prosôpon et sans nature. C'est parce 
qu'il est homme en nature qu'il est Dieu dans la manifestation; 
afin qu'on ne pense pas [350] qu'il est dit Dieu pour la destruction 
des natures et de leurs propriétés par suite de l'union, ou que 
l'union de Dieu a eu lieu seulement vers l'homme. A cause de 
cela, ce que Dieu est par nature est dit aussi, à cause de l'union, 
dans ce qui est uni, c'est-à-dire l'homme. Car l'homme — lequel, 
en tant que non uni, est ^ ce qu'il est par nature (c'est-à-dire) 
homme — est Dieu par ce qui est uni. 

Toutes ces choses montrent que tes réprimandes sont absurdes : 
Si un autre homme dit que celui qui a commencé est homme, et 
qu'à cause de cela il n'est pas Dieu, bien qu'il soit appelé ainsi à 
cause de l'union, il ne pèche pas, car c'est celui-là « qui commence 
grandit et se perfectionne et n'est pas Dieu», et il ne blesse en rien 
votre entendement. Si c'est moi qui l'ai dit : que c'est celui-ci qui 
a grandi et s'est perfectionné pour le souverain pontificat, tu 
me blâmes comme si j'introduisais un autre prosôpon; il n'y 
a cependant pas de différence entre direa l'homme qui commence » 
et dire « celui qui commence », car tout cela indique la même 
chose : c'est-à-dire l'homme. « Attribue la gloire à Dieu et la 



1. Grégoire, dans Labbe, op. cit., t. m, col. 515 6. Cf. supra, p. 212. 

2. Syr. : « n'est pas. » 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 225 

souffrance à l'homme. » « Le Livre aussi ne vous apprend-il 
pas que la divinité n'a pas besoin de sanctification, mais la chair? » 
Pourquoi caches-tu cela comme si tu en avais honte, et attribues- 
tu à celui qui est impassible les souffrances que celui-là a souffertes 
pour nous, de sorte que la dette pour notre salut soit donnée 
et payée sans souffrances, puisqu'il [351] n'a rien pris (de l'homme), 
puisque tu as tout fait par apparence et imagination, et que tu 
n'es d'accord ni avec toi ni avec les Pères. Car ce n'est pas contre 
moi que vous combattez, mais, par moi, vous combattez contre 
ceux-ci. Parmi les choses dont vous m'accusez, écoutons encore 
celle-ci : 

Semblablement, du même, du quatrième cahier 1. 

Écoutez donc, vous qui étudiez les iparoles: Celui qui mange mon corps ^. 
Remarquez qu'il parle du corps et que ce n'est pas moi qui ai ajouté le 
nom du corps, afin qu'il ne paraisse pas à ceux-là que j'interprète à faux : 
Celui qui mange mon corps et boit mon sang ; [il n'a pas dit : celui qui mange 
ina divinité ou qui la boit, mais celui qui mange mon corps et qui boit 
mon sang] ^ demeure en moi et moi en lui ^. 

Et, après d'autres choses : Mais sur le présent sujet il a dit : Celui qui 
mange mon corps et boit mon sang demeure en moi et moi en lui *. Souviens - 
toi qu'il dit du corps ce qu'il dit : Comme le Père vivant m' a envoyé * [moi, 
dit-il, que vous voyez; mais peut-être que je l'explique mal, voyons-le 
par la suite : Comme le Père vivant m'a envoyé] '*. Celui-là dit ces choses 
de la divinité et moi de l'humanité ; voyons donc qui interprète à tort. 
Comme le Père vivant m'a envoyé, dit-il; [l'hérétique, dit-il, exprime ici 
la divinité, « il m'a envoyé, dit-il, moi Dieu le Verbe. » Comme le Père 
vivant m'a envoyé, je vis, moi aussi, pour le Père] ^ d'après ce (^ue di- 
sent ceux-ci, moi aussi je vis, (moi) le Verbe à cause du Père. Mais (on 
lit) après cela : Celui qui me mange vivra lui aussi *. Que mangeons-nous? 
La divinité ou la chair ^? 

1. Labbe, Concilia, t. m, col. 527 c. 

2. Jean, vi, 56. 

3. Les passages entre crochets manquent dans le syriaque, peut-être par 
faute d'homiotéleutie. 

4. Jean, vi, 56-57. 

5. 'ofxoito; ToCi aÙTû'j, TETpàôcov &\ 'AxoijcraTE Tot'vuv Tïpofféy^ovTeç toÏç pr,TOÏ;" « ôxpo)- 
ywv [JLO-J, 9r|<rc', xr^v cràpxa* » [jLvr|[xove"j£T£ oxt uspi tti? (rapxoç èan to Àey6(ji,£vov xal ôrt oO 
Trap' è[ji,o-j TcpocTTeOeiTai to Tf,; Tapxbç ovo(j.ay (otte [xti ooxei'v èxet'voiç uapspfxrjVsûetV « 6 
tpoÎYtov (xou TYiv aàpxa xal tzivmv (jlou to od[i.a. », — iir\ stTuev 6 tpcoycov [xo-j tV G£ÔTr,Ta xal 
7:tv(ov [jLou Tr|V ôeoTri-a* • ô Tpwycov [jLou TYjv ''■^tp^a xal Tutvwv {jlo-j to af[jLa» âv £[j.ol [Xcvs: 
xàyo) £v aOro). 

Nestorius — 15. 



226 NESTORIUS. LIVRE D HÉRACLIDE 

Que je n'aie pas interprété contre les Livres [352] divins, même 
s'ils ne veulent pas en conveniz, ils seront réprimandés par tout 
le monde. Mais, parce que j'ai demandé, vous avez regardé ma 
demande comme impie : Est-ce qu'il ne m'était pas permis de 
dire ce que le Livre divin dit, que « la chair fut mangée ? )) 
Mais le Livre divin a simplement dit chair, et moi parce que par 
« chair » je conçois la chair et non la divinité, vous m'avez condamné 
comme si je divisais, et si je concevais l'un (comme) chair et 
l'autre (comme) divinité. Je ne divise pas l'union des natures, 
mais seulement les natures qui sont unies sous le rapport des 
essences; et qui sont sans confusion de l'une et de l'autre. J'ai 
dit la chair et la divinité. Admettons que je n'aie pas parlé avec 
exactitude, je condamne mon ignorance et mon crime; du moins 
faites-moi le plaisir de dire clairement : La chair et la divinité sont 
une seule et même chose en essence et en prosôpon, et nous pro- 
clamons impies tous ceux qui pensent autrement. Si vous ne dites 
pas cela clairement, pourquoi m'avez-vous condamné devant Dieu? 

Mais quelqu'un dira peut-être : Pourquoi t'afïliges-tu? Ils ont 
confessé la mort de Dieu et ils t'ont condamné à mort. Qu'as-tu 
pensé d'autre, contre ceux qui défendent cela, qui veulent attribuer 
la mort à Dieu et qui en réalité luttent contre ceux qui ne le 
confessent pas? Je sais qu'ils font cela depuis longtemps, [353] mais 
moi, maintenant j'écris ces paroles pour ceux qui veulent s'ins- 
truire en vérité, pour qu'ils ne soient pas trompés par le nom d'un 
concile (et qu'ils ne croient pas) que j'ai été condamné par le juge- 
ment des Pères et par les témoignages qu'ils ont apportés. Je 
démontre par toutes ces choses qu'il n'y eut pas de jugement, 
parce qu'ils ne firent aucun examen, ni entre eux ni avec les 
autres. Ils n'ont même pas pris la peine de faire semblant de 
cacher la profondeur de l'iniquité. 

(( Autre par essence est la chair de Notre-Seigneur, et autre la 



Kal {ji£6' £T£pa. 'AaX' iizl to 7i&ox£i[j.evov. « 6 rpwytov (xou ttjv o-àpxa xat tti'vwv \io\) 
rb al[jLa, èv £[xol [ji,£V£t xàyà) èv aÛTto* » [xvy)[ji,ov£'J£T£, oxt nep\ tt,; dapxb; to XsyofjLevoV 
« xa6à)ç ànénzeikév \).e 6 î^wv Trari^p, » è.[).s. tov çacvdfXEVov. àXX' £vt'oT£ 7rap£p[JLr|V£-Jci); àxou- 
aw[;.£v £x Twv é^f,;' « xaôwç àTzé(j'vei'ké [X£ ô ^&v TraTYJp. » £X£Tvo; "kéyzt, Tr\v ÔEOTrita, àyà» Ô£ 
TYiv àvôpwuoxrjTa. ^Sw[j,£v, riç, 6 7rap£pfxr,v£Û(ov. « xa6à)Ç àv:éazeOA [X£ ô Çôv 7raTr,p » Xsyst, 
xal ô aîpETixbç èvraùGa rrjv be6xT]Tix léyev ctTiér^zeilé [i,£, cpr,(7i, tov Ôeov Xôyov.a xa6à)c (XTcin- 
zeùé [X£ Cf^v 7raTY]p <<xàyw Çw Stà tov 7raT£pa>> )) xax' èxEt'vo-j;" xàyw l,m, 6 6sb; X6- 
yo;, 6ta tov uaTEpa. £tTa to [X£Tà to-jto' 6 Tpwyoov (j-ô, xàx£Ïvoç ^rjO-îTat^ — Ttva èabioysy', 
TT.v e£6Tr,Ta, r, r))v aàpxa; Loofs, loc. cit., p. 227-228. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 227 

divinité, a dit Grégoire. Car autre chose et autre chose sont ceux 
dont est formé notre Sauveur, car le visible et l'invisible ne sont 
pas le même,» et «celui qui commence, grandit et se perfectionne 
n'est pas Dieu, bien qu'il soit nommé ainsi à cause de la manifes- 
tation qui a lieu peu à peu ^. )) Et : « ce n'est pas par apparence 
qu'il était dans le corps » et « humaine est la nature qui pro- 
vient de Marie ^; » et la chair provient de sainte Marie ; voilà 
ce que dit Athanase : il prit de la vierge un corps à la ressemblance 
de cette (chair) ^.a Ce n'est pas d'une matière précieuse et céleste 
qu'il prit un corps et vint près de nous, mais de la boue, pour mon- 
trer la grandeur de son art, afin de redresser l'homme qui avait 
été formé de boue, » comme le dit Théophile *. 

Ambroise parle de l'union de la divinité et de la chair : «Le Fils 
de Dieu parle dans les deux, car en lui étaient [354] les deux 
natures.;. Il est le pain vivant qui , est descendu du ciel; ce pain 
est le corps ^ comme il l'a dit lui-même : Ce pain que je vous don- 
nerai est mon corps ^. C'est celui-là qui est descendu, c'est celui-là 
que le Père a sanctifié et a envoyé au monde. Est-ce que le Livre 
aussi ne vous apprend pas que la divinité n'a pas besoin de sanctifi- 
cation, mais la chair ' ?» 

Ai-je été seul à dire cela ? Ai-je besoin d'autres témoins pour 
établir que la chair n'est pas Dieu le Verbe de la même manière ? 
ou que la chair (ne) peut devenir ce qu'est Dieu le Verbe, ou que 
Dieu le Verbe (ne) peut devenir chair, bien qu'il soit dit autre- 
ment dans l'union? Si vous ne vous écoutez pas vous-mêmes, si 
vous ne croyez pas à toutes ces choses et si vous résistez à tout le 
monde, qu'avez-vous à voir avec moi (et) avec tous ceux-ci ? Celui 
qui m'opprime, qu'il m'opprime; celui qui me persécute, qu'il me 
persécute; celui qui me tue, qu'il me tue. Nous regardons comme 
une grande grâce d'avoir été jugé digne de porter les stigmates 
du Christ dans notre corps ^. 

S'il vous plaît d'écouter, entendez encore d'autres choses; 



1. Labbe, op. cit., t. m, col. 515. 

2. Paroles de saint Athanase, Labbe, loc. cit., col. 510. 

3. Cf. Rom., VIII, 3. 

4. Labbe, loc. cit., col. 511. 

5. Le syriaque seul répète « le corps». 

6. Jean, vi, 52. 

7. Labbe,^7oc. cit., col. 513. 
8- Cf. GaL, VI, 17. 



228 NiESTORius. LIVRE d'héraclidïl 

jugez si elles méritent une condamnation et si tout cela ne pro- 
vient pas d'hommes coupables ^ contre le ciel et qui combattent 
contre Dieu. 

[355] Semblablement, du même, du seizième cahier 2. 

Si tu scrutes avec soin tout le Nouveau (Testament) tu ne trouveras 
nulle part que la mort est attribuée à Dieu; mais ou au Christ, ou au Fils, 
ou au Seigneur. Car le nom de Christ, ou de Fils, ou de Seigneur, qui est 
attribué au (Fils) unique par les Livres divins, est l'indice de deux natures : 
tantôt il indique la divinité, tantôt l'humanité et tantôt les deux. Quand 
Paul, qui fut envoyé pour prêcher, dit ^ : Nous étions ennemis, et Dieu 
s'est réconcilié avec nous par la mort de son Fils, c'est l'humanité qu'il indi- 
que * par le nom de Fils. Quand le même dit aux Hébreux : Dieu parla par 
son Fils, par qui il a fait les siècles^, il indique la divinité ; car ce n'est pas 
la chair qui a créé les siècles, elle qui a été faite après de nombreux siècles. 

Et après d'autres choses : Ce n'est pas la divinité qui 'eut Jacques pour 
frère, et nous ne prêchons pas non plus la mort de Dieu le Verbe^, lors- 
que nous mangeons le corps du Seigneur '^. 

1. Khoîbîn. L'édition porte Khoîrîn, « qui regardent». 

2. Labbe, Concilia, t. m, col. 527 e. 

3. Le grec porte :« comme Paul envoyant (un message, le) prêche.» 

4. Litt. : « crie ». 

5. Hébr., I, 2. 

6. Cf. I Cor., XI. 26. 

7. Cette homélie est conservée en latin. Nous reproduisons quelques phrases 
latines et le grec d'après Loofs, lac. cit., p. 269, 270-271: 'Otxot'wc; to-j aùtoO, 
T£Tpà6tov iC. Kal oX(joç, se Trao-av dfjio-^ tyjv xaivriv txetaXXeiJecç <C8ia6r,xr|V>, oùx av eupoiç 
/)ùôa[xa>ç Trapà taÛTY) tbv Gàvatov tw ôew TrpoaaTCTÔjxevov, àX).' '\ Xpioro) r^ uiô r, xupco). 
To yap « Xptaxoç » xal rb t uîbç » xal xb t xupioç », ïtzX toi) [xovoyevouç uapà tt,; 
Ypaç'^ç >>a(xêav6fj,£vov, rwv çucrstov èort twv Stjo crY)(i,avTtxbv xal ttotè [xèv ômXouv Tr,v 
OeÔTYiTa, TZOTÏ 8a ty^v àvOpwTrÔTyira, tuotè Sa àfi-çôrepa. otov ôtav IlauXoç àutcrTSÀXwv 
XT,p-JTT-/i" ex^pol ovT£ç x(x.'ïT\k\6.-^r^\izv Tw Oew 6ià Tou Ôavàxo-J ToCi utou aÛTO'j, TTjV àvôpto- 
TTÔTTiTa poa Tou -Jio'j. àv XeyYi TuàXtv ô aùrbç Tupbç 'Eêpat'ouç' ô ôsb; i\y.\r^nz.v vifxTv àv 
•Jiw, 8t' OTJ xal Toùç aîwvaç £7ioty|a£, tyjv %z6xt(zx ôyjXoT tou uloû* oùôè yàp f, cràp^ 8r,txt- 
o-jpybç TO)V aîo)V(ov, r\ (X£t' aïtovaç 8Yi[Ji,io'jpYr,6£[<7a ttoX^oÛç. EcCB « j^Zii rfei » et 
deitatis et humanitatis essentiae appellationis conveniens documentum. Sed neque 
dei essentiam flehant mulieres tanquam quse esset de sepulcro furto subducta, quis 
enim suspicetur deitatem furacibus manibus capessibilem esse? o-jot OeoTr,? à8£A9bv 
-bv 'lâxfooov ST/Ev, oùSà tbv to-j bzoxi \6yo-j xoi.Tixjye/J.oy.iv OàvaTOV, ~o èzaiio-v/.ov at[X7. 
T£xal aà)[ji.a m':zo^j[izvoi ; dei enim natura sacrificium suscipit, non ipsa sacri- 
ficio immolalur, nec propheta deus, sed dater prophétise, ut sit hoc loco « do- 
minus » , sicut dixi,carnis expressio tanquam habentis dominicam dignitatem^ 
quse tamen temperamento vel admixtione minime in substantiam transierit dei- 
iatis, alibi enim « dominus » demonstrativum est deitatis. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 229 

Peut-on croire qu'on trouve dans ces (paroles) l'accusation qui 
a été portée contre moi et pour laquelle j'ai souffert ce que j'ai 
souffert ? Parce que j'ai dit que Dieu le Verbe n'est pas mort, lui 
qui possède une nature immortelle, mais la chair, c'est pour cela 
que je suis accusé. Je pense que même les démons et ceux qui ont 
de l'inimitié contre Dieu, n'ont pas osé dire ni enseigner cela dans 
leurs paroles. N'est-ce pas pour ceux [356] qui ne craignent pas Dieu 
et qui ne respectent pas les hommes, que j'ai dit ces (paroles) : «Si 
tu scrutes en entier tout le Nouveau (Testament), tu ne trouveras 
pas d'endroit où la moyt soit attribuée à Dieu le Verbe, mais ou au 
Christ, ou au Seigneur, ou au Fils. Car le nom de Christ ou de 
Seigneur ou de Fils, qui est attribué au (Fils) unique par les Livres, 
est l'indice de deux natures. » Est-ce que j'ai menti? Tu as les 
Livres divins : lis. 

Qu'est-il besoin de l'expliquer brièvement? (Tu) dis que Dieu le 
Verbe a souffert, ou bien que le Christ n'est pas Dieu et homme, 
de deux natures et deux natures : lis. Ou bien tu dis que Dieu le 
Verbe est par essence en deux natures, de deux natures et deux 
natures; et que la seule essence de Dieu le Verbe a été divisée en 
deux, au point que, quelle que soit la nature qui est dite avoir 
souffert, nous donnerons à Dieu le Verbe de souffrir en nature dans 
les deux (essences). Ou bien les deux natures ont été séparées 
l'une de l'autre, réunies en la seule essence de Dieu le Verbe, de 
sorte que, quelle que soit celle qui est dite souffrir, on dise que 
c'est une seule essence et la même formée (des deux) qui a souf- 
fert. Ou bien l'essence de l'humanité a été prise pour l'usage seu- 
lement, pour être vue et pour souffrir, et non pour avoir com- 
merce ensemble l'une avec l'autre, et, en conséquence, celle-ci n'a 
rien fait avec l'autre pour l'économie à notre égard (l'incarnation), 
[357] Il se servait de cette (essence) selon sa volonté, comme 
si elle eût été dépourvue de sentiment, de parole et d'âme, sans 
qu'elle lui servît en rien, comme le disent les ariens. Car celui 
qui reçoit ces (choses), n'est pas obligé de les faire monter jus- 
qu'au prosôpon de celui qui supporta ces choses; car il ne se servait 
pas de l'essence de l'humanité pour qu'elle l'aidât, mais pour 
qu'il pût souffrir et accomplir en nature toutes les choses humaines, 
sans que celui en qui il souffrit ou par le moyen de qui il souffrit, 
soit compté (pour quelque chose) avec celui qui souffrit. Dis clai- 
rement ce que tu veux, mais (dis-le) avec clarté. Pourquoi me 
reprends-tu comme impie parce que j'ai dit que «si tu scrutes 



230 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLTDE 

tout le Nouveau (Testament), tu n'y trouveras pas que la mort est 
attribuée à Dieu le Verbe, mais au Christ, ou au Fils, ou au Sei- 
gneur? Car le nom de Christ ou de Fils ou de Seigneur, qui est 
attribué au (Fils) unique dans les Livres divins, est l'indice de deux 
natures, et il désigne tantôt la divinité, tantôt l'humanité et 
tantôt les deux. » J'ai dit cela, c'est là-dessus que je suis jugé, et 
vous êtes les juges des choses qui ont été dites. Parle! 

Il me faut aussi citer tes (paroles), comme toi aussi tu as cité 
ici contre moi, et je ne cacherai rien. Je ne ferai pas comme vous, 
qui avez jugé mes paroles sans examen et sans discussion. J'ai 
dit : « Lorsque tu dis que Dieu n'a pas souffert et que le Christ non 
plus n'a pas souffert, tu ne tires rien autre de là, sinon que le Christ 
n'est pas Dieu ; tandis que si tu disais que Dieu le Verbe a souffert, 
tu confesserais que le Christ est Dieu. )) [358] Dans ce cas, il 
vous fallait ne pas citer tout le passage, mais seulement jusqu'après 
avoir apporté les choses qui pouvaient faire croire que j'avais 
dit cela; quant au reste, il vous fallait le cacher. Comment cela? 

« Si tu lis tout le Nouveau (Testament), tu n'y trouveras pas 
que la mort soit attribuée à Dieu le Verbe, mais au Christ, ou au 
Seigneur, ou au Fils. » Il pouvait recueillir ces (paroles) jusque-là 
et donner à croire que je ne regarde pas le Christ comme Dieu; 
mais les paroles suivantes que vous avez citées, détruisent évidem- 
ment cette opinion. Car « Christ ou Seigneur ou Fils, qui est appli- 
qué au (Fils) unique dans les Livres divins, est l'indice de deux 
natures : il indique tantôt la divinité, tantôt l'humanité et parfois 
les deux. » Je n'ai donc pas nié que le Christ ne soit Dieu, mais 
(j'ai dit) qu'il est aussi Dieu et Dieu par nature. Car j'ai dit que (ce 
nom) désigne deux natures : la divinité et l'humanité; il n'est 
donc pas possible que je sois accusé de ne pas reconnaître le Christ 
pour Dieu, d'après ce que j'ai écrit. 

Mais (je suis accusé) peut-être pour avoir dit que le Christ est 
aussi homme, et qu'il a deux natures : de la divinité et de l'huma- 
nité, l'une passible et l'autre impassible; pour n'avoir pas confessé 
que Dieu le Verbe est dans les deux natures, qu'il a souffert dans 
l'essence, lui qui est devenu l'essence de l'homme, et que le vivant 
qui mourut était (mort) comme en apparence ; pour n'avoir pas 
attribué à Dieu [359] le Verbe, et non à l'essence de l'homme, les 
souffrances de toute nature; et (pour n'avoir pas dit) que l'huma- 
nité ne servait à rien pour l'incarnation, sinon pour que le Verbe 
apparût et pût souffrir dans la nature humaine, c'est pour cela 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 231 

qu'elle n'est pas comptée avec la divinité et que nous devrions 
attribuer à la divinité tous les actes de la divinité et de l'humanité, 
comme ceux de l'instrument à l'ouvrier, sans donner ceux de la 
divinité à ^ l'humanité de même que l'on n'attribue pas à l'instru- 
ment ceux de l'ouvrier, puisque rien n'est fait par sa volonté. 

La pensée de celui-ci (Cyrille) n'est-elle pas en évidence par les 
choses dont il m'accuse? Mais les juges siégeaient sourds et muets, 
sans rien examiner. Il est nécessaire que nous nous servions encore 
contre eux des mêmes témoignages pour établir mes (théories) et 
pour blâmer ceux qui ont fui le jugement parce qu'ils ne pouvaient 
pas donner de réponse. Sinon, que celui qui a choisi mes paroles 
le dise en passant, que le nom de Christ ou de Seigneur ou de Fils 
n'est pas l'indice de deux natures : de la divinité et de l'huma- 
nité, et je ne demande ^ pas autre chose. 

Lis, ô homme, ce qui est parmi tes témoignages, et ne lutte 
pas avec l'ombre : « Il y a deux natures : Dieu et l'homme, mais 
il n'y a pas deux Fils ; car autre et autre sont les éléments dont est 
formé notre Sauveur, mais non un autre et un autre, Dieu nous 
en garde ! [360] Mais il n'y en a qu'un dans le mélange : Dieu 
qui s'est fait homme et l'homme qui est devenu Dieu... Celui qui 
commence, grandit et se perfectionne, n'est pas Dieu, bien qu'il 
soit dit ainsi à cause de sa manifestation qui a lieu peu à peu ^. » 

Est-ce moi qui ai écrit cela? Est-ce que j'y ai ajouté quelque 
chose? N'est-ce pas vous qui avez écrit cela? Pourquoi donc 
m'accusez-vous pour avoir attribué deux natures à notre Sau- 
veur ? Il est autre en nature dans la divinité et autre en nature 
dans l'humanité; la divinité n'est pas deux natures, ni (formée) 
d'autre et autre, et les (natures) ne sont pas mélangées en 
Dieu le Verbe, mais elles sont deux en nature et, dans l'union, 
il y a un seul prosôpon des deux. De plus, même en la Trinité, il n'a 
pas rejeté le prosôpon de l'humanité *,de« Dieu qui s'est fait homme 
et de l'homme qui est devenu Dieu.» «Celui qui commence, grandit 
et se perfectionne, n'est pas Dieu, bien qu'il soit dit ainsi à cause 
de sa manifestation qui a lieu peu à peu. » Il n'a pas dit de Dieu 
le Verbe qu'il est les deux par essence, et il n'a pas séparé l'huma- 



1. Litt. « à ceux de .» 

2. Litt. : « je ne dis pas. » 

3. Labbe, loc. cit., col. 515. 

4. Litt. : « Le prosôpon de l'humanité n'est pas odieux à la trinité. » 



232 iVESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

nité de la divinité, de manière que Dieu le Verbe endurât même 
les souffrances de la chair et (les) souffrît en sa nature dans son 
prosôpon; car la chair est du dehors, et elle ne participe pas en son 
propre prosôpon aux choses de la divinité, mais c'est par compensa- 
tion mutuelle de la prise et du don de leurs prosôpons qu'il parle 
de l'union de la divinité et de l'humanité : il dit de Dieu qu'il s'est 
incarné à cause de son union avec l'humanité ; [361] et il dit de 
l'humanité qu'elle a été divinisée à cause de son union avec la 
divinité, mais non qu'elle est sortie de la divinité; car « celui 
qui commence, grandit et se perfectionne, n'est pas Dieu, bien 
qu'il soit dit ainsi à cause de la manifestation qui a lieu peu 
à peu ^ )) 

Ambroise dit la même chose de l'union de la divinité et de la 
chair : « Le Fils de Dieu parle dans les deux (la divinité et la chair), 
parce qu'en lui étaient les deux natures 2. » Athanase dit aussi que 
«Notre Seigneur est sorti de Marie et non la divinité ^. Il proclame 
aussi les deux natures, car il dit autre celle de la divinité et autre 
la chair, et il dit qu'il y a union d'elles (deux). Il y a deux na- 
tures, non pas en Dieu le Verbe, mais dans le Fils; non pas que le 
Fils soit autre et Dieu le Verbe autre; mais l'un désigne l'union 
et l'autre l'essence. Car autre est le prosôpon et autre est l'essence. 
Il en est ainsi du Père et du Fils, qui sont autre et autre dans le 
prosôpon, mais qui ne sont pas autre et autre dans la divinité. 
De même, pour l'union de la divinité et de la chair, dans le pro- 
sôpon de la divinité de Dieu le Verbe, il n'est pas un autre et un au- 
tre, mais c'est le même; mais, dans les natures de la divinité et de 
l'humanité, il est autre et autre. C'est pourquoi le Livre divin 
parle avec précaution du prosôpon de la divinité et désigne les 
deux (natures) par le prosôpon de l'union. De l'essence de la divinité 
et dans l'essence de Dieu [362] le Verbe, il n'y a pas deux natures; 
car les choses qui sont dites de l'essence sont conçues uniquement 
en tant qu'elles sont dites seulement de l'essence. 

C'est pourquoi Ambroise aussi parle de l'union de la divinité 
et non de l'union du Fils, bien que ce ne fût pas un autre mais 
la même chose : mais l'un indique le prosôpon et l'autre la nature ; 
c'est pourquoi, parce qu'il y a eu union des essences, il parle de 

1. Labbe, loc. cit., col. 515. 

2. Labbe, loc. cit., col. 513. 

.3. Cf. Labbe, loc. cit., col. 507, yavoiji^riç x-riç (xap xb; èx Tviç ôsotoxou Maptaç. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 233 

l'union de la divinité et de la chair; et parce que l'union des na- 
tures a lieu en un seul prosôpon, il ajoute que le Fils de Dieu, 
et non pas Dieu le Verbe, parle dans les deux, car en lui sont 
les deux natures. Dieu le Verbe en effet est un et non deux. Au- 
tre donc est ce qui est connu par l'essence et autre ce qui l'est 
par le prosôpon; autre est ce qui provient des natures et autre 
ce qu'indique l'union. C'est pour cela que j'ai dit que « le Livre 
divin n'attribue en aucun endroit la mort à Dieu, mais ou au Fils, 
ou au Christ, ou au Seigneur,» afin que personne ne pense que l'u- 
nion a eu lieu pour l'essence et non pour le prosôpon. Le prosôpon 
n'est pas divisé, au point qu'une nature, (celle de) l'humanité, 
serait superflue ; car l'incarnation est conçue comme l'usage 
mutuel des deux (prosôpons) par prise et don, mais (le Livre 
divin) l'appelle Fils et Christ et Seigneur, tantôt à cause du pro- 
sôpon de la divinité et tantôt à cause du prosôpon [363] de l'huma- 
nité. Ainsi parle Grégoire; ainsi parle Ambroise; ainsi Athanase : 
«Le Seigneur qui sortit de Marie est le Fils qui est, par essence, 
dans la nature du Père et, par la chair, de la race de David; car 
la chair (provient) de la vierge Marie. » Ai-je dit quelque chose de 
nouveau ? N'ai-je pas dit les mêmes choses avec les mêmes paroles 
et dans le même sens ? Pourquoi m'avez-vous condamné ? Est-il 
possible de concevoir pourquoi vous avez fait tout cela entre vous 
et pourquoi vous n'avez pas attendu pour faire votre examen 
avec tous les évêques ? 

Mais il n'y a pas lieu de fuir encore l'accusation qu'ils ont 
portée contre moi : il faut écrire ce qu'eux-mêmes ont écrit en 
dernier lieu sans qu'on les ait repris. 

SeMBLABLEMENT, du même, du VINGT-QUATRIÈME CAHIER ^. 

Je remarque que notre peuple a acquis une grande religion et la ferveur 
de la piété ; mais, en matière de foi, il chancelle dans la connaissance 
de Dieu. Ceci n'est pas à imputer au peuple, mais, pour parler avec justice, 
cela vient de ce que les docteurs n'ont pas eu le temps de mettre sous vos 
yeux l'enseignement de la foi exacte. 

[Pierre, prêtre d'Alexandrie et premier des notaires, dit] ^ : H a affirmé 

1. Labbe, op. cit., t. m, col. 530 « du 23® cahier ». Loofs, loc. cit., p. 283. 
Cyrille avait commenté ce passage longtemps avant le concile. Labbe, loc. cit., 
col. 334 d. 

2, Sic le grec. Labbe, loc. cit., col. 530. 



234 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

clairement par ces paroles qu'aucun des docteurs qui l'ont précédé n'a 
énoncé devant le peuple [364] ce que lui-même a dit ^. 

Écoutez donc encore sur ce sujet (une parole) qui n'est pas 
très ardue ni très difficile : Demandez-leur donc à ceux-ci, — car 
ils disent la vérité même sans le vouloir — dans quel traité j'ai 
dit cela? N'est-ce pas sur l'écrit composé par les saints Pères 
qui se réunirent à Nicée ^ ? Quel était mon but? Était-ce pour 
réprimander ceux qui enseignent mal, ou ceux qui enseignent avec 
droiture, sainteté et piété? Je montrais au peuple que mon ensei- 
gnement était d'accord avec le leur. C'est parce qu'il (le peuple) ne 
connaissait pas l'enseignement des Pères qu'il combattait avec moi, 
comme si j'enseignais en dehors de la profession de foi des Pères. 
Je les réprimandais, d'après la profession de foi des Pères, de ne pas 
comprendre que ce qu'ils condamnaient ils l'avaient constamment 
à la bouche. Pour ne pas leur infliger une réprimande excessive et 
ne pas leur causer de tristesse, je me suis abstenu de les accuser, 
et j'ai dit, comme d'une personne (prosdpo/i) contre laquelle il n'y 
avait pas d'accusation, que« les docteurs de la foi n'avaient pas eu 
le temps de placer devant eux l'exactitude de la f oi ^. » Je Tai dit 
simplement sans anathème. 

En quoi donc ai-je accusé tous les Pères qui m'ont précédé 
de n'avoir rien enseigné de ce que j'ai enseigné au peuple, lorsque 
mon dessein et ma peine tendaient à les instruire et à montrer, 
d'après la profession de foi, qu'ils ont enseigné ces (mêmes) 
choses, et que je n'avais rien dit d'étranger à la profession de foi 
des Pères. A cause du manque de science et d'érudition des accu- 
sateurs, ils pensèrent [365] de moi : « Il nous instruit en dehors 
de l'enseignement de ces Pères qui nous ont tous instruits. » 

Je n'ai donc pas dit que les Pères des divers temps ont ensei- 
gné de manière différente, comment aurais-je dit qu'ils l'ont fait 

1. 'Ofxotto; Tou ai!;TOTj, TexpàSiov xy'- xal upods^d) toc; ■qii.zzéçoiç o-fn^oiç sûXàêeiav 
[j,£v 7ioXXr,v xsxTr,[i,Évotç xal ÔepixoTÔcTriV sùasêstav, ixtzo ôe fî^ç Tcspi xb ôôyfJta ôeoyvwac'aç 
àyvot'a oXtTÔatvo'Jcri. to-jto oà oOx lyxÀTifxa twv Xaôv àXXà — tz&ç av sÛTupsTrw; ciTioipLc ; — 
To [Xï] ëyeiv roù; StSao-xàXouç xaipov xat zi tmv àxptêecTTc'pwv ûfxTv 7rapa6sa9ai ôoyfjiàTdDV. 
Ilsrpo; TTpsaêÛTEpoç 'AXe^avôpstaç, xal ixptfJMxyiptoç vorapttov slusv tSoù çavepô; èvroûrot? 
9r,(7lv, OTi Twv Trpb aùroû ôtôao-xàXwv oû6elç xaura ïk(xkr,(je toÏç XaoTç, a aûroç èXâlriGt. 
Loofs, loc, cit., p. 283; Labbe, op. cit., t. m, col. 530 c. 

2. Cf. Loofs, loc. cit., p. 284-285, où l'on trouve dans ce cahier XXIV (XXIII) 
l'explicaî-ion du symbole de Nicée. 

3. Cité plus haut. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 235 

d'une manière qui ne ^ convient pas ! Mais j'ai dit qu'ils n'ont pas 
transmis au peuple la profession de foi des Pères distinctement et 
clairement, pour qu'ils entendent ces choses et les admirent. C'est 
autre chose de dire qu'ils ont enseigné le contraire, et autre chose 
de dire qu'ils ont transmis les paroles sans explication; autre chose 
est (encore) de dire qu'ik n'avaient pas le temps d'enseigner 
(ces paroles) selon leur (vrai) sens, et autre chose est qu'ils ne 
savaient pas, ou que je les accusais comme hérétiques. Si j'avais 
accusé tout à fait les docteurs mes prédécesseurs, j'aurais accusé 
aussi les trois cent dix-huit de (Nicée) sur la profession de foi 
desquels je m'appuyais, ainsi que les Pères qui m'ont précédé. 
Or, personne ne dira que j'aie dit ou enseigné de telles choses, 
en dehors des docteurs mes prédécesseurs. Je n'ai rien dit, ni 
en parole ni en pensée, et n'ai rien enseigné contre les docteurs 
mes prédécesseurs. S'ils ne l'ont pas lu, vous l'avez écrit. Il ne 
vous reste plus rien (contre moi) puisque je n'ai rien dit des choses 
à l'aide desquelles vous m'avez accusé. Vous n'avez retenu que ce 
chef (d'accusation), dont je vous ai tous repris. Il ne convenait 
donc pas non plus que vous ajoutiez foi à ces autres qui m'accu- 
saient sans retenue, comme des gens qui ne craignent pas Dieu 
[366] et qui ne rougissent pas devant les hommes. Vous ajoutiez foi 
surtout à celui qui siégeait avec vous dans votre assemblée, 
comme si vous ne pouviez pas échapper autrement, qu'en chi- 
canant et en calomniant. 

Choses qui se passèrent après le REtuEiL ^ de ces chapitres ^. 

Après avoir ainsi « étudié en toute exactitude (mes paroles), 
comme si le Christ le voyait*, » ils m'ont condamné, sans aucune dif- 
ficulté, sans hésitation, sans rien proposer par demande et réponse ; 
mais ils se hâtaient pour que ceux qui allaient venir ne pussent les 
atteindre : c'est-à-dire le concile d'Orient, qui était proche, et 
les (envoyés) de Rome. Ils n'ont ni examiné ni même lu, et même, 
à mon avis, ce qu'ils ont écrit ils l'ont écrit plus tard ; car les jours et 
le temps n'ont pas suffi à écrire et à signer. Il semblait ainsi qu'ils 



1. Lire delô. 

2. Syr. : « les choix. » 

3. C'est-à-dire : « les citations des extraits des Pères et de Nestorius. 

4. Cf. Labbe, loc. cit., t. m, col. 569 b. 



236 3VESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

signaient contre moi par condescendance et obéissance, même sans 
cause, car aucun d'eux n'a écrit la cause pour laquelle ils m'ont 
déposé, si ce n'est ce sage et prudent plus que tout autre, et qui 
pouvait dire quelque chose d'avisé, à savoir Acace de Mélitène : 

Parce que certes il n'a pas confessé que Dieu le Verbe est mort, il méri- 
tait d'être déposé, parce qu'il fit mentir le Livre divin, et encore parce 
qu'il calomnia Cyrille d'avoir dit que Dieu le Verbe est mort [367] lorsqu'il 
ne l'a pas dit. 11 fit encore mentir le Livre, comme s'il enseignait que la 
naissance et la souffrance n'affectaient pas la divinité mais l'humanité, et 
il calomnia encore les écrits du saint et pieux évêque Cyrille, comme s'ils 
attribuaient des souffrances à Dieu le Verbe, ce que ni lui ni aucun de ceux 
qui pensent avec piété n'ont osé dire ^... 

C'est sur un seul de ces sujets qu'il fallait m'accuser et non sur 
deux ^; mais ils acceptaient contre moi des choses opposées, et 
dans leur préoccupation, ils ne voulaient pas interrompre ce qui 
les pressait, mais ils avaient hâte de s'esquiver et de se séparer, 
pour ne pas tomber sous le jugement des juges. Ils s'éloignaient 
comme (on s'éloigne) des ennemis, de sorte qu'ils montraient leur 
préoccupation et leur désir, de frapper de crainte ^ les évêques 
présents et les (évêques) éloignés. Ils ont fait tout cela comme cela 
se passe dans les guerres. Les partisans de l'Égyptien (Cyrille), et 
ceux de Memnon, qui les aidaient*, circulaient par la ville, munis 
et armés de bâtons, hommes orgueilleux, qui se précipitaient avec 
une clameur barbare, faisaient paraître, dans leur souffle, un esprit 
décolère, avec des éclats (de voix) redoutables et inaccoutumés, 
respirant (la discorde), sans piété, avec toute jactance, contre ceux 
qu'ils savaient ne pas adhérer à ce qui avait été fait par eux. [368] 
Ils portaient des sonnettes par la ville, allumaient du feu en de nom- 
breux endroits et (y) jetaient des libelles de divers genres. Toutes les 
choses qui arrivaient étaient des sujets d'étonnement et de terreur, 
au point qu'ils barraient toutes les voies, obligeaient tout le monde 

1. Nestorius résume d'abord et cite ensuite les paroles d'Acace, Labbe, loc. cit., 
col. 495 a : Kars-I/sucraTO [xèv Tr,ç ypaqp-/^;, ôiç xal aÛT-r.ç zr^v yévvyjacv ze xal xb TtàÔoç où Tr,ç 
ôeÔTYjTOç, àXXà rriç àvôptoTrÔTviToç ôtôacrxoûcrYiç. -/.aTea-Jxoqpâvxriae ôè xal tûv toû àyiMrixro'j 
xal QeofileaTCCTO-u iTztny.ÔTzo'j KuptUoy ypa[X[ji,àTo)v, w; Tiaôr^rôv Xeyôvrwv tôv 0sôv. 
OTzep ouTS aûrbç, outô aXXoç zi; t(T)v syrregàiç çpovouvrwv v^ èvsvoYjTev etTtetv, r, £tôXjjly)o-£. 

2. Ou «d'avoir refusé de dire que le Verbe est mort ««ou d'avoir reproché à 
tort » cette opinion à Cyrille. 

3. Litt. : « pour être réputés terribles. » 

4. Litt. : « dont ils étaient aidés. » 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 237 

à fuir et à se cacher et se conduisaient avec violence, adonnés 
qu'ils étaient à la boisson, à l'ivrognerie et aux cris discordants. 
Il n'y avait personne pour empêcher ni pour secourir, et ainsi 
on était dans la terreur. Tout cela était dirigé contre nous; aussi 
nous avons utilisé le secours de l'empereur et la puissance des 
chefs de soldats ^ qui étaient mécontents de ce qui se passait et 
laissaient cependant faire. 

L'évêque d'Antioche arrivait avec d'autres évêques nombreux, 
qu'ils cherchaient à attirer à leur parti, dans ce qui avait été fait 
avec injustice et audace; et ils se nommaient concile général. Lors- 
que (les nouveaux venus) connurent les.choses qui avaient été faites 
avec audace, (ainsi que) leur effronterie et leur guerre hâtive '^, et 
l'impétuosité folle avec laquelle ils avaient tout fait prompte- 
ment, ils déposèrent de la charge de leur épiscopat ceux qui 
avaient dirigé ce désordre et qui avaient suscité tout ce mal, 
je veux dire Cyrille et Memnon. Quant au reste [369] de leurs 
chefs, ils les anathématisèrent pour qu'ils ne fissent aucune des 
œuvres de l'épiscopat, parce qu'ils n'avaient pas agi dans l'esprit 
et la règle de l'épiscopat, mais par la force ^ Pour qu'ils ne pussent 
nier ou cacher ce qui avait été fait contre eux, ils affichèrent leur 
déposition dans tous les endroits de la ville, pour que tous fussent 
témoins qu'ils avaient été déposés et des causes pour lesquelles 
ils avaient été déposés. Ils firent connaître tout cela à l'empereur 
par les lettres du concile, ainsi que leur audace en tout et la guerre 
qui avait eu lieu de manière barbare*. Aussi ils ne les laissaient 
pas priçr dans l'église de l'apôtre saint Jean ^, ils se mirent à 
les lapider et c'est à peine s'ils purent fuir et se sauver. 

Ils dirent aussi la cause pour laquelle (leurs adversaires) avaient 
osé faire tout cela : (à savoir) pour que le concile ne pût pas exa- 
miner ce qui avait causé ce trouble et cette division dans les églises, 
je veux dire les douze chapitres qui avaient été écrits, sans pudeur 
ni respect contre Dieu le Verbe, immortel et incorruptible ; 
et qu'il fallait prendre grandement garde à ne pas laisser sans 

1. « Aussi nous avons dû recourir à l'aide de l'empereur et à la protection 
des stratèges. » 

2. Ou « leur réunion à l'improviste. », 

3. Litt. : « le pouvoir. » 

4. Ces procédés sont aussi qualifiés de papêaptxàç l^oSou; dans Labbe, loc. cit., 
col. 565 e. 

5. Msavovo;... To àyiov àTrocrTÔAtov Yjfxïv àuoxXetffavTO;. Labbe, loc. cit., col. 565 e. 



238 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

examen de tels blasphèmes, que les partisans d'Arius eux-mêmes 
n'avaient pas osé proférer ouvertement contre Dieu le Verbe. 

Cyrille et sa faction écrivirent aussi à l'empereur, en portant 
de nombreuses accusations contre Jean (d'Antioche), comme s'il 
[370] avait déposé audacieusement Cyrille, à cause de l'amitié 
qu'il m'avait vouée. Ils avaient besoin que ceux-là aussi confir- 
massent ma déposition et annulassent celle de Cyrille et Memnon; 
car ils n'avaient pas osé écrire les (actes) de Jean et de son concile 
avec leurs paroles : « Comme l'ont ordonné les lettres de votre 
Piété, ils s'étaient réunis en commun avec nous et nous avons 
ensuite étudié avec tranquillité et soin les choses requises, pour 
confirmer la foi de la religion des Pères » selon les ordres de 
l'empereur et les désirs des Orientaux qui attendaient toujours 
ces choses. Ceux qui avaient confiance (soi-disant) dans les Livres 
divins et dans l'enseignement des Pères n'ont pas osé dire, même 
pour la forme : «il y aura un jugement, » pas même pour échapper 
à une accusation. Ils n'osaient pas faire la discussion et un juge- 
ment des choses qui auraient dû être (étudiées), parce qu'ils 
n'avaient pas confiance dans ce qu'ils avaient écrit. 

Pour voir que je dis la vérité, lisez la relation des uns et des 
autres; et vous saurez ainsi que les uns demandaient toujours 
qu'il y eût un jugement, tandis que les autres le fuyaient. 

[371] Lettre qui fut envoyée a l'empereur par Jean, 
ÉvÊQUE d'Antioche, et par les autres évêques qui étaient 



Comme nous en avons reçu l'ordre par vos lettres, nous sommes venus 
à Ephèse, métropole, et nous avons trouvé que les affaires des églises 
étaient conduites par toutes sortes de perturbateurs, et par des guerres 
intestines. Car Cyrille d'Alexandrie et Memnon d'Éphèse se sont réunis, 
et ont assemblé une grande foule de campagnards : ils n'ont pas laissé 
célébrer la sainte fête de la Pentecôte ni l'office du soir et du matin. De 
plus, ils ont fermé les églises et les Martyria, ils se sont réunis eux et 
ceux qu'ils avaient trompés, ils ont commis des milliers de crimes et 
ont foulé aux pieds les canons des saints Pères, ainsi que vos ordres. 
Et cela, après que le très magnifique comte Candi dianus, envoyé par votre 
Puissance qui aime le Christ, les eut conjurés par écrit et sans écrit d'atten- 
dre l'arrivée de tous les saints évêques; et de faire ensuite ce qui paraîtrait 

1. Labbe, Coll. concil., t. m, col. 601. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 239 

bon à toute l'assemblée , selon les lettres de votre Piété. Cyrille d'Alexan- 
drie lui-même m'avait fait dire par lettres deux jours avant de faire la 
réunion, comme si tout le concile attendait mon arrivée... C'est pourquoi 
nous avons déposé les deux qui sont mentionnés plus haut, Cyrille et 
Memnon, et [372] nous les avons éloignés de tout service spirituel (interdits). 
Quant aux autres qui ont pris part comme eux à l'iniquité, nous les avons 
placés sous l'interdit, jusqu'à ce qu'ils aient anathématisé les chapitres 
qui ont été envoyés par Cyrille et qui sont remplis de sens mauvais, et 
concordent avec l'enseignement d'Apollinaire, d'Arius et d'Eunomius, 
et qu'ils se soient réunis avec nous, selon les écrits de votre Piété, dans 
l'unanimité et la paix, pour étudier soigneusement avec nous ce qui est 
controversé, et pour confirr^er la vraie foi des Pères. Quant à ma Petitesse ^, 
votre Majesté saura que, vu la longueur du chemin que, de plus, nous 
faisions par terre, nous avons rejoint ^ (les autres évêques) avec hâte et 
rapidité. Nous avons parcouru en effet quarante étapes (mansiones) 
sans prendre un seul (jour de) repos dans notre route, comme il est possible 
à votre Majesté qui aime le Christ de l'apprendre des habitants de toutes 
les villes par où nous avons passé. De plus, la famine qui régnait à Antioche, 
les émeutes journalières du peuple ^, les pluies nombreuses et continuelles 
en dehors de leur saison, et le danger * provenant d'un cyclone qui arriva 
à la ville, nous retinrent de nombreux jours dans la ville elle-même. 

Lorsque l'empereur eut vu cela, il fut irrité de ce qui avait été 
fait contre moi sans examen et sans jugement, et il jurait qu'il 
n'y aurait rien autre, en dehors de ce qui avait été réglé auparavant, 
à savoir qu'il y aurait jugement et examen des choses requises, 
car c'est pour cela qu'avait été réuni le concile [373] général : pour 
s'entendre ensemble sur l'examen qui devait avoir lieu dûment. 

Lorsque les partisans de Cyrille virent la tendance de l'empereur 
dans cette direction, ils excitèrent dès lors trouble et sédition^ 
dans le peuple avec des clameurs, comme si l'empereur était op- 
posé à Dieu. Ils se soulevaient contre les grands et les chefs qui 
n'adhéraient pas à ce qu'ils avaient fait, et ils couraient en tout 
lieu. Ils eurent aussi l'impudence et l'audace de prendre avec eux 
ceux qui s'étaient séparés et éloignés des monastères à cause 



1. Le grec porte : « quant à ma lenteur. » Le traducteur a lu [ipayû; au lieu de 
ppao-jç. 

2. Litt. : « devancés. » 

3. Lire, "^amô comme le grec : rapayal toj Sr,[xoj. 

4. xi'vouvoç. 

5. (7Tâ<TtÇ. 



240 NKSTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

de leur vie et de leurs mœurs singulières, et qui avaient été chassés 
à cause de cela, ainsi que tous ceux qui étaient des diverses sectes 
hérétiques ^, et ils étaient tous animés de fanatisme et de haine 
contre moi. Le même souffle les animait tous : Juifs, païens et 
toutes les sectes, ils s'appliquaient à faire accepter sans examen 
les choses qui avaient été faites sans examen contre moi. Tous 
étaient d'accord, même ceux qui avaient été mes compagnons à 
table, à la prière, en pensée; ils se lièrent ensemble d'une amitié 
inséparable, par des visites, par des réceptions dans les maisons, 
par des bons offices, en confirmant ce qui avait été fait contre 
moi, et ils faisaient entre eux des vœux contre moi. Ceux-là 
qu'on n'aurait pas même cru d'abord qu'ils voudraient saluer 
les hérétiques — bien qu'ils fussent estimés [374] orthodoxes 
— voulaient (ensemble); ils n'étaient divisés en rien ^. 

Il y aurait beaucoup à dire au sujet des songes qu'ils racontaient, 
qu'ils disaient avoir vus à mon sujet; et d'autres (imaginaient) 
autre chose. Ils stupéfiaient les auditeurs, à savoir par les saints 
qu'ils voyaient, par les révélations qu'ils en tenaient, et par 
une prophétie qui avait été imaginée ^. Aucun d'eux n'était 
désœuvré, personne n'était séparé de leur communion; je ne 
parle pas seulement des chrétiens, mais encore des païens. Ils 
cherchaient à persuader tout le monde de ce qu'ils voyaient 
et se comparaient à des anges de lumière. Par tout cela ils avaient 
prévenu, adouci, ému l'esprit de l'empereur pour qu'on ne fît 
pas l'examen qui avait été demandé, et pour lequel le concile 
général avait été réuni. Comme il était opposé à leur demande 
absurde et impudente, par laquelle ils lui demandaient qu'il n'y eût 
pas de jugement, ils donnaient une grande quantité de biens à 
ceux qui l'approchaient *. Je n'ai rien à ajouter : l'empereur 
laissa faire en pratique le contraire de tout ce à quoi il paraissait 
tenir; car ils ne le craignaient pas, (et ne s'abstenaient) ni de faire 
une sédition ni de courir sur tout le monde. 

Ils préparaient encore d'autres maux ^ : Car ils firent des réu- 
nions de prêtres et des troupes de moines, et ils tenaient conseil 



1. Cyrille fait le même reproche à Jean. 

2. La fin est obscure. 

3. C'est là le cadre des « plérophories de Jean de Maïouma, » Paris, 1899. 

4. Cf. infra, Appendice II, la liste des dons envoyés vers 432. 

5. Litt. : additum est in illos etiam propositum malorum. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 241 

[375] contre moi, en les aidant dans ce but. Ils avaient pour auxi- 
liaires en ces choses tous les eunuques de l'empereur ^ qui scru- 
taient sa pensée et donnaient confiance aux autres. Comme (l'em- 
pereur) aimait beaucoup l'habit des moines, ils s'unirent tous dans 
une même volonté pour lui persuader qu'il n'y eût pas de jugement, 
mais que ce qui avait été fait contre moi sans examen demeurât. Et 
tous les moines s'accordaient en un même sentiment contre moi, 
eux qui, en tout le reste, étaient sans charité entre eux, envieux et 
enviés, surtout pour la gloire humaine. Ils se choisirent pour 
directeur et pour chef, afin de frapper l'empereur d'étonnement, 
l'archimandrite Dalmace^, lequel, depuis de longues années, 
n'était pas sorti de son monastère. Une multitude de moines 
l'entourèrent au milieu de la ville et ils chantaient l'office^, 
afin que toute la ville se réunît à eux pour aller près de l'empereur 
afin de pouvoir empêcher sa volonté. Ils préparèrent tout cela 
d'avance, afin qu'il n'y eût aucun obstacle et ils entrèrent, en 
chantant l'office, jusqu'auprès de l'empereur. 

Lorsque l'empereur vit Dalmace, il agita la tête et plaça sa 
main, comme s'il était étonné à la vue de cette personne(pro5opon). 
Et il dit : Quelle raison t'a obligé à violer ton pacte ? Nous allions 
près de toi; maintenant pourquoi viens-tu près de nous ? sur- 
tout au milieu (du peuple) de la ville ! car même [376] dans ton mo- 
nastère, on ne te voyait pas en dehors de ta cellule; et tu ne te 
laissais pas voir à tous les hommes, tandis que maintenant tu t'es 
donné en spectacle à la vue des hommes et des femmes. N'y aurait-il 
pas eu plusieurs causes pressantes qui t'auraient obligé à en sortir, 
(par exemple) une maladie mortelle de moi ou de mes proches, 

1. L'eunuque Chrysaphe devait être, quelques années plus tard, le principal 
appui d'Eutychès. 

2. Les prés ntes intrigues ne sont pas bien connues par ailleurs, mais deux ans 
plus tard, Epiphane, archidiacre et syncelle de Cyrille, écrivait à l'évêquc de 
Constantinople : Et Dominum meum sanctissimum Dalmatium abbatem roga, 
ut et Imperatori mandet, terribili cum conjuratione constringens, et ut cubicularios 
omnes ita constringat ne illius (Nestorii) memoria ulterius fiât. Et sanctum Eutychen 
(le futur hérésiarque), ut concertet pro nobis et Domino meo (Cyrillo)... Roget ita- 
que sanctitas tua Dominum jugalem ejus (Aristolai), ut scribat ei,rogans illum, 
ut perfecte laboret, et ut reverendissimus Eutyches scribat ei. C. Lupus, Variorum 
Patrum epistolœ, Louvain, 1682, c. cciii, n. 292, p. 419. Ces mêmes intrigues 
ont pu se produire deux ans plus tôt et le récit de Nestorius n'est donc pas invrai- 
semblable. Cf. p. 307, note 3. 

3. vI/àXXûVTsç àv-t'cpcova, Labbe, loc, cit., col. 752 e. 

Nestorius — 16 



242 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

des séditions et des troubles qui ont eu lieu dans la ville, et qui 
avaient besoin de l'intervention et de la prière de quelqu'un, 
pour ne pas en arriver au sang et à la mort; des guerres, la perdi- 
tion, la peste, la famine, les tremblements de terre, qui ne pou- 
vaient seulement être arrêtés que par une supplication adressée à 
Dieu; n'est-ce pas l'une de ces choses qui t'a décidé à quitter ton 
monastère ^? 

Dalmace dit : Certes, ô empereur, ce n'est pas une difficulté de 
ce genre qui m'a obligé à sortir. Dieu ne m'a fait savoir rien de 
tel, car il avait une autre manière de résoudre ces (difficultés). 
Mais maintenant Dieu m'a commandé de conseiller à ta Majesté, 
et j'ai reçu ordre de te témoigner que tu pèches contre toi-même 
chaque fois que tu pèches contre le concile et que tu modifies 
son jugement. Tu as réuni le concile pour juger et il a jugé; il sait 
comment il a jugé, c'est lui qui répondra devant Dieu. 

L'empereur lui dit : Je ne trouve aucune iniquité en cet homme, 
ni aucune cause qui lui vaille d'être déposé. Je proteste devant 
toi et devant tout homme que je suis innocent; car ce n'est pas 
par un penchant [377] humain que j'ai aimé celui-ci, et que j'ai 
fait ce qui a eu lieu, pour qu'il soit jugé et condamné, comme ceux 
qui s'élèvent contre Dieu et qui ravissent pour eux les (fonctions) 
des prêtres. Ni maintenant ni auparavant je ne me suis occupé 
de cette ordination, pour que l'on puisse penser que je me venge 
ou que je cherche une revanche à cause de son élection. C'est 
d'accord avec vous tous que j'ai fait venir cet homme de force, 
lorsqu'il était très attaché à sa famille et à ses parents. Vous fûtes 
cause de tout cela et non moi. Lorsque, ô Dalmace, je te suppliais 
de te charger de cette affaire et que je te priais longuement de ne 
pas refuser le service de Dieu, tu as refusé et tu m'as supplié 
au contraire de ne pas te contraindre « parce que tu n'étais pas 
instruit 2.» J'ai encore demandé un autre d'entre les moines qui 



1. Cf. Labbe, op. cit., t. m, col. 752 d. Depuis quarante-huit ans, Dalmace était 
reclus à l'intérieur de son monastère; l'empereur avait été souvent le trouver, 
surtout à l'occasion des fréquents tremblements de terre, pour lui demander dé 
sortir et de prier pour la ville [klùS^zlv y.al XiTavsOaai ), mais sans succès. — 
Plus loin, col, 753, Dalmace raconte au peuple qu'il a décidé l'empereur à 
obéir au concile et non « aux hommes pervers ». Nestorius a dû connaître ces deux 
pièces (on le voit par son allusion aux causes qui auraient pu occasionner la sortie 
de Dalmace ) et il leur compose une réponse. 

2. Litt. : « ignorant. » 



II, 1, RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 243 

semblait être quelqu'un et qui était loué pour (sa) piété, mais il 
a refusé lui aussi, comme s'il ne savait pas remplir cette fonction 
parce qu'il n'était pas instruit ^. Vous m'avez tous dit : Constan- 
tinople a besoin d'un évêque qui soit aimé de tout le monde grâce 
à ses paroles et à sa conduite, afin qu'il soit le docteur des églises 
et la bouche de tous en tout. Lorsque vous avez refusé, est-ce que 
j'ai agi de ma propre autorité^ ? Ne vous ai-je pas demandé de 
nouveau de choisir celui qui était tel? [378] N'ai-je pas prié de la 
même manière le clergé de Constantinople de choisir celui qui con- 
venait? N'ai-je pas dit la même chose aux évêques :« C'est à vous 
qu'il appartient d'élire et de sacrer ^ l'évêque))? Vous aussi, je 
vous ai priés de la même manière. Ne vous ai-je pas laissé beau- 
coup de temps ; j'attendais que vous choisissiez paisiblement, 
de crainte que la hâte ne causât quelque erreur ausujeî de celui 
qui serait choisi ? Mais vous avez choisi, (direz-vous) et je n'ai 
pas accepté votre choix? Veux-tu que je dise quelque chose sur 
vous autres? Dirai-je leur empressement, leur course, leurs pré- 
sents, leurs promesses, leurs serments et tout le reste, de la part 
de ceux qui voulaient être (évêques) comme en l'achetant ? Parmi 
ceux-là lequel vouliez-vous qui fût évêque ? Mais je passe là- 
dessus; quel choix vouliez-vous voir (ratifier) : le tien, ou (le 
choix) de celui-là, ou d'un autre? Les uns en choisissaient d'au- 
tres, non d'un (véritable) choix, en faisant porter leur choix sur 
les meilleurs, mais sur ceux qui étaient méchants. Chacun glori- 
fiait celui qui avait été choisi par lui et parlait en mal de celui 
qui avait été choisi par les autres et portait contre lui de mau- 
vaises accusations ; mais vous autres, vous n'avez jamais pu 
convenir d'un seul : celui que le peuple choisissait, vous ne vou- 
liez pas l'accepter. J'ai lu devant vous les paroles du peuple sur 
chacun de ceux qui avaient été choisis. Que devais-je donc faire 
que je n'aie pas fait?Vous, [379] moines, vous n'étiez pas d'accord 
avec le clergé; d'ailleurs le clergé n'était pas unanime ; les évê- 
ques étaient divisés, et le peuple l'était de la même manière ; 
l'un combattait pour l'autre. Même alors, je ne me suis pas donné 
le pouvoir (de choisir l'évêque), mais je vous ai laissé le choix. 
Après cet insuccès *, vous êtes venus tous et vous m'avez donné 

1. Litt. : « ignorant. » 

2. Litt. : « par mon pouvoir. » 

3. Litt. : « choisir et faire. » 

4. Litt. : Postquam ergo vos omnes staretis in penurîa. 



244 NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

(pouvoir) de choisir celui que je voudrais. Après m'être laissé 
convaincre avec peine, tandis que vous tous me suppliiez, j'ai pensé 
qu'il ne convenait pas de faire (évêque) un homme d'ici, de crainte 
qu'il n'eût des inimitiés et ne fût haï; car vous vous haïssiez tous 
les uns les autres et vous étiez tous haïs les uns des autres, comme 
si vous vous occupiez (tous) de cette (affaire). J'avais cherché 
un homme étranger qui n'était pas connu de ceux d'ici et qui 
ne les connaissait pas, illustre par sa parole et par ses œuvres. On 
m'a fait savoir qu'il y en avait un de ce genre à Antioche ; 
c'était Nestorius. Je l'envoyai chercher, au grand regret de 
toute cette ville. Néanmoins je le fis venir pour votre propre 
avantage, qui m'était plus cher que le leur. Mais quand cela 
eut lieu, vous ne l'estimâtes pas ainsi. Que fallait-il donc faire à 
cet homme ? 

Vous ne l'avez pas examiné pour qu'il pût répondre sur les cho- 
ses qui lui étaient reprochées. Votre évêque n'a pas été jugé non 
plus par entente (commune), mais l'évêque d'Alexandrie avait jugé ^ 
[380] avec celui de Rome, qu'il ne croyait pas correctement, et 
qu'il était obligé d'obéir à leur décision. Mais lui, il demandait 
et attendait un jugement, comme si on avait commis une ini- 
quité contre lui, et il leur reprochait de ne l'avoir pas accusé cor- 
rectement ; car il était évêque, et il devait être appelé au juge- 
ment des évêques et non au mien. Le juge ne pouvait pas être 
quelconque; il ne fallait pas non plus que l'évêque de Constanti- 
nople ne fût entendu que devant un seul homme. Est-ce que 
moi j'ai jugé comme il me plaisait ? J'ai laissé ce pouvoir au con- 
cile. Qui a demandé d'être jugé et se l'est vu refuser ? Qui est 
juste ? Celui qui désire être jugé et le réclame, ou bien celui 
qui fuit devant le jugement? Ne pouvait-il pas imiter ceux-ci 
et faire cojitre eux ce qu'il avait souffert lui-même : réunir les 
évêques qui étaient sous sa main et ceux d'Orient qui étaient du 
même avis que lui, pour juger et condamner celui-là comme 
coupable? Mais il n'a pas 2 fait cela, et c'est surtout pour faire cesser 
ces divisions qu'il désirait un jugement. Il n'y a aucune loi d'après 
laquelle l'évêque d'Alexandrie ou de toute autre ville, ne soit pas 
jugé lorsqu'il doit l'être. Mais (direz-vous) lorsque le concile se fut 
réuni et eut siégé, ils l'ont cité une ou deux fois et il ne daigna même 



1. Lire don hwô. 

2. Lire Welô. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 245 

pas leur répondre. Pourquoi cela? Répondez, ne le cachez pas. Je 
n'ignore pas ce qui a eu lieu, car on a agi avec si peu de pudeur 
[381] que leur machination ne peut pas être cachée. Car il n'a pas 
récusé le jugement, mais la tenue de ce concile qui s'est réuni par- 
tiellement pour juger, ce qui ne nous a pas plu. Ce n'est même 
pas un concile que celui où l'adversaire siège parmi les juges. Nous 
n'avons pas commandé non plus de faire quelque chose avant la 
réunion de tout le concile. Car c'est la réunion de tous que nous 
appelons concile et non celle de quelques-uns. Parce que nous 
avions vu d'avance les pièges et les embûches qui étaient 
tendus, nous avions ordonné que le concile n'eût pas lieu partiel- 
lement, mais qu'on attendît la réunion de tous les évêques pour 
qu'on examinât, par question et par réponse, les choses requises. 
Ceux-là ont donc annulé le concile général et la loi du tribunal, 
qui ont tenu notre volonté pour rien, et l'évêque d'Antioche a bien 
fait en les déposant de la charge de leur épiscopat, de crainte 
qu'en demeurant dans leurs charges ils ne les avilissent. En quoi 
donc a péché celui qui leur demandait d'attendre ceux qui 
étaient éloignés, de ne pas enfreindre le règlement qui avait été 
donné et de ne pas faire de schisme dans le concile ? Fallait-il 
déposer pour cela celui qui n'a transgressé en rien ce qu'on avait 
décidé de faire, mais qui était disposé à se laisser juger par tous 
sans refuser? 

[382] Lorsqu'il eut terminé ces paroles il ajouta : Je ne vois 
aucune cause de blâme en cet homme, je suis donc innocent, ainsi 
que mon empire et ma parenté, de cette iniquité. 

Ceux-là s'emparèrent avec empressement de cette réponse, 
et la prirent comme s'il laissait et cédait tout ce qui avait été fait 
contre moi tel qu'ils l'avaient fait. Dalmace, et ceux qui étaient 
avec lui, crièrent : Que cette impiété soit sur moi, ô empereur, je 
m'occupe ^ pour toi et pour ce qui te concerne à ce sujet; je réponds 
de ces choses devant le tribunal du Christ comme si je les avais 
faites moi-même. 

Quand il eut ainsi reçu cette assurance : qu'il ne serait pas 
responsable ^ des iniquités commises contre moi, il décréta et 
confirma tout ce qui avait été fait contre moi. Voilà comme j'ai 
été jugé et comme l'examen a eu lieu ! 



1. Au lieu de roche, « je t'accuse », lire Ronê, tJi.cpttj.v< 

2. Litt. : « qu'il serait sans préoccupation. » 



246 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

Quand ces choses qu'ils avaient préparées contre moi furent 
accomplies, la troupe inique sortit du palais. Chacun répandait 
divers bruits; ils firent sortir Dalmace couché sur une litière garnie 
et couverte; des mules le portaient par le milieu des rues de la 
ville, pour que chacun sût qu'il avait vaincu la volonté de l'empe- 
reur, (au milieu) d'une grande foule de peuple et de moines qui 
dansaient, applaudissaient et criaient tout ce que l'on peut dire 
de quelqu'un qui est déposé pour iniquité. Dès qu'on sut qu'ils 
s'étaient emparés de la volonté de l'empereur, [383] tous les 
hérétiques, qui avaient été auparavant condamnés par moi, se 
joignirent à eux. Tous, d'une seule voix, criaient également mon 
anathème — encouragés par ce qui avait eu lieu — en tout en- 
droit de la ville, mais surtout dans les endroits sacrés ^, afin de 
réunir avec eux une foule de peuple pour commettre l'iniquité 
sans pudeur. Ils avaient l'audace ^ de frapper des mains, sans 
rien dire autre que : Dieu le Verbe est mort. 

Il n'y avait pas de différence entre les hérétiques et les ortho- 
doxes; tous se levaient également contre Dieu le Verbe. Ils com- 
battaient sans miséricorde, comme des impies, ceux qui ne consen- 
taient pas à attribuer la souffrance à la nature de Dieu le Verbe, 
disant : non pas que l'immortel a adhéré au mortel pour faire 
mourir le mortel sans mourir lui-même, mais au contraire que 
l'immortel s'est joint au mortel pour devenir mortel ; de même 
il ressuscita, après être mort avec lui, dans l'immortalité de celui 
qui ressuscita, et tout cela pour que l'immortel devînt mortel, 
et que le mortel à son tour devînt immortel, afin qu'il reçût dans 
sa nature d'être immortel et d'être mortel, d'après la puissance 
du Maître qui peut rendre l'immortel mortel et le mortel immortel. 
Ces choses étaient dites sans voiles, par ceux-ci et par ceux-là, 
et par les autres hérétiques; elles étaient chantées et applaudies 
dans les maisons, dans les rues et dans toutes [384] les églises. 
Pour ce motif, tu ne pouvais pas discerner les choses qui étaient 
dites dans les Eglises, ni même distinguer si les églises apparte- 
naient aux hérétiques ou aux orthodoxes, tant étaient grands 
la concorde et le zèle pour adopter la foi (du concile) et pour confes- 
ser Dieu passible. Ils se servaient des démonstrations mêmes 
pour lesquelles ils avaient été accusés, et ils les défendaient dans 

1. Litt. : « du sanctuaire, n 

2. Litt. : « ils avaient pris la confiance. » 



II, 1. RÉPUTATION DES ACCUSATIONS 247 

les mêmes (termes). Ils n'avaient tous qu'une bouche, un cœur 
et une volonté contre Dieu le Verbe, au point que les offices 
étaient négligés dans les églises et dans les monastères, et qu'ils 
s'occupaient de sédition^, de persécutions et de choses analogues. 
Quant à ceux qui leur fournissaient des bietis, de la nourriture et 
des richesses, à l'aide de tout ce qu'ils donnaient, ils les excitaient 
et leur demandaient de s'occuper constamment de ces choses ^. 

Il plut donc à l'empereur que je restasse déposé et que Cyrille 
et Memnon le restassent de la même manière. On pensait qu'il 
faisait cela pour nous obliger à venir à l'entente, et pour que nous 
fussions reçus et que nous nous recevions les uns les autres; et 
qu'il prolongeait ma déposition pour nous amener tous à une 
même volonté. Il (prolongeait ma déposition) et il demeurait sans 
se réconcilier avec ceux-là, afin de me faire rentrer en grâce aussi 
de toute nécessité, (en profitant) de leurs importunités et de leurs 
demandes en faveur de Cyrille, afin que l'on crût que la sagesse 
impériale avait remporté la victoire [385] sur leurs sentiments (per- 
sonnels). Mais il n'en était pas ainsi, par suite ou bien d'un chan- 
gement de sa volonté qui à l'origine était droite, ou bien de ce 
que sa volonté était telle dès l'origine, il n'était porté vers moi 
qu'en apparence, jusqu'à ce qu'il trouvât le temps propice pour 
(me) vendre pour des biens. Quoi qu'il en ait été, j'en suis ar- 
rivé là. 

Lorsque le comte Jean, qui était chargé du trésor public {cornes 
largitionum), fut envoyé à Éphèse, on pensait qu'il était venu 
pour que Cyrille et moi pussions parler l'un avec l'autre, tout 
le concile étant assemblé, et que c'était une chose qu'on ne pouvait 
dorénavant refuser. Tout cela effrayait et stupéfiait les autres, 
tant était grande leur crainte et leur terreur de parler avec moi 
et d'avoir un jugement, d'après nos paroles, sur les choses contro- 
versées. Cependant il n'acheva pas sa course, mais se relâcha, 
car ce qui est aimé des hommes avait frappé chez lui : ce qui était 
raconté dès lors comme un bruit; à la fin Celui qui révèle les 
choses cachées le révéla, l'amena à la lumière et le fit connaître 
à la vue de tous. Durant sa vie il le couvrit de honte et après sa 



1. Ttàatç. 

2. Ces événements sont racontés en abrégé dans Labbe, op. cit., t. m, col. 
752-753. Dalmace ne raconte pas sa conversation avec l'empereur « pour que 
l'on ne croie pas qu'il veut se vanter , » col. 753 c. 



248 NESTORIUS. LIVRE D HÉRACLIDE 

mort il fut convaincu; aussi bien celui qui vendit la vérité, c'est- 
à-dire Jean, que celui qui (la vendit) plus que lui, c'est-à-dire 
Cyrille, lorsque cet or d'iniquité fut exigé ^. [386] Mais rapportons 
ces choses telles qu'elles ont été avec les paroles qui étaient criées 
et démontrées, pour qu'elles instruisent tous les hommes. 

Car dès que Jean fut venu à Éphèse,il ordonna à chacun de venir, 
et Memnon s'enfuit à cause des choses qui avaient eu lieu ; et 
comme ils lui faisaient quitter l'autel, (Jean) l'appela comme à une 
conférence amicale (et) le donna à garder, afin de ne négliger aucune 
des choses qui conviennent à l'examen de l'autorité, de celles 
(du moins) qu'il convient à tout homme de faire. Après que nous 
étions tous réunis, pour entendre ensemble les lettres de l'empe- 
reur, sa volonté (de Jean) fléchit et il devint tout autre, au point 
de faire une comédie plutôt que de s'appliquer aux choses qui 
étaient dignes de son attention. Car, lorsqu'on allait lire la lettre 
impériale qui était écrite à tous, Cyrille et les siens lui persuadèrent 
que je ne vinsse pas devant lui, mais que j'entendisse ce qu'écri- 
vait l'empereur, de devant le rideau (de la porte). Il faisait cela, 
sans avoir à l'esprit rien de ce qui convenait, parce qu'il était 
déjà couvert d'or ^. Quand ils entendaient lire ce qui me con- 
cernait, ils louaient longuement l'empereur ; mais quand on en 
arriva à ce qui concernait Cyrille, ils crièrent et adjurèrent pour 
que ce ne fût pas lu. C'est d'une telle confiance enfantine [387] 
que faisaient usage ceux qui auparavant tremblaient et 
étaient prêts à s'enfoncer dans la terre si c'eût été possible, lors- 
qu'ils n'avaient aucune réponse à donner ni sur ce qu'ils avaient 
osé et fait contre l'ordre (de l'empereur), ni sur l'examen delà foi. 
Après que j'eus été donné en garde, il en fut de même de Cyrille ^ 
comme pour faire croire que nous n'entrerions pas et ne retour- 
nerions pas dans nos villes et — ce qui avait été (commandé) aussi 
auparavant par un ordre de l'empereur — que nous ne serions pas 
reçus par les chefs nipar ceux qui étaient chargés du soin des villes. 
Enfin il me commanda de demeurer dans ma ville, où cela me plai- 
rait; non par une permission, mais sur ma demande. Car j'avais de- 
mandé plusieurs fois et j'avais réclamé de ceux qui avaient la 



1. Cf. injra, p. 305. 

2. Litt. : « il était doré. « Cf. p. 307, note 3. 

3. Cf. Lupus, op. cit., c. XVI, p. 47-49, et Labbe, Concilia, t. tti, col. 723 



Il, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 249 

confiance de l'empereur et qui semblaient mes amis ^, la grâce 
d'apprendre à l'empereur qu'il n'était pas question pour moi de la 
gloire humaine de l'épiscopat, mais que je désirais ma cellule (mo- 
nacale) ; qu'il me fît cette faveur; mais qu'avant cela on fît, même 
sans moi, l'examen de la foi; afin qu'ils ne perdissent pas la foi à 
cause de leur passion contre moi ^. J'avais vu en effet les embûches 
et les luttes qui avaient eu lieu d'abord contre moi : comme il n'y 
avait contre ma personne (prosôpon) aucun motif de m'accuser 
au point de me faire partir et de me déposer de Constantinople 
ils en étaient venus à (prétexter) la foi. A cause de leur animosité 
contre moi, ils s'étaient passionnés aussi contre la foi. Il me 
sembla donc qu'il était convenable et utile de [388] m'oublier 
moi-même, afin qu'eût lieu ce dont on avait surtout besoin; car 
lorsque l'inimitié est apaisée, que de fois on revient à soi. 

(Jean) me donna la faveur ^ qu'il avait vendue à Cyrille, comme 
ce fut mis en évidence, après la mort de (celui-ci), par la confession 
à mon sujet qui fut trouvée dans (ses) écrits; aussitôt qu'il eut fait 
cette confession, arriva la mort qui condamne tout homme et ne 
pardonne pas; voilà les secours dont je m'étais servi. Tandis que 
j'étais renvoyé avec cet honneur, Cyrille était gardé pour un temps ; 
mais celui qui était gardé avec grand soin échappa à ceux qui le 
gardaient à Ephèse et aux chefs qui avaient ordre de ne pas le 
laisser passer à Alexandrie, il partit d'Ephèse et gagna sa ville 
sans en être empêché par personne. Même cette chose fut préparée 
et achetée par des présents, car il ne quitta pas la ville par la force, 
il transgressait les lettres impériales, contre la volonté de l'empe- 
reur, il échappait aussi à la peine et à la punition méritées par la 
transgression de l'ordre impérial; mais tout cela put arriver ** ainsi 
à cause de cette colère feinte et trompeuse que (l'empereur affec- 
tait) contre lui, qui était de la même sorte que son amitié pour 
moi. En conséquence ce qui semblait [389] de l'amitié envers 
moi m'était toujours un dommage; car (l'empereur) était pour 
(me) vendre et non pour moi : son inimitié envers celui-là retomba 
en réalité sur moi. 

1. Cf. Lettre à Scholastique, Lupus, op. cit.,c xv, p. 43 ; Loofs, op. cit., 
p. 190. 

2. Cf. Lettre à Antiochus, Lupus, op. cil., c. xxiv-xxv, p. 67-68; Loofs, 
op. cit., p. 195. 

3. Litt. : « la dot de la grâce » 

4. Litt. : « mais toutes ces choses, il fut douné qu'elles seraient ainsi. » 



250 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

Voilà comme se passèrent, dès le commencement, les choses qui 
furent faites contre moi ; et ils ne laissèrent rien qui pût me 
convaincre d'avoir menti; d'ailleurs ils sont condamnés d'après 
ce qu'ils ont écrit eux-mêmes. Tout homme qui veut scruter avec 
soin, sans omettre, par prévention, ce qui a été écrit par eux à 
Éphèse, peut très bien comprendre, d'après leurs écrits, quel est 
celui qui a tout excité et pourquoi il l'a excité, et pourquoi il n'a 
pas agi avec conséquence comme un frère envers son frère : le 
réprimandant, le conseillant, cherchant, étudiant ces choses en 
lui-même ^, mais il se hâta de les dévoiler et répandit abondam- 
ment chez tous le trouble, la guerre et l'inimitié par les lettres 
qu'il avait écrites. Pourquoi, lorsque j'eus répondu à sa lettre, 
que j'en eus accepté une partie comme bien dite, et que je lui eus 
indiqué les choses dont je doutais qu'elles eussent été bien dites, 
avec le motif pour lequel je ne les acceptais pas, ne m'a-t-il pas 
répondu : ou en instruisant, ou comme s'il n'avait pas compris, 
ou, (s'il) en était ainsi, pour maintenir ce qui avait été écrit ? 
Pourquoi a-t-il suscité le concile égyptien et romain contre moi? 
[390] Pourquoi n'as-tu demandé d'établir ce qui me concerne 
comme un frère vis-à-vis d'un frère ^ ? Mais tu as voulu recueillir 
tout seul mes (écrits), et me condamner tandis que j'étais absent. 
Pourquoi n'es-tu pas venu près de moi avec ton concile pour m'in- 
terroger ou pour me réprimander, comme l'ont fait tes prédéces- 
seurs à l'égard de ceux qu'ils voyaient avoir besoin de leur venue : 
comme Alexandre contre Arius, et comme Timothée contre Gré- 
goire, ou comme Théophile contre Jean ? Car personne ne t'en em- 
pêchait et ne privait l'accusé (du droit)de répondre pour lui-même. 
Il n'est personne d'éloigné et de susceptible ^ d'être jugé qui en 
juge un autre. Il n'y a pas d'accusateur qui soit le juge de son ad- 
versaire éloigné. Pourquoi, lorsque tu étais appelé à un concile géné- 
ral, as-tu refusé, avec le concile particulier, de venir et de justifier 
les choses dont tu m'accusais et pour lesquelles tu me condam- 
nais lorsque je n'étais pas présent ? Pourquoi, lorsque tu es arrivé, 

1. Il faut avouer que la morgue et la hauteur de Nestorius dans ses lettres à 
Célestin et à Cyrille n'encourageaient pas à lui écrire de nouveau» comme un 
frère à son frère. » 

2. Sic supra. Le syriaque porte ici « vivant » au lieu de « frère ». Cyrille prie 
Nestorius « comme un frère », Labbe, loc. cit., col. 322 a. C'est à ce passage sans 
doute qu'il est fait allusion. 

3. Litt. : « et demandant. » 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 251 

n'as-tu pas attendu le concile requis (général), mais l'as-tu craint ? 
Pourquoi, lorsque je te priais, t'empêchais et te conjurais d'attendre 
le concile, as-tu refusé d'attendre l'arrivée des évêques orientaux 
et le comte qui était [391] préposé au bon ordre du concile, mais les 
as-tu méprisés tous ensemble? Pourquoi, après l'arrivée de tous les 
évêques, lorsque l'empereur commandait, puisqu'il n'y avait eu 
auparavant ni discussion ni examen, que l'on discutât entre moi 
et toi et les évêques de l'Orient, as-tu tout fait pour qu'il n'y eût' 
pas d'examen ni de jugement ? 

Il (Cyrille) n'avait qu'un but et qu'une pensée depuis le com- 
mencement et jusqu'à la fin : c'était qu'il n'y eût pas de jugement 
ni d'examen au sujet des choses dont il m'accusait, tandis que moi 
je ne désirais que jugement et examen au sujet des choses dont il 
m'accusait, bien que sa fuite et sa précipitation ne (dussent pas) 
emporter la victoire. Pourquoi, lorsque je demandais, refusais-tu, 
si tu avais eu confiance dans la démonstration que tu avais à 
l'aide des Livres et des Pères ? 

Mais il me craignait (dira-t-on), à cause du secours que (me 
prêtait) l'empereur. On sait qu'en réalité ce (dernier) me trahit plu- 
tôt qu'il ne me secourut, mais admettons cela, qui donc empêchait 
qu'il y eût un jugement sans le secours de l'empereur? Il était déjà 
(convenu) que je quitterais Constantinople, et le concile d'Orient 
demandait qu'il y eût jugement et examen de la foi, même sans moi. 

L'empereur avait ordonné que les dépositions des deux (partis), 
de ceux, quelsqu'ils fussent, qui avaient été déposés par le concile ^, 
seraient maintenues sans récrimination, mais qu'ils choisiraient cha- 
cun sept évêques qui seraient envoyés par les deux [392] conciles 
à Constantinople pour parler devant l'empereur des choses con- 
troversées ^; et que le reste des évêques serait renvoyé d'Éphèse. 

Ont-ils donc parlé ensemble ? Lorsque ceux-ci, d'après les lettres 
impériales, se furent rendus à Chalcédoine de Bithynie, il (l'empe- 
reur) 3 reçut les deux partis d'évêques qui étaient envoyés par le 



l.Nestorius, Cyrille et Memnon. 

2. Les délégués des orientaux étaient Jean d'Antioche, Jean de Damas, Hi- 
mérius de Nicomédie, Paul d'Émèse (pour l'évêque Cyrus et pour Acace de 
Bérée), Macaire de Laodicée (pour Cyrus de Tyr), Apringius de Chalcis (pour 
Alexandre d'Apamée), Théodoret de Cyr (pour Alexandre de Mabboug). Lupus ^ 
loc. cit., c. xxiii, n. 111, p. 65; Labbe, loc. cit., col. 724, 

3. Le texte porte ici le pluriel, comme le ms. C le porte encore, â tort, deux 
lignes plus loin. 



252 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

concile. Lorsqu'il (l'empereur) demanda aux Orientaux la cause de 
la scission qui avait eu lieu, ils dirent : « Ils introduisent (un) Dieu 
passible et ceux-ci ne veulent pas l'admettre avant que tout cela 
n'ait été étudié; même si l'empereur usait de violence envers 
nous, nous ne voudrions pas admettre que Dieu est passible. Celui 
dont la nature n'est pas de souffrir, ne souffre pas. Celui qui a une 
telle nature (de ne pas souffrir), n'est pas consubstantiel à celui 
qui a une telle autre nature (de souffrir). Si celui qui ne souffre 
pas est consubstantiel à celui qui souffre, même celui qui ne 
souffre pas peut souffrir. » Rien qu'à cet énoncé l'empereur trem- 
blait et ne supporta même pas d'entendre ces blasphèmes; il 
secoua ses (habits de) pourpre ^, en disant : « Je n'ai aucun 
rapport ^ avec ceux qui sont ainsi. » Mais il n'ordonna pas de les 
contraindre parla violence, mais, au contraire, que l'on n'en restât 
pas là, et que l'on recherchât la vérité, de toute manière possible, 
sur les choses à examiner. C'est avec ces paroles qu'il les renvoya, 
avec de nombreuses louanges, en leur commandant de se préparer à 
cet examen. 

[393] A cette nouvelle, ceux-là se mirent en mouvement pour 
qu'il n'y eût pas de jugement ni d'examen des choses (contro- 
versées). Mais l'empereur ^ renvoya les Orientaux et vous comman- 
da — je désigne par « vous» tes partisans (de Cyrille), ceux qui 
te défendaient — d'entrer à Constantinople, et de mettre un autre 
évêque à ma place. Où se trouvait donc le jugement? et devant 
qui? Dites-le; en présence de qui? Si ce jugement n'était qu'une 
plaisanterie, dites comment cela s'est passé, vous qui avez écrit 
les choses qui ont eu lieu. Ces (écrivains) sont nombreux; n'écou- 
tez aucun des nôtres, de crainte que vous ne disiez qu'il a écrit par 
affection humaine; suivez ceux des vôtres qui ont écrit sur ce qui 
s'est passé; mais vous ne pouvez pas effacer les choses qui se sont 
ainsi passées et qui ont été écrites à cette époque 4. 

Mais quelqu'un dira peut-être : Ce qui a été fait est évidemment 
une plaisanterie, mais c'est de l'impudeur de dévoiler ces choses 

1. Voir Lupus, c. xxvii, p. 70, où l'on trouve le même récit : Adeo motus 
est piissimus Imperator noster, ut blauteam chlamydem, quam induebatur, excute- 
ret, seque rétro subduceret prœ magnitudine blasphemise. 

2. Litt. : « participation. » 

3. Litt. : « la puissance de votre empire ou votre puissance impériale » . 

4. Au sujet de cette délégation, où les orientaux ne purent obtenir d'être 
confrontés avec leurs adversaires, cf. Labbe, loc. cit., col. 127-7^6. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 253 



incroyables et qui ont besoin d'une grande indulgence. Car les 
choses qui ont été faites ainsi sont incroyables; mais cependant 
elles ont été machinées de cette manière, non seulement contre 
moi mais contre la foi, pour laquelle je me suis ému et j'ai pris 
soin d'écrire et de faire connaître les choses qui ont eu lieu telles 
qu'elles avaient eu lieu; afin qu'on ne s'imaginât pas qu'il y a eu 
jugement et examen, qu'on ne crût pas sans raison ^, et qu'on ne 
perdit pas la foi. La providence [394] et le jugement de Dieu ont ' 
été révélés à tout homme, bien que certains qui voient et ne voient 
pas se soient élevés contre moi, dès le commencement, par inimitié. 
Maintenant encore, il (Cyrille) voulait prévenir chacun et l'attirer au 
mal contre moi qui ai été condamné sans jugement ; il a mis une bar- 
rière devant tout homme, pour que je ne puisse plus revenir; et il a 
cerné par là le parti des Orientaux et des autres pays qui n'avaient 
pas adhéré à ce qu'ils avaient fait et m'avaient prêté secours. Je 
ne savais rien de ce qui se passait, et je n'avais même pas songé à 
les blâmer et à les accuser d'un jugement injuste. 

J'invoquais le concile général contre ce concile qui était partiel, 
afin de montrer en évidence à tout homme pourquoi ils ont fait 
ce qu'ils ont fait. Ce n'est pas pour la foi qu'il montrait confiance 
et zèle, mais pour qu'on n'examinât pas et qu'on ne jugeât 
pas ses affaires et les miennes : par des lettres" et toutes sortes 
d'autres choses, il corrompait ceux qui approchaient l'empereur 
et les impératrices 2j et il demandait qu'il n'y eût pas de concile. 
Ceci fut dit à l'empereur et il (Cyrille) fut repris par des lettres 
de sorte qu'il ne pût se cacher ; car il aurait dû se réjouir d'un juge- 
ment — si toutes ses (paroles) n'étaient pas trompeuses — pour 
s'appliquer à montrer à l'empereur que sa pensée était droite et 
juste. Cela arriva afin [395]qu'il n'eût pas d'excuse, comme celui qui 
ne sait pas en quoi il a commis le mal et qui le nie. Il empêcha 
le jugement non seulement une fois ou deux 3, mais jusqu'à sa 
mort. L'empereur, envers celui-là qui était blâmé par lui, agissait 
au contraire avec indulgence, et moi, qui étais loué et célébré 
et qui avais été opprimé, comme beaucoup en témoignaient, il 
m'a condamné. C'est ainsi que les absurdités s'accroissaient pour 
qu'elles ne fussent pas cachées. Mais, pour que leur injustice fût 

1. eUâ. 

2. Cf. Appendice II. 

3. Théodoret écrit de Chalcédoine : Capitulorum discussionem modis omnibus 
fugiunt. Lupus, c. xxxi, n. 119, p. 81. 



254 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

révélée, l'empereur me fit encore de celui-là (Cyrille) un témoin 
et un juge, comme il convenait pour que leur injustice fût sans 
excuse. Tous témoignèrent qu'ils ne trouvaient (en moi aucune) 
iniquité et qu'ils m'avaient condamné sans raison. Tandis que je 
demeurais ainsi sans qu'on m'examinât et sans qu'on me jugeât, 
ceux-là agirent entre eux et changèrent tout ce qui me concernait. 

Des choses qui furent faites lorsque Cyrille et les 
Orientaux se réunirent après ^ que sept de chaque parti 
eurent été envoyés (a Constantinople). 

Mais racontons-le en abrégé ; on nous demandera peut-être : 
«Comment le concile oriental t'a-t-il aussi condamné, au point 
qu'il ne t'a même pas été laissé un (seul) motif d'excuse?» C'est 
sur Tordre impérial que tout homme connaît et que personne ne 
peut cacher. Il n'y avait qu'une seule et même parole sur cha- 
cun de ceux qui étaient d'accord avec moi, qui m'admettaient 
[396] et qui combattaient avec moi, et de ceux qui étaient accusés 
et insultés avec moi; car ils n'avaient pas un seul motif de diver- 
gence avec moi, eux qui changèrent et (se mirent) avec eux; 
Mais toi, dis-nous la cause pour laquelle ils se sont séparés de toi : 
c'est ton audace à mon égard, avec les lettres et les chapitres 
que tu as faits; ils t'ont anathématisé et déposé à Éphèse, Tu ne 
peux pas nier, ni toi, ni eux, ce que vous avez mis par écrit. 
Quand ils faisaient cela, ils me rendaient témoignage en deux 
choses : et pour la bonne conduite et pour la religion. Toi, au con- 
traire, ils t'accusaient d'être mauvais et hérétique; ils t'ont ap- 
pelé au jugement pour te réprimander sur ces deux points, et ils 
ont jugé que tu méritais d'être déposé. Lorsque vous avez été 
appelés par l'empereur comme à un jugement, ceux-ci ont 
commencé à t'accuser; ils connaissaient en effet votre méchanceté, 
votre tyrannie et tous les maux que vous aviez commis à Éphèse. 
Même à Chalcédoine 2 vous avez fermé toutes les églises devant 
eux, avant qu'il y eût jugement, pour qu'ils ne pussent entrer y 
prier; vous leur avez barré les routes qui menaient à l'empereur ; 
vous les avez reçus à coups de pierres et de bâtons; vous les 
avez chassés dans des endroits dangereux ^, comme en des en- 

1. Le texte porte « avant » ; mais il vient d'être parlé de l'envoi des sept 
et il n'est guère question ici que de l'accordde Cyrille avec Jean d'Antioche. 

2. Lorsque les sept évêques, partisans de Nestorius, se rendirent à Chalcédoine. 

3. Litt. : « serrés. » 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 255 

droits d'où des hommes étrangers, ne connaissant pas les che- 
mins, ne pouvaient échapper. [397] Ils étaient venus dans l'espoir 
que l'empereur y mettrait ordre, et ainsi ils avaient eu peine 
à échapper à ceux qui les tourmentaient, jusqu'à ce que l'em- 
pereur eût envoyé une troupe ^ de soldats pour les sauver 2. 

Il y avait une troupe innombrable de gens qui vivaient dans 
la rébellion : Au moment où je fus appelé d'Ephèse, alors (cette 
troupe était formée) d'Égyptiens, de moines de Constantinople, et 
de gens qui avaient été chassés du monachisme, avec tous ceux 
qui avaient été expulsés pour un motif quelconque et qui étaient 
ardents pour les séditions ^. A cause de l'habit des moines, ils 
semblaient agir par zèle. Ils recevaient avec leurs habits (mona- 
caux) les mets et la nourriture dans les monastères, ils leur étaient 
donnés comme une récompense de leur ferveur (et de leur charité) ; 
ils en engraissaient leurs corps au lieu (d'user) de continence *. 
A l'aide de ce que tu avais envoyé et que tu avais tiré des greniers 
et des magasins de vin, d'huile, de légumes et de vêtements de 
tout genre, tu avais rempli les monastères qui avaient été choisis 
pour cela et d'autres endroits, de sorte que même les saints lieux 
de prière en étaient encombrés, et que les sorties et les entrées 
de tout endroit qui pouvait les recevoir en avaient été remplies. 
Ces choses avaient lieu devant tout le monde, et tu les payais 
par ce qu'on appelle « bénédictions» 5; elles étaient données en 
guise de paiement à ce sujet; ce que tu n'as pas fait avant ce temps 
[398] ni jamais depuis. Tu agissais ainsi afin qu'on ne pût penser 
que tu envoyais cela pour préparer une sédition, mais qu'en les 
envoyant dans les monastères où on les prenait, ceux qui les rece- 
vaient ne pussent être blâmés de les recevoir, mais eussent l'air 
d'être zélés lorsqu'ils excitaient sans vergogne des troubles et des 
séditions. Tu les laissais tout faire et tu dirigeais tout pour qu'ils 
ne parussent pas faire (mal). 

Dis-moi donc pourquoi tu laissais faire cela, et pourquoi tu 

1. Litt. : « un secours. » 

2. Voir la lettre du comte Irénée, Lupus, c. xxi, n. 109, p. 60, Labbe ; Con- 
cilia, t. III, col. 717, et les relations des Orientaux : Aique hic periculorum 
multa millia perpessi. Et lapidati a servis amictu monachali oportectis. Lupus, 
c. XXXIV, n. 122, p. 89 ; Labbe, loc. cit., col. 729 e. 

4. Cf. Labbe, loc. cit., col. 730 e ; Lupus, ch. xxxv, n» 123 : Seditiones in 
ecclesia excitant, quœ expendenda in usus pauperum in suos insumunt milites. 

5. Eulogies, dîmes ou présents. Cf. p. 307, note 3. 



256 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

chassais ceux qui enduraient cela, au point qu'ils ne fussent même 
pas jugés dignes d'être entendus sur le sujet pour lequel ils avaient 
été chassés. Que pensèrent de toi et de moi (les évêques) lorsqu'ils 
retournèrent en Orient? Chacun d'eux avertit sa ville de ne pas 
adhérer à ce qui avait été fait contre moi. Pourquoi un décret ^ 
fut-il envoyé par l'empereur, par l'entremise d'Aristolaûs ^, pour 
les obliger à recevoir ce qui avait été fait contre moi? (Pourquoi) 
leur a-t-il été envoyé comme s'ils étaient avec moi et parce qu'ils 
étaient avec moi? Pourquoi leur commandait-il de t'admettre 
au nombre des évêques? Quelle raison les a convaincus [399] 
de t'admettre au nombre des évêques? Vous ne vous êtes pas vus, 
vous n'avez pas parlé ensemble, vous n'avez ni dit ni entendu dire 
] our quelle cause vous étiez séparés. C'est sans jugement, sans 
examen et sans concile que tu devais accepter ce que tu n'acceptais 
pas par jugement et que ceux-là devaient admettre ce qu'ils n'ad- 
mettaient pas. Mais vous avez réfléchi entre vous et vous vous 
êtes réconciliés avec les autres, au sujet de ce qui vous était jus- 
tement reproché, afin de confirmer justement les deux conciles, 
ou par la crainte ou par la patience, ou par l'hypocrisie, ou par 
tout cela en même temps. Quelle réponse faites-vous à ceux qui 
vous reprochent d'avoir fait une paix cachée par hypocrisie et par 
fraudes? (sinon :) c'était l'ordre de l'empereur; c'est l'empereur 
qui nous commanda, et qui nous amena à cela. 

(Dis-moi); pourquoi donc me demandes-tu comment ceux qui 
n'admettaient pas d'abord ma déposition ^ l'ont admise ensuite? 
Ce n'est pas à toi à m'interroger, mais bien à moi à te demander 
pourquoi tu as accepté la foi que tu n'acceptais pas auparavant. 
Comment as-tu caché tes chapitres pour lesquels tu avais été 
déposé? Comment t'ont reçu ceux qui ne recevaient pas tes(écrits) ? 
Comment ont-ils accepté la déposition portée contre moi ,ceux 
qui n'acceptaient pas tes chapitres impies? C'est là-dessus qu'il 
faut interroger et répondre, 

[400] Il ne me laisse pas sans réponse, l'acte dans lequel tu 
as été évidemment condamné par tous, qu'ils le veuillent ou 

1. oiaTaY[j.a. 

2. Cyrille écrit de ce personnage qu'un décret de l'empereur lui a été remis 
« ordonnant que tous les très religieux évêques de l'Orient anathématisent l'im- 
pie Nestorius. » Lupus, op. cit., c. cxciv, n. 283, p. 385. Voir supra, p. 241, 
note 2, comment Cyrille a cherché à le circonvenir. 

3. xaôatpsat;. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 257 

Qu'ils ne le veuillent pas; mais, au contraire, il ne m'est pas 
besoin d'autre réponse. Pour ceux qui veulent examiner ces choses, 
(l'accord de Cyrille avec Jean d'Antioche?) fait connaître comment 
les événements se sont passés, vous en convenez vous-même avec 
moi : ceux-là se sont déposés eux-mêmes et se sont condamnés 
par leur propre jugement, lorsqu'ils ont reçu non pas ce qui avait 
été étudié par le concile, mais ce qui avait été convenu dans la 
réunion de vous deux ^, que vous le vouliez ou que vous ne le 
vouliez pas, en dehors de tous les autres (évêques); de manière 
à ne pas abolir, sous le nom de concile, les choses qu'ils avaient 
voulues une fois bien ou mal, mais à montrer qu'ils faisaient ce 
qui plaisait à l'empereur en acceptant ce qui avait été fait con- 
tre moi, lorsque auparavant ils ne l'acceptaient pas; mais cepen- 
dant ils refusaient vivement même de mentionner les chapitres 
(de Cyrille). C'est à ces deux partis qu'ils étaient attachés les uns 
contre les autres : toi à ma déposition, et ceux-là à la suppression 
de tes chapitres, pour lesquels nous avions tous supporté cette 
épreuve. Pour moi j'ai enduré toutes les soulîrances et je n'ai 
pas donné mon adhésion, et — cela soit dit avec le secours de Dieu 
— je ne la donnerai pas jusqu'à mon dernier souffle^. C'est pour- 
quoi, parce qu'ils ont admis les choses qu'ils [401] n'admettaient pas 
auparavant, ils se condamnent eux-mêmes et annulent ce qui a été 
fait contre moi. Car, en condamnant les chapitres, on annule aussi 
en même temps ma déposition^; n'est-ce pas en effet pour ne pas 
les avoir admis que j'ai été déposé ? Car il n'y a pas d'autre cause 
à ma déposition ^. 

Mais tu diras : « Je n'ai pas rejeté les chapitres, j'ai seule- 
ment reçu Jean (d'Antioche) qui a confessé avec moi et s'est rallié 
à moi dans la foi qui t'est opposée. » — Jean aussi dit la même 
chose : qu'il t'a reçu, toi Cyrille, parce que « tu t'es rallié à ma 
confession au sujet des paroles de la foi. « 

Quel est donc celui qui a reçu son collègue et quel est celui qui 
a été reçu? Car vous dites tous deux les mêmes choses, et vous cher- 
chez à persuader ceux qui se sont séparés et se sont éloignés de 
la paix trompeuse que vous avez faite : toi, parce que les autres 
ont accepté ma déposition qu'ils n'avaient pas acceptée aupara- 



1. Sans doute de Cyrille et de Jean d'Antioche. 

2. Litt. : « jusqu'à la dernière sortie de mon souffle.'» 

3. y.aôatpscri;. 

Nestortus — 17 



258 NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

vant, et aussi parce que tu estimais qu'ils avaient accepté ces cha- 
pitres que je n'acceptais pas ; lui (Jean d'Antioche), parce qu'il 
n'acceptait pas d'écrire dans la règle de la foi, tes chapitres — 
dont tu voulais les amener à convenir avec toi — en ce qui leur 
était justement reproché. N'est-ce donc pas à leur occasion qu'a- 
vait lieu toute notre discussion, notre guerre et notre lutte, pour 
ne pas les recevoir ? 

Mais on dira qu'ils n'ont pas été écrits dans la règle de foi, non 
pas parce qu'ils ont été rejetés [402] lorsque la paix a été faite, 
mais parce qu'il n'y avait plus de division ni de discussion (à leur 
sujet). Si toute notre étude et notre dispute avait pour but de ré- 
futer et de rejeter ces (chapitres), ce n'est pas pour une autre 
cause qu'ils n'ont pas été écrits lorsqu'on a fait la paix, sinon 
parce qu'ils n'avaient pas reçu ^ l'assentiment et l'adhésion de 
l'ensemble. Comment peux-tu donc les regarder comme s'ils 
avaient été admis, eux qui n'ont pas été reçus dans vos profes- 
sions de foi ? Au moment de la réconciliation on ne devait pas 
omettre de s'en servir — toi et les tiens comme s'ils étaient or- 
thodoxes, et les Orientaux comme s'ils étaient hérétiques — car 
ce ne serait pas là une réconciliation au sujet de la foi, mais des 
querelles et des divisions. 

Pourquoi cependant ne furent-ils pas condamnés dans la con- 
fession de foi qui eut lieu par écrit, mais furent-ils laissés ? C'est 
d'abord parce qu'il fallait céder à la contrainte impériale et qu'on 
cherchait à ce que tous, quels qu'ils fussent, fissent la paix ; c'est 
ensuite parce qu'on voulait lui faire la faveur de ne pas anathé- 
matiser ses chapitres par écrit, parce qu'il suffisait de ne pas les ad- 
mettre, et de ne pas les insérer dans les écrits (de foi), eux qu'il vou- 
lait auparavant faire accepter de force. Pourquoi donc acceptait- 
il de les laisser en dehors des écrits (de foi), s'il voulait — comme 
il le voulait (certainement) — qu'ils fussent reçus comme ortho- 
doxes ? [403] C'est d'abord pour n'être pas amené à la nécessité 
d'une dispute et d'un échec; de crainte que les Orientaux ne se 
levassent contre lui et n'exigeassent avant tout qu'il fût déposé 
pour cela, parce qu'il avait été condamné, ce qu'il craignait beau- 
coup, car il lui serait nécessaire, lorsqu'il serait pressé et serré 
de près, de dire clairement ce qu'il croyait : ou bien qu'il sem- 
blait croire comme il était écrit dans les chapitres et dans sa lettre, 

1. Litt. : « parce qu'ils n'avaient pas été admis par. » 



,^ II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 259 

OU, s'il n'en était pas ainsi, qu'il pensait comme les Orientaux ; 
dans les deux cas il serait accusé : ou bien il disait les mêmes choses 
et il semblait un malfaiteur (pour les avoir poursuivies auparavant), 
ou bien il se révélait manifestement hérétique. C'est pour ne pas 
s'exposer (à ce danger) qu'il agréa et accepta volontairement de 
faire la paix sans écrire les chapitres (dans l'acte d'union). C'est 
ensuite pour qu'ils lui accordassent ce qui me concernait et qu'il 
réclamait, c'est-à-dire ma déposition, afin que je ne pusse plus 
revenir, puisque tous conviendraient ensemble contre moi de ce 
qu'il avait machiné depuis le commencement. Mais il ne réussit 
pas, parce que cela se faisait par la contrainte impériale et non par 
un juste jugement. 

[404] Lettre de Cyrille a Agace, évêque de Mélitène ^. 

A ceux qui le blâmaient de la paix quil açait faite a<^ec les 
Orientaux ; et comment il a répondu ^ à ceux qui blâmaient la paix 
qui avait lieu. 

Celui-là certes (Jean) a répondu comme s'il ne recevait pas 
tes chapitres, mais les rejetait, tandis que tous vous étiez pleins 
de feu à leur sujet. Mais l'autre (Cyrille) dit qu'il n'accepte pas 
de les anathématiser, bien qu'il fussent très zélés pour anathé- 
matiser les chapitres, mais « j'ai fait ce qui vous était nécessaire 
et qui ne semblait pas croyable : (à savoir) qu'ils ont accepté de 
leur propre volonté la condamnation de Nestorius, par laquelle 
ils acceptent aussi les chapitres. » Il (Jean) ne nie pas accepter 
la déposition (de Nestorius), mais c'est parce que tu as accepté 
et confessé par écrit la foi qui renverse cette déposition, lorsqu'il 
dit : « Ta foi n'est plus discutée parmi nous par écrit selon la 
certitude de nos paroles, puisque tu distingues les natures et les 
paroles divines pour les deux natures. » C'est ce que nous avions 
tous soin de confesser et que tu ne confessais pas ; c'est arrivé 
maintenant. Il (Jean) établit d'abord de toute manière possible 
ce dont on a besoin pour la foi, mais nous n'avons pas empêché 



1. Labbe, Concilia, t. m, col. 1111-1130. Ce titre semble avoir été ajouté 
postérieurement, car il n'est pas encore- question de la lettre d'Acace dans les 
lignes qui suivent. Nestorius continue à opposer la thèse de Jean d'Antioche à 
celle de Cyrille. 

2. Litt. ; « j'ai répondu. » 



260 NESTORltJS. LIVRE D HERACLIDE 

non plus d'établir les choses pour lesquelles on les calomniait : 
mais plutôt nous avons frayé le chemin. 

[405] Et lui (Cyrille) dit : « Je les ai amenés à dire : Mère de Dieu, 
ce qu'ils n'acceptaient pas d'abord. » Il se vante et s'exalte contre 
ceux qui avaient lutté contre cette profession de foi. Mais celui-là 
a reconnu que j'ai admis tout uniment (le nom) de Mère de Dieu ^. 
Il faut ensuite expliquer l'idée d'après laquelle l'union hyposta- 
tique et naturelle de Dieu est sacrifiée, ainsi que la naissance 
naturelle (provenant) d'une femme. Il dit en effet : « Nous 
confessons que sainte Marie est Mère de Dieu, parce que c'est 
d'elle que Dieu le Verbe s'est incarné et s'est fait homme, et, 
dès la conception, il s'est uni le temple qui a été pris ^. » Il n'est 
pas né, mais il s'est uni au temple qui a été pris et qui est né 
d'elle. Nous ne reculons pas devant le nom de naissance, mais 
devant l'union hypostatique de Dieu le Verbe. C'est pour cela 
que nous l'avons fait rejeter. Celui-là (Jean) dit que Dieu le 
Verbe est (à la fois) « Dieu parfait et homme parfait »; qu'il 
est les deux par essence. C'est pour cela qu'il a écrit et dit : « Il 
est né du Père avant les siècles dans sa divinité, et le même, 
dans les derniers jours, pour nous et pour notre salut, est né 
de la Vierge Marie dans son humanité ^. » II (Cyrille) dit quew le 
même est né du Père et de la Vierge Marie dans l'humanité, » 
parce que, ici encore, ils n'a pas cherché * à établir clairement 
la ou les choses requises, à savoir : « Un Seigneur Jésus-Christ, 
homme parfait, formé d'une âme rationnelle et d'un corps ^)) de 
sorte que le Christ [406] et le Fils et Jésus soient dans les deux 
essences. En tout il est Dieu aussi bien qu'homme par nature ; en 



1. Cf. Loofs, op. cit., p. 167-168, ferri tamen potest hoc vocahulum..., etp. 181, 
ego autem ad hanc quidem i^ocem, quœ est Geotoxo;, nisi secundum Apollina- 
ris et Arii furorem ad confusionem naturarum proferatur, volentihus dicere non 
resisto. 

2. C'est une partie de la profession de foi des Orientaux. Labbe, loc. cit., 
t. m, col. 1094 c. 

3. Labbe, loc. cit., col. 1119 d. upoacTcaYOjo-t ^àp. tc; av st'r, crr,}xacvovTc?, on rélzio; 
(o; Oeo?, TÉXeio; oï xal o); avÔf-toTici;* tov Tcpb (xi^vov/ tj.èv âx toO Trarp-bç YcVvr,9ivTa y.axà 
Trjv OeoTyjTa, eu' icyyjx'Oiy Se ràv ■i]\).epiov ôi' r,[j.5c; xal oià ttiV r,a£Tt'pav (vojTTjpc'av èx 
Mapcaç Tf,ç àyia; TrapÔévou xarà rr.v àv6pa)7rÔTr,Ta, cf. col. 1094 c. 

4. Le texte porte « ils n'ont pas cherché. » 

5. Ceci figure dans la profession de foi des Orientaux Labbe, loc. cil., t. m, 
col. 1094 c. 



II. 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 261 

tout il est homme par nature aussi bien que Dieu le Verbe ; les 
deux existent par essence, aussi chacun d'eux existe à part. 

Parce que ces choses ont été dites sans être (bien) définies, il les 
tire à son sens selon son but, (les) explique à ses partisans et les 
trompe : il n'y a personne qui ne soit calomnié et l'un attire l'au- 
tre à son avis. Il m'accuse de n'avoir pas dit correctement ce qui est 
dit par les Orientaux : Ils disent que Dieu est né d'une femme, 
et moi je ne le dis pas ^. Puis il cite mes paroles, comme d'après 
la renommée ; il dit en effet : 

(Nestorius) a dit : « Nous apprenons du Livre divin que Dieu a passé ^ 
par la Vierge mère du Christ, mais nous n'apprenons en aucun endroit 
qu'il soit né d'elle. » Et en un autre endroit dans son homélie ^ il a dit : 
« Le Livre divin ne dit en aucun endroit que Dieu est né de la Vierge 
mère du Christ, mais que Jésus, et le Christ et le Fils et le Seigneur 
(est né). » Par ces paroles il divise Notre-Seigneur en deux fils, dont 
l'un est fils à part *, Fils et Christ et Notre-Seigneur : Dieu le Verbe qui 
est né de Dieu le Père; et l'autre qui est aussi à part * Fils et Christ 
et Seigneur, qui est né de la Vierge sainte ^. Comment peux-tu cacher 
ainsi la vérité ? Ne disait-il pas seulement ces choses avec clarté^? 
Ceux-là (les Orientaux) [407] nommaient la sainte Vierge mère de Dieu, 
parce qu'ils disent un seul Fils et Christ et Seigneur, parfait dans sa 
divinité et parfait dans son humanité '^. 

Ajoute donc ce que tu as accepté et confessé : « qu'il y a eu union 
des deux natures et que nous confessons en conséquence un 
Christ, un Fils, un Seigneur ^ » Ne trompe pas le sage Acace et par 
son moyen tous les autres. Car il ne pouvait pas échapper à un 
tel homme — au point d'être accusé pour la foi qu'il admettait 
contre toi — que peut-être tu admettais même mes (théories), 
ou plutôt celles qui appartiennent à l'orthodoxie, que tu as 
acceptées dans le grand trouble. J'ai confessé deux natures unies 
et toi tu le niais ; de la divinité et de l'humanité résulte un Christ, 



1. Labbe, loc. cit., t. m, col. 1119 6. 

2. TrapeXÔeïv. 

3. è^YÎYTjdt;. 

4. tôixàiç. 

5. Labbe, loc. cit., col. 1119 b kc. 

6. Le grec porte : « Comment quelqu'un pourrait-il en douter lorsque lui, avec 
clarté, ne crie que cela ? » fiovovoux' a été coupé en deux. 

7. Labbe, loc. cit., col. 1119 c. 

8. Profession de foi des Orientaux. Labbe, Conciles, t. m, col. 1004 d. 



262 NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

un Seigneur et un Fils; ce n'est pas selon la divinité qu'il est né 
d'une femme mais selon l'humanité. Ce n'est pas comme Dieu qu'il 
est un fils (formé) de deux natures, mais il est un comme homme. 
Où donc ai-je dit deux fils, l'un à part Fils et Christ et Seigneur, 
Dieu le Verbe qui est né du Père, et l'autre le Christ de son côté 
à part (qui est né) seul de la Vierge sainte ? Tu n'as même pas 
compris ces coupures (de mes écrits) que tu as insérées (dans ta 
lettre ) : « Nous apprenons du Livre divin que Dieu certes a 
passé par la Vierge sainte mère du Christ», que tu [408] m'attri- 
bues. Comment peux-tu proclamer que je dis que Dieu le Verbe 
né du, Père est un Christ à part et que l'homme né de sainte Marie 
est un autre Christ? De qui prétends-tu donc que j'ai dit :(( Dieu a 
passé par elle » ? Evidemment de Dieu le Verbe qui est né du Père. 
Comment donc ai-je dit que le Christ est autre chose que Dieu le 
Verbe qui est né du Père ? J'ai dit qu'il est passé aussi par la 
bienheureuse Marie, parce qu'il n'a pas pris d'elle le commence- 
ment de sa naissance comme le corps qui est né d'elle. Voilà pour- 
quoi j'ai dit que celui qui est Dieu le Verbe n'a fait que passer 
et non qu'il est né, parce qu'il n'a pas reçu d'elle son commence- 
ment. Il y a et on reconnaît un seul Christ, les deux (natures) étant 
unies, lequel est né du Père selon la divinité et de la Vierge sainte 
selon l'humanité, car il y a eu union des deux natures. 

Il faut (encore) que nous te disions, Acace, que je confesse en 
un seul Christ deux natures sans confusion. Il est né de Dieu le 
Père selon l'une des natures, à savoir selon la divinité ; et de la 
Vierge sainte selon l'autre, c'est-à-dire selon l'humanité. Comment 
peux-tu donc l'appeler « Mère de Dieu», lorsque tu as confessé qu'il 
n'est pas né d'elle ? Si tu as dit qu'il est né de la Vierge sainte 
selon la divinité, elle sera dite «Mère de Dieu», d'après la nature 
qui est née d'elle. Mais si tu confesses, toi aussi, qu'il n'est pas 
né (d'elle) en la divinité, par cela même [409] que tu confesses 
qu'il n'est pas né, comment peux-tu dire qu'elle est « Mère de 
Dieu» ? Comment peux-tu accuser celui-là (Nestorius) ^ de dire 
deux Christs lorsque toi aussi tu confesses que le Christ est de 
deux natures, une nature de la divinité qui est appelée Christ, et 
une nature de l'humanité que tu appelles aussi Christ ? Est-ce que 
tu confesses deux Christs à cause de la différence des natures : 
l'un, l'humanité, qui est né de la sainte Vierge, et l'autre, Dieu le 

1. Nestorius paraît mettre la fin de ce paragraphe dans la bouche d 'Acace. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 263 

Verbe, qui est né de Dieu le Père ? Ou bien dis-tu, comme l'a 
dit celui-là (Nestorius), « un dans l'union » et rien de plus ? Pour- 
quoi en es-tu arrivé là et as-tu entraîné les autres avec toi pour 
faire de telles choses, contre un homme qui disait cela? 

Cyrille. Mais Dieu le Verbe (qui procède) de Dieu le Père n'est pas un 
autre Fils, et celui qui (est né) de la Vierge sainte n'en est pas un autre, 
comme il le semble à Nestorius, car c'est un et le même ; c'est éclairci et 
expliqué par la suite : car en rendant compte de ce qu'il est, ils ajoutent : 
Dieu parfait ^ et homme parfait, qui est né du Père avant les siècles selon 
sa divinité, et de la Vierge Marie à la fin des jours pour nous et pour notre 
salut selon l'humanité, consubstantiel ^ du Père selon la divinité, le même; 
(et) consubstantiel de nous selon l'humanité, le même. Ainsi ils ne partagent 
pas un Fils et Christ et Seigneur [410] Jésus ^ ; ils disent que c'est le même 
qui est avant les siècles et à la fin des temps ; à savoir * celui qui procède de 
Dieu(est) Dieu, et celui qui est (né)de la femme dans rhumanité(est) homme. 
Comment en elîet serait-il conçu notre consubstantiel selon l'humanité celui 
qui est né du Père, ai-je dit ^, selon la divinité, si le même n'est pas conçu 
et dit Dieu et homme ? 

Si c'est une seule et même essence de Dieu le Verbe qui est née du 
Père et de la Vierge Marie, pourquoi confesses-tu deux natures 
de l'union, et non une et la même qui est née du Père et de la 
Mère, comme tu le veux et comme tu nous obliges à le penser et 
à te le laisser penser ? Mais ceux qui ont admis cette profession 
de foi ne t'ont pas permis de les conduire où tu voulais, mais 
ils t'obligent et te forcent, comme un trompeur, à demeurer 
dans les choses que tu as confessées avec eux. Car tu as confessé 
l'union de la divinité et de l'humanité, il y a eu en effet union des 
deux natures. Tu as confessé deux (natures) et tu dis que ceux-ci 
en ont confessé une seule. Ton effronterie est grande : Tu confesses 
l'union et tu dis que ceux-ci confessent la division de l'union ! 
Comment une seule et même essence peut-elle être divisée en deux 
essences dissemblables : celles de la divinité et de l'humanité ? 
(Comment) serait-il consubstantiel à une essence divisée en es- 
sences dissemblables et étrangères [411] l'une à l'autre ? Car on 

1. Sic le grec, Labbe, loc. cit., col. 1119 c. Le syriaque porte : « ajoutant ce que 
signifie Dieu parfait. » 

2. ôfjLOoûato;. 

3. Sic le grec. Syr. : « et Jésus. » 

4. Sr|Xov ôï OTc. 

5. Sic le grec, ibid., ; syriaque : « comme tu l'as dit. » 



264 



NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 



ne peut pas concevoir qu'une essence soit en deux essences dissem- 
blables et étrangères l'une à l'autre. Si elles sont semblables comme 
consubstantielles l'une à l'autre — comme est la ressemblance — 
dans quelle nature le Fils sera-t-il fils consubstantiel au Père et 
dans laquelle nous sera-t-il consubstantiel? Car l'essence de Dieu 
le Père et la nôtre sont étrangères l'une à l'autre. 

Lui-même serait étranger à son être s'il résultait de deux natures 
étrangères l'une à l'autre. Comment dans ce cas concevra-t-on qu'il 
nous soit consubstantiel selon l'humanité puisqu'il ne sera pas 
dans l'essence de l'humanité ? Comment sera-t-il consubstantiel 
au Père s'il n'est pas dans son essence ? Ou comment le même 
sera-t-il, en essence, de l'essence de Dieu le Père et delà nôtre ? et 
comment sera-ce la même essence ? Comment deux essences étran- 
gères l'une à l'autre (en feront-elles) une, de manière que chacune 
de ces essences existe et soit conçue dans une seule ? Si c'est im- 
possible, on ne doit pas supporter qu'on en fasse mention dans la 
parole de foi. Il n'est pas une nature qui soit, dans sa nature, 
de l'essence du Père et de l'essence de l'humanité, pour être con- 
substantielle aux deux; mais c'est dans l'essence de Dieu le 
Père seulement qu'il est consubstantiel à Dieu le Père, et c'est 
dans notre essence qu'il nous est consubstantiel ; il est un et il est 
proclamé (un) dans le prosôpon de l'union (formé) de la nature 
de Dieu et de notre nature. Il est divisé naturellement dans les na- 
tures [412] d'après la différence des natures, qui ne communiquent 
pas l'une avec l'autre selon la notion des essences. Tu ne peux pas 
séparer ce que tu as uni. Il y a union de deux natures et non 
deux natures en une; car l'union est conçue et dite de la variété 
des natures différentes et non des différences de l'essence elle- 
même ; l'être en effet appartient à une essence mais l'union egt 
la réunion des essences. 

Cyrille. Mais ces choses n'apparaissent pas ainsi à Nestorius, et 
son but leur est plutôt opposé en tout : il disait à l'éghse dans ses homélies : 
C'est pour cela que Dieu le Verbe est nommé le Christ, parce qu'il a cons- 
tamment adhésion i au Christ. Et encore : Conservons l'adhésion des 
natures sans confusion, et confessons que Dieu est dans l'homme. Vénérons 
l'homme qui est adoré avec Dieu tout puissant à cause de son adhésion 
avec la divinité. —Vois-tu comme sa parole est odieuse 2? Elle est rempHe 



1. T'jvàcpîta. 

2. Sic le grec ànr^yô:. Le syriaque porte « éloignée», àrzéyz'.. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 265 

d'une grande impiété. Il dit en effet que Dieu le Verbe est nommé à part 
Christ 1 et qu'il a constamment adhésion avec le Christ. Ne dit-il pas très 
clairement ^ deux Christs? Ne confesse-t-il pas qu'il vénère l'homme qui 
est adoré avec Dieu? Est-ce que ces choses, ô notre frère, te semblent 
parentes ^ de celles qui ont été dites par ceux-là (les Orientaux) ? Elles 
n'ont [413] aucune cohésion * entre elles : car celui-ci dit clairement ^ deux 
et ceux-là (les Orientaux) un; à savoir : ils confessent et adorent un Fils 
et Seigneur et Dieu, le même provenant du Père selon la divinité et de la 
Vierge sainte selon l'humanité. Ils disent ^ à la vérité qu'il y a eu union 
des deux natures, mais ils confessent clairement un Christ, un Fils et un 
Seigneur '^. 

Nestorius. Il nous fallait te dire (ceci), ô sage Acace : pourquoi 
nous trompes-tu? Car tu as confessé l'union de deux natures qui ne 
sont pas semblables l'une à l'autre et, dans ce que tu reproches à 
Nestorius, il semble bien que tu confesses comme lui, bien que tu ne 
dises pas que deux Christs sont introduits ; il ne semble donc pas 
que Nestorius non plus ait jamais confessé deux Christs. Mais 
d'après ce que tu lui attribues, — bien qu'il ne le reconnaisse pas 
— pour lui faire dire deux Christs ; pour les mêmes raisons il 
semble que toi aussi tu dis deux Christs ; car ce n'est pas en une 
seule nature que tu places le Christ, mais c'est en deux natures 
complètes dans leur essence et dissemblables entre elles ;le Christ est 
dans la divinité et dans l'humanité. Par cela même qu'il est deux, 
les deux natures sont aussi nommées deux Christs, par le seul et 
même nom du Christ. Car lorsque deux natures, dissemblables en- 
tre elles, sont désignées par le même nom, elles sont dites deux 
[414] par homonymie. Mais dans l'union tu dis un; Nestorius le 
dit aussi : des deux natures (résulte) un seul Christ; elles subsistent 
dans leurs natures et n'ont pas besoin, pour subsister l'une et 
l'autre, d'être soutenues par leur union ; mais elles ont réalisé 
l'économie pour nous. La divinité n'a pas besoin de l'humanité, ni 



1. Labbe porte « Dieu» dans le texte et « Christ » en marge. Il faut « Christ » 
puisqu'on doit en trouver deux, cf. injra. 

2. Sic le grec, àvapysaTata. Le syriaque porte « en œuvre » ï'ito-riazx-oz' 

3. Le grec porte ra-jx 'ouv àSeXçà, et le syriaque a dédoublé ce dernier mot en 
deux, car c'est là qu'il a déjà pris : « ô notre frère. » 

4. Litt. : « aucune force de pensée. » 

5. Sic le grec, èvapyôjç. Le syriaque porte « en œuvre», èvîpvàiç. 

6. Grec : « nous disons », à tort, semble-t-il, 

7. Labbe, Zoc. ci<., col. 1119-1122. 



266 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDEJ 

l'humanité de la divinité, parce que dans leur propre nature elles ne 
manquent de rien. Ce n'est pas en effet par son union avec l'huma- 
nité que la divinité obtient d'être Dieu indépendant, et l'humanité 
non plus n'est pas homme à cause de son union avec la divinité; 
mais (il est homme) dès la création de la divinité dans la nature 
commune, afin qu'il y ait union dès sa création ; car l'union de la 
divinité n'a pas eu lieu pour compléter une essence, mais pour 
(compléter) le prosôpon de l'économie pour nous. De même l'hu- 
manité n'est pas pour compléter la nature de la divinité, mais 
pour le prosôpon de l'économie pour nous. Car elles portent le 
prosôpon l'une de l'autre, aussi une nature se sert du prosôpon de 
l'autre nature comme s'il était sien. Les deux (natures) ne se 
servent pas en commun de l'une et de l'autre, ni du composé pour 
compléter la nature, comme l'âme et le corps (sont composés) pour 
(former) la nature humaine, mais une nature se sert du prosôpon 
de l'autre nature comme s'il était sien. C'est pourquoi, d'après 
l'onction de l'humanité, la divinité, à cause de l'union, est aussi 
appelée ointe (Christ), et [415] des deux natures, de la divinité et 
de l'humanité, il est résulté un seul Christ, un Fils, un Seigneur. 
D'après l'union de la divinité et de l'humanité, le même est Fils 
et Seigneur et Dieu. Les choses qui sont dites unes par l'union 
— lorsque cet un concourt à Lunion dans une nature — ne sont pas 
conçues séparément comme celles qui sont dites par homonymie, et 
ne permettent pas de diviser l'unité avec elles lorsqu'on les divise. 
Car ces essences sont ensemble dans la nature, et il est appelé 
dans sa nature d'après les deux. C'est ainsi que l'âme et le corps 
qui sont unis sont nommés un seul être vivant, on ne dit pas deux 
êtres vivants. L'âme et le corps forment un seul être vivant, 
car le corps ne vit pas de sa propre vie, mais par son union 
avec l'âme ; c'est pourquoi, s'ils sont divisés, la vie n'est pas 
divisée, mais il ne reste que celle de l'âme ; les deux sont nom- 
més un seul être vivant, d'après sa nature. 

Prenons aussi comme exemple la divinité et l'humanité : il y a 
un prosôpon qui est divisé en deux ; il n'est pas possible de le 
concevoir comme un sans l'union, mais l'homme est homme et 
Dieu est Dieu. Les deux sont un Fils, un Seigneur. Lorsqu'ils 
sont séparés, celui-ci ne peut pas prendre le nom de l'autre : 
c'est pour cela que toi aussi tu confesses l'union des deux natures, 
et de deux natures qui ne se ressemblent pas l'une à Fautre : 
de la divinité et de l'humanité, [416] divinité parfaite et huma- 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 267 

nité parfaite; un Christ, un Fils, un Seigneur. Peut-être donnes-tu 
le nom de Christ à une seule nature et (ne dis-tu pas) un Christ 
(formé de) deux natures, et (alors) l'union sans confusion des natu- 
res est superflue. Mais, si les deux natures sont un seul Christ 
dans l'union, tu dis comme Nestorius, à savoir que l'une a le nom 
de l'autre. Pourquoi t'empresses-tu extérieurement de poursuivre 
les autres, lorsque tu réponds pour eux et qu'on trouve chez toi 
les deux (opinions) : celle-ci et l'opposée ?... 

Il (Cyrille) continue à faire la même démonstration : 

Nous ne pensons pas, comme l'ont imaginé certains des anciens héréti- 
ques, que le Verbe de Dieu a pris une nature (de sa propre substance) ^, 
c'est-à-dire qu'il s'est formé un corps à l'aide de la divinité; mais, en 
suivant partout les Livres divins, nous affirmons qu'il l'a pris de la 
Vierge sainte. Après cela, lorsque nous considérons dans notre entende- 
ment les choses dont est (formé) un seul Fils et Seigneur et Jésus-Christ, 
nous disons deux natures unies; mais après l'union, comme si la diffé- 
rence ^ des deux natures était enfin enlevée, nous croyons que la nature 
du Fils est une, mais qu'il s'est fait homme et s'est incarné; mais si 
l'on dit que celui qui s'incarna et se fit homme, était Dieu le Verbe, on 
écarte tout soupçon [417] de changement ^ ; car il demeura ce qu'il était, 
et l'union sans confusion * sera aussi confessée par nous ^. 

Nestorius. Tu reconnais donc les parties qui composent le 
Christ : c'est-à-dire la divinité et l'humanit^ ; puisque tu as confessé 
une différence dans les essences et qu'elles sont demeurées sans 
confusion, elles sont demeurées sans confusion comme sont les 
natures, aussi, même dans l'union, elles sont demeurées telles. 
Pourquoi donc les natures subsistent-elles sans confusion, puis- 
qu'elles ne demeuraient pas après l'union telles qu'elles sont en 
nature... « Car, après l'union, la séparation des deux (natures) est 
supprimée et nous confessons que la nature du Fils est une ^. » 
Si les natures ne sont pas demeurées, même dans l'union, ce 
qu'elles étaient, mais si les différences (des natures) à l'aide des- 
quelles on les considérait comme deux, -sont supprimées, même 



1. Le syriaque a omis è^ îôt'aç que porte le grec. 

2. Le grec porte « la division », otaToixr,. 

3. rpoûr,. 

4. à'T'jYx^"^'!- 

5. Labbe, loc. cit., col. 1122, b. 

6. Paroles de Cyrille, cf. supra. 



268 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

dans l'union où les natures subsisteraient sans confusion, il y a eu 
confusion : une confusion de changement et de conversion pour 
devenir une nature. Que te semble-t-il donc de ceci : «L'union qui 
s'est formée avec les natures a eu lieu sans confusion? » alors, 
c'est que les deux natures, dont est formé un seul Fils et Seigneur et 
Jésus-Christ, sont deux même dans l'union; les différences des 
natures qui les faisaient paraître deux ne sont pas supprimées : 
celle-ci n'est pas celle-là en essence, et celle-là n'est pas celle-ci 
en essence. Tu ne penses aucunement ainsi, et tu ne parles pas 
comme [418] tu penses. Pourquoi donc, dans tes pensées, acceptes- 
tu les deux (natures) dont est formé le Christ, tandis qu'après 
l'union, comme si la différence des natures était enlevée, tu dis 
« une nature du Fils » ? Plus haut tu dis que « deux sont les 
(natures) dont est formé un Fils, )) et plus bas (tu dis) « que la 
nature du Fils est une, )) comme si l'union des natures aboutissait 
à une nature et non à un prosôpon. Les deux natures qui se sont 
unies ne sont pas devenues ^ une nature. Car cette union qui cause 
conversion et changement, en ce qu'elle est faite pour une 
nature et pour compléter une nature, n'est pas de deux natures 
complètes, mais de deux (natures) incomplètes. 

Toute nature complète n'a pas besoin d'une autre nature pour 
être et pour vivre ; car elle possède en elle et elle a reçu tout ce qu'il 
faut 2 pour être. Dans un composé naturel (au contraire) on voit 
qu'aucune des natures qui contribuent à le former n'est complète, 
mais elles ont besoin l'une de l'autre pour vivre et subsister. C'est 
ainsi que le corps a besoin de l'âme pour vivre, car il ne vit pas 
à part, et l'âme a besoin du corps pour sentir, sinon elle verrait 
même sans yeux, et elle entendrait même lorsque l'ouie serait 
blessée ; de même pour les autres sens. Comment donc, des deux 
natures complètes, dis-tu une seule nature, puisque l'humanité est 
complète et n'a pas besoin de l'union delà divinité pour être hom- 
me? [419] Ce n'est pas à l'union de la divinité qu'elle (l'humanité) 
doit d'être homme, mais à la force créatrice de Dieu, qui a amené 
à l'existence tout ce qui n'était pas, quand bien même l'union aurait 
eu lieu dès sa création. Et la divinité n'avait pas besoin de l'huma- 
nité, pour comprendre ou pour sentir les choses humaines. Com- 
ment donc l'union du Fils aurait-elle abouti à une nature ? 

1. Lire là kioné. 

2. Litt. « la limite. » 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 269 

Supprime donc complètement les deux natures et il y aura place 
pour (cette doctrine) d'une nature. Tu donnes à l'homme une 
nature différente de toutes les natures ( humaines), sans âme 
comme l'a dit Arius, ou sans intelligence comme l'a dit Apollinaire. 
Et ensuite (tu fais) que Dieu le Verbe n'est pas indépendant, car 
il n'est pas une nature complète, puisqu'il a besoin de la nature de 
l'homme. Maintenant tu dis au même endroit des choses contraires : 
qu'il y a deux natures complètes dont est (formé) le Fils, et que 
l'union (aboutit) à une nature du Fils. Ce n'est donc pas à l'aide 
des deux natures que l'on conçoit un Fils ; tu as dit deux natures 
unies ; mais ensuite (en disant) une seule nature du Fils, tu sup- 
primes celle de la chair. A cause de cela tu supprimes, après 
l'union, la séparation des deux (natures), parce que la nature du 
corps a été supprimée, ou parce qu'elle a été corrompue, ou parce 
qu'elle a été changée, et tu crois à « une seule nature du Fils, 
cependant, qui s'est fait homme et qui s'est incarné^. » A qui et à 
quoi, dont résulte un fils, as-tu donné le nom de nature ? Et 
quelle est [420] la nature unique du Fils? Les choses qui s'unissent 
(pour aboutir) de deux natures à une nature, sont censées être com- 
posées à l'aide des deux natures qui se sont unies, comme les choses 
composées à l'aide des éléments simples. La nature unique du Fils 
est donc composée et c'est pour cela que tu as dit : « Cependant il 
s'est incarné ; » comment donc « sera supprimée la division en 
deux », pour que l'on ne conçoive pas (le Verbe) avec la chair (la 
nature humaine) ? Tu dis deux et tu dis qu'il ne faut pas en 
concevoir deux après l'union, « comme si la différence des deux 
était supprimée.» Tu parles d'une nature du Fils et tu fais néces- 
sairement songer à deux, parce que tu dis qu'après l'union il est 
incarné ; car il est incarné dans une chair qui est chair par nature; 
tu donnes donc au Seigneur deux natures après l'union; une 
nature du Fils et une de la chair dans laquelle il s'est incarné. 
Ou bien avant l'union, les natures de la divinité du Fils et de 
son humanité sont conçues comme séparées ; ensuite elles se 
seraient réunies pour la suppression d'une nature. Et ainsi, ni 
avant l'union ni après l'union, le Fils n'est conçu comme (formé) 
de deux natures. Ou bien tu dis que (les natures) demeurent 
sans être ni unies ni séparées, cL la nature du Fils reste seule de 

1. [xix-j Etvai TttTTE-JOfxev Tr|V roy uîou çuo-iv wç évb;, ttXyiv èvavôpci)7r?i«TavTo; xal rreo-ap- 
x(.)!x?vou. Cyrille à Acace, Labbe, loc. cit., t. m, col. 1122 c. Cf. supra, p. 267. 



270 NESTOBIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

la nature de l'humanité, afin de rendre vaine la division en 
deux. Mais voilà que tu jettes devant Acace, comme devant un 
chien qui est excité et rendu féroce, la négation de la divi- 
sion en deux après l'union, et tu dis : Nous croyons que l'essence 
du Fils est une. [421] Puis devant les Orientaux (tu ajoutes) : 
« Cependant elle est incarnée », afin qu'ils ne soient pas provo- 
qués. Tu as dit aussi que « l'union a eu lieu tout à fait sans con- 
fusion» et tu donnes (ainsi) à chacun ce qu'il veut. 

Agace ^. Mais les adversaires diront certes souvent ^ : Voilà, avec 
évidence, que ceux-là proclament deux natures lorsqu'ils font profession 
de foi orthodoxe, et ils séparent les paroles des théologiens ^ selon la diffé- 
rence des natures. Comment ces choses ne seraient-elles pas opposées à 
tes (théories) car tu n'admets pas que l'on divise les paroles à deux prosô- 
pons ou hypostases ? 

Cyrille. Mais, ô sage, je dis que c'est écrit dans les chapitres : Celui qui 
divise les paroles à deux prosôpons ou hypostases ; les unes à l'homme 
considéré à part en dehors du Verbe de Dieu, les autres comme si elles 
convenaient à Dieu seul, (c'est-à-dire) au Verbe (issu) de Dieu le Père, 
qu'il soit anathème. Nous n'avons enlevé en aucune manière la différence 
de ces paroles, bien que nous ayons rejeté (de l'Église) celui qui les sépare : 
les unes d'un côté au Fils, au Verbe du Père, les autres à l'homme de son 
côté reconnu comme fils d'une femme. Car la nature du Verbe est certaine- 
ment une, mais nous reconnaissons qu'il a pris un corps et qu'il s'est fait 
homme "*. 

Nestorius. Est-ce par le raisonnement et la suite de la dis- 
pute qu'il avait persuadé [422] Acace par ces paroles, et n'est-ce 
pas en le conduisant en quelque sorte par la bride, qu'il l'avait 
amené à le suivre partout où il voulait ? Il disait en effet qu'il y 
avait union de deux natures qui constituaient un seul Fils et Sei- 
gneur et Jésus-Christ, et que l'union avait lieu absolument sans 
confusion. Comment sera-t-elle une la nature du Fils que tu as 
dit être de deux natures; c'est-à-dire (qu'il est) dans des natures 
(et non dans une) celui qui est formé d'elles. En effet il n'y a pas de 



1. C'est en réalité une objection que Cyrille se pose. Labbe, loc.ciL, col. 1122 c. 

2. Le grec porte « peut-être », ît^oç. 

3. Litt. : « de ceux qui parlent des choses divines », Osriyopwv. 

4. Labbe, Col. conciL, t. m, col. 1122 d. M t'a ^àp ôfjLOAoyo-jfxévwç r, to-j Aoyou 
çucrt:, ï<j[ifj 8;, oTt Tîcràpy.œTac zz /.al îvr|V'jf,o)7rr,crc. La fin peut ici se rapporter à la 
« nature» aussi bien qu'au Verbe; mais plus haut, p. 267, le genre montrait qu'elle 

e rapportait au Verbe. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 271 

nature qui soit deux natures à l'aide desquelles elle soit une et 
non deux. 

Mais, (diras-tu), grâce à l'union il est un; cependant il ne peut 
pas être un dans l'union, et nous devons le concevoir deux 
sans confusion, avec la différence des essences ; et enfin nous 
ne devons pas concevoir deux mais un. 

Qui comprendra la confusion sans confusion ? Qui partagera 
les paroles à deux prosôpons ou hypostases, sans diviser (le Christ) 
en deux prosôpons ou hypostases ? 

Cela demande grand examen et une étude soigneuse de l'iden- 
tité et de la diversité. « Si quelqu'un divise les paroles selon les deux 
prosôpons ou hypostases, ))et de nouveau (il dit) « qu'il ne faut enlever 
en aucune manière la différence des paroles. » Celui qui dit qu'il 
ne faut pas séparer les paroles au prosôpons ou aux hypostases 
dit « qu'il n'enlève en aucune manière les deux différences des 
paroles. » Mais pourquoi ne serait-il aucunement permis de séparer 
les paroles aux prosôpons ou aux hypostases ? [423] Tu nous 
éloignes «de deux»; pourquoi donc n'as-tu supprimé en aucune 
manière la différence des paroles ? « Bien que nous repoussions 
la division des paroles entre le Fils séparément, le Verbe du 
Père, et entre l'homme considéré séparément, comme le Fils 
d'une femme, car la nature du Verbe est vraiment une, nous re- 
«onnaissons cependant qu'il a pris un corps et qu'il s'est fait 
homme ^ . » 

Comment « n'as-tu pas supprimé toute différence des paroles, » 
lorsque tu dis que le Fils éternel est Dieu le Verbe par nature ? 
Dis que tu (lui) donneras aussi la chair en union et non 
avec éloignement ! Quelle division des paroles n'as-tu pas enlevée ? 
Car les différences proviennent des choses qui sont placées devant 
nous, puis ces différences sont désignées par des paroles ;et lorsqu'il 
n'y a pas de différence (dans les choses), celle des paroles dispa- 
raît également. Si tu confesses deux natures d'un Christ et Fils, 
cela fait aussi deux différences. Selon les différences des natures, 
tu crées des différences de paroles, et tu partages aussi les pa- 
roles des théologiens. Pourquoi as-tu agglutiné les choses séparées, 
pour recevoir ensuite, d'une voix éclatante, celui qui les séparait? 
Comment confesses-tu deux natures pour (former) l'union d'un 
Christ et d'un Fils, et ensuite une (seule) nature de Dieu le Verbe? 

1. Labbe, loc, cit., col. 1122 e. Cf. supra. 



272 NESTORIUS. LIVRE u'h É R ÂCLIDE 

Car tu as dit : « [424] Nous confessons une nature de Dieu le 
Verbe» et non les deux unies. Tu dis un Fils parce que tu attribues 
au Fils deux natures sans distinction ; tu dis ensuite une nature 
seulement, et tu n'en donnes plus deux sans distinction à Dieu 
le Verbe ; tu dis qu'il est le Fils incarné et ensuite qu'il n'est pas 
dans la chair. A moins que tu ne fasses un Fils de Dieu le Verbe 
dans une nature incarnée, et un autre Fils formé des deux natures 
unies. Tu n'oses pas attribuer une nature incarnée au seul Christ 
et Fils et tu définis avec confiance l'unique nature de Dieu le Verbe 
incarné. Pourquoi donc ? Est-ce un autre Fils que Dieu le 
Verbe avec une nature, et un autre Fils en deux natures dont 
est résulté un seul Fils ? On ne dit pas que la nature de Dieu est 
deux natures, mais une nature, en sorte que tu dises que le Christ 
est un Fils en deux natures. Et cependant tu dis tout cela (à savoir) 
qu'il y a deux natures d'un seul Fils et une nature de Dieu le 
Verbe. Tu dis que le Fils est formé de deux natures dissemblables, 
puis tu lui (en) enlèves (une) et tu lui donnes seulement une 
nature ; tu en enlèves une, je veux dire l'humanité, de sorte 
qu'elle ne soit pas Fils dans l'union. Tu es obligé par le nom 
des natures à séparer les propriétés de chacune d'elles, que tu le 
veuilles ou que tu ne le veuilles pas. 

[425] Pourquoi dis-tu une nature de Dieu le Verbe et non deux 
natures unies ? Pourquoi n'as-tu pas osé dire encore que de ces 
(deux natures ) résulte un seul Dieu le Verbe, de même que tu 
as dit qu'il n'en résultait qu'un seul fils? Admettons, comme tu le 
dis, qu'on accepte mentalement l'idée de deux natures qu'on di- 
rait être unies ; dis la même chose de Dieu le Verbe (à savoir) 
qu'à l'aide des deux (natures) l'unique Dieu le Verbe est deux. 
Pour moi je dis, à la suite des Livres et des enseignements di- 
vins, deux natures qui sont unies, et que « Dieu le Verbe » in- 
dique la nature et «Fils » le prosôpon^ mais qu'il est un seul et 
même Dieu le Verbe. C'est ainsi que « Dieu » indique la nature et que 
« Père, Fils et Saint-Esprit » indiquent les personnes (prosôpons). 
A cause de cela la divinité est une et les personnes [prosôpons)' 
sont trois, à savoir Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint- 
Esprit 1. Les personnes (prosôpons) ne sont pas sans essence. De 
la même manière, il y a dans le Christ deux natures — l'une de Dieu 
le Verbe et l'autre de l'humanité — et un prosôpon de Fils dont 

1. Ou bien : « le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu. 



It, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 273 

l'humanité se sert aussi, et un [de 1'] homme dont la divinité se 
sert aussi. Ils ne (se servent pas l'un l'autre) de la nature, mais 
du prosôpon naturel des natures ; car, même dans l'union, les 
natures demeurent sans confusion. Les natures ne sont pas sans 
prosôpons ni non plus les prosôpons sans essence. Il n'en est pas 
comme de la nature d'un animal, et l'union (des natures) n'a pas 
pour effet de compléter un animal, qui [426] doive aux deux(na- 
tures) d'être complet. Des deux natures complètes l'une est at- 
tribuée à l'autre par appropriation ^, non pas selon la nature ni 
dans une autre nature, mais dans le prosôpon naturel des natures. 
Ce qui est autre l'est dit par la nature. Car le Fils de Dieu est Dieu 
le Verbe par nature de manière que l'humanité même se sert 
de lui d'après l'appropriation ^ de l'union (à l'aide du prosôpon) 
et non d'après la nature. Le Christ était hier, il est aujourd'hui et 
il sera le même demain dans tous les siècles ^, c'est en prosôpon et 
non dans la nature même. 

Pourquoi te loues-tu et confesses-tu que la divinité et l'huma- 
nité ne sont pas la même chose en essence ou, selon ton expres- 
sion, dans la qualité naturelle ^, si cette qualité doit être appelée 
nature ? De plus tu confesses que la nature de la divinité et celle 
de l'humanité sont unies sans confusion ; tu ^^omprends « deux 
sans confusion », et « qui sont réunies ensemble. » Tu confesses 
(ces qualités) par rapport aux natures, puisqu'elles demeurent 
sans confusion. C'est par la nature de chacune d'elles qu'elles sont 
conçues un être, puisque tu ne reconnais pas de prosôpon^ mais 
(seulement) la nature. Tu supprimes les deux que tu reconnaissais 
sans confusion : tu confesses en effet que les deux s'étaient unies 
sans confusion , puis — comme pour supprimer la différence des 
deux — elles ne doivent pas être conçues deux mais une. Si tu 
n'avais pas en vue * l'inconfusion des deux essences, pourquoi 
donc dis-tu de ce qui a été réuni en une essence [427] qu'il faut 
reconnaître que cette union a lieu sans confusion ? Ensuite nous 
ne devons pas penser que les (natures) qui ont été unies sans 
confusion l'ont été sans confusion, ou, comme tu le disais, 
que l'union avait lieu pour que, de deux natures, il résultât un 



1. Domesti citas. 

2. Hébr., xiii, 8. 

3. àv TroiÔTTiTt ïïUT'./.Yj, Labbe, toc. cit., col. 1122. e. 

4. Litt. : « dans ton esprit. » 

Nestorius — 18 



274 NESTORIUS. LIVRE D HÉRACLIDE 

Fils. Car, après l'union, tu enlèves l'humanité à l'union (qui 
aboutit) à un Fils, et elle est chassée en dehors de l'union d'un 
Fils, et cette humanité est conçue désormais en dehors de l'u- 
nion. Par suite l'essence, du Fils est conçue à part, et l'on ne 
conçoit plus dans un Fils les natures dont il a été formé, mais seu- 
lement une nature ; tu dis en effet qu'il n'y a qu'une seule nature, 

Cyrille. Lorsqu'on scrute le mode de rincarnation, l'esprit humain voit 
nécessairement deux choses qui (sont )ensemble dans une union, de manière 
ineffable et sans confusion ; lorsqu'elles sont unies il ne les sépare aucune- 
ment, mais il croit qu'il y en a un formé de deux, qui est Dieu, Fils, Christ 
et Seigneur ^. 

NESTORius.En quoi dis-tu qu'il est un? Est-ce dans le prosôpon 
d'union des natures qui se sont unies ? C'est ainsi que« l'esprit 
humain» voit les (êtres) qui sont unis sans confusion: Ils sont 
sans confusion dans leurs natures et dans leur essence ; ils demeu- 
rent et sont conçus ainsi. Celui-ci n'est pas conçu pour celui-là 
en essence, ni celui-là pour celui-ci. Au point de vue des essences, 
il y a séparation pour la nature de chacune d'elles : on la conçoit 
et elle existe. Dans la réunion des natures [428] un seul prosôpon 
se trouve en elles sans division et sans séparation. Sous le pro- 
sôpon naturel il y a une nature ; il se sert du prosôpon même de 
l'autre nature. Ainsi les natures qui ont été unies ne sont pas con- 
fondues et ne sont jamais séparées dans (l'union) même, parce 
que ce qui rentre dans la notion des natures est conçu dans 
la distinction de leurs natures. 

Cyrille. Mais la mauvaise opinion de Nestorius est tout à fait diffé- 
rente de cela : car il paraît confesser en effet que le Verbe qui est Dieu b 
pris un corps et s'est fait homme ; mais, ne connaissant pas la vertu de ce 
mot « il a pris un corps », il nomme deux natures et les sépare l'une de l'autre, 
en plaçant Dieu seul d'un côté et de la même manière l'homme à part de 
son côté; (ce dernier) a été joint à Dieu par proximité et par égalité d'hon- 
neur seulement, et par puissance. Car il dit ainsi : « Dieu n'est pas séparé 
de celui qui est visible ; c'est pourquoi, à celui qui n'est pas séparé, je ne 
sépare pas l'honneur. Je sépare les natures et j'unis l'adoration... » Nos 
frères d'Antioche, acceptant simplement, avec la seule pensée '^, les cho- 
ses dont on conçoit (que) le Christ (est composé), prônent la différence 

1. Sic V et le grec, Labbe, loc. cit., col. 1123 a. — C, S portent : « seigneur et 
Christ. » 

2. loC èv 'i/iAaï; y.ai [xôvatç ôex,6[j.£vot. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 275 



des natures — parce que la divinité et l'humanité ne sont pas une même 
chose en qualité naturelle, comme je l'ai dit — mais un Fils et Christ et Sei- 
gneur, et comme il est un en vérité, [429] ils disent que son prosôpon est 
un, car ils ne séparent en aucune manière les choses qui ont été unies ^. 

Nestorius. En effet, si c'était vrai, tu aurais eu plus de con- 
fiance en cette parole et moi je ne pourrais pas avoir confiance 
d'être connu par elle — mais, comme tu le dis, je « parais » m'en 
servir — il te fallait me blâmer devant tout le concile ; lorsque 
je t'ai adressé une prière, il ne te fallait pas la taire, mais atten- 
dre tout le concile. Lorsque j'ai été appelé au concile, il ne te 
fallait pas refuser. Mais combien de fois ne m'as-tu pas fait cela : 
tu blâmais mes mauvaises opinions et je ne pouvais user d'aucune 
réponse. Celui qui serait accusé de penser le contraire (de la foi) 
par hypocrisie, exposerait lui-même sa mauvaise opinion à toutes 
les condamnations. 

Mais il n'en est pas ainsi, c'est même l'inverse. D'où sais-tu 
c{ue je (parais) ^ confesser que Dieu le Verbe s'est incarné et s'est 
fait homme, et que cependant je ne dis pas qu'il s'est incarné et 
qu'il s'est fait homme? Car celui qui s'incarne, s'incarne dans la 
chair et celui qui dit que (les natures) sont divisées et séparées 
l'une de l'autre ne confesse l'incarnation en aucune manière. 
Mais peut-être [430] confesse-t-il plutôt que ce qui ne s'est pas in- 
carné s'est incarné. Car comment s'incarneraient ceux qui seraient 
séparés l'un de l'autre sans s'être unis ? Si donc je confesse 
deux natures eta qu'il s'est incarné », comment ai-je été censé 
dire « que les natures sont séparées et éloignées l'une de l'autre, » 
au point de ne pas concéder que Dieu le Verbe s'est incarné et 
s'est fait homme ? 

Tu m'attribues : « Dieu n'est pas séparé de celui qui est visible ^ 
c'est pourquoi, à celui qui n'est pas séparé, je ne sépare pas 
l'honneur. « Celui qui dit : « Dieu n'est pas séparé de celui qui est 
visible,)) comment sépare-t-il (en deux)? J'ai dit ^ que celui qui 
est visible n'est pas séparé de celui qui est invisible, et que 
l'honneur rendu à Dieu ne se sépare pas non plus. Mais si je ne 
sépare pas Dieu de celui qui est visible, parce qu'il est insépa- 



1. Labbe, loc, cit., col. 1123, a. P. G., -t. Lx?cvn, col. 193. 

2. Il faut sans doute suppléer ce mot, car Nestorius reprend le texte de Cyrille 
cité plus haut. 

3. Lire émereth. 



276 NESTORIUS. LIVRÉ D^HERACLlDE 

rable, je ne sépare pas non plus l'honneur. Qui, pour toi, n'est 
pas séparé ^ ? et de qui n'est-il pas séparé ? « C'est pourquoi je 
ne sépare même pas l'honneur de celui qui ne peut pas être 
séparé. » 

Mais je dis : « je sépare les natures, mais j'unis l'adoration. » 
Puisque toi aussi tu as accepté l'union des natures sans 
confusion, ou en vérité ou en apparence, tu sépares donc aussi 
les natures, que tu le veuilles ou non, sous le rapport des essen- 
ces dont on conçoit (que) le Christ (est formé). Tu dis aussi 
diversité et que [431] la divinité et l'humanité ne sont pas la 
même chose en qualité naturelle ^, comme tu dis. Car celui 
qui dit que la divinité et l'humanité ne sont pas la même 
chose, définit, par une distinction de nature, que celui-ci n'est 
pas celui-là et que celui-là n'est pas celui-ci. Or la distinction 
de nature est une division. Autre donc est la division qui 
provient de la différence qui est dans l'essence des natures, et 
autre est la division qui provient de l'éloignement des essen- 
ces qui ont été assemblées et unies dans l'ensemble. J'ai donc 
dit que l'union de l'ensemble des natures, de la divinité et de 
l'humanité, est sans séparation : « que Dieu n'est pas séparé 
de celui qui est visible. » Quant à l'union sans confusion des 
natures, j'ai dit qu'elles sont séparées par une distinction de 
nature, mais j'ai dit que l'adoration de ces (natures) qui sont 
ainsi non séparées et séparées, est une, parce qu'elles ont été réu- 
nies pour (former) un seul prosôpon et non une seule essence, ni 
une seule nature; car l'union des natures n'a pas eu lieu par une 
confusion; d'ailleurs il n'y a pas eu non plus confusion pour com- 
pléter une seule nature, car l'union ne résulte pas de (natures) 
incomplètes, mais de deux natures complètes. 

Toute union, en effet, qui aboutit par une composition de na- 
tures à compléter une nature, a lieu à l'aide de natures incom- 
plètes. Celle qui a lieu à l'aide de natures complètes, se fait en 
un prosôpon et c'est en cela qu'elle subsiste. Ce n'est pas d'un 
corps sans âme, ni d'une âme sans [432] volonté et sans pensée 
non plus que Dieu le Verbe s'est servi, et il n'a pas tenu lieu 
d'âme et d'intelligence au corps et à l'âme. C'est en cela que 
l'église des ariens et des apollinaristes s'est séparée, parce qu'ils 

1. « Qui dis-tu être séparé ? » V. 

2. ?V TTOtÔTriTC ÇU(7'.X-rj. 



11,1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 277 

n'admettaient pas l'union de deux natures complètes. Je ne 
sépare pas les natures, par translation et par isolement, qui se 
sont unies ensemble; je ne parle pas non plus d'une liaison qui a 
lieu par amour et par rapprochement, comme il y en a entre 
ceux qui sont éloignés (et) qui sont unis par l'amour et non par 
les essences ; je n'ai pas dit non plus que l'union a eu lieu par 
égalité d'honneur et puissance ^, mais (que c'est une union) de 
natures, et de natures complètes, et je donne, par la réunion des 
essences, une union sans confusion. Par « un honneur )) et « une 
puissance », j'ai parlé de l'union des natures et non de l'union 
de l'honneur et de la puissance. Et sinon, montre (-le) par ce que j'ai 
dit : « Dieu n'est pas séparé de celui qui est visible ; c'est pourquoi 
je ne sépare pas l'honneur de celui qui ne se sépare pas ^. » Où 
ai-je donc dit là que je sépare les natures l'une de l'autre, et ai-je 
dit que Dieu le Verbe était à part et l'homme à part, et qu'ils 
adhéraient par un rapprochement d'amour ou par égalité d'hon- 
neur ou par puissance? J'ai dit en effet : « Je ne sépare pas Dieu de 
celui qui est visible. » Il ne s'agit pas là de rapprochement, ni 
d'égalité d'honneur ni de dignité, mais j'ai dit que je ne sépa- 
rais pas Dieu même, dans sa nature, de la nature visible. Et « à 
cause de Dieu qui n'est pas séparé, je ne sépare pas non plus l'hon- 
neur ; » car autre est (Dieu) et autre est son honneur, [433] autre est 
son essence et autre est ce qui appartient à son essence. Quand 
bien même j'aurais dit: « Je sépare les natures et j'unis l'adora- 
tion,» je n'ai pas dit que je sépare les natures l'une de l'autre par 
une séparation d'éloignement, comme tu m'en accuses dans ton 
injustice. 

S'il n'y avait pas d'autre mode de séparation des natures que 
celui d'éloignement, tu aurais raison de me reprocher de les séparer 
ainsi. Mais s'il y en a beaucoup d'autres, surtout dans la question des 
natures sur laquelle porte toute notre étude, dans lesquels l'union 
des natures dont j'ai parlé ait eu lieu sans confusion ni changement, 
comment n'as-tu que cela ^ devant les yeux, pour l'agiter de toute 
manière ^, comme si c'était dans ce sens que j'ai dit : « je sépare 



1. avôptoTtôv T£ ôeô) <TUva(p8ï^vat Xsyovrsç xarà [xûvyjv ty)v idOTyiTaxYÎçà^ta; f^yo-jv aùôcv- 
Tta;. Cyrille, Ad reginas, Labbe, loc. cit.., t. m, col. 302 d; 284 a; 277 c. 

2. V. supra, p. 274. 

3. C'est-à-dire : « que ce mode de séparation par éloignement. » 

4. Litt. : « pour l'examiner par en haut et par en bas. » 



278 NESTORIUS. LIVRE D HÉRACLIDE 

les natures ? )> Tu rapportes que ceux-là (les Orientaux) « ne sé- 
parent d'aucune manière celles qui sont unies,» lorsque toi-mê- 
me auparavant tu as dit qu'elles sont distinctes : « C'est par la 
pure et seule raison que nos frères d' Antioche prônent la différence 
des natures, lorsqu'ils considèrent les choses dont on conçoit (que) 
le Christ (est composé) — parce que la divinité et l'humanité ne 
sont pas une même chose en qualité naturelle, comme je l'ai dit, 
— mais un Fils et Christ et Seigneur et, parce qu'il est un en vérité, 
nous disons que son prosôpon est un ^. » Tu ajoutes qu'ils « ne divi- 
sent en aucune manière les natures qui ont été unies ^, » lorsqu'ils 
ont dit changement : [434] « ce n'est pas la même qualité naturelle 
pour la divinité et pour l'humanité;)) et tu dis :« Il ne convient pas 
de séparer la différence, mais ce n'est pas que ce soient les mêmes 
choses en nature ; )) et tu leur attribues ainsi une différence. Tu sépa- 
res nécessairement, dès que tu dis qu'il y a une différence et que la 
divinité et l'humanité ne sont pas la même chose en qualité na- 
turelle ; cependant, (tu sépares) non par éloignement, mais au 
point de vue des natures, non par une séparation qui ait lieu à 
l'aide ^ des mains, mais par un sentiment clair. Comment doncw ne 
séparent-ils en aucune manière les choses dont le Christ est uni )) 
et disent-ils des diversités dans l'essence ? 
Tu dis encore : 

Ils n'admettent pas non plus la séparation des natures, comme a semblé 
le penser l'auteur de ces malheureuses inventions. Ils définissent et sépa- 
rent* les paroles touchant Notre-Seigneur, en disant qu'elles s'appliquent 
non pas les unes au Verbe de Dieu le Père, comme à un Fils à part, les 
autres à un autre fils né d'une femme, mais les unes à sa divinité et les autres 
à son humanité; car le même est Dieu et homme; il y en a encore d'autres, 
disent-ils ^, qui sont communes, parce qu'elles regardent les deux (natures), 
je veux dire la divinité et l'humanité ^ ... 

Je pense qu'il (Cyrille) ne sait pas ce qu'il dit : du moins ce que 
je soupçonne qu'il dit est l'inverse [435] de ce qu'il fait semblant 



1. Labbe, loc. cit., col. 1123. b. 

2. Ibid., c. 

3. Je lis berna' bdonouto. 

4. Le grec demanderait : Damparchîn. 

5. Pour rendre le syriaque conforme au grec, il faut maintenir ômrîn et sup- 
primer 'al. 

6. Labbe, loc. cit., col. 1123 c. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 279 

de confesser avec les Orientaux. Car, s'il n'y a pas de sépara- 
tion des natures, comment as-tu dit «qu'ils prônent la différence 
des natures? » Comment aussi la divinité et l'humanité ne seraient- 
elles pas une même chose en qualité naturelle, elles qui ne sont divi- 
sées en nature que selon leurs différences? A ce sujet, si tu imagines 
que j'admets une différence naturelle, tu ne te trompes pas; mais 
cela ne provient pas « de l'auteur ^ de ces malheureuses inven- 
tions, » car ce n'est pas moi qui l'ai trouvé ; c'est la foi apostoli- 
que et l'enseignement des Pères ; c'est même ta confession lors- 
que tu es pressé et que tu la contournes d'ici et de là pour le dire 
sans le dire. 

Tu as confessé que le Christ est constitué par deux natures, et 
qu'elles sont d'essence différente : « nous ne penserons pas que 
Dieu le Verbe a pris dans sa propre nature, c'est-à-dire dans la 
(nature) divine, et s'est constitué un corps; mais, nous attachant 
partout aux Livres divins, nous affirmons qu'il l'a pris de la 
sainte Vierge. Lorsque nous considérons, comme dans notre enten- 
dement, les choses dont est formé un seul Fils et Seigneur et Jésus- 
Christ, nous confessons deux natures qui se sont unies ^; » et la 
différence naturelle n'est pas supprimée, car la marque d'une dif- 
férence naturelle c'est qu'on dise qu'il est deux; or, quant aux na- 
tures, elles sont dites deux, il y a donc une différence naturelle 
pour les natures, d'après laquelle tu dis qu'elles sont deux; mais 
(tu ajoutes) qu'elles sont unies sans confusion, pour ce motif 
encore elles sont deux. 

[436]Tu dis ensuite une autre chose tout opposée : «Après l'union 
il y a une seule nature, parce que la différence des deux est alors 
enlevée ^. )) En cela il ne peut s'entendre avec les Orientaux. Cepen- 
dant, dis-tu, «il n'y a aucune trace de la division en deux» — non 
pas division de l'union, mais portant sur la différence des essences. 
— Mais toi-même, ô sage, avec toute ta sagesse, tu confesses deux 
(natures) même après l'union, et tu contrains cependant à 
confesser qu'après l'union il n'y a plus deux natures. Tu as dit en 
effet qu'il y a « deux natures unies », or il est évident que c'est 
après l'union, et non avant, qu'elles sont unies. Comment donc 
peux-tu confesser deux natures après l'union, et défendre de con- 



1. Il faut le singulier, comme plus haut. 

2. Labbe, loc. cit., col. 1122 6. 

3. Ibid., c. 



280 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

fesser deux natures après l'union ! Lequel croire ? Le premier 
ou le second? ou bien le tien, lorsque tu t'accordes avec les Orien- 
taux qui confessent deux natures, ou avec ^ Acace (lorsque tu dis) 
qu'après l'union il ne convient pas de confesser deux natures 
mais une, parce que la division en deux a déjà cessé 2. Tu donnes 
(ainsi) à tout homme ce qu'il veut... 

Mais « ils n'admettent pas non plus la division naturelle... ils 
affirment que les seules paroles touchant Notre-Seigneur sont 
séparées ^, car ils disent qu'elles conviennent, non pas, disent-ils, 
les unes au Verbe de Dieu le Père, comme à un Fils à part, et 
d'autres comme à un autre Fils encore [437] qui serait (né) d'une 
femme, mais les unes à sa divinité et les autres à son humanité, 
car le même est Dieu et homme *... » 

Il (Cyrille) me calomnie avec mensonge d'avoir dit deux fils, 
ce qu'il a cité contre moi le crie, aussi bien (mes) lettres que (mes) 
homélies qu'il a découpées. Quant à sa parole : « ils n'admettent 
pas maintenant de division naturelle, ils affirment que les seules 
paroles touchant Notre-Seigneur sont séparées ^;)) voyons un peu 
ce qu'ont dit les Orientaux et comment il se sert de leurs paroles : 
« Quant aux paroles des Evangiles relatives à Notre-Seigneur, 
nous connaissons des théologiens qui appliquent comme à un 
seul prosôpon celles qui sont communes ^. » Entends-tu comme ils 
ont confessé ? « A un prosôpon)) , et non à une nature. Pourquoi 
changes-tu leur confession? Celles qui leur sont communes '^, 
ils les attribuent, comme il a été dit 8, à un prosôpon commun. 
Mais toi tune supposes rien de commun. A qui attribueront-ils 
donc ces propriétés communes, puisqu'il n'y a rien de commun, 
excepté chez ceux qui se servent d'un seul prosôpon ? Dis donc 
un prosôpon commun et attribue les choses communes '^ à un pro- 
sôpon; c'est là ce qui rend ce prosôpon commun, car il devient com- 
mun s'il est formé de choses opposées en quelque point, afin qu'il 
ne soit pas seul, mais [438] commun. De même qu'un serpent 

1. Nous lisons Aou de 'am. 

2. Cf. Labbe, Concilia, t. m, col. 1122 c. 

3. « Sont définies et séparées », dans le syriaque. 

4. Labbe, loc. cit., t. m, col. 1123 c 

5. Syr, : « sont définies et séparées ». 

6. Lettre de Jean d'Antioche, Labbe, loc. cit., col. 1094 d. 

7. Litt. : qu'ils font communes. 

8. Il faut corriger ainsi ( êthamrat) ou supprimer cette incidente. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 281 

qui a reçu une blessure, s'enroule sur cette blessure et la cache, 
puis se déroule de nouveau à cause de la douleur et la montre 
sans le vouloir ; toi de même tu cherches aussi à cacher ce que tu 
as confessé, mais ensuite, sans le vouloir, tu as avoué les choses 
qui ont été confessées. 

Écoute donc ta profession de foi, car ils ont exigé que tu signes 
avec eux ce que tu as écrit : « Quant aux paroles des Evangiles 
et des Apôtres qui sont dites <le Notre-Seigneur, nous connais- 
sons des théologiens qui appliquent comme à un seul prosôpon 
celles qui sont communes, et qui partagent les autres comme entre 
deux natures : les unes, celles qui conviennent à Dieu (ils les appli- 
quent) à la divinité du Christ; quant à celles qui sont viles, ils les 
attribuent à son humanité ^... » Voilà ce que tu as accepté de croire 
el d'enseigner ; pourquoi veux-tu le cacher maintenant ? Tu as 
parlé de choses « qui sont partagées comme entre deux natu- 
res » et non à une nature ; de plus la divinité et l'humanité ne sont 
pas la même chose, mais les choses de la divinité sont attribuées 
à la divinité et celles de l'humanité à l'humanité. Ils n'ont pas en- 
suite donné (ces) deux noms à une seule nature, qui serait séparée 
en paroles seulement et non pas en essence, comme tu le penses ; car 
tu dis que les différences des paroles ne sont pas supprimées, mais ils 
ont indiqué en parole les natures et la différence [439] des natures. 
Tu confesses aussi de dire qu'il y a distinction des natures, car tu 
dis :« ils partagent les paroles comme entre deux natures, les unes, 
celles qui conviennent à Dieu, à la divinité du Christ » non pas 
à l'essence en tant qu'humanité, mais à la nature de la divinité 2. 
Ils ne disent pas que la divinité est deux natures, mais une na- 
ture, et ils disent que l'humanité est une nature, car deux natures 
n'ont pas pris leur nom d'une seule ni une de deux. Ils ont dit qu'il 
fallait faire le partage aux deux natures, et non pas de deux (sortes 
de) paroles qui indiquent une seule nature, mais elles indiquent 
deux natures, à cause de la diversité de l'essence différente (de 
chacune) des deux, natures. « Les unes, qui sont ^ communes, sont 
attribuées comme à un seul prosôpon, les autres sont partagées 
comme entre deux natures : celles qui conviennent à Dieu, à la divi- 
nité du Christ. » Le prosôpon commun des deux natures, c'est le 

1. Labbe, loc. cit., col. 1094 d. V, supra. 

2. Litt.:« non à la même essence par l'humanité, mais à la nature parla divi- 
nité. » 

3. Litt. : « sont faites. » 



282 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

Christ. C'est de lui-même que les natures se servent comme d'un 
prosôpon dans lequel et à l'aide duquel elles soient connues 
en essence toutes deux, la divinité et l'humanité, sans divi- 
sion et avec division. Ce n'est pas la divinité (seule) ni l'humanité 
(seule) non plus qui forme le prosôpon commun, car il appartient 
aux deux natures, afin que les deux natures soient connues dans lui 
et par lui. Il est un dans l'essence. L'essence même de l'humanité 
se sert du prosôpon de l'essence de la divinité, mais non de l'es 
sence, et [440] l'essence de la divinité se sert du prosôpon même 
de l'humanité, et non de l'essence, comme tu l'as inventé. « Ils 
n'attribuent pas les unes au Verbe issu de Dieu le Père comme 
à un Fils à part, et les autres à un autre Fils qui serait (né) d'une 
femme, mais les unes à sa divinité et les autres à son humanité; 
car le même est Dieu et homme... » 

Si par « à part » tu entends une différence d'éloignement des 
natures, tu ne parles pas à ceux qui confessent que les natures ont 
été unies et qu'elles l'ont été en un prosôpon; tout en restant deux 
natures ; en lui et par lui ils montrent deux natures qui sont re- 
connues (comme telles). Si tu dis qu'il est un en nature, de sorte 
que la divinité soit une nature qui est née de Dieu le Père et de la 
femme ^, tu dis par là que Dieu n'est distinct de l'homme qu'en 
paroles, et qu'il est le même en essence. Tu sors de ta profession 
de foi et tu cours encore commencer une lutte avec toi-même. 

Comment en effet reconnais-tu, avec les Orientaux, la division 
(des paroles) aux deux natures : « Certaines de ces paroles, celles 
qui conviennent à la divinité, à la divinité du Christ, et celles qui 
sont humbles, à l'humanité du Christ^ w qui est l'humanité par 
nature et la divinité par nature ; ils n'ont pas dit : « A la divinité 
de Dieu le Verbe, » ni encore « à l'humanité de Dieu le Verbe, » 
car Dieu le Verbe n'est pas deux natures, ni de deux natures, 
[441] ni deux noms, ni plusieurs noms qui seraient les noms d'une 
essence. Et si la divinité n'est pas conçue dans la nature, mais 
seulement en paroles, pourquoi traînes-tu avec toi Acace, ton 
ami et ton confident ^. Ne fallait-il pas le renvoyer tel quel, lui 
qui ne s'attacherait à toi que de nom seulement et en parole, 
si tu divisais les natures, non d'après leurs essences, mais d'après 

1. Nous changeons la ponctuation du texte. 

2. Labbe, Concilia, t. m, col. 1094 e. 

3. Litt. : « fils de ton âme » peut-être : « un autre toi-même. » 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 283 

des paroles qui n'existent que dans la pensée comme les paro- 
les qui indiquent l'infini et l'irréeP ? Elles n'auraient pas de 
différence et de nature et d'essence, parce qu'elles ne sont même 
pas des essences. Elles n'ont de différence que dans les noms des 
natures, parce que c'est en cela (seulement) que consiste leur exis- 
tence. 

Ainsi tu as attribué aussi deux natures au Christ, mais tu as 
dit qu'elles se distinguaient, non par les natures et par les es- 
ences, mais seulement par l'entendement et par les paroles :« Nos 
frères d'Antioche appellent différence des natures les choses dont 
on conçoit (que) le Christ (est composé), seulement comme une 
simple acception de l'esprit, parce que la divinité et l'huma- 
nité ne sont pas une même chose en qualité naturelle, comme je 
l'ai dit 2...» Tu as dit en qualité ^ et non en essence. Mais une 
qualité n'est pas la nature de l'essence, mais ou la forme * de 
l'essence, ou de la nature, ou de ce qui n'est pas l'essence, ou une 
simple vue de l'esprit qui est dite au sujet des natures. Cette qua- 
lité ne possède pas les marques propres des natures ^, [442] mais 
une différence des natures sans essence, que tuj)laces, seulement 
dans des paroles sur le concept des natures, sans essence (corres- 
pondante). Il dit ceci : « Ils appellent différence des natures les 
choses dont on conçoit (que) le Christ (est composé), seulement 
comme une simple acception de l'esprit, parce que la divinité 
et l'humanité ne sont pas une même chose, comme je l'ai dit, 
en qualité naturelle ^...)) Mais les frères d'Antioche n'acceptent» 
ni de dire ni d'entendre dire cela. Ils disent : « Quant aux 
paroles des Évangiles relatives au Christ Notre-Seigneur, nous 
connaissons des théologiens ^ qui attribuent à un seul prosôpon 
celles qui sont communes, et qui partagent les autres à deux 
natures ''...)) Ils disent qu'ils partagent ; ils attribuent les paroles 
à deux natures, et ils n'admettent pas une différence qui soit une 



1. Litt. : « et sans nature. » 

2. Labbe, loc. cit., t. m, col. 1123 b. 

3. Tioio-rr,;. 

4. <Tyf|fji.a. 

5. Litt. : « la différence naturelle. » 

6. Litt. : « des hommes divins . » On trouve mieux ailleurs « des hommes par- 
lant des choses divines » ce qui est le mot à mot de « théologiens». Le grec porte 
ôsoXôyo-jç avec la variante 0£r,YÔpojc. 

7. Labbe, loc. cit., t. m, col. 1094 d. 



284 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

simple acception de l'esprit. Ce n'est pas « en paroles », mais 
« par des paroles attribuées à deux natures » qu'ils font la divi- 
sion au point de vue des essences. Les natures sont divisées ; 
elles le sont par les paroles qui les désignent. Les natures ne sont 
pas sans hypostases, et ce n'est pas en pensée, sans les hypostases 
des natures, qu'ils les constituent par paroles dans (leur) pensée, 
mais c'est par la considération des natures et des essences com- 
me des essences et des natures, qu'ils établissent les idées et les 
natures. 

L'un est très différent de l'autre; l'un dit : « Ils admettent seule- 
ment comme une simple conception de l'esprit les paroles relatives à 
la différence des natures)) [443] et il n'admet pas l'idée des natures 
dans (leurs) essences, mais elles sont sans hypostases et sans 
substance, elles prennent leur origine de l'esprit et finissent (avec 
lui). L'autre dit que l'idée et les paroles (relatives) aux natures in- 
diquent les essences, au commencement dans l'esprit, (puis) dans 
les natures et dans les essences ; de sorte que trois genres de 
questions sont posées à celui qui pense, au sujet de la nature de 
l'essence : l'essence elle-même, l'idée de l'essence et la parole pour 
désigner l'idée. Celui qui fait de ces choses une pure considération 
de l'esprit, dit seulement deux choses : l'idée pure et la parole qui 
l'exprime. C'est pour cela qu'il place la différence dans l'idée seule 
de nature, et non dans l'essence, mais dans une qualité ^ qui (repose) 
sur un fantôme et une opinion de nature, sur une forme de nature 
et non sur l'essence de la nature. Qualité de la nature, forme et 
aspect de l'essence, il réunit toutes choses et les ramène à ce qui est 
sans essence. Qui aura confiance en celui qui traite avec tant d'ir- 
révérence des choses divines ? Il n'a aucune idée pure et sûre ; 
il traite tout de cette manière ; il se moque de 2 ceux dont V angoisse 
a pénétré jusquà leur âme ^ et qui ont souci d'apprendre la vérité. 

Il ressemble à Origène qui dit tout pour être accepté de cha- 
cun, cherchant à plaire ^ à chacun en ce qu'il [444] dit et per- 
suade à tous; c'est pour cela qu'il est haï de tous, parce qu'il ren- 
verse et détruit ce qu'il avait préparé à l'aide des (raisons) con- 
traires. Si des choses lui plaisent,il veut que tous les gardent; si quel- 

1. TroiOTr^;. 

2. Litt. : « il joue avec. » 

3. Cf. Ps. Lxviii, 2. 

4. Sans doute /apt^sTai. 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 285 

qu'un les attaque en ennemi, il semble l'ennemi du genre humain. 
Ce n'est pas dans ce qu'ils ont inventé qu'ils se réjouissent et se 
complaisent, au contraire il les couvre de confusion pour ce qu'ils 
ont préparé. Ceux-là (les Orientaux) ne se complaisent pas dans les 
choses qui lui agréent, car ils pensent qu'elles ne sont pas confor- 
mes à la vérité. Mais il répond à ceux qui s'élèvent contre lui, 
comme contre un ennemi de la vérité — c'est-à-dire en faveur, 
du symbole de foi des Orientaux — et il ne cite pas leur réponse 
sans mélange, telle qu'elle est. 

Cyrille. Parce que les partisans de l'impiété d'Arius, lorsqu'ils mêlent 
criminellement leurs erreurs à la force de la vérité, disent que le Verbe 
de Dieu fut homme ^, mais qu'il se servait d'un corps sans âme — ils fai- 
saient cela avec ruse, afin qu'en lui attribuant les paroles humaines, ils 
pussent montrer à ceux qu'ils trompaient qu'il était inférieur à l'excel- 
lence du Père, pour dire qu'il était d'une autre nature que Lui — les Orien- 
taux, à cause de cela, craignant que la gloire de la nature^ de Dieu le 
Verbe ne fût diminuée, à cause des choses qui sont dites de manière hu- 
maine par suite de l'incarnation ^, [445] divisent les paroles ; non qu'ils 
partagent l'unique fils et seigneur en deu:s. prosôpons'^, comme je l'ai dit, 
mais ils attribuent les unes à sa divinité, les autres à 'son humanité, et 
cependant toutes à un -^ . » 

Nestorius. S'ils attribuaient les paroles divines et humaines 
à la seule nature de Dieu le Verbe, comme si elles ne différaient 
qu'en paroles, comment éviteraient-ils de dire que les propriétés 
humaines n'appartiennent pas à l'essence de Dieu le Verbe ? Tu 
as dit des propriétés humaines qu'elles n'existent pas à part et 
qu'elles sont étrangères à la nature du Père qui est une. Ce n'est 
pas seulement en paroles qu'il est autre en nature, mais (c'est) 
aussi en essence ; car l'essence de l'homme, comme tu Tas dit, 
est l'essence de Dieu. Il est certes Dieu et homme. Il est donc 
étranger à son Père en tout ce qu'il est, et lui est inférieur en tout, 
d'après ton sentiment, puisque tu penses qu'il est homme dans 
une seule et même essence. Ne vous ingéniez donc pas pour l'empor- 
ter de force et ne plus être dans le vrai. Ils séparaient les paroles 
pour sembler les partager entre deux natures d'essences (diverses), 

1. Lire howê men, yevsaOat [xév. 

2. Le grec porte : « la gloire et la nature. » 

3. Litt. : « au sujet de l'économie avec la chair. » 

4. Le grec n'a pas le mot « prosôpons. » 

5. Labbe, loc. cit., col. 1126, e. 



286 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

et on les accuse d'oser dire contre Dieu le Verbe, que ces (paroles) 
sont conçues des natures sans essence (et) par l'esprit seulement, 
comme tu as fait semblant de dire l'un et l'autre. Mais ceux-là 
(au contraire) séparent ces paroles comme entre deux natures 
qui subsistent par essence (propre), [446] comme cela a lieu en 
vérité. Ils écartent la calomnie (adressée) par les ariens à Dieu le 
Verbe ; tandis que celui qui unit naturellement les deux (genres 
de) paroles sur une seule nature et sur une même essence, prépare et 
aide de toute manière les ariens, en sorte que Dieu le Verbe soit 
étranger à Dieu le Père. 

Cyrille. Ta Sainteté^ n'ignore pas qu'en jetant sur mes lettres la tache ^ 
de la pensée d'Apollinaire, ils ont pensé que je disais que le saint corps 
du Christ était sans âme, et qu'ily avait eu mélange, confusion, mixtion et 
changement ^ de Dieu le Verbe avec la chair; ou que la chair s'était changée 
en la nature de la divinité, au point que rien ne fût conservé pur et qu'elle 
(la chair)ne fût pas ce qu'il est. Ils pensèrent en plus que j'étais impliqué dans 
les blasphèmes d'Arius, parce que je ne voulais pas reconnaître la diffé- 
rence des paroles et dire que les unes convenaient à Dieu, tandis que les 
autres étaient humaines et convenaient plutôt à l'économie avec la 
chair. Que je sois étranger à toutes les erreurs du genre de celles-là. Ta 
Perfection en rendrait témoignage pour moi aux autres, cependant il 
convenait de me justifier devant ceux qui avaient été scandalisés. C'est 
pour cela que j'ai écrit à Ta Piété que je n'ai jamais partagé les (erreurs) 
d'Arius et d'Apollinaire ; je ne dis pas que Dieu le Verbe s'est changé 
en la chair, ni que la chair s'est changée en la nature de la divinité, [447] 
parce que le Verbe de Dieu est immuable et inaltérable, incompréhensible 
en tout. Je n'ai jamais supprimé non plus la différence des paroles, car je 
sais que Notre-Seigneur parle en même temps de manière divine et de 
manière humaine, parce qu'il est en même temps Dieu et homme *. 

Nestorius. Comment as-tu dit toutes ces choses qui engen- 
draient des soupçons contre moi, parce que tu ne voulais pas re- 
connaître la différence des paroles, alors que tu n'as pas enlevé la 
différence des paroles ? pourquoi étais-tu regardé, d'après ce que 
tu n'as pas enlevé, comme si tu partageais les (erreurs) d'Arius et 
d'Apollinaire : que Dieu le Verbe s'était changé en la chair, ou 
que la chair s'était changée en la nature de la divinité PParce que 

1. Le grec porte : « Ta perfection. 

2. Grec. : tôv (xwîj.ov; sic V, C, S : « les taches. » 

3. xpàTt;, r, (T-jyyu(7cç, r, cp-Jp[ji,bç, r, (JteTaêoXri. 

4. Labbe, loc. cit., col. 1127 b. 



II 



1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 287 



tu réponds qu'il y en a qui pensaient que tu ne voulais pas re- 
connaître la différence des paroles, à cause même de cette ré- 
ponse, tu t'accuses toi-même, comme si tvi étais cause de ce 
qu'ils pensaient de toi. Lorsque tu veux te justifier toi-même 
en disant : « Je n'ai pas enlevé la différence des paroles » (en 
réalité) tu t'accuses, aux yeux de ceux qui pensaient de toi, 
sans avoir pu vérifier leur soupçon — et surtout aux yeux d'A- 
cace, qui en pensait autant, surtout parce qu'il admettait ces 
paroles — que d'abord tu ne les admettais pas. Comment com- 
prends-tu que tu n'as pas enlevé la différence des paroles et que 
tu as semblé faire le contraire ? [448] Comment dis-tu que Dieu 
le Verbe n'a pas été changé en la chair, ni la chair en Dieu le 
Verbe, et que la différence ne soit qu'une diff'érence de paroles et 
non d'essences; et que l'essence de la divinité soit demeurée dans 
sa nature, et l'essence de la chair dans la nature de la chair, si 
leurs essences n'ont pas été changées ? Comment attribues-tu 
les choses humaines et les choses divines à l'unique nature de 
Dieu le Verbe, de sorte que Dieu le Verbe soit en même temps 
Dieu et homme, sans avoir été changé en la chair ou en l'homme ? 
Car il est impossible (qu'une essence) soit deux dans la même 
essence, lorsqu'une essence n'est pas ce qu/est l'autre. Est-ce 
qu'elle était sans être ? Était-elle ce qu'elle est devenue et 
s'est-elle changée en ce qu'elle est devenue; c'est-à-dire en l'es- 
sence de rhomme, ou l'essence de Thomme en l'essence de Dieu? Si 
Dieu et l'homme sont en même temps dans une seule et même 
essence et dans une seule et même nature, puisque la division 
en deux est supprimée, comment l'essence de la chair et l'essence 
de Dieu se trouvent-elles dans leur être sans qu'il ait été changé, 
puisqu'on ne doit pas les concevoir sans changement dans les 
natures mêmes dans lesquelles elles étaient ? Et si on les con- 
çoit sans changement, comment ces (natures), qui sont deux, ne 
seront-elles pas conçues comme deux ? Comment la division en 
deux est-elle enlevée et supprimée? Comment ces choses n'émou- 
vraient-elles pas, et n'amèneraient-elles pas (un être quelconque) 
à remarquer leur impiété, quand même ce serait une pierre, ou 
même un démon [449] à qui rien de beau ne plaît ? Il crie que 
c'est son œuvre, et, comme les insensés, qu'il a tout fait, qu'il a 
dit ceci et cela et d'autres choses, tout et rien. 

Cependant il amène tout le monde à adhérer à de telles absur- 
dités, parce qu'ils ne comprennent ni les choses dont ils parlent, ni 



288 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

celles qu'ils approuvent. Ils n'ont pas une seule et même idée sur 
un sujet, mais ils nient ; ensuite ils persistent, comme si c'était 
la vraie foi, dans les choses qu'ils nient ; puis ils conservent 
dans (le symbole de) la foi les choses qui n'en font pas partie : 
et ils ne croient pas celles qui sont évidentes et professées par 
tous. Car autre chose est la foi et autre chose est la nature : celui 
qui dit que les choses évidentes et connues quant à l'essence, 
sont une certaine autre chose quant à la foi, il ne supprime pas 
les propriétés de la nature, mais il veut là-dessus faire croire 
à d'autres qu'elles ne sont pas dans la nature. Mais ce qui a 
lieu par nature est nécessairement ^ ce qu'est le prosôpon. Par 
exemple, lorsqu'il dit sur le pain : Ceci est mon corps ^^ il ne dit pas 
que le pain n'est pas du pain et que son corps n'est pas un corps, 
mais en les montrant, il dit «pain» et «corps)) ^ ce qui est l'essence. 
Mais nous savons que le pain est du pain, par la nature et par 
l'essence. Mais (lorsqu'il s'agit de) croire que le pain est son corps 
[450] par la foi et non par la nature, il cherche à nous persuader 
de croire ce qui n'a pas lieu par essence ; de manière que cela 
ait lieu par la foi et non par essence. S'il s'agissait de l'essence, 
à quoi bon la foi ! Aussi il ne dit pas : Croyez que le pain est du 
pain, parce que quiconque voit le pain sait que c'est du pain ; 
il n'a pas besoin non plus de faire croire que le corps est un corps, 
car tout le monde voit et sait que c'est un corps. C'est donc ce 
qui n'est pas (par essence), qu'il nous demande de croire tel (par 
la foi), de sorte que cela arrive par la foi à ceux qui croient. 
Ainsi il n'est pas possible de croire que (deux) choses d'essence 
différente soient dans une que l'on dirait autre, mais qui ne serait 
pas dans son essence propre, de manière qu'elles restent deux et 
qu'elles soient par leur essence étrangères l'une à l'autre. Celui 
qui supprime ici l'essence, supprime avec elle ce qui est conçu par 
la foi. 

Ainsi il n'est permis * en aucune manière de nous servir en public 
de ce qu'il dit ainsi (deux natures en une), car c'est une grande 
tromperie : il accepte et supprime les (deux natures), pour mon- 
trer à chacun que l'on trouve chez lui le vrai et le faux, et (les 



1. Litt. : « par force. » 

2. Matth., XXVI, 26. 

3. Litt. : « il montre démonstrativement (àTroSetxTixw;) le pain et le corps.» 

4. Litt. : « beau. » 



IT, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 289 

paroles) de rorthodoxie et de l'hérésie ; je lui ai obéi eu ce (^u'il 
voulait. Il n'a pas pu ^ montrer par aucune de mes paroles que 
j'étais hérétique, mais il m'a montré dans toutes (les doctrines) 
[451] de l'orthodoxie. Ce qu'il n'avait pas agité au commencement, 
il l'a fait depuis dans ses réponses, comme celle qu'il fait main- 
tenant, bien qu'avec audace et fourberie, pour les Orientaux. 

Mais quelqu'un dira : Pourquoi les Orientaux ont-ils accepté 
la déposition^ de Ton Impiété t'accusant ainsi, quand bien même 
tu n'aurais rien enseigné ^ d'étranger (à la foi). Ils semblaient 
cependant porter contre lui (Cyrille) les mêmes accusations que 
toi, et voilà qu'ils rejettent telle chose, qu'ils en admettent telle 
autre et qu'en somme il ne reste rien... 

C'est lui (Cyrille) qu'il faut interroger à ce sujet, et semblable- 
ment ceux-là (les Orientaux). Si vous voulez encore l'apprendre 
de moi, je parlerai de ce qui ( a été connu) peu à peu de tout hom- 
me; non pour être accepté des hommes et être aidé par eux — car 
j'attache peu d'importance aux choses humaines : je suis mort 
au monde et je vis pour celui qui m'a vivifié * — mais je parlerai 
pour ceux qui ont été scandalisés, ni d'après moi ni de toon(fonds), 
mais d'après lui (Cyrille), car le Christ l'a obligé à répondre pour 
moi : Ils n'ont rien dit d'autre en effet, sinon qu'un ordre de 
l'empereur les avait obligés de tout accepter: 

Cyrille. Les évêques (réunis) à Constantinople dirent : Il faut que 
le pieux évêque Jean anathématise [452] la doctrine de Nestorius et admette 
par écrit sa déposition ^. 

Nestorius. Ainsi, jusqu'à ce moment, d'après l' évêque d'An- 
tioche, les Orientaux et les évêques orthodoxes, j'étais évêque. 

Cyrille ^. Comme doncle pieux empereur se ralliait avec grande joie à 
leur avis, mon seigneur, l'illustre tribun et notaire Aristolaùs, fut envoyé 
pour régler cette affaire. Lorsque l'ordre de l'empereur fut montré aux 
Orientaux, comme si cela avait lieu par la volonté des saints évêques 

1. Syr. : « ils n'ont pas pu. » 

2. zaOac'oîCTi:. 

3. Lire AlefL 

4. Litt. : « pour celui que je vis. » Cf. Philipp., i, 21. 

5. Labbe, loc. cit., col. 1114, b. k'saTxôv zs. oti tôv xr,? QeoGeStia.ç sfjiTrXsov èuc'axo- 
Tcov 'Icoiv /•','/ TÔV 'AvTio/îîa; àvaO£;j.aTi(ra: os? toi. Neaxopio-j odvjxara, xal èyYpàçwç ôij.©- 
Xoyf,Tat T-nv /.a6a;'p£(7tv a*JTO-j. 

6. Le syriaque met « Cyrille » deux lignes plus bas, mais le grec, Labbe, 
loc. cit., col. 1114 c, montre que la citation commence ici. 

Nestorius — 19. 



290 NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

qui s'étaient réunis à Constantinople la grande ville, ils se réunirent — 
je ne sais ce qu'ils pensaient ^ — près du saint et pieux Acace, évêque 
d'Alep 2, et le poussèrent à m'écrirequelemodes de réconciliation, c'est-à- 
dire * de la paix des églises, ne pouvait être autre que celui qui leur parais- 
sait bon. Cette demande était dure et grave, car ils demandaient que toutes 
les choses qui avaient été écrites (par moi) ^ dans des lettres, des tomes 
et des livres fussent annulées ^. 

Sur les choses qui eurent lieu après la paix forcée ^. 

Nestorius. Jusqu'au moment où ils ont écrit ces choses, celui- 
là (Cyrille) figurait aussi parmi les hérétiques, alors que tout le mon- 
de — et pas seulement quelques hommes — connaissait et blâmait 
ses écrits. (L'empereur était) la main qui les conduisait par force, 
et il [453] n'y avait moyen de rien faire à l'encontre de ce qu'ils 
demandaient (les évêques de Constantinople). Tous ceux qui 
nous entendent ont compris — car on souffrait avec nous de la 
violence qui était faite par l'ordre de l'empereur — qu'ils m'ont 
amené à une semblable extrémité ^. 

Mais on s'indignera : « Pourquoi n'ont-ils pas maintenu ce qu'ils 
avaient jugé une fois ?» — Ils se sont peu préoccupés de ce qui 
avait été fait contre moi, car ils avaient à redresser ^ et à publier 
la foi et à pacifier les églises. De môme qu'un tyran, qui est venu 
pour piller et qui ne peut prendre la ville, cherche à obtenir, pour 
la conclusion de la paix, la mort de celui qui combattait pour eux 
contre lui, afm, s'il l'obtenait, que la ville soit vaincue; delà même 
manière, celui-là demandait aussi ma déposition qui lui fut donnée 
sans jugement. Mais laissons cela ; je ne me préoccupe pas~de ce 
qui a été fait contre moi, mais seulement de la paix des Églises ^^. 



1. Ou: « je ne sais pourquoi. » 

2. « Alep )) est dû au traducteur. Le grec porte le notti Bérée. C'est en 638 que 
Bérée aurait repris le nom d'Alep. Cf. Vigouroux, Dict. delà Bible, t. i, col. 1607. 
Mais le nom Alep était sans doute resté en usage chez les syriens orientaux. 

3. Sic le grec : ôxt -rbv rporrov. Le syriaque porte : « en manière ». 

4. Sic le grec : r.Toi. Le syriaque n'a pas traduit ce mot. 

5. Sic le grec : irap' i\j.o\j. Le syriaque omet ces mots. 

6. Labbe, loc. cit., col. 1114 c. 

7. Ce titre est joint au texte précédent dans les manuscrits syriaques. 

8. àviy/.Y). 

9. Litt. : « à cause du redressement ». 

lO.Ceci rend vraisemblable la lettre où Théodoret demande à Nestorius, pour 



II, 1. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 291 

Je souffre tout pour la paix des Eglises, mais tout est arrivé 
à rencontre. 

Après qu'il eut reçu ce qu'il désirait, il les réunit sous sa main 
pour une paix apparente et il connut qu'il ne profitait pas de ce 
qui avait été fait contre moi ; mais la profession de foi, pour la- 
quelle on m'avait fait la guerre, fut confirmée. Il fut donc évident 
qu'il y avait eu inimitié et violence, et c'était une démonstration 
des choses qui ont eu lieu et elles pouvaient facilement être 
renversées. Pour éviter cela et pour que mes ennemis ne [454] 
devinssent pas ses accusateurs, eux qui l'avaient aidé d'abord 
dans ce qui avait été fait contre moi, il commença à être attiré 
vers la profession de foi, à s'ingénier et à duper les deux par- 
tis avec des enseignements opposés. Ils (les Orientaux) surent et vi- 
rent clairement que certains s'étaient affaiblis : ils avaient beaucoup 
souffert sans recevoir aucun secours. Aussi ils ne rompaient pas vo- 
lontiers la paix qu'ils avaient faite d'après les lettres qu'ils s'étaient 
écrites les uns aux autres ; ils désiraient en rester là et penser ainsi i. 
Gomme il (Cyrille) était accusé, par ceux qui tenaient son parti 
et qui avaient la même profession de foi que lui, d'â'voir dépassé 
l'opinion commune et de détruire à lui seul les (effets du) zèle de 
tous par son arbitraire et par mépris pour eux, il craignit qu'ils 
ne l'abandonnassent ou ne s'élevassent contre lui et il se hâta 
de faire plus qu'ils ne demandaient. 

De même que les prisonniers de guerre ^y pour montrer qu'ils 
pensent comme ceux qui les ont pris, n'épargnent ni les amis, 
ni les enfants, ni les parents, pour leur faire croire qu'ils haïssent 
leur race ; de même celui-ci fut amené à s'élever aussitôt contre 
les Pères qui étaient morts auparavant : contre Diodore et Théo- 
dore, qui étaient les Pères de tous, et durant leur vie [455] et de- 
puis leur mort, aussi bien de lui que de nous. Il (Cyrille) les dési- 
gna comme les ennemis de tout homme, bien que lui-même com- 
muniquât avec eux, qu'il les tînt pour des Pères et des orthodoxes. 
Lui-même conservait avec diligence leurs travaux relatifs à la 
foi et avait commandé de les envoyer à tous. Mais comme il vou- 
lait persuader qu'il n'était pas poussé contre moi par la haine. 



le bien de la paix, d'engager Alexandre de Mabboug à se prononcer contre lui 
Lupus, op cit.,c. CLXx, n. 258, p. 341. 

1. C'est-à-dire : « les orientaux affaiblis désiraient conserver la paix. » 

2. Litt. : « ceux qui sont pris dans la guerre. » 



292 NESTORIÙS. LIVRE d'hÉrACLIDE 

il chercha à les anathématiser, lorsque personne ne se serait mê- 
me arrêté à penser qu'il oserait une telle chose contre eux. Ce qui 
est pire que tout, il condamnait les écrits qui étaient faits con- 
tre Apollinaire, et il soutenait ceux d'Apollinaire en disant : a C'est 
la foi de l'Église. » De quel côté penchera-t-on ? Du côté de Dio- 
dore, qui est celui des saints Pères par toute la terre, eux que 
toute la terre loue et qu'elle oppose dans un même zèle, comme une 
même bouche, à Apollinaire, à Arius, à Macédonius, à Eunomius 
et à toutes les hérésies ; ou du côté d'Apollinaire ? Admettons 
que j'aie été ton ennemi et que je n'aie pas écouté ce que tu me 
demandais. Mais pourquoi combats-tu à cause de moi ceux qui sont 
morts dans l'orthodoxie ? Ou peut-être combats-tu contre moi 
à cause d'eux ?[456] Pour dire la vérité : c'est à cause de ta méchan- 
ceté en toute chose que tu combats contre tous. 

Tu me dis : Aux jours de Diodore , n'y avait-il pas Basile et 
Grégoire ? N'y avait-il pas à Alexandrie des évêques illustres par 
leurs actes et par leurs paroles ? N'y avait-il pas à Rome des hom- 
mes parfaits qui sufhsaient pour défendre les Églises? n'y avait-il 
pas par toute la terre, pour défendre les Églises, des docteurs qui 
n'étaient pas dans les délices, ni dans la gloire, ni dans l'honneur, 
ni dans la mollesse, mais dans les persécutions, les tribulations, 
les guerres et l'efîroi, lesquels ont conservé et gardé la vraie foi 
sans faiblesse, plutôt que celui-là qui était hérétique et égaré ? 
Il s'agit de Diodore qui était dans la bouche de tous, qui était 
transmis par les livres, la terreur des hérétiques, lui qui, par la 
parole de la doctrine et par la grâce divine, se dressa contre les 
ordres impériaux pour le peuple de Dieu, et il ne perdit pas (le 
peuple), mais il l'augmenta de nombreuses fois et une grande paix 
fut acquise aux Églises. Alors il n'était pas hérétique, ni pour ses 
contemporains, ni pour toi, ni pour les tiens, ni encore durant les 
troubles que tu as causés contre moi. Mais lorsque tu t'es for- 
tifié, que tu t'es engagé dans cette voie ^ et que tu en es arrivé 
à cette tyrannie de la paix (imposée), c'est alors que Diodore, 
[457] Théodore et le reste des autres te sont devenus hérétiques. 
Cela t'ouvrait la voie contre Basile, Grégoire, Athanase, Ani- 
broise et le reste des autres qui ont tous dit les mêmes choses. 

Qui ne gémirait pas en pensant à ceci : Encouragés par les ordres 
impériaux, la crainte et les punitions, ils pressaient les Orientaux et, 

1. Litt. : « Que tu as entrepris comme tu as entrepris. » 



II. 2. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS 293 

après la paix , ils les traînaient et les faisaient aller et venir 
comme des captifs, ils les obsédaient pour leur faire anathématiser 
leurs Pères. Ils arrivèrent à cette paix et à cet accord, et tous 
pensèrent à la fois que de cette manière ils avaient fini de souf- 
frir des maux après m'avoir livré à mon ennemi. Parce qu'ils 
craignaient, ils disaient : Mieux vaut qu'un homme soit oppri- 
mé et que la foi subsiste. Plût à Dieu que c'eût été vrai !: 
Comment cela ne m'aurait-il pas plu? Au contraire je me réjouis- 
sais vivement de l'amélioration qu'avait reçu ce dont ils s'oc- 
cupaient. Mais, bien loin de là, ils souffraient de m'avoir aban- 
donné et de ce qu'ils laissaient dire, et aussi de ce qu'on ne leur 
laissait plus dire : ce que j'avais dit moi-même et ce pour quoi 
ils m'avaient chassé. 

Plus tard ils s'attaquèrent à Théodore et ensuite à Diodore, 
puis à chacun [458] du reste des autres, et ils arrivaient à cette 
même conclusion qu'ils étaient obligés de les chasser avec moi, 
parce qu'ils pensaient les mômes choses et non d'autres. Il leur fal- 
lait donc ou les rejeter avec moi pour les mêmes ^raisons, ou 
me recevoir aussi en même temps qu'on recevrait ceux-là. Mais 
ils n'osaient pas parler de me recevoir, parce qu'ils m'avaient 
chassé une fois. Il leur fallait ^ donc encore, bien qu'avec peine, 
chasser ceux-là. Ensuite pour les mêmes motifs, ils devaient en- 
core chasser ceux-ci, parce que ceux-ci pensaient et enseignaient 
les mêmes choses, choses qui étaient d'ailleurs vraies. Avec cette, 
audace, il pensait s'élever contre tous les saints pour recevoir 
(leur doctrine) et ensuite pour changer et renverser ce qu'il avait 
reçu. 

Car celui-là (Cyrille) se montra d'après ses professions de foi 
qu'il fit dès le commencement; peu à peu il ajouta et retrancha, 
mais il dit toujours la même chose, il nia l'oppression et la souf- 
france, il agit et trama jusqu'à ce qu'il eût supprimé qu'il y a deux 
natures dont est résulté le Christ. Il place les natures dans les ap- 
pellations, et non dans les essences. Il imposait, comme une loi, de 
confesser une nature. Ensuite en combattant pour réfuter et con- 
fondre ceux qui disaient deux natures, il ne (s'attaqua) pas à tous 
à la fois, mais [459] à certains, afin, après avoir prévalu contre 
ceux-ci, de combattre aussi peu à peu les autres, comme s'ils 
disaient la même chose que les premiers. Lorsqu'ils se servaient 

1. àvây/.r,. 



294 

du témoignage de certains pour montrer qu'ils disaient la même 
chose, ceux-là le disaient aussi — ce n'est pas là une découverte 
nouvelle — et il les expulsait comme hérétiques. Je dis la même 
chose qu'eux et c'est cela qui les convainc d'hérésie ! Ils étendaient 
cette absurdité inique à tout le monde, tous en même temps. Car 
ce n'était pas pour montrer que j'étais hérétique qu'il appor- 
tait les (paroles) des orthodoxes et des docteurs d'avant moi ; 
mais au contraire, il prenait mes paroles contre eux pour mon- 
trer qu'ils étaient hérétiques, parce que ce qu'ils avaient dit res- 
semblit à ce que je disais. Mais montrons aussi ce qui a suivi 
et qui en découle : 



II, 2. Événements qui suivirent la condamnation de Nestorius. 

De ce qui arriva au temps de Flaçien ^. 

Après Proclus, Flavien fut évêque de Constantinople, homme 
qui se conduisait dans la rectitude et dans la modestie. Il n'avait 
pas (grande) capacité pour parler en public et publier ses discours. 
Aussi celui qui accusait tous les évêques prenait de l'audace, 
celui [460] qui restait seul de tous les autres qui étaient morts, 
je veux dire Eutychès. Comme il n'était pas évêque, il se don- 
nait un autre (rôle), grâce au pouvoir impérial : celui d'évêque 
des évêques. C'est lui qui dirigeait les affaires de l'Église, et il 
se servait de Flavien comme d'un serviteur pour tous les ordres 
qui étaient donnés à Constantinople, et celui-ci, à cause de sa gran- 
de humilité, ne savait pas ce qui se préparait. (Eutychès) chassait 
de l'Église, comme hérétiques, tous ceux qui ne partageaient 



1. Nestorius dira très clairement que Flavien est de son opinion. Il ne faut 
pas oublier que Flavien ne disait même pas clairement , à Constantinople, qu'il 
y avait deux natures après l'union. Par contre il disait clairement une hypostase 
(et non deux, comme Nestorius) et unprosôpon : xal yàp èx gjo çûaswv ô[j.oXoyo-j[X£v 
Tov xptfTTOv etvat [Xîrà T-r|V èvavOpoWriatv, èv |jna ÛTroTTàcrsc xal évi 7rpo<7(ÔT:w. « Nous 
confessons que le Christ, après s'être fait homme, est de deux natures, en une 
hypostase et en un prosôpon. » Labbe, op cit., t. iv, 176 e. 

Il est vrai que Dioscore lui reproche ensuite de s'être contredit, et d'avoir re- 
connu deux natures après l'union. Labbe, op. cit., t. iv, col. 177 d, 181a. Même 
dans ce cas, il se distingue toujours de Nestorius par sa profession d'une seule 
hypostase. 



II, 2. SUITES DE LA CONDAMNATION DE NESTORIUS 295 

pas ses opinions; quant à ceux qui l'aidaient, il les élevait et il 
leur portait secours ; au dehors, il usait de la puissance impé- 
riale, puissance solide, et il ne voulait pas que l'on dît, pas même 
en parole, deux natures dans le Christ ; il se moquait des Pères 
qui parlaient ainsi et les blâmait comme des hypocrites qui ca- 
chaient la vérité par acception de personne, ou comme des héré- 
tiques qui avaient parlé comme moi ; aussi il ne fallait pas que. 
leurs enseignements fussent pris (en considération) dans le juge- 
ment de la foi. Tandis qu'il se consolidait, grâce à la puissance 
impériale et à ces ordres (impériaux) et qu'il faisait les préparatifs, 
tout l'Orient était troublé à ce sujet, et il n'y avait pas d'endroit 
qui ne fût en ébullition, parce qu'il renversait toutes (les affaires) 
comme si [461] elles avaient été faites avec hypocrisie. Il les obli- 
geait déjà, ouvertement ou à dire ce qu'ils ne voulaient pas, ou 
à souffrir des maux et à recevoir une punition. 

Flavien apprit que les Eglises étaient de nouveau troublées à ce 
sujet, que les monastères étaient divisés, que le peuple était dans 
la division, et que le feu brûlait déjà par toute la terre, de par ceux 
qui allaient et venaient et qui prêchaient telles et telles choses 
pleines d'iniquités. (Flavien) envoya vers (Eutychès), comme on 
le raconte, pour le prier et le supplier d'avoir pitié des Églises de 
Dieu qui avaient été très éprouvées par les troubles qui avaient eu 
lieu auparavant ; il leur suffisait de ce qu'on avait décidé lorsqu'on 
avait fait la paix. (Il lui demandait) de ne pas susciter contre lui: 
«ce qui n'avait pas été suscité contre mes prédécesseurs, pour qu'on 
ne pense pas que c'est la crainte qui a empêché de soulever 
(cette question) contre ceux-ci, tandis qu'elle l'aurait été de mon 
temps à cause de (ma) grande négligence, car je confesse que 
je suis un pauvre homme. Que pouvais-tu avoir de plus des autres? 
Car, à cause de mon humilité même, c'est toi qui diriges l'épisco- 
pat et tout ce que tu as ordonné, je l'ai fait sans refus. « 

Celui-ci disait au contraire : « Je t'aide [462] dans l'épiscopat, 
et tu devrais te réjouir du changement : de ce que les choses qui 
n'avaient pas lieu, par hypocrisie, contre tes prédécesseurs, vont 
avoir lieu sans hypocrisie de ton temps. On s'imagine en effet main- 
tenant que les hommes ont été purifiés des erreurs de Nestorius 
tandis qu'ils les ont adoptées. On nous regarde comme si nous 
avions eu une inimitié humaine (personnelle) contre (cet) homme 
et non contre son impiété ; et comme si nous l'avions condamné 
tout en laissant prospérer sa foi. Il nous faut au contraire reje- 



296 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

ter pour toujours les choses qu'il a dites et confessées, car il n'a 
pas été expulsé pour avoir confessé deux fils distincts l'un de l'au- 
tre, chacun d'eux en particulier étant fils, mais pour avoir con- 
fessé deux natures complètes et un seul prosôpon des deux. Ces 
(natures) sont nécessairement dites deux fils, parce que le (nom 
de) fils est appliqué à chacune des natures, un fils (pour cha- 
cune). )) 

Comme Eusèbe d'Alexandrie, qui était évêque de Dorylée, 
était venu près d'Eutychès, et qu'il était regardé comme un confes- 
seur à cause des paroles qui avaient été dites(par lui) contre moi ^, 
(Eutychès) loua la liberté qu'il avait montrée contre moi dans les 
choses qui avaient été faites contre moi (et) dit : « Il serait beau 
pour ta liberté 2 de déraciner ceux qui s'appuient sur l'hérésie de 
Nestorius. Dieu t'a envoyé pour cela; non que tu manques de 
quelque chose, car l'empereur a tout prévu et préparé, mais 
pour que [463] tu te réjouisses dans ton affliction, si cela en-r 
core arrive par ton moyen; par exemple si tu vas trouver l'em- 
pereur en blâmant ceux qui ont besoin d'admettre deux (natures), 
afin, diras-tu, de ne pas laisser sans effet, les choses qui ont eu 
lieu au concile de ton temps... » 

Celui-ci, ne pensant pas qu' Eutychès était excité ni qu'il 
était enflammé, mais le croyant très calme, lui dit : « Tais-toi, 
ne travaillons pas en vain, parce que vous demandez des choses 
qui ne peuvent être ; car tout le concile qui se tint à Éphèse 
et Cyrille lui-même, qui s'est rattaché aux Orientaux, ne les 
ont pas condamnées. Plus tard on a fait la paix sur ce sujet et on 
a laissé (subsister) ce qu'on pouvait admettre à bon droit. Il n'est 
pas possible que tu enlèves à l'Église (le droit) de dire deux na- 
tures dans le Christ sans confusion : (celle) de la divinité et (celle) 
de l'humanité ; consubstantiel à son Père dans la divinité, et 
notre consubstantiel dans l'humanité... » 

Eutychès s'éleva contre lui et dit : « Que Dieu te confonde, toi 
(qui prétendais) que pas même jadis Nestorius ne disait rien contre 
Dieu, mais qu'il était seulement un perturbateur et un vaniteux. 
Comment, en effet, celui qui dit les mêmes choses que Nestorius 

1. Il aurait été « le premier à blâmer l'impiété de Nestorius, » Evagrius, Hist. 
eccles., I, 9. On lui attribue la rédaction de la Contestatio, Labbe, op. cit., t. m, 
col. 338, affichée contre Nestorius. 

2. izoLOùr^nix. 



I 



II, 2. SUITES DE LA CONDAMNATION DE NESTORIUS 297 

pourrait-il s'élever contre Nestorius ? Car ces paroles sont de 
celui que vous avez condamné avec grande peine. )) 

Eusèbe lui dit : [464] « Je ne sais pas ce que tu dis; ce n'est pas 
parce qu'il a dit deux natures que je l'ai combattu ou que le con- 
cile l'a blâmé ; mais parce qu'il séparait et plaçait en diverses 
parties : Dieu à part et l'homme de même à part, qui avaient 
rapport et étaient dits ensemble seulement par honneur et éga- 
lité ^. C'est de cette manière qu'il dit deux fils, et que la sainte 
Vierge n'est pas mère de Dieu, parce que Dieu avait fait sienne 
la naissance de sa chair. 

Eutychès dit : « Tu mens à son sujet ; car vous pensez comme 
lui et vous prétendez que ce n'est pas de lui. Car il a crié des 
milliers de fois : Je ne dis pas deux Fils, j'en dis un seul; je dis deux 
natures et non deux fils, car le fils de Dieu est double quant aux 
natures ; c'est pour cela qu'elle n'a pas enfanté le Fils de Dieu : 
elle a enfanté l'humanité qui est fils à cause du Fils qui lui est 
uni. Et encore : Puisque Dieu n'est pas séparé de celui qui est vu, 
comment pourrais-je séparer l'honneur de celui qui n'est pas sé- 
paré? Ce n'est donc pas parce qu'il disait simplement deux fils, 
ni parce qu'il disait que les natures n'étaient pas unies, car (di- 
sait-il) je confesse le (Fils) double, j'adore deux en un à cause de 
l'union, mais c'est parce que, même après l'union, [465] il disait 
deux natures et que le Fils était double en natures, et que l'union 
avait lieu en prosôpon et non en nature. Vous aussi dans votre 
impiété vous en dites autant, ni plus (ni moins). Il convenait de 
déraciner tous les hypocrites; aussi moi, après l'union, je ne recon- 
nais pas d'essence étrangère en Notre-Seigneur, je ne considère 
même pas que Notre-Seigneur nous est consubstantiel, lui qui 
est notre Seigneur et notre Dieu, car il est consubstantiel au 
Père dans la divinité. » 

Eusèbe lui dit : « Que Nestorius ait parlé comme tu le dis ou 
autrement, je ne cherche pas maintenant à le scruter, mais je dis 
que celui qui parle ainsi parle correctement. Toi (par contre) je 
dis que tu n'as pas la profession de foi des orthodoxes : je^ dis, au 
sujet de la chair qui nous est consubstantielle, que tu la sup- 
primes ou que tu la changes en la nature de la divinité. C'est 
pourquoi il faut étudier les choses que tu attribues à Nestorius 



1. Mieux vaudrait « par égalité d'honneur » comme plus haut. 

2. Syr : « tu. » 



298 NESTORIUS. LIVRE D HÉRACLIDE 

et à l'occasion desquelles tu accuses le concile et Cyrille d'avoir 
menti contre lui, puisqu'ils pensent la même chose ; tu confir- 
mes l'accusation de celui-là, comme s'il était vrai qu'il pense ainsi. 
Tout homme anathématisera cette pensée comme impie, et je le 
montrerai en temps convenable, car, s'il n' y a pas de nature (hu- 
maine) en Notre-Seigneur, [466] il n'est pas non plus notre consub- 
stantiel puisque l'essence de la chair est supprimée. » 

(Eusèbe) l'accusait à ce sujet devant Flavien et devant le concile 
qui était réuni avec lui à Constantinople. (Eutychès) avoua ces 
(erreurs ) et continua à montrer son impiété, en confessant que le 
corps du Christ n'était pas notre consubstantiel, comme pour 
aboutir non à deux natures mais à une nature. 

Cette (affaire) troublait l'empereur, et il cherchait à, ce (qu'Eu- 
tychès) ne fût pas déposé. Il ne fut pas écouté et prépara donc 
tout pour la déposition de Flavien et le rétablissement d' Euty- 
chès. Il commença par s'attacher l'évêque d'Alexandrie et l'é- 
vêque de Rome en leur écrivant ce qui avait été fait contre Eu- 
tychès, l'un approuva et l'autre n'approuva pas. Car l'évêque 
de Rome lut ce qui avait été fait contre Eutychès et il con- 
damna Eutychès à cause de son impiété. Pour moi, lorsque 
j'eus trouvé et lu cet écrit, je rendis grâces à Dieu de ce que l'Égli- 
se de Rome avait une confession de foi orthodoxe et irréprocha- 
ble, bien qu'elle eût été disposée ^ autrement à mon égard. (L'em- 
pereur) éloigna de (Flavien) le reste des évêques et les lit courir à 
Eutychès, en insultant ceux qui étaient avec Flavien et en ne lui 
témoignant aucun égard, en particulier ni devant les grands. Ils 
étaient souvent accusés et on ne les écoutait aucunement [467] au 
sujet des accusations portées contre eux ; mais on s'élevait con- 
tre eux avec mépris, on les arrêtait, on les faisait souffrir. Il éloi- 
gna aussi de lui le clergé en le vexant et le persécutant au sujet 
des choses qui n'étaient pas données pour leur nourriture. Et les 
choses qu'il avait ordonné de ne pas réclamer aux Églises, lors- 
qu'il respectait l'Église et Dieu, il commandait dans une fureur 
sauvage de les leur réclamer avec sévices sans rémission. Les éco- 
nomes étaient arrêtés en public et étaient accusés devant les 
foules. Tout évêque qui n'était pas du parti d' Eutychès était 
saisi. Tout impôt, au sujet des biens de leurs églises, qui leur avait 
été remis par lui et par les empereurs ses prédécesseurs, il comman- 

1. Litt. : « ils étaient disposés ( les Romains). » 



II, 2. SUITES DE LA CONDAMNATION DE NESTORIUS 299 

dait d'exiger d'eux, en une fois, ce tribut pour toutes les années 
(où il n'avait pas été payé). Quant à ceux qui étaient illustres ^ 
ou de la famille des grands, il exigeait d'eux publiquement ^^ 
à cause de l'honneur qu'ils avaient, une (grande) somme d'or. 
C'est de cette manière qu'il commanda de tirer vengeance sans 
miséricorde d'Eusèbe, l'accusateur d'Eutychès. Ces deux procédés 
étaient employés avec toutes les plaies de la faim, de l'usure et 
de la captivité, qui sont sans nombre. Il faisait tomber à genoux 
et gémir la noblesse romaine. 

[468] Tandis que Flavien était ainsi accablé, il célébrait la fête 
de la Pâque, dans laquelle l'empereur entrait à l'Eglise. (Flavien) 
ne le regardait pas comme un ennemi, et il prenait le saint Evan- 
gile pour qu'il eût pitié d'eux, tandis que tous les évêques et le 
clergé étaient réunis avec lui ainsi que tous les (nouveaux) bap- 
tisés dans leur costume et que le peuple criait avec lui. Il tomba 
sur son visage et se jeta (à terre) dans l'église, le suppliant de lui 
permettre de se défendre, car il espérait qu'il respecterait l'Évan- 
gile. (L'empereur) le renvoya en l'insultant, en le menaçant, 
comme s'il lui avait manqué de (respect) en ce qu'il faisait ; tous 
les évêques suppliaient avec (Flavien) ainsi que le clergé, les 
(nouveaux) baptisés étaient prosternés à terre, au milieu des 
acclamations du peuple, on les chassa comme s'ils déshonoraient 
(l'empereur) et celui-ci s'interdit depuis cette époque l'entrée 
de l'église et il commanda d'exiger honteusement ce qui était dû 
par (Flavien) et de ne pas lui accorder de délai ; au point qu'il 
fut obligé de faire dire à l'empereur, qu'il n'avait pas de biens 
propres, parce qu'il était pauvre, et que même les biens de l'église, 
si on les vendait, ne suffiraient pas pour parfaire la quantité d'or 
qui était exigée de lui. Il avait les vases sacrés de l'Église qui 
avaient été donnés par (l'empereur ) et par les empereurs ses 
ancêtres, « il me faut donc les faire fondre (disait-il), puisque 
[469] j'y suis obligé?» (L'empereur lui) dit : « Je ne veux pas le 
savoir, mais je demande de l'or de quelque manière que ce soit. » 
Il sortit donc, à cause de cela, les vases (sacrés) de l'église, et ils 
furent fondus publiquement, ce qui excita les pleurs et les cris 
de tous ceux qui avaient part à ces exigences, comme s'ils étaient 
soumis à une persécution ^. 

1. Litt. : « grands. » 

2. C, S portent : « splendidement. » 

3.^ Evagrius [Hist. eccL, ii, 2) rapporte ce fait, mais il met en scène l'eunuque 



300 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

Lorsque l'empereur apprit ce qui s'était passé, il se fâcha encore 
davantage avec dureté et férocité, et comme si (Flavien) avait 
fait cela pour l'outrager. Il ordonna qu'un concile général se réu- 
nît contre lui et qu'il fût déposé. Flavien, pressé ainsi de tous côtés, 
voyant que tout ce qu'il faisait et disait lui était imputé comme 
un blâme et une faute, et qu'il n'avait aucun secours à attendre 
de la cour impériale ^ — car cela avait lieu, disait-on, par le choix 
et les soins de la sœur (de l'empereur ), et elle ne voulait mon- 
trer en rien sa puissance sur les affaires intérieures, il soupçonna 
qu'il souffrait à cause d'elle — il songea à se démettre de l'épisco- 
pat, à se rendre à son monastère et à y mener la vie monacale. 
Il fit un libelle ^ d'abdication et le donna. Lorsque l'empereur ap- 
prit qu'il avait fait cela, il le fit ramener, comme s'il avait encore 
fait cela pour l'accuser et pour blasphémer contre lui : s'il ne re- 
tournait pas à son église, il était en péril ^a car ce n'est pas [470] à 
ton détriment que j'ai commandé qu'il y eût un concile, mais 
pour (faire) une véritable enquête et faire triompher la vérité 
en tout ce qui est requis *. » 

Lorsqu'il revint (l'empereur) prépara aussitôt des accusateurs, 
pour dire que les actes ^ qui avaient été faits à Constantinople ^ 
contre Eutychès étaient faux. Les accusateurs étaient ceux qui 
s'étaient réfugiés près d'Eutychès, ceux même qui avaient sous- 
crit ce qui avait été fait contre lui et qui s'accusaient eux-mêmes 
bien plus que Flavien, pour recevoir des louanges et ne pas être 
jugés. Grâce à la faveur que leur (donnait) l'empereur, ils usaient 
partout de violence, afin que (Flavien), pressé au point de n'avoir 
aucun repos sous les accusations portées contre lui, rendît subi- 
tement l'âme, fût stupéfié et pérît. Parce qu'il semblait capable 
de résister, (l'empereur) se livrait à diverses absur.dités et faisait 
tout en désespéré : il prévenait les évêques qui étaient encore 
dans l'indécision et qui devaient siéger comme juges, les joignait 



Chrysaphe et non l'empereur. Nicéphore Calliste [Hist. eccL, xiv, 47) se rapprocha 
davantage de Nestorius. 

1 . Lire peut-être Malkotô « des reines. » Saint Cyrille avait eu recours « aux 
très religieuses reines. » Labbe, Conciles, t. m, ccd. 225 d, e. 

2. Libellum. 

3. xtvSuvoç. 

4. Litt. : et consolalio verilatis de illis quœ requirunlur. 

5. v/7rotj,vr,[xaTa. 

6. Le texte porte Éphèse. 



II, 2. SUITES DE LA CONDAMNATION DE NESTORIUS 301 

et les faisait siens, comme l'évêque d'Ancyre et (celui de) Césarée 
de Cappadoce ; il les faisait venir et les interrogeait, comme s'il 
souffrait de ce qui avait été fait contre [471] Eutychès, (pour savoir) 
si ce qui avait été fait contre lui l'avait été avec justice. Il disait 
que les choses faites par le concile étaient défectueuses, mais qu'ils 
étaient juges : « Nous vous demandons d'étudier cela devant le 
magistrat ^ et devant vos Révérences » et il les encourageait à ne 
pas accepter ce qui avait été fait, mais à remettre le tout à la sa- 
gesse de l'empereur. 

Tout cela avait lieu pour qu'il n'y eût pas d'examen de la 
foi, mais pour que Flavien fut déposé d'après ce qui avait été pré- 
paré en dehors du (concile) et pour qu'on admît sans examen les 
(erreurs) d' Eutychès. Si Flavien avait dit que le Christ est (for- 
mé) de deux natures et que les natures subsistent après l'union 
parce qu'elles ont été unies sans confusion, et qu'il est (le Christ), 
selon la divinité, consubstantiel au Père et, selon l'humanité, notre 
consubstantiel d'après sa mère; ils altérèrent ses paroles et chan- 
gèrent celles qui étaient destinées aux juges, et ils le condam- 
nèrent comme s'il pensait le contraire ; homme qui était vrai- 
ment digne d'être secouru, parce qu'il était violemment calomnié. 
S'ils l'ont déposé pour n'avoir pas dit ces choses, mais comme s'il 
persistait alors encore dans ses propres (idées), témoignant qu'il 
pensait ainsi et qu'il était rattaché à des hérétiques" qui ne pen- 
saient pas de la même manière, pourquoi avez-vous omis d'exa- 
miner son cas et laissez-vous croire à ceux du dehors qu'il y a 
là [472] présomption (contre lui) parce que cela provenait des 
accusateurs, et que ceux-ci, qui avaient écrit contre lui, auraient 
apporté une grande attention aux choses qui étaient examinées? 

Admettons en effet qu'il y avait eu quelque chose d'omis dans 
la sentence^ du jugement par ceux-ci ou par ceux-là; peut-être 
même dans la déposition y avait-il un défaut, pourquoi (alors) n'a- 
vez-vous pas étudié ce qui manquait ? Il a vraiment été déposé 
par eux pour les choses qu'à bon droit il ne confessait pas comme 
eux. Car celui qui dit : « Ils ont manqué contre moi et j'ai été 
calomnié, » nie avoir dit les choses pour lesquelles il a été accusé 
et déposé. S'il a confessé qu'il n'y a pas deux natures qui se sont 
unies, et que le corps de Notre-Seigneur n'est pas notre consub- 



1. [xaYKTTp:avo;. 

2. àTioçaffi;. 



302 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

stantiel, et s'il montre encore maintenant qu'il demeure dans les 
mêmes (sentiments), qu'y aurait-il donc d'omis pour que ces (sen- 
timents) ne suffisent pas à montrer qu'il est hérétique ^ ? Mais 
tantôt il reniait ce qu'il avait dit et tantôt il résistait à ses accu- 
sateurs qui l'avaient rejeté. 

Cette cause avait d'ailleurs été examinée depuis longtemps 
et la chose avait été jugée. Quel jugement ou quel autre examen 
était plus qualifié que celui fait par l'évêque de Rome ? Celui- 
ci en effet lorsqu'il eut reçu ce qui avait été fait par les deux 
partis, loua l'un et condamna l'autre par un sentiment [473] 
divin, car ce n'est pas de manière inconsciente qu'il les con- 
damna. Parce qu'ils eurent à rougir de la part de l'évêque de 
Rome, ils se tournèrent vers l'évêque 'd'Alexandrie, comme vers 
celui qui était porté à prendre leur parti et qui était l'ennemi de 
l'évêque de Constantinople. 

De ce qui fut fait à Éphèse contre Flavien. 

Ils l'atteignirent encore à Éphèse, ville qui semble désignée et 
fixée pour la déposition des évêques de Constantinople. Les évê- 
ques d'Alexandrie et d' Éphèse s'entendirent encore et s'aidèrent 
mutuellement contre l'évêque de Constantinople. On n'y trouvait 
pas l'évêque de Rome, ni le siège de saint Pierre, ni l'honneur 
apostolique, ni le chef aimé des Romains ;mais c'est celui d'Alexan- 
drie qui siégeait avec autorité et il fit aussi siéger avec lui celui 
d'Éphèse, et il demandait à celui de Rome — nous voulons dire 
à Julien, qui représentait le saint évêque de Rome — s'il adhérait 
au saint concile et s'il voulait lire dans les actes ^ ce qui avait été 
fait à Constantinople. 

(L'évêque d'Alexandrie) interrogeait donc [474] comme celui 
qui a le pouvoir, et il parlait comme s'il portait même des décisions 
contre eux. Si (les Romains) lui donnaient l'adhésion de leur pensée, 
ce n'est pas pour accepter ce qu'ils voulaient, ni pour leur donner 
la prééminence ; mais c'est qu'il recevrait l'évêque de Rome en 
surplus à son côté dans le cas où il adhérerait à lui, sinon, s'il 
trouvait en lui un adversaire, on le chasserait comme s'il n'avait 
pouvoir en rien. Il voulait apprendre à tous à ne pas se tourner 



1. Litt. : « à le montrer fils d'une pensée étrangère. » 

2. Litt. : « dans le livre. » 



II, 2. SUITES DE LA CONDAMNATION DE NESTORIUS 303 

vers l'évêque de Rome, parce qu'il ne pouvait pas aider celui de 
Gonstantinople. 

Lorsque Julien, en effet, eut dit : « Nous voulons bien qu'on lise 
ce qui a été fait, pourvu qu'on lise d'abord la lettre de notre père 
Léon ^, )) et qu'ensuite Hilaire, diacre du saint évêque de Rome, 
eut ajouté : « C'est après qu'eurent été lus devant lui les actes 
que vous voulez lire, qu'il (Léon) a envoyé ce qu'il a envoyé^.» 

Après avoir entendu ces paroles, comme il n'avait rien de con-" 
venable à répondre, il (l'évêque d'Alexandrie) décréta le contraire, 
à savoir que le véritable ordre était de lire d'abord ce qui avait 
été fait et ensuite les lettres du pieux évêque de Rome ^. 

En quoi est-ce le véritable * ordre, qu'on lise d'abord ceci 
[475] et ensuite cela, si, après la lecture, tu imposes ta décision 
comme tu le voudras ? Ensuite pourquoi ordonnes-tu de lire 
cela (la lettre de Léon), puisque tu ne laisseras pas de place pour 
sa lecture ? De plus, tu ordonnes de lire cette (lettre) que tu vou- 
lais rendre vaine ! Tu connaissais en effet, tu connaissais exac- 
tement ce que Léon avait mandé à ce sujet à l'empereur, à l'im- 
pératrice et à Flavien lui-même, et tu as pris au contraire la 
route qui conduit vers l'empereur pour la suivre en laissant 
celle qui conduit à Dieu sans t'en soucier beaucoup. Je ne dis 
pas assez : tu ne l'as comptée pour rien et tu as méprisé (Dieu). 
Tu as négligé aussi les adjurations de l'évêque d'Antioche ^ qui 
te conjurait, par des serments redoutables, par les saints mystè- 
res, de ne pas rechercher la déposition de Flavien et de ne pas lui 
nuire. Il convient de considérer (en effet), non pas seulement ce 
qui fait plaisir à l'empereur, mais (aussi) ce qui en résultera. « Je 
l'examinerai (dit Dioscore) et je contenterai l'empereur, nous 
n'avons pas à nous préoccuper de la défaite, mais de la victoire; 
car nous ne pouvons pas l'aider autrement, quand bien même 
nous y prendrions beaucoup de peine, puisque l'empereur lutte 
contre lui et est irrité contre lui (Flavien). Il est tellement irrité 
qu'il se tournera du côté des châtiments, si nous ne lui donnons 

1. To-JTto T(i) Xoyto PouXojxsOa Tr|V Tcpà^tv àvayvco(T6f,vat, ei Tcpwrov àvayvwcrôr, ta Tiapà 
Toj Tzâncc èTriffraXevTa. Labbe, loc. cit., t. iv, col. 149 6. 

2. àvayvoxTÔévTWV a-jzCo zo-J-oiv tcov Û7C0[xvy](xâTU)v, d)v vuv ^y)T£U£ tv-jV àv^yvoxiiv, 
£7r£(TT£tX£v « £7r£(TT£iX£v. Labbe, loc. cit. y t. IV, col. 149 c. 

3 Labbe, op. cit., t. iv, col. 149 d, 

4. Lire of, comme trois lignes plus haut. 

5. Dominus, neveu et successeur de Jean d'Antioche. 



304 NKSTOKIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

pas cette satisfaction qui apaise sa colère. » Ainsi, par ces paro- 
les, [476] il le trompait (l'évêque d'Antioche), et le mettait sous 
sa main. Il le conduisait par cette parole qu'il disait, comme 
par un frein; il (l'évêque d'Antioche) l'admettait (et) s'associait 
à lui pour toutes les autres choses, il combattait avec lui et dé- 
posait celui-ci (Flavien) et les autres et quiconque, de manière 
quelconque, semblait penser comme Flavien. A ce sujet, c'étaient 
là les vues de l'empereur. 

J'omets les choses qui ont été lancées contre ma personne, 
{prosôpon) et contre celle de Flavien, et toutes celles qu'ils recher- 
chaient pour expulser ceux qui ne voulaient pas nous anathé- 
matiser ; il déposèrent aussi (Flavien) de la même manière (que 
moi). D'autres, ceux qui furent opprimés, furent déposés sans 
jugement ; car ils ne virent pas le jugement ni le tribunal ; on ne 
leur permit ni de se défendre ni de parler, mais, à l'exception de 
celui qui plaisait à l'empereur et à Eutychès, on les déposait et 
on les chassait de leurs villes. Ceux qui étaient du ressort d'An- 
tioche avaient une bonne réponse à donner au monde sur celui 
à qui on n'avait pas accordé (de se défendre) — ce qu'il avait fait 
aux autres, on l'en accablait à son tour sans recours; car il souf- 
frait les mêmes choses et non pas pour les autres. Son injustice et 
la transgression de ses serments, crimes impardonnables et 
sans vergogne, l'amenèrent à toutes ces choses. Il (Dioscore) 
s'était fait en effet de l'évêque d'Antioche [477] un instrument 
contre l'évêque de Rome et contre l'évêque de Constantinople; 
(l'évêque d'Antioche) était du même avis que (Flavien) et 
(Dioscore) n'ignorait pas qu'il pensait ainsi, car ils s'étaient écrit 
mutuellement de nombreuses fois à ce sujet, mais il se servait 
du saint évêque d'Antioche tel qu'il était; il s'en servit jusqu'à 
ce qu'il l'eût rendu inutilisable et indigne de la charge de l'épis- 
copat; alors il le renversa et le rejeta, tandis que ses serments 
étaient encore sur sa langue, ou parce qu'il ne lui était plus utile, 
ou parce qu'il le craignait tant qu'il se trouvait exposé à la tenta- 
tion de transgresser ses serments ; il le déposa ^ encore comme 



1. Domnus, qui avait jadis défendu Théodoret et les Orientaux contre Dios- 
core,avait été amené cependant par celui-ci à souscrire à la déposition de Flavien. 
Mais trois jours après cette déposition, Dioscore produisit des lettres que Domnus 
lui avait écrites contre les douze articles de Cyrille qu'il accusait d'obscurité, 
et il le fit déposer comme suspect de nestorianisme, bien qu'il fût toujours ab- 



Il, 2. SUITES DE LA CONDAMNATION DE NESTORIUS 305 

s'il pouvait par là atteindre sa vengeance d'une autre manière. 
Car ce n'était pas seulement celui-là (l'évêque d'Antioche)qu'il crai- 
gnait, s'il pensait de même que (Flavien), mais encore l'empe- 
reur, et il faisait tout dans la crainte qu'après avoir tout accom- 
pli par lui selon sa volonté, il ne se retournât ensuite et ne le 
haït comme un menteur et un transgresseur de serments, qui avait 
tout fait avec injustice pour la satisfaction de celui qui régnait, et 
qu'ensuite il ne s'élevât contre lui et ne le rejetât. 

Voici comme il faisait pour celui même qu'il flattait et qu'il 
prenait dans son intimité : en ce qu'il [478] voulait, il l'aidait et 
il le faisait avancer. Il persuadait à tout le monde qu'il avait 
pour lui une amitié éternelle et, lorsqu'il semblait l'aimer le 
plus, quand il recueillait le fruit de ce qu'il voulait, immédia- 
tement il renversait cet homme, il le haïssait, il se détournait 
de lui et lui nuisait ; il le livrait à ses ennemis pour être insul- 
té, comme un homme très mauvais qui avait fait le mal contre 
sa volonté, il le couvrait de honte et transgressait ses serments. 
C'est pourquoi, dès qu'il l'avait connu, il avait voulu aussi le 
tenter pour lui nuire (ensuite) à l'aide de ce qu'il ferait de mal, 
afin d'être ainsi son maître et d'accuser cet homme devant cha- 
cun, lorsque c'était lui qui avait semé la tentation de ces choses 
en cet homme ^. Il n'y a pas longtemps que cela s'est passé ^. 

De ce qui se passa à V égard de Cyrille lorsqu'on lui réclama 

de V argent ^. 

Cyrille qui avait donné beaucoup à notre occasion, lorsqu'il eut 
atteint le but * pour lequel il donnait, avait encore des biens — 
l'empereur le savait — et il s'était engagé par écrit à deux mille 
livres d'or, à ce qu'on dit, pour que tout ce qui avait été fait contre 
moi fût confirmé. Lorsque ce fut confirmé [479] et que celui qui 
avait fait promettre de donner cette somme (à l'empereur) — à 

sent et malade. Cf. S. G. F. Perry, The second synod of Ephesus, p. 25, 272- 
363. Nestorius n'exagère donc rien. 

1. Nous lisons nasîouhî, nesîk. C'est sans doute une allusion aux lettres que 
Dioscore s'était fait écrire par Domnus et dont il devait se servir pour le déposer. 

2. Avec nesib, on traduira : « celui-ci avait fait l'expérience de ces choses, car 
elles sont arrivées depuis peu. » 

3. Cf. supra 247-248 et 249. 

4. Litt. : « le fruit. » ,. 

Nestoiuus — 20 



306 NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

savoir Jean (le comte) — était mort dans le mépris et la honte 
avec celui qui avait travaillé avec lui à ce qui avait été fait con- 
tre moi à Éphèse ^. Comme ce qui avait été fait par écrit était 
arrivé jusqu'à lui, pour réclamer aussi ce qui restait et libérer cet 
homme (Cyrille), que fit (l'empereur), à ce qu'on raconte ^ ? Il 
écrivit (à Cyrille) une lettre d'amitié, le priant de l'écouter et de 
venir avec lui jusqu'à Éphèse parce qu'il avait fait un vœu pour 
lui-même et pour tout ce qui avait été fait à Ephèse, pour le 
porter (le vœu) et l'accomplir au temple de Mar Jean 3 pour 
obtenir une bonne mort (par son intercession). « S'il y a quel- 
que chose que je n'aie pas bien fait à mon insu, je demande à 
être averti par toi et je te rendrai l'honneur que je te dois. » Il 
faisait allusion à sa fuite (de Cyrille) d' Éphèse et à ce qu'il avait 
fait contre lui, et il voulait régulariser cela, à cause de ceux qui 
se réjouissaient de sa fuite (de Cyrille) d'Éphèse, et qui s'imagi- 
naient que (l'empereur) haïssait (Cyrille) et combattait pour Nes- 
torius ; (l'empereur) demandait son retour à Éphèse pour que 
tout le monde fût convaincu et ne s'imaginât plus cela : « Afin 
que tes adversaires ne se bercent plus d'un vain espoir et que nous 
les réduisions tous sous ta main.» 

L'autre (Cyrille) qui ne savait rien de tout cela [480] s'adonna 
avec empressement à cette affaire : il remplit des navires de tou- 
tes sortes d'ornements et de présents, pour l'empereur, pour la 
famille impériale et pour les courtisans, selon leur rang et selon 
leur dignité, autant qu'il en fallait. Il vint à Éphèse, remit ses 
présents, fut honoré et fit l'admiration de chacun : d'après 
les honneurs qu'il reçut, il était dans la bouche de chacun. Il re- 
çut tous les honneurs au point de s'asseoir avec l'empereur sur le 
premier siège, je veux dire (sur le siège) de l'empereur, tandis que 



1. Il peut s'agir d'un auxiliaire du comte Jean. Cf. supras 247. La mort de 
Jean est mentionnée, p. 249. 

2. Ce passage n'est pas clair. Nous entendons que Cyrille avait promis l'argent 
au comte Jean et celui-ci à l'empereur, et que l'empereur, après la m.ort de Jean, 
voulut le réclamer à Cyrille. 

3. On trouve peut-être dans Cédrénus une allusion à ce pèlerinage fait par Théo- 
dose, à Éphèse, à l'église de Jean l'évangéliste, car l'empereur, près de mou- 
rir, annonçant à Pulchérie que Marcien lui succédera, ajoute : ToOto y^p [J-'^'j 9v-,<rlv, 
'Itoâvvr,; 6 beoÀôyo? àTiexàXuJ^ev, èv 'Eçc'ao) [xotovTt. Jean l'évangéliste, dit-il, m'a ré- 
vélé cela, lorsque j'étais à Éphèse, mais Lebeau place ce voyage en 450, Histoire 
du Bas Empire, 1. XXII, c. lxxxiv, tandis que saint Cyrille est mort en 444, 



II, 2. SUITES DE LA CONDAMNATION DE NESTORIUS 307 

celui-ci s'asseyait sur le second, et cela avait lieu au palais, en 
carrosse et en public ^ afin que le trône de l'empereur fût sancti- 
fié par sa présence 2. Pour le même motif, il l'introduisit à Cons- 
tantinople, afin que les frères de l'empereur, la famille impériale 
et la ville fussent sanctifiés par sa venue. Lorsque là aussi il 
eut assouvi la cupidité des hommes par des présents et qu'il ne 
lui restait plus rien ^, alors (l'empereur) ordonna d'exiger l'or 
qu'il devait par écrit, (à savoir) deux mille livres. Il ne pouvait 
pas les nier, sinon, parce qu'il les nierait et serait convaincu, 
il perdrait sa renommée. Dès qu'il se rendit compte et sentit que 
l'infortune qui l'atteignait était un grand mal, il donna caution 
pour cette (créance), s'embarqua au milieu des tempêtes et dans 
un grand trouble [481] et s'enfuit pour ne pas tomber dans d'au- 
tres maux de la part des accusateurs qui l'accusaient... 

[Conciliabule (T Ephèse.} 

Mais j'en reviens de nouveau au juste jugement de Dioscore, 
lequel tint de Cyrille le pouvoir et la haine contre l'évêque de Cons- 
tantinople. Leur but n'était pas d'atteindre la vérité, mais de 
l'emporter en tout. Avant que Flavien n'entrât au concile, comme 
on le raconte, il (Dioscore) avait pris le siège et la place de l'évêque 

1. èv T(^ orjfjLoauj), on peut traduire « au bain ». 

2. Litt. : ut sessione ejus sanctifîcetur sessio régis. 

3. Nous n'avons pas trouvé ailleurs mention du présent incident, mais nous 
avons du moins une très curieuse lettre relative aux largesses de Cyrille. Elle est 
écrite par Épiphane,archidiacre et syncellede Cyrille, à Maximien,évêque de Cons- 
tantinople. C. Lupus, Variorum Patrum epistolœ, Louvain, 1682, p. 417-420. 
Il rappelle que Cyrille a écrit à Pulchérie, au prsepositus Paul, au cubiculaire Ro- 
main, à Marcella et à Droseria et qu'il leur a envoyé « des bénédictions (présents) 
dignes d'eux.» De même Aristolaus, Scholastique, Arthebas avaient reçu« des bé- 
nédictions convenables » pour amener Chrysoretus à cesser son opposition. II faut 
demander à Pulchérie d'ordonner à Jean d'Antioche de ne plus faire mention de 
Nestorius... Épiphane ajoute :« Vous verrez, par le mémoire ci-joint, ceux aux- 
quels on a envoyé des présents (eulogise), et combien la sainte Église d'Alexandrie a 
fait pour vous, car nos clercs sont affligés qu'elle soif dépouillée à cause de ce trou- 
ble et qu'elle doii^e au comte Ammonius quinze cents liçres d'or, outre ce qui a été 
en^^oyé d'ici. Et maintenant il y a une nouvelle lettre de lui pour qu'elle paie. 
Satisfais, à l'aide (des biens) de ton Église, à l'avarice de ceux que tu sais, pour 
qu'ils n'affligent pas l'Église d'Alexandrie.» — Cette lettre rend assez vraisem- 
blables bien des assertions de Nestorius. — Voir à l'appendice II, « le mémoire » 
dont il est parlé dans la présente lettre. 



308 NESTORlUS. LIVRE D HERACLIDE 

de Constantinople, et M'avait fait précéder par (tous) les autres, de 
sorte qu'il siégeât à la fin, comme par mépris. Celui-ci ne songea 
à rien de ce genre et s'assit. Mais lui (Dioscore) pour montrer son 
pouvoir, souleva d'abord cette (question) — il le faisait pour affliger 
celui de Rome, à ce qu'on dit — il se leva, obligea (Flavien) ave- 
nir et le fit asseoir sur son siège. Alors les comtes qui avaient été 
chargés de cela, faisaient taire les évêques qui étaient réunis et 
qui voulaient parler en faveur de (Flavien), comme s'ils n'ayaient 
pas le droit de parler en dehors de ce que leur demanderait l'évê- 
que d'Alexandrie lequel avait le souverain pouvoir ^. 

[482] Quant à ceux qui venaient du dehors pour témoigner de 
tout ce qui avait été fait auparavant, et qui pouvaient reprendre 
Eutychès d'avoir dit les mêmes choses avant d'être accusé, 
pour montrer qu'il n'avait pas été calomnié — je veux parler 
des reclus des monastères, et de tous ceux qu'on supposait être 
venus en faveur de Flavien — ils les obligèrent à se cacher et 
comme s'ils étaient en danger à cause de leur venue, comme s'ils 
s'étaient sacrifiés inutilement et témérairement en faveur de celui 
(Flavien) qui avait même été chassé de Constantinople par l'em- 
pereur. 

Tous ceux qui étaient avec Eutychès — c'étaient les moines — 
avaient grande confiance et pouvoir, au point que ce qu'on vou- 
lait faire par autorité, était fait par leurs mains : ils livraient aux 
chefs et aux habitants de la ville tous ceux qui leur étaient signa- 
lés. Tout homme leur était soumis et les servait bon gré mal gré. 
Ce qui se passait déplaisait à beaucoup, mais ils étaient contraints 
et pleuraient. Ils faisaient par nécessité ce qui leur était commandé : 
ils arrachaient les hommes, les uns aux navires, les autres aux pla- 
ces publiques, d'autres aux maisons ou aux églises où ils priaient; 
ils en poursuivaient d'autres [483] pour les mettre en fuite. Quant 
à ceux qui s'étaient cachés dans les cavernes et les fissures de la 
terre, ils les recherchaient et les poursuivaient avec grand soin. 
C'était un sujet de crainte et de danger ^ que de parler avec quel- 
qu'un du parti de Flavien, à cause de ceux qui habitaient dans 
le voisinage, qui observaient et qui étaient comme des espions 
pour voir ceux qui entraient chez Flavien. Pour ce motif on 
allait s'adjoindre au parti d' Eutychès, les uns parce qu'ils 



1. Litt. : ille cui erat firmitas potestatis. 

2. ■/'vô-jvoc. 



II, 2. SUITES DE LA CONDAMNATION DE NESTORIUS 309 

craignaient d'endurer du mal, les autres parce qu'ils recouraient 
d'avance à son aide, en lui parlant souvent avec mensonge : tout 
ce qu'on lui disait contre (Flavien) était approuvé et on lui disait 
(des choses de ce genre) comme par plaisir. 

Ils séparèrent de (Flavien) Eusèbe, évêque de Dorylée, qui 
était l'accusateur d'Eutychès, et ils ne le laissèrent ni entrer ni 
répondre ; ils séparèrent encore (de lui) tout le concile qui l'avait 
entendu et qui l'avait répudié à Constantinople, alors qu'il aurait 
dû discuter avec lui et défendre ce qu'il avait fait. Ils l'isolèrent 
de tout côté et lui firent de tous des accusateurs, qui s'y résignè- 
rent par crainte d'endurer des maux. Qu'on obéît ou qu'on n'obéît 
pas, il était absolument certain [484] que l'on serait maltraité, 
si l'on ne reniait pas Flavien pour s'attacher au parti d'Eutychès. 
C'est ainsi qu'ils arrangèrent (Flavien) par avance, ils le dépouil- 
lèrent de tous côtés, ils le laissèrent sans espoir et sans confiance, au 
point de ne pouvoir même pas parler : tous s'empressèrent en 
effet de ne pas l'écouter, mais de l'accuser de toute manière ; ils 
le conduisaient à leurs sessions en l'insultant, et ils ne le laissaient 
pas répondre aux reproches qu'on lui adressait. En présence des 
comtes ^ qui étaient préposés, ils l'étonnaient et le jetaient dans 
la stupeur en lui ordonnant de se taire. Écoutez cependant cette 
parole, qui provenait de la violence et de l'oppression, pour mon- 
trer le ridicule de l'enquête de celui-là : 

Lorsqu'on lut les actes qui avaient été faits à Constantinople 
contre Eutychès, avec l'adhésion et la signature des évêques 
contre lui, et d'abord celle de Séleucus, évêque d'Amasée du 
Pont ^, qui l'avait condamné, ils ne l'étudièrent pas avec un 
procédé de jugement ni avec une règle, pour lui demander de dé- 
fendre sa signature, ce qu'il lui en semblait et s'il avait parlé 
correctement; mais ils décidaient sans examen et [485] ils criaient 
comme dans une réunion en désordre et sans règle, où il n'y a 
ni autorité ni obéissance : « Ce n'est pas de l'évêque d'Amasée ! 
Ne divise pas l'indivisible ^î» afin d'effrayer ainsi cet homme et 
de l'amener à s'allier à ceux qui l'accusaient. Ils voulaient aussi, 

1. Comités. 

2. Séleucus avait reconnu deux natures après l'incarnation: èv 8ûo 9'J(7c(tc xaxà 

TY)v £vav6pw7rr,(7tv, v.cà ty)v zf^z aapxbç ziriç iv. rfiç âytaç Maptaç Tipoo-X r^-I/cv, ' Labbe," Coll. 
conciL, t. IV, col. 181 e. 

3. *H àyca o-iivoSo; elnev oûSetç 6yo Xsysc tov Kuptov [ASTa tt)V svwdtv . oùx riv 'A(xa- 
'Tôt'aç iTrirrxoTTo;. tov àjJLsptaTov [xy) fjLspt^e. Labbe, op. cit., t. iv, col. 181 e. 



310 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

par cette démonstration, faire que les autres fussent dans la 
crainte et reniassent la sentence ^ qu'ils avaient portée, et 
calomniassent Flavien de la même manière, car on traita ainsi l'en- 
semble de ceux qui l'avaient reçu et qui s'étaient attachés à lui. 

Il convenait donc aussi qu'il y eût un jugement général de la 
part de ceux qui l'avaient reçu ^ et lui avaient adhéré puis s'étaient 
repentis de la signature donnée contre Eutychès ; ils agissaient 
ainsi pour montrer qu'il fallait nécessairement condamner Fla- 
vien, pour avoir modifié leurs paroles et leur jugement; et ils ne 
pouvaient se défendre autrement qu'en accusant Flavien. Dios- 
core, l'artisan de cette discussion, pour faire taire cette foule in- 
disciplinée, criait sans retenue : « Taisez-vous un peu, écoutons 
encore les autres blasphèmes. Pourquoi ne blâmons-nous que 
Nestorius ? Il y a beaucoup de Nestorius ^. » Pas un ne lui repro- 
cha d'enseigner les mêmes choses que moi et lui-même n'accepta 
pas qu'il l'accusât pour moi, [486] mais (Dioscore) disait de lui 
comme de moi, et celui-ci aussi, bien qu'il fût orthodoxe, disait 
cependant : « Je dis d'autres choses et lui d'autres choses » et 
il niait que j'eusse dit les mêmes choses, ou par ignorance ou 
par crainte. (Dioscore) ne lui laissait pas le temps de répondre; 
il prenait les devants et le condamnait, de crainte que, s'il répon- 
dait, la vérité ne fût prouvée au sujet de ce qu'on lui reprochait : 
(à savoir) que cela ne provenait pas de Nestorius mais des Livres 
divins, des saints Pères qui ont précédé les trois cent dix-huit, des 
trois cent dix-huit eux-mêmes et de ceux qui les ont suivis. De 
toute manière il lui était facile de montrer que (ce qu'on lui repro- 
chait) était la doctrine des orthodoxes. 

Pour ne pas examiner ces (paroles de Flavien), parce qu'ils ne 
pouvaient pas nier qu'elles étaient des orthodoxes, et pour ne pas 
être obligés, s'ils les reconnaissaient comme des orthodoxes, 
d'abandonner ce qu'ils avaient souci de faire : (à savoir) condam- 
ner Flavien et absoudre Eutychès, ils passèrent sur ces paroles et, 
après d'autres choses, ils en vinrent à l'accuser d'avoir diminué 
(altéré) la sentence. Ils le faisaient répondre à ce sujet et non aux 
causes pour lesquelles et par lesquelles seraient confondus Cyrille 



1. àTTÔçao-iç. 

2. Nous lisons Deqablouhi, comme trois lignes plus haut. 

TToXXoc NsCTTÔpiotelcnv, Labbe, op. cit., t. iv, col. 181-184. 



II, 2. SUITES DE LA CONDAMNATION DE NESTORIUS 311 

et le concile d'Éphèse. Parmi les choses qui avaient été dites par 
eux, les partisans de Cyrille et d'Eutychès recueillaient celles [487] 
qui leur convenaient et choisissaient celles qui leur plaisaient ; les 
partisans de Flavien en faisaient autant à l'encontre de ceux-ci; car 
Cyrille était le père de nombreuses hérésies, et il avait dit en même 
temps et ceci et cela et d'autres choses. En se servant ainsi des 
(textes) opposés, comment ne pas mettre en péril ce qui avait 
eu lieu au temps de Cyrille et à Éphèse ? De toute nécessité ils 
soutiendraient mes paroles pour annuler ce qui avait été fait con- 
tre moi, et il n'y aurait plus lieu de rien faire contre Flavien au 
sujet de l'accusation d'Eutychès. Voilà pourquoi ils ne laissaient 
pas Séleucus répondre ni soutenir ce qu'il avait écrit, mais ils 
procédaient par clameurs tranchantes, pour qu'un autre n'osât 
pas répondre, mais dire seulement ce qu'ils reprochaient à Fla- 
vien, (à savoir) d'avoir fraudé dans ce qui avait été fait lors de 
la sentence d'Eutychès ; (ils préféraient) accepter sans expli- 
cation une telle signature. Leur but est déjà visible par là pour 
tout homme, mais il l'est encore plus par la signature d'^Ethé- 
richus ^. 

iEthérichus était un paysan inculte [488] qui n'arrivait mê- 
me pas à saisir les choses claires : c'était en effet un eunuque, 
il avait grandi dans la maison comme les esclaves et avait été donné 
au grand palais impérial. Comme il avait une grande ambition ^ 
de pouvoir et de grandeur, il fut choisi pour évêque, bien qu'il 
ne connût pas les habitudes, les subtilités et la manière d'agir de 
cette (charge) et qu'il ne fût pas intelligent. Ils s'efforçaient 
de lui faire dire mensongèrement ^ qu'il avait été contraint, et lui 
les contraignait à (lui) dire et à lui indiquer la violence (qui lui au- 
rait été faite), parce qu'il ne comprenait pas ce qu'ils lui disaient. 

^THÉRicHus * l'évêque disait : Aussitôt (que) j'entrai à Constantinople 
(au concile), et je regardai les auditeurs et le moine même qui me disait : 
« Seigneur, signe. » Je lui dis« permets que ^ je voie »; et j'entendis qu'il 
(me) lisait quelque chose d'évident ^. Après cela il me dit : « Seigneur, 

1. Syr. : Atticus. Cf. Labbe, op. cit., t. iv, col. 184. 

2. 7tappr,<7ta. 

3. Ou clairement. 

4. C'est la leçon ordinaire des manuscrits syriaques. L'édition porte à tort 
Atticus. 

5. riwç, « jusqu'à ce que. » 

6. Sic ]e9 mss. V, C et le grec; S et l'édition portent :« de mensonger. « 



312 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

signe. » Je (lui) dis : « Je ne puis pas signer ; en vérité~je sais, mais je ne 
puis rien dire, cependant je dis que si quelqu'un ne croit pas comme les 
trois cent dix-huit Pères de Nicée et comme ceux d'Ephèse, qu'il soit ana- 
thème dans ce monde et dans le monde à venir i. » 

Dioscore, comme en face d'un enfant qui est accusé (en juge- 
ment), ordonnait à ^Ethérichus de se déjuger et de mentir, et 
il lui suggérait ce qu'il lui demandait [489] de dire : « Ces choses 
donc qui ont été lues sont mensongères et ineptes. » ^Ethérichus 
ne comprenait pas ce qu'on lui demandait de dire et répondait : 
(( Je ne sais pas. » Ils lui suggéraient de dire que ces choses (du 
concile de Constantinople) étaient mensonges et inepties, et JEthé- 
richus ne le savait pas. (Aussi Dioscore) l'interrogea d'une autre ma- 
nière lui suggérant (une autre réponse) : « N'as-tu pas dit cela?» 
C'est à peine, comme ils le poussaient, si ^Ethérichus savait ce 
qu'on lui demandait de dire; il répondit : « Non.» Ensuite comme 
ils voulaient confirmer ce qu'on lui demandait de dire, Dioscore 
s'enhardit à l'interroger encore sur le même sujet, et il lui disait : 
« As-tu entendu ^ ce qui a été dit par toi ?» 1 1 énonçait ce qu'il 
demandait de dire et de professer, parce qu'il craignait qu'il ne 
lui répondît chose pour autre, et ^thérichus dit : « J'ai entendu.)) 
Dioscore lui fit encore signe en disant : « Alors tu n'as pas dit 
cela?)) Et j^Ethérichus, faisant le même signe que son maître, ré- 
péta la même chose : « Je ne l'ai pas dit ^. )) Il en fut de même 
devant l'empereur et devant d'autres hommes, il usa des mêmes 
précautions pour leur faire renier leur signature et agir contre 
Flavien sans pudeur et avec iniquité ; dans ce cas il acceptait 
leurs dires sans examen; [490] tout ce qu'on faisait dire par force 

1. Al^ipiyoç âTTta/.oTuoç S[JLijpvy)ç eiTtsv AlcpviStwç èTteto-?iX6ov âv KovaTavTtvo-JTioXet ; 
Tzpodiaxov bï zo'.ç àY.poxxcdç- elra toùtov aùrov tov [jLovà^ovTa [xex'auTôiv, xai/syef K-jpt' 
•JTc6ypa<|;ov. Aeyw xàya)- TÉwç %av àçeç i8cd[x£V 'ETcy)y.o'Jcra(Jiev aùrou çavepa rtva. (xeTa 
rayra Xéyet, fx6ou. èyw XsywsxOeaÔai où oûvafxat. àl-qQu>Q [xèv oISa, àlV oûSûvafxat sIttsÏv 
7rXr,v Xêyo) , ei tiç où TitaTeus', xaôw; otTpiaxôatoi Se'xa xal ôxtw, xat o£ èv 'Ecpscro), àvà- 
6e[xa eoTTw xal wSe, xal scç tov fjLsXXovTa aîwva. Labbe, op. cit., t. iv, col. 184 c. 

2. Syr, : « j'ai entendu. » 

3. Atoo-xopoç £7uî(rxo7roç 'AXslavSpecaç eks' xaura ouv xà àvayvwaôévTa TrXaarà e'tatv ; 
AtÔc'pixo; inio'/.o-noç, SfxûpvYiç etTuev oùx oÏ6a lyo). Aidaxopo; eTrtaxouoç 'AXe^avôpst'aç- 
etTTc- TTspaiTc'pw To-JTwv oûx £l'pr|Xaç ; AiGÉpt^oç èTTtaxoTToç Sfxûpvriç elirev ou. Atoaxopoç 
£7rt(7xoTro;- 'AXs^avôpci'a; etTisV èTrâxouaaç SÈTÔiv oriÔev Trapà croù elpyifjivwv ; AlÔêptxo; 
ÈTrtVxoTro; S(j.-jpv/)ç elTrsv èTr-/îxo-j(Ta. Atoaxopoç âTicaxoTTOç 'AXeaavôpetaç sluev xal oùx eï- 
prixaçaOrà; AtQc'pcxoçèTTio-xoTToç S lOpvrjÇ cIttôV o-j. Atdaxopo; £7rtaxo7roç 'AXe^avSpsta; 
ilTTSV gf|Xa Ta xaTaTSÔe'vTa 7:apà tou TrapdvToç. Labbe, op. cit., t. iv, col. 184 e. 



II, 2. SUITES DE LA CONDAMNATION DE NESTORlUS 313 

(à savoir) qu'il y avait altération (dans les actes de Flavien), il 
l'acceptait sans hésitation. 

Flavien demandait à leur répondre, mais il était tellement 
opprimé et violenté qu'ils ne le lui permettaient pas, mais ils le 
frappaient, comme le dirent les comtes, afin qu'il ne parlât pas 
jusqu'à ce qu'on eût fini de signer contre lui, que les affaires d'Eu- 
tychès fussent ainsi confirmées et que la chose dont ils étaient 
préoccupés fût terminée, car dorénavant ils étaient réunis comme 
(autour) d'un mort; car lorsqu'on lisait ce qui avait été fait dans 
les actes ^ contre Eutychès, et que Flavien protestait, ils répon- 
daient : « Celui-là ment violemment contre notre signature » et 
ils le frappaient, comme on le rapporte. 

Enfin, après qu'on eut porté contre lui un jugement et une sen- 
tence 2 à leur guise, Dioscore lui commanda de parler et dit : « Si 
le pieux évêque Flavien sait quelque chose qui puisse lui être 
utile, qu'il le dise par écrit ^ » Que pouvait-il dire, lui qui voyait 
partout avec quelle violence on rejetait ses justes paroles. 
C'était pure plaisanterie que de lui demander d'ajouter à ce qu'il 
avait dit :« Tu as arrêté toutes mes paroles justes*,» parce que 
tu as accueilli contre moi, sans hésiter, toute calomnie. 

[491] Mais pour qu'il fût encore prouvé que ce n'était qu'une 
plaisanterie, ils mirent, dans les Actes ^ mêmes, malgré eux, pour 
notre instruction, de quelle manière ils ont arrêté ses paroles jus- 
tes. Car Dioscore dit à Flavien : « Le saint concile sait si je t'ai 
empêché^,)) et Flavien dénonça ouvertement la violence qui lui 
avait été faite : « On ne m'a pas laissé, et on ne m'a même pas 
permis de parler '',)) pour qu'on sût que ce qui était dit l'était 
par dérision. (Dioscore) disait : « Dis ce qui peut t'être utile; » 
et il répondait : « Il n'y a pas d'ineptie ni de mensonge dans l'af- 
faire des A.ctes^ ; Mar Eusèbe et Mar Thalassius le savent^, » 



1. TJTTOfxvVifxaTa. 

2. àTTÔqjacrtç. 

3. El TceyvwxEv ô 6£o<pt>.£<7Ta':o; èTci^rvcoiro; ^Xautavbç (7'j(j.oaXX6[ji,£vov aurou t-^ ■jizo'kr^'hzi, 
leyixui àyypaçwç. Labbe, op. cit., t. iv, col. 255 a. 

4. ^ A'Jié'A'keKTa.ç (xou Trao-av ôtxaioXoyiav. Ibid. 

5. •J7ro[jLviQfx,aTa. 

6. OOôec; «re âxwXuTev" oiSsv -/] àyt'a o"jvoôoç. Ibid. 

7. Non mihi permissum est loqui. Labbe, loc. cit., col. 256 a. 

8. "^1 oeuTEpa Tcpa^t: o-jOcv tyz: TcXaTTOV, oiSs xal ô xOp'-o: (•):(.'/. '/.ttioc, o'.ôî xal ô 
xijpco; EjTc'^'.oç. Ibid. 



314 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

eux qui ont souligné et examiné en même temps que moi. Eusèbe 
et Thalassius démentirent sa parole (et dirent) qu'ils n'avaient 
rien examiné. Alors, lorsqu'on ne s'adressait plus à eux que par 
dérision, c'est-à-dire après la sentence ^, Thalassius parlait com- 
me Dioscore : « Personne n'empêche ta sainteté de parler ^ ;» 
et Dioscore répondait railleusement à chacun des évêques qui 
remarquait cet artifice, en disant : « Mar Eusèbe a dit si les choses 
ne se sont pas passées ainsi, et il a vérifié qu'il (Eutychès) a été 
trouvé sans condamnation ; mais qui t'a empêché de parler, et main- 
tenant désires-tu lui parler ^P» Après lui avoir parlé, (Flavien) 
répétait les mêmes choses : [492] « Que cette affaire avait eu lieu 
et avait été étudiée devant Mar Thalassius et Mar Eusèbe, en 
présence aussi du silentiaire * Mar Magnus, et on n'a rien trouvé 
de tel. Chacun des évêques qui alors étaient présents et qui ont 
entendu, pourront dire, comme devant Dieu, si on a parlé avec 
mensonge ^. » 

Dioscore se moquait encore de lui : (en répliquant) que ce n'était 
pas là une réponse; et l'autre pensait que c'était en vérité qu'il lui 
offrait de parler et qu'il laissait étudier cela. C'est encore en se 
moquant qu'il se tourna vers Etienne et lui dit : « Mar Etienne, 
lui ai-je interdit ^ de parler ? » puis à tous : « Dites-le tous '. » 

C'est ainsi qu'il se jouait d'un homme (Flavien) qui n'avait pas 
d'expérience et qui ne connaissait pas la méchanceté et les ruses 
des Egyptiens ; il croyait qu'ils étaient pieux et qu'ils avaient 
souci de dire plus que la vérité pour ceux qui étaient sous le coup 

1. à'Kà(p(xrnç. 

2. OaXàfffftoç £7tc(Txo7roç Katcrapeta; KaTCTraôoxca; sItcev oûSeiç èxœXuffs toù XaXfjcac 
TYiv Tr,v ôaidTYixa. Labbe, op. cit., t. iv, col. 255 6. 

3. Ici le grec diffère : Aiàorxopoç èTrt'crxoTro; 'AXe^avÊpstaç etTiô" xûpce Euasête eine ' 
£xo)).-j(Ta a-jTov ).aAr,Tat; E-jcréêtoç èTct'(7X07roç 'Ayxijpaç FaXarcaç eluev (ùq otSev 6 ©eoç, 
eùyôfXcOâ as Xa/r.aat. Labbe, op. cit., t. iv, col. 255 b. 

4. Silentiarius. 

5. 4>Xa'Jtavb;... einev èm tou xijptou ©aXaTcrtou xal tou xupto-J Eûaséiou, TrapovTo; 
xaiTOÛ «TtXevTtaptouMayvou, è^eveTO ■;]7rpàitç, xal £^r,Tàcr6r„ xal oùôàv toco-jtov aTreSet- 
xOyj. sxacTTOç TO)v TÔ-Tc TiapôvTtov suiaxoTrcov, (ô; étcI 0£oO, a r^xQUCEV sItte" xal à<be-Jù&z 
èppÉOyi. Labbe, op. cit., t. iv, col. 255 c. 

6. Le texte porte : « l'as-tu interdit. » Lire kelîtîhî. 

7. At6(7xopoç...£tTCV Kypte DréçavE èuccrxoTCE Etuà, eî èxœXuaa aûrov. SxÉtpavoç Itci- 
crxoTTo; 'EçÉcrou £[7i£V (Soy, itou èaxiv; èàv èxœXueraç aûrov, eTut). Atoaxopo;... EtTtev eiTrare 
Ttàvreç, £{ èxwXuaa aÛTÔv. r, àyt'a (ttjvoSoç sIttev o-jx èxcoXûaaixev aÙTOv, Labbe, op. cit., 
t. IV, col. 255 c. 



II, 2. SUITES DE LA CONDAMNATION DE NESTORIUS 315 

d'une accusation ; et lorsqu'il connut ce qu'ils faisaient et qu'il 
n'était pas besoin de réponse ni d'aucune démonstration, il se 
tint tranquille. Il rendit témoignage devant chacun en disant : 
« Par le secours de Dieu, je ne suis touché par rien de ce que vous 
avez fait contre moi ; je n'ai jamais confessé ni pensé autrement 
en aucune manière et je ne change pas d'avis ^. » Et il (Dioscore) 
cessait de [493] lui répondre comme à un hérétique manifeste. 
C'est pour cela qu'ils l'avaient excité à parler, et il demeura dans 
cette confession. Il n'eut pas les faiblesses qui ne convenaient pas 
et ne ressembla pas aux évêques de ce monde, ses contemporains, 
qui accordaient tout ce qu'on leur demandait. Il ne changea 
même pas la forme de sa pensée, mais persista et se livra à la souf- 
france. Il n'eut pas l'idée et la pensée de dire : « Je suis ^ un hom- 
me simple, bien éloigné de ces minuties. Jadis nous avons instruit 
et repris Eutychès ; je l'ai condamné comme me l'ont persuadé 
ses accuS'ateurs, qui paraissaient savoir quelque chose, je me suis 
rallié à l'opinion du grand nombre et non à moi-même; mainte- 
nant s'il vous paraît bon à tous et si vous jugez que les (opinions) 
d'Eutychès sont orthodoxes, ce qui vous semble bon à tous me 
semble bon aussi. Je signe avec vous pour tenir les (idées) de l'or- 
thodoxie ; comptez-moi aussi au nombre des évêques qui ont be- 
soin de pardon. » 

Ces seules paroles auraient mis fin à tout et même à la colère 
de l'empereur qui soutenait l'accusation et en arrivait à la vio- 
lence ; c'est à cause de cette (colère) qu'il avait réuni le concile. 
Mais il n'avait pas cédé, pas même à Constantinople, lorsque tous 
[494] lui conseillaient et le suppliaient de faire cela ; il ne le fit pas 
non plus à Éphèse où le mal était imminent, lorsqu'il penchait 
vers la mort, et que chacun lui disait que c'était le seul moyen d'é- 
viter la mort, au moment où il voyait tous ceux-là s'enfuir de 
près de lui et se joindre à Eutychès et être sauvés par là. Je lui 
servais d'exemple : ce n'avait pas été assez pour moi d'être déposé 
de l'épiscopat de la ville, ni du silence, pour ne pas leur donner 
motif de changer, mais la cause pour laquelle je souffrais des 
maux, c'est qu'on disait de moi que j'étais encore en vie. Aussi 
longtemps que tu vivras, attends-toi à subir la mort de la part 

1. Litt. : « et je ne confesse pas (autrement). » oùSàv yàp érspax; èSô^acra r^ èippo- 
vrjcrà note, r^ çpoviqaa). 

2. Lire êno pour honô. 



316 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACLIDE 

des méchants. Pour ne pas trahir la foi, tu auras devant les yeux 
toutes ces souffrances à supporter. 

Immédiatement, dès que l'on crut qu'il était déposé ^, il fut 
enlevé comme par des loups et des lions, par ces comtes devant 
lesquels avait eu lieu cette déposition ; il était tiré et bousculé ; 
tous disaient et faisaient des choses différentes ; il était abandonné 
et accablé par tous, et son esprit fut rempli d'amertume. Ils le 
livrèrent aux soldats et leur commandèrent de le tirer et de le 
faire sortir des lieux saints ; [495] ils l'entraînèrent et ils le mirent 
en prison : il ne pouvait plus respirer. Avant qu'il fût revenu à 
lui, qu'il eût respiré et pris un air vif et pur, et avant qu'il eût 
pris de la nourriture pour recouvrer un peu de force, ils le livrè- 
rent au chef ^ et ils lui ordonnèrent avec menaces de faire partir 
cet homme tout contusionné. 

Il ne pouvait pas supporter les fatigues de la route. Il semblait 
que l'empereur ne se souciât pas de sa vie, mais cherchât seule- 
ment à le punir et non à le tenir en vie. Ils le firent donc descendre 
par force et ils le livrèrent à un homme meurtrier, comme pour 
le faire périr. Ils l'envoyèrent sans miséricorde, en paroles à son 
pays, mais, en réalité, à la perdition. Ainsi traîné et conduit, il 
ne put résister que quatre jours, à ce qu'on dit, lorsque chaque 
jour son âme se détachait de son corps, et ils regardèrent son décès 
comme une fête. Les maux s'accumulèrent contre tous ceux qui 
lui étaient attachés et qui partageaient sa foi. J'étais des premiers 
dans les persécutions violentes et la fuite, dans les exils et les or- 
dres qui donnaient pouvoir aux leurs, en tout pays, de faire ce 
qu'il leur plairait à ceux qui pensaient les mêmes choses (que Fla- 
vien). Moi et Flavien nous pensions les mêmes choses. Le peu- 
ple avait le pouvoir de tirer, d'enlever et de livrer; les esclaves 
[496] accusaient leurs maîtres à ces occasions, ils en avaient le 
pouvoir d'après un ordre (impérial) ^. Toute leur préoccupation 
était de jeter leur âme dans l'erreur avec toutes celles qui 
croyaient et pensaient que Dieu le Verbe est immortel. Ils disaient 
des choses pires encore que celles-là, au point d'obliger à dire que 
c'est l'essence même de Dieu le Verbe qui était morte. (L'empe- 



1. xaôatpeatç. 

2. apytov. 

3. Voir l'édit porté par Théodose, en 448, contre Porphyre, les nestoriens et 
Irénée. Labbe, Conciles, t. m, col. 1114 e. 



II, 2. SUITES DE LA CONDAMNATION DE NESTORIUS 317 

reur) leur donna pouvoir contre tout le inonde; on ne tenait plus 
compte des chefs, des évêques, ni de tout le monde, ni des ennemis, 
ni des serviteurs, mais comme s'ils étaient au-dessous des désirs 
et du zèle (s'ils ne suffisaient pas), au sujet de ceux qui disaient 
Dieu le Verbe immortel et impassible ils chargèrent ceux qui parais- 
saient les plus zélés pour chercher et pour espionner, de retrouver 
ceux qui avaient pris la fuite (les partisans de Flavien). Toutes les 
choses épouvantables les atteignirent. La prévision et l'attente 
des maux étaient plus mauvaises que Jes maux eux-mêmes; 
c'était évidemment le combat de Pharaon contre Dieu. 

[497] Énumération d^une partie des maux qui sont chenus sur la 
terre, à cause de la transgression de la craie foi du Dieu impassible, 
a<^>ec une prophétie ^. 

Lorsque ces choses commencèrent à avoir lieu au sujet de la 
foi et durant la dispute contre Dieu le Verbe qui n'aurait pas été 
immortel et impassible, (il arriva) dès lors comme si le Dieu im- 
mortel ne se préoccupait plus des hommes. Et en effet, ceux pour 
lesquels Dieu n'était plus immortel, commencèrent à être détruits et 
subjugués, les uns d'une manière, les autres d'une autre et certains 
de toute manière ; et il n'y avait personne pour fléchir la colère. 

(Calamités) qui eurent lieu sous forme de tremblements 
DE terre et de guerres. L Ils endurèrent les contagions, les 
famines, la privation de la pluie, la grêle, la chaleur, les tremble- 
ments de terre étonnants, la captivité, la crainte, la fuite et tous 
les maux, et ils n'arrivèrent pas à se rendre compte de la cause 
de tels maux, mais ils étaient encore plus enflammés et plus cruels 
contre quiconque osait dire que Dieu le Verbe était impassible, 
comme s'ils souffraient de tels maux parce qu'on disait que Dieu 
le Verbe était impassible et immortel ; et il n'y avait pas de lieu 
de refuge. 

IL [498] Un double mouvement de barbares et de Scythes les 
effraya ; (ceux-ci) faisaient périr et réduisaient en captivité tous 
les hommes et il n'y avait même pas un espoir de salut. Ils ne com- 
prirent pas encore que tout cela n'était pas purement humain. 

III. Il ébranla en même t^mps la terre par des tremblements, 

1. Voir cette prophétie, p. 331. 



318 NESTORIUS. LIVRE d'hÉRACUDE 

personne ne se souvenait (d'en avoir subi) de tels ^; (la terre) 
était ébranlée comme si elle allait se renverser et s'entr'ouvrir 
ou périr nécessairement. Lorsque la terre cessa (de trembler) et 
se retrouva ferme comme auparavant, il semblait qu'on l'avait 
arrachée à la nature ; celui qui l'avait mise en mouvement était 
ébranlé avec elle. Ce n'est pas (seulement) aux yeux qu'elle mon- 
trait le tremblement qui l'agitait et la force qui l'affermissait, mais 
elle amenait tous les hommes à réfléchir et, par la grandeur de 
toutes ces choses, elle éclairait les esprits plus que ne l'eût fait 
la parole. 

IV. Les barbares approchèrent, ils battirent les Romains et 
les plongèrent dans le plus grand désespoir. 

V. A Constantinople, ville impériale, les tours de la muraille 
qui étaient construites avec elle furent séparées et abandonnèrent 
le mur qui ne fut pas endommagé par ce qui avait été ébranlé, et 
elles restèrent sans être endommagées, sans [499] porter aucune 
marque du tremblement de terre. En certains endroits, du milieu 
de la construction, les pierres sortaient de toute la construction 
et même des environs; la chaux aussi était ébranlée. 

VL D'autres choses se voyaient avec évidence de diverses ma- 
nières dans une autre partie de la ville. Tout cela n'avait pas été 
ébranlé d'un mouvement ordinaire, mais c'était une punition (pour 
montrer) que celui qui faisait cela n'était pas mortel et qu'il avait 
pouvoir sur ces choses. 

VIL Du Forum ^ de Théodose le Grand. Même les pierres 
attachées avec du fer et du plomb étaient arrachées ; elles étaient 
emportées en l'air, y demeuraient un certain temps comme sus- 
pendues, puis retombaient. Au moment où sortaient ceux qui 
étaient prêts à les recevoir, elles tombaient aussitôt. Il y avait 
des milliers d'autres choses dans les autres pays, on entendait 
raconter (ces nouvelles) et elles étaient pleines d'effroi et de crain- 
te, au point d'amener les hommes, même malgré eux, à la prière, 
et à supplier Dieu d'avoir pitié d'eux. Mais ils ne (priaient) pas 
comme il le voulait, chacun le suppliait à sa manière selon la pen- 
sée qu'il avait : les uns priaient (ainsi) : « Dieu qui a souffert et qui 

1. Ce sont sans doute les tremblements de terre mentionnés par Evagrius, 
Hist. eccL, i, 17. Philostorge les mentionne et les donne aussi comme des châti- 
ments divins. Hist. eccL, xii, 8-10. Cf. Nicéphore Calliste, Hist. eccL, xiv, 46. La 
chronique d'Alexandrie les mentionne sous les indictions XV (447) et III (450). 

2. ^000,-. 



II, 2. SUITES DE LA CONDAMNATION DE NESTORIUS 319 

est mort pour nous, » et d'autres d'une autre manière; ils disaient ce 
qui leur était préférable. Mais ils étaient remplis de colère et de fu- 
reur [500] contre ceux qui osaient le dire immortel et impassible. 
Pour cela surtout, les angoisses fondaient sur eux avec les terreurs 
les plus redoutables, tandis que leurs méchancetés retombaient 
sur eux, afin qu'ils n'eussent pas le temps de vaquer à mal agir 
envers les hommes pieux qui se trouvaient parmi eux. 

Sur « Dieu saint ». Comme il voulait les amener à reconnaître 
leur blasphème et à s'en éloigner,et qu'ils n'y arrivaient pas d'eux- 
mêmes, Dieu leur indiqua une formule de supplication — car 
on ne trouva pas celui qui fit cela — (qui consistait) à dire : 
« Dieu saint, saint puissant, saint immortel, aie pitié de nous ^. » 
Tout le monde l'accepta unanimement et ils abandonnèrent les 
choses dans lesquelles ils se complaisaient mais qui ne plai- 
saient pas à Dieu. Ils écrivirent cela dans la basilique ^ en 
public 3, et l'y placèrent ainsi : « Gloire et action de grâces au 
saint et à l'immortel Sauveur de l'univers. Dieu. » Ils avaient 
été bien près de confesser Dieu immortel. Ils ne reniaient pas ce 
qu'ils tenaient, mais ceci était chanté en tout lieu. 

Après que le tremblement de terre eut cessé, lorsqu'il y avait 
quelques guerres, ils se soulevèrent de nouveau et se déclarèrent 
contre Dieu ; ils cachaient la foi envers Dieu, comme s'ils ne se 
souvenaient plus de ce « Dieu saint et puissant et immortel » 
qui pouvait [501] apaiser les guerres même sans force humaine, 
en qui était la puissance et en dehors de qui il n'y avait pas de 
force 4, comme ils l'éprouvèrent bientôt par l'événement ; main- 
tenant ils cessaient même de faire cette prière. 

Peu de temps avant la guerre avec ces barbares, cette croix 
les instruisait toute seule, et les poussait à croire en Dieu, en 
lui surtout qui, sans glaive, détruit les combattants. Aupara^ 
vant, lorsque le barbare était menacé par une armée, il se jetait 
dans les cavernes et les fissures ^ ; le peuple des Scythes était 
grand et nombreux, mais autrefois il était divisé en peuples 
et en royaumes, ils étaient (réputés) comme des voleurs et ne fai- 



1. Cf. Nicéphore Calliste, Hist. eccL, xiv, 46. 

2. basilica. 

3. 6r,p-ôo-tov. 

4. Litt. : « préparatifs (de guerre). » 
5 Lire :bedqê. 



320 NESÏORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

saient pas beaucoup de mal si ce n'est à cause de leur rapacité 
et de leur vélocité; mais plus tard ils se constituèrent en royau- 
me. Après qu'ils se furent constitués en royaume, ils se fortifiè- 
rent beaucoup, au point de surpasser par leur nombre toute la 
force des Romains. Dieu leur montra qu'il ne s'était pas affaibli, 
lui que d'un commun accord ils soumettaient auparavant à la 
souffrance et à la mort. Ils avaient multiplié les persécutions 
contre ceux qui confessaient Dieu saint et puissant et immortel 
et ils avaient abandonné Celui en qui ils avaient espéré et qui les 
avait sauvés de la mort ; il leur apprit [502] à rejeter la mort de 
'Dieu, mais à reconnaître et à confesser qu'il est immortel. 

Parce que cela avait eu lieu et qu'ils ne s'étaient pas convertis, 
pour louer le Dieu qui les sauvait, mais qu'ils blasphémaient et qu'ils 
obligeaient chacun à confesser la mort de Dieu, et qu'ils fuyaient 
le (mot) «immortel» comme une impiété ; un (peuple) barbare se 
leva encore contre eux, les tua, inonda tout le pays des Romains et 
renversa tout. Il n'y avait pas de salut ni de refuge, mais ils tres- 
saillaient de crainte et ils n'avaient pas d'espoir. Il les cerna et 
les rendit incapables dans tout ce qu'ils faisaient pour leur sa- 
lut. 

Parce qu'ils n'avaient pas compris leur premier salut, il envoya 
cet homme qu'il prit lorsqu'il paissait les moutons, lequel blâma 
les choses cachées dans le cœur de l'empereur. Depuis longtemps 
il était inspiré de Dieu et il commanda de faire une croix. Comme 
(l'empereur) ne le croyait pas, il fit une (croix) de bois de ses 
propres mains et l'envoya contre les barbares. Il planta encore 
une autre croix au palais et une autre dans le forum ^ de Cons- 
tantinople, au milieu de la ville, pour qu'elle fût vue de tous ; 
au point que les barbares aussi, lorsqu'ils la virent, s'enfuirent 
et furent frappés. L'empereur s'enhardit à rester, [503] lui qui 
était déjà prêt à fuir. Les nerfs de la ville languissante s'affer- 
mirent et tout se passa ainsi. 

Lorsque le barbare se fut enfui avec perte ^ sans que personne 
le poursuivît, que l'empereur eut repris courage pour s'occuper 
des affaires de son empire,et que la ville était grandement remplie 
de courage, ils ne virent aucune autre cause à ce changement su- 
bit — parce qu'aucun autre homme n'avait fait ceci : frapper 

1. çôpoç. . 

2. Litt. : « blessure. » 



II, 2. SUITES DE LA CONDAMNATION DE NESTORIUS 32l 



celui-là et encourager celui-ci — que la croix, qui avait été placée, 
de celui qui a été crucifié en nature et en vérité, c'est-à-dire ce 
corps qui a été crucifié en nature. Nous apprîmes que nous 
n'avions pas à rougir de dire que celui-là mourut et non Dieu qui 
fortifia ce corps faible, passible et mortel, qui souffrit et mourut 
sur la croix. C'est pourquoi le bois lui-même sur lequel il fut cru- 
cifié, sauvait ^. C'est pour celui qui ne croyait pas et qui niait que 
la crucifixion d'un corps mortel pût sauver, qu'il ordonna de faire 
une croix de bois pour opérer par là une telle délivrance ^dans la 
ville et contre les barbares, afin que l'on ne niât pas que le cruci- 
fiement concerne le corps qui a vivifié tout le monde et non Dieu 
qui a opéré un tel prodige par le crucifiement du corps et la croix. 
[504] Comme ils avaient imaginé de là que la croix se rapportait à 
la divinité et non au corps, ils restaient opposés aux hommes 
pieux qui disent que la croix se rapporte non pas à la divinité 
mais au corps de la divinité, et que c'est pour cela qu'il nous a sau- 
vés par la croix. Aussi Dieu opposa de nouveau à cette pensée 
rebelle ^ la puissance des barbares et les tremblements de terre. 
C'était aussi pour leur arracher les hommes pieux et (faire cesser) 
les souffrances qu'on leur faisait endurer — car c'est alors seule- 
ment qu'ils respiraient et qu'ils étaient tranquilles — qu'il 
leur apprit, de ces deux manières, que la pensée impie, dans la- 
quelle on confessait la mort (pour Dieu), ne lui plaisait pas. Ils 
pouvaient penser à la vérité que ce qui leur arrivait par le moyen 
des barbares était un fléau humain ^, mais ils ne pouvaient en dire 
autant de ce qui leur arrivait par les tremblements de terre ; ce- 
pendant comme ils n'arrivaient même pas ainsi à se rendre compte 
de la gloire de Dieu incorruptible, et qu'ils attribuaient la mort, 
la passion et la faiblesse à une puissance et à une immortalité 
comme celle-là, alors il les instruisait par les paroles mêmes *, 
afin qu'ils n'attribuassent plus de tache ni de tare à Dieu, parce 
qu'il est saint, exempt de toutes souffrances et sans faiblesse, lui 
qui, par une faible croix, s'est fortifié comme un géant ^ et se trouve 
dans toute force. N'attribuez pas non plus la mort [505] à celui 



1. Litt. : in salutern fuit. 

2. Litt. : « de Pharaon. » 

3. Litt. : « était la mort par les hommes. » 

4. Allusion au '( Dieu saint... saint immortel. 

5. Cf. Ps. XVIII, 6. 

Nestouius. — 21 



322 NESTORIUS. LIVRE D HÉRACLIDE 

qui est seul immortel, et qui a montré par notre mort ^ qu'il est 
immortel, par la confessions du saint, du puissant et de l'immor- 
tel. » 

Parce qu'ils ne demeurèrent pas dans ce qu'ils avaient été obli- 
gés de confesser, et qu'ils n'avaient pas cru au Dieu puissant et 
immortel, qui peut faire cesser même les guerres, ils furent les 
esclaves des barbares et furent réduits en servitude pour leur don- 
ner un tribut en confirmation des traités. Ils en donnaient même 
à ceux qui combattaient avec lui (le barbare ?). Il n'est rien qu'il 
(Dieu) ne fît, lui qui montra le barbare maître, et les Romains ser- 
viteurs. C'est ainsi que la puissance s'en alla aux barbares, comme si 
les Romains n'avaient pas de Dieu tout-puissant, saint, puissant et 
immortel. C'est pourquoi les autres nations se réfugièrent aussi 
près de lui, elles s'éloignèrent des Romains, qui n'avaient pu se 
sauver eux-mêmes. Parce qu'ils avaient organisé le pouvoir com- 
me s'ils n'avaient pas besoin du secours divin, et qu'ils ne réflé- 
chissaient pas, ils ne se souvinrent même plus de cette confession 
qu'ils avaient, faite de bouche, du« saint, puissant et immortel»; 
mais, au contraire, ils disputaient sur les souffrances de la divinité 
pour montrer par là qu'il n'avait aucune des propriétés (précé- 
dentes). Avec les souffrances et la mort, il s'ensuivait aussi en 
effet qu'il n'était pas saint [506]par nature, ni immortel par nature, 
ni puissant par nature ; jusqu'à ce que Dieu les eût retirés de là 
bon gré mal gré, pour punir leur impiété, pour justifier ceux qui 
avaient été maltraités, et pour instruire ceux qui priaient par 
avance Flavien et Eusèbe^, qu'ils avaient tués. Ils vengeaient 
Dieu, ceux qui le confessaient saint, puissant et immortel; cepen- 
dant, on sévissait par des lois, des décrets et des amendes con- 
tre ceux qui confessaient que Dieu le Verbe était saint, puissant 
et immortel ; on les dépouillait, on les exilait, on les mettait à 
mort, jusqu'à ce que Théodose fût enlevé à ce monde ^, lui qui 
s'était élevé contre Dieu. La bouche alors s'ouvrait pour confesser, 
louer et adorer le Dieu saint, puissant et immortel, en le disant 
sans crainte. Ce n'est pas en effet celui qui fait le Christ Qieu pas- 
sible et mortel qui confesse que le Christ est Dieu, mais celui 
qui attribue au Christ la divinité qu'il a par nature et qui le con- 



1. C'est-à-dire : « à l'occasion des barbares et des tremblements de terre. 

2. Eusèbe de Dorylée fut emprisonné, mais ne fut pas mis à mort. 

3. 29 juillet 450. 



II, 2. SUITES DE LA CONDAMNATION DE NESTORIUS 323 

fesse par sa nature Dieu impassible, immortel, puissant et saint, 
et d'autre part passible dans son humanité, parce qu'il confesse 
qu'il est homme par nature. 

Mais quelqu'un dira : Qu'as-tu à faire avec Flavien et avec ce 
qui a été fait contre lui et à son occasion? Pour toi, [507] en effet, 
tout le monde t'a anathématisé et t'a exilé; tout ce que tu ajoutes 
après cela, tu le fais à ton détriment; c'est pour toi une accusation 
et non une excuse simple et juste. 

Ce que je dis plus haut, plus bas et toujours, c'est que je ne 
cherche pas à me faire aimer par de tels hommes, mais je désire vi- 
vement que, par mon anathème, ils soient sauvés du blasphème, 
et que ceux qui seront sauvés confessent Dieu saint, puissant et 
immortel, sans changer la forme de Dieu, qui est incorruptible, 
contre la forme de l'homme qui se corrompt, et sans mêler le pa- 
ganisme dans le christianisme, mais en confessant Dieu, tel que sa 
forme est, et en confessant l'homme, tel qu'il est dans sa forme, 
de manière que le passible et aussi l'immortel soient confessés 
des formes des natures ; afin que le christianisme ne confesse 
pas un changement de Dieu ni un changement de l'homme, à 
la manière de l'impiété du paganisme. Qu'il soit donc en vérité 
oui oui et non non, sauveur et sauvé, de manière à confesser 
que le Christ est Dieu et homme en vérité et par nature, qu'il 
est par nature immortel et impassible en tant que Dieu, et mor- 
tel et passible par nature en tant qu'homme. Il n'est pas Dieu 
dans les deux natures ni encore homme dans les deux natures. 
Mon but et mon souci sont donc que Dieu soit béni et loué 
sur la terre comme dans le ciel. [508] Que Nestorius soit donc 
anathème, mais qu'ils disent de Dieu ce que je les prie de dire ; 
car je suis de ceux qui sont avec Dieu et non de ceux qui sont 
contre Dieu, de ceux qui, sous prétexte de piété, outragent Dieu 
et font qu'il n'est plus Dieu. Car il (Dieu) combat ceux ^ que je 
combats et ceux qui combattent contre moi combattent contre 
lui ; aussi je suis prêt pour lui à tout endurer et souffrir, et plût 
à Dieu que, par mon anathème, tout le monde en arrivât à se ré- 
concilier avec Dieu, car rien ne m'est plus grand et plus cher que 
cela. Je ne refuserais pas non plus de dire le contraire de ce que 
j'ai dit si je savais qu'ils veuillent dire le contraire de ce que je 
dis en quelque manière que ce soit et qu'ils soient ainsi à Dieu ; 

1. Litt. : « dans ceux. » 



324 NESTORIUS. LIVRE D HERACLIDE 

et, par ces choses, je serais honoré près de Dieu, pour les (proprié- 
tés) de Dieu que j'ai regardé comme Dieu et non comme homme... 

D'ailleurs, ce n'est pas sans raison que j'ai raconté ce qui con- 
cerne Flavien, mais je l'ai rapporté comme un exemple de ce qui 
avait été fait contre moi avec malice et méchanceté, pour que 
certains ne se laissent pas tromper par le mot de concile, mais 
qu'ils cherchent en toute vérité ce qui s'y est passé et qu'ils exa- 
minent certaines choses devant Dieu, bien qu'elles soient arri- 
vées autrement. Car Satan se transforme sous l'aspect d'un ange 
de lumière i et trompe [509] les hommes pour les éloigner de Dieu. 
De plus, comme j'avais songé en moi-même à cacher la conduite 
qui avait lieu dans la force et la sagesse de Dieu, c'était un grand 
danger, une grande iniquité et un abus de la grâce de ne pas la 
montrer et la révéler à tous les hommes. Car c'est pour eux qu'il 
agit ainsi, pour détruire leurs fourberies et pour les dévoiler, eux 
qui affermissaient l'impiété et la mettaient en relief, tandis qu'on 
ne croyait pas à ce que je disais. C'est ainsi que ceux-là agissaient et 
qu'ils avaient encore agi dans leur réunion du concile : j'y souffrais 
tout et ils ne me croyaient pas. Il